La Commission poursuit son combat contre l'évasion fiscale
Malgré la mauvaise volonté de certains États et l'abus de la règle d'unanimité

Le , par Christian Olivier

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La Commission poursuit son combat contre l'évasion fiscale malgré la mauvaise volonté de certains États et l’abus de la règle d’unanimité. À titre de rappel, les multinationales d’Internet sont accusées par les gouvernements européens de ne déclarer leurs revenus que dans des pays à faible taux d’imposition tels que le Luxembourg, l’Irlande et d’autres paradis fiscaux. De l’avis des responsables actuels de ces gouvernements, cette situation pénalise grandement les États impactés à cause, notamment, du manque à gagner substantiel qu’elle entraine. Ils estiment qu’une modification des lois actuellement établies est nécessaire pour lutter contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale. Ces modifications devront permettre de réajuster les règles de taxation pour que les entreprises technologiques d’Internet comme Google, Amazon, Facebook ou Apple (GAFA) payent un impôt plus juste aux États membres de l’UE dans lesquels elles opèrent.

Au moment de sa prise de fonction à la tête de la présidence de la Commission européenne en 2014, Jean-Claude Juncker avait promis de s’attaquer très sérieusement au problème de l’évasion fiscale en Europe. « La lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale seront l’une de mes grandes priorités », avait-il alors déclaré devant les députés européens. D’après lui, c’est le manque d’harmonisation, ou du moins, de coordination de la fiscalité au niveau européen qui autorise les dissonances, le désordre et les malversations observées. Trois ans après sa prise de fonction et la publication des « Paradise Papers », qu’est-ce qui a changé ?

Sous l’impulsion du commissaire européen chargé de la monnaie unique et des affaires fiscales, Pierre Moscovici, des mesures ont été rapidement adoptées par les États membres, et ce, malgré les contraintes et les blocages imposés par la règle du vote à l’unanimité en matière fiscale qui prévaut au sein de l’UE. On s’accorde à dire du côté de la Commission que cette règle du vote à l’unanimité complique l’adoption d’un texte, restreint sa portée réelle, diminue son degré d’ambition et rend difficile sa révision ultérieure même si des insuffisances étaient constatées.

S’agissant des actions menées au niveau de l’UE pour lutter contre l’optimisation, l’évasion ou la fraude fiscale, on peut rappeler qu’en 2016, une loi anti-évasion fiscale a été adoptée, mais certaines de ses dispositions visant à lutter contre les « discordances hybrides » qui donnent la possibilité à certaines entreprises d’échapper à l’impôt n’entreront en vigueur qu’à partir de 2022. Une autre directive a étendu ce texte aux pays tiers. De la même manière, le « reporting country by country » (RCBC) a été rendu obligatoire. Cette mesure légale permet aux administrations fiscales et au public de connaître les pays dans lesquels les entreprises opérant au sein de l’UE et ayant déclaré un chiffre d’affaires de plus de 750 millions d’euros réalisent leurs profits. Elle permet aussi de savoir où ces grandes entreprises payent leurs impôts.

Depuis 2017, on peut noter également que le secret bancaire a été éliminé, non seulement au sein de l’UE, mais aussi en Suisse, à Monaco, à Andorre, au Liechtenstein et à Saint-Marin via des accords bilatéraux. En outre, les administrations fiscales doivent systématiquement partager les informations relatives aux « rescrits fiscaux » (tax ruling) qui sont accordés aux entreprises. Habituellement, cette pratique légale est utilisée pour déterminer à l’avance le montant de l’impôt qu’une entreprise devra payer.

D’autres mesures sont en cours de gestation au niveau du Conseil des ministres. Parmi celles-ci, on peut citer le projet de loi qui devrait permettre de définir une base commune pour fixer l’impôt sur les sociétés ou celui qui devrait permettre de considérer les groupes de sociétés comme une seule entité puisque la division d’une entreprise en entités juridiques différentes permet d’échapper en partie à l’impôt. Moscovici a également proposé la mise en place d’une liste noire des paradis fiscaux ou « juridictions non coopératives ».


Malheureusement, l’idée d’imposer de nouvelles méthodes de taxation ciblant spécifiquement les GAFA rencontre des résistances au sein de l’Union européenne. On peut citer, à titre d’exemple, le cas des différentes propositions initiées par la France ou l’Estonie qui ne parviennent toujours pas à faire l’unanimité au sein des 28 à cause, notamment, des réticences exprimées par les pays de petite taille. Même l’adoption de la liste noire proposée par Moscovici rencontre des blocages simplement parce que l’exécutif européen souhaite que des sanctions « dissuasives » ou purement symboliques soient mises en place, alors que les petits pays de l’UE (Luxembourg, Lettonie, Lituanie et Malte) s’y opposent farouchement.

Depuis 2015, la Commission utilise la politique de concurrence pour combattre l’optimisation fiscale en exigeant, par exemple, qu’un pays récupère dans son intégralité l’impôt qu’une entreprise aurait dû normalement lui verser en faisant abstraction de tout traitement de faveur (cas de l’Irlande et d’Apple).

Jean-Claude Junker a proposé, dans son discours du 13 septembre sur l’État de l’Union, d’adopter le vote à la majorité qualifiée (55 % des États représentant 65 % de la population) en utilisant la « clause passerelle » prévue par le traité de Lisbonne. Malheureusement, il est impératif d’obtenir au préalable l’unanimité des vingt-huit États membres de l’UE en plus de l’absence d’opposition des Parlements nationaux pour recourir à cette règle. Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, avait également précisé qu’il est possible de contourner les limitations imposées par la règle du vote à l’unanimité au niveau européen en utilisant le système dit de la « coopération renforcée ». Cette disposition permet aux États qui le souhaitent de mettre en application une mesure que d’autres pays n’envisageraient pas d’adopter sur leur territoire.

Certains États membres veulent donner l’impression qu’ils défendent leur souveraineté, alors qu’en réalité ils ne sont que le jouet des multinationales. L’une des missions les plus difficiles pour les défenseurs d’une nouvelle taxe pour les GAFA sera probablement de réussir à convaincre les États plus petits ou plus vulnérables économiquement de l’organisation européenne qui profitent déjà des impôts ou des retombées des activités de lobbying versés par ces grandes sociétés technologiques. Il faut rappeler que chaque État membre de l’UE dispose d’un pouvoir de veto sur les questions fiscales et certains en ont déjà fait usage par le passé afin de bloquer bon nombre de réformes. En outre, la Commission ne peut sanctionner que les régimes discriminatoires, ceux qui bénéficient seulement à certaines entreprises. Elle ne peut pas contrôler tout ce que font les États qui essayent d’obtenir les faveurs des entreprises. Tant que l’UE ne sera pas une véritable fédération, il y a fort à parier que le chaos demeurera.

Source : Blog Libération

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Avatar de Jon Shannow
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Le 23/11/2018 à 16:34
Citation Envoyé par JeanBond Voir le message
Décidement, vous aimez le bibéron socialiste, faut pas s'étonner si il y a de plus en plus d'étudiants qui partent vivre dans des pays avec un meilleur niveau de vie et un meilleur salaire.
Il faut tout mettre en corrélation. Meilleur salaire ne veut pas dire meilleur niveau de vie. Quand à ton meilleur salaire, tu dois retirer les frais médicaux non pris en charge, la prévoyance de ta retraite. Alors certes, on peut préférer se dire que chacun fait comme il veut, mais, je préfère me dire que je vais pouvoir aller chez le médecin si je suis malade, plutôt que de me dire, que je ne suis pas malade (teuf teuf snirf), parce que je n'ai pas d'argent.

Et c'est pour cela qu'en France, il y a ce raz le bol fiscal, parce que le pacte est rompu. On paie de plus en plus d'impôts et taxes, mais d'un autre coté, on a moins de retraite, la santé est de moins en moins bien remboursée, les services de l'État sont en friche. Mais, ce n'est pas la faute du socialisme, mais bel et bien celle du capitalisme néo-libéral qui détourne l'argent public au profit du capital privé.
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Avatar de Sodium
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Le 10/04/2019 à 9:46
Citation Envoyé par Mingolito Voir le message
Il faut arrêter avec les prestations sociale à gogo c'est tout.

Tu veux bouffer ? tu va bosser feignasse, c'est simple, c'était comme ça avant, et c'était mieux.
Ha ben oui, ça marche très biens USA où dès que tu as un problème de santé grave et pas de gros revenus tu te retrouves retrouves à la rue.
Comment ? On me fait dire dans l'oreillette qu'en plus les dépenses de l'état dans ce domaine sont beaucoup plus élevées qu'en France ? Ah ben zut alors.
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Avatar de DevTroglodyte
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Le 11/07/2019 à 8:53
« La taxe sur les services numériques que la France et d'autres pays européens appliquent est clairement protectionniste et cible injustement les entreprises américaines d'une manière qui va coûter des emplois aux États-Unis et nuire aux travailleurs américains »
De la part des américains, c'est "un peu" du foutage de gueule...
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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 12/07/2019 à 8:22
Citation Envoyé par Seb33300 Voir le message
Aaaah ça... quand il s'agit de taxer la France n'est jamais très loin...
Cette fois on essaie de taxer des entreprises qui paient peu d'impôts.
Elles savent faire de l'optimisation fiscale et de l'évasion fiscale.

Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Avec cette taxe, Paris espère ponctionner les plus grandes entreprises du numérique, à commencer par les GAFA, à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires français et récolter 500 millions d’euros en 2019. Bruno Le Maire a expliqué « Pour bâtir la fiscalité du XXIe siècle, celle qui repose sur la valeur qui existe aujourd’hui : les données. Il est impératif de taxer les données pour avoir un système fiscal efficace et financer nos services publics, nos écoles, nos crèches et nos hôpitaux. Mais c’est, aussi, une question de justice fiscale. Les géants du numérique payent 14 points d’impôts de moins que les PME européennes. Que ces entreprises paient moins d’impôts en France qu’une très grosse boulangerie ou qu’un producteur de fromages du Quercy, cela me pose un problème. Le produit de cette taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires numérique réalisé en France à partir du 1er janvier 2019 devra atteindre rapidement les 500 millions d’euros ».
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Avatar de Jon Shannow
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 15/01/2018 à 13:09
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Les peuples ne veulent pas perdre leur nations, les peuples ne veulent pas d'une soupe comme l'UE.
Tu pourrais remplacer "les peuples" (dont tu ne sais rien) par "je". Ça serait beaucoup plus correct, rien que par respect pour ces "peuples", déjà.
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Avatar de Uther
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 22/10/2018 à 13:13
C'est un fait courant d'accuser l’Europe de mener une certaine politique alors que ce n'est que le résultat des élections. Si l’Europe à une politique économique libérale, c'est tout simplement parce que quasiment toutes les élections européennes et nationales, dans les principaux pays d'Europe (y compris en France), ces vingt dernières années, ont élu des dirigeants dont l'économie libérale est le modèle central. Ce qui fait que mécaniquement, les instances dirigeantes de l'Europe ont la même politique.

Si on enlève l'Europe, les mêmes problèmes se poseront au niveau national avec les mêmes réponses. Si on veut une politique différente, il faut avant tout élire des personnes différentes.
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Avatar de AoCannaille
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 10/04/2019 à 13:33
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Le problème ce sont les charges, si quelqu'un créer son entreprise il va avoir énormément de mal à embaucher quelqu'un, car ça coûte super chère.
Les artisans sont noyés sous la paperasse et les taxes, il y a des choses horrible comme le RSI.
Créer une entreprise en France c'est l'enfer, il n'y a pas de cadeau pour les petits patrons.

Il faudrait repartir à 0 et recréer un système propre (je suis toujours fan du grand formatage).
Est-ce que tu t'es déjà demandé pourquoi l'état en prend autant aux petits patron et aux PME?

Parce que eux, ils payent.

Quand tu fais un budget, quand tu augmentes de 5% leurs taxes, tu augmentes de 5% tes entrées d'argent.
Quand tu augmentes de 5% les taxes des grosses boites, tu augmentes de 0,0001% tes entrées d'argents.

C'est comme dans le métro, il vaut mieux faire des contrôles le premier du mois pour chopper les bons employés qui n'ont pas chargé leur badge et qui paieront l'amende que ceux qui fraudent et qui de toute façon ne paieront jamais, même après des mois de procédures (qui coûtent cher à la boite aussi...)

La solution fiscale de simplicité est celle appliquée
La solution morale est évidemment de poursuivre les fraudeurs
La vrai solution est évidement de poursuivre les fraudeurs. Dura lex sed lex.
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Avatar de Matthieu Vergne
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 05/07/2019 à 18:13
Je ne sais pas si ce sera le cas, mais je trouverais drôle que le Conseil Constitutionnel l'annule sous prétexte que l'on fait partie de l'UE et que les traités de l'UE ne nous permettent pas de prendre une telle décision, soit parce que ça irait à l'encontre de certains traités, soit parce que ce n'est plus de notre ressort.
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Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 19/03/2018 à 10:38
J'ai lu que le fisc américain avait trouvé un arrangement pour récupérer au total près de 62 milliards de dollars d'impôt sur les 4 géants de l'IT : Google Apple Facebook Amazon en contrepartie du rapatriement du plus gros de leurs avoirs amassés à l'étranger.

Donc je vous explique comment cela va se passer :
En vertu des accords fiscaux bilatéraux et du principe de non double taxation, ces sociétés vont attaquer de front les décisions de l'UE. Comme les revenus ont déjà été taxés du coup par les US, ils est impossible de les re-taxer sans enfreindre les accords internationaux. En gros, une fois que les USA se seront servis et il ne restera plus rien pour les autres.

A cela je ne vous dit même pas comment ces montants vont irriguer l'économie US...

Bref, comme d'hab, nos dirigeants ont été en dessous de tout.
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Avatar de blbird
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 22/10/2018 à 11:51
Le problème de l'UE c'est qu'elle est intrinsèquement néolibérale depuis ses débuts, et minée par les intérêts financiers d'une minorité imposés à tous.
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