La vague loi anti-chiffrement de l'Australie établit un terrible précédent mondial,
Et représente « un risque énorme pour notre sécurité numérique »

Le , par Stan Adkens

150PARTAGES

14  0 
Le projet de loi anti-chiffrement, Assistance and Access Bill, a été adopté le jeudi dernier par la Chambre des représentants australienne, permettant aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander avant de forcer les sociétés Internet, les opérateurs télécoms, les fournisseurs de messagerie ou toute personne censées pouvoir aider à avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder. À l'aide de mandats secrets, les agents du gouvernement pourront même obliger une entreprise à exécuter des logiciels malveillants à distance sur les périphériques de leur client pris pour cible, l’objectif de la loi Assistance et Accès étant de casser le chiffrement de la communication, véritable bête noire pour les enquêteurs de la police.

En effet, certaines entreprises comme Apple refusent de coopérer avec les autorités quant à donner accès aux données d’une cible dans le cadre d’une enquête. En effet, Apple a refusé de se plier à l'injonction du tribunal qui l'obligeait à aider le FBI à déverrouiller un iPhone dans le cadre de son enquête concernant l'attentat de San Bernadino. Dans une lettre, Apple a manifesté son mécontentement face à la décision de justice qui l'oblige à aider le FBI à avoir accès au fichier d'un de ses dispositifs. « Le gouvernement des États-Unis a demandé à Apple de prendre une mesure sans précédent qui va menacer la sécurité de nos clients. Nous nous opposons à cette injonction, qui a des implications qui vont bien au-delà du cas d'espèce ». Toute fois, le FBI a pu débloquer l'iPhone du terroriste de l'attaque de San Bernadino en ayant recours à des hackers professionnels.


Le projet de loi controversé a pu être adopté le jeudi lors de la dernière séance du parlement australien cette année sans amendements. Le parti travailliste de l’opposition avait tenté de modifier le projet de loi, mais cela aurait impliqué de poursuivre le débat l’année prochaine. Le parti a donc abandonné ses amendements à la dernière minute en espérant que le gouvernement de coalition apportera des modifications à la loi l'année prochaine, notamment en donnant une définition concrète du terme « faiblesse systémique » qui pourrait être interpréter diversement. Le chef de l'opposition, Bill Shorten, a déclaré que c'était parce qu'il ne voulait pas compromettre la sécurité des Australiens dans le contexte théorique d'un attentat terroriste pendant la pause estivale.

De nombreux pays à travers le monde fournissent d’énormes efforts pour contrecarrer le chiffrement de la communication. C’est le cas de la Grande Bretagne avec la loi britannique sur les pouvoirs d'investigation et des Etats-Unis avec les programmes de décryptage de la NSA. Ces deux pays font d’ailleurs partie des Five Eyes qui, pour lutter contre la montée du terrorisme, ont décidé qu’il fallait intensifier la pression sur les géants des télécommunications et de la technologie afin de faciliter l’accès au contenu déchiffré des messages chiffrés des personnes soupçonnées de terrorisme.

Cependant, selon Business Insider, la loi anti-chiffrement de l’Australie, qui va plus loin, pourrait créer un précédent terrifiant pour le reste du monde en mettant en grand danger le chiffrement numérique.

En effet, les géants mondiaux de la technologie tels que Apple, Facebook et Amazon qui ont déjà condamné la mesure anti-chiffrement australienne, invoquant des risques potentiels pour la sécurité numérique, craignent que le gouvernement contraigne les fournisseurs de communications à créer une « porte dérobée » afin de permettre aux enquêteurs d’obtenir des preuves chiffrées. Selon ces entreprises, cette pratique pourrait affaiblir la technologie de chiffrement et créer un dangereux précédent pour les gouvernements du monde entier.


Plusieurs acteurs et organisations du numérique abordent dans le même sens que les grandes entreprises du numérique.

« Toute tentative des agences d'interception, comme on les appelle dans le projet de loi, de créer des outils pour affaiblir le chiffrement représente un risque énorme pour notre sécurité numérique », a déclaré à Reuters en octobre, Lizzie O'Shea, porte-parole de l'Alliance pour un Internet sûr et sécurisé.

Le doute sur la loi est partagé par le Law Council of Australia. « Les lois à moitié modifiées sur l'accès au chiffrement adoptées au Sénat sont meilleures que celles d'origine, mais de sérieuses préoccupations subsistent », a déclaré le président du Law Council, Morry Bailes, à l'Australian Broadcasting Company .

Selon Suelette Dreyfus, chercheuse en cybersécurité et protection de la vie privée à l'Université de Melbourne, l'autorisation de tout accès à des données chiffrées pourrait alimenter des activités malveillantes. « Il y aura des criminels intelligents qui trouveront et utiliseront ces portes dérobées de toutes sortes de manières dangereuses », a-t-elle déclaré.

Les limites de la loi anti-chiffrement

La loi adoptée le jeudi par l’ensemble des législateurs n'impose pas techniquement de porte dérobée, cependant, les entreprises devraient aider la police à créer un logiciel capable de déchiffrer les données d'un utilisateur ciblé. Toute fois, selon ProtonMail, cette loi reste vague et confuse et pourrait être interpréter diversement.

L’Australian Computer Society, une association de professionnels de l'informatique, a décrit plusieurs problèmes potentiels qui pourraient nuire à la sécurité numérique des personnes et des organisations dans sa lettre au Parlement.

Premièrement, selon l’association, certaines entreprises ne possédant pas le savoir-faire technique nécessaire risque d’exposer accidentellement l'intégralité du système de la société et celui de la cible avec des logiciels malveillants. Deuxièmement, il va se poser, au niveau des entreprises, un problème de planification budgétaire pour des éventuels travaux de surveillance gouvernementaux. Un autre problème que soulève la loi est qu’il sera difficile de vérifier si les éléments de preuve tirés des dispositifs innocentent ou incriminent le suspect.

La loi anti-chiffrement pourrait affaiblir la sécurité

En effet, si les utilisateurs, avertis qu’ils pourraient recevoir des logiciels malveillants donnant l’accès à leur dispositif à la police en vertu de la loi, arrêtaient de télécharger toutes les mises à jour logicielles (y compris des mises à jour de sécurité) parce qu'ils avaient peur des logiciels espions gouvernementaux, cela pourrait créer des faiblesses systémiques.

Aussi, même si la loi Assistance et Accès se trouve limiter à la seule juridiction australienne, elle pourrait porter atteinte à la confiance mondiale dans tout fabricant de logiciels ayant une présence australienne, y compris Facebook, Google et Apple, susceptible d’aider le gouvernement à faire intrusion dans l’appareil d’un utilisateur à tout moment.

La sécurité peut aussi être davantage dégradée, non seulement, avec l’adoption par d’autres gouvernements de leur propre loi, vu la facilité avec laquelle l’Australie a pu adopter la sienne, mais également, par le fait que les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, membres du des Five Eyes, pourraient accéder à toutes les informations collectées par les espions australiens grâce à leurs nouveaux pouvoirs.

Cependant, la loi Assistance et Accès ne s’applique qu’aux entreprises sous la juridiction australienne. Par exemple, elle ne pourrait s’appliquer à ProtonMail, société suisse de messagerie web chiffrée de bout en bout, dont les centres de données sont situés uniquement en Suisse.

Source : ProtonMail, Business Insider

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

Lire aussi

Angleterre : le ministre d'État à la Défense admet que la nouvelle législation permettra, de demander la suppression du chiffrement de bout en bout
Les cinq pays membres des Five Eyes s'allient contre le chiffrement, qu'ils considèrent comme un obstacle pour leurs services de renseignement
Grande-Bretagne : Theresa May veut créer un nouvel Internet contrôlé et réglementé, par le gouvernement
Le FBI aurait eu recours à des hackers professionnels, pour débloquer l'iPhone du terroriste de l'attaque de San Bernadino
Fallout 76 : le support client de Bethesda fait fuiter des données clients confidentielles par accident, l'éditeur donne des éclaircissements

Une erreur dans cette actualité ? Signalez-le nous !

Avatar de Fagus
Membre actif https://www.developpez.com
Le 11/12/2018 à 17:43
(Je vais me faire allumer par la communauté)
Si certaines entreprises australiennes donnent les clés privées des systèmes de communication, ce n'est peut être pas si grave pour la sécurité (je ne parle pas des libertés individuelles...), tant que le gouvernement ne perd pas les clés. J'ai cru comprendre que la CIA avait déjà obtenu des clés privées des compagnies... Au pire, ça permet juste l'espionnage industriel de masse sous couverture de protection des citoyens.

S'il s'agit d'implémenter des portes dérobées, c'est déjà plus glissant.
Avatar de Bill Fassinou
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 15/12/2018 à 12:18
« Nous ne pouvons pas introduire de porte dérobée dans notre application », indique Signal
contre la loi Assistance and Access Bill de l'Australie

Au début de ce mois de décembre, la Chambre des représentants australienne a adopté le projet de loi Assistance and Access Bill. L'Australie est le premier membre du pacte de partage de renseignements « Five Eyes » (qui est constitué par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie) à adopter un projet de loi de ce type. Le projet de loi anti-chiffrement, tel qu'il est connu, permettrait aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander, avant de le forcer, aux sociétés Internet, aux opérateurs télécoms, aux fournisseurs de messagerie ou à toute personne jugée nécessaire d'avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder. Assistance and Access Bill va permettre à la police de demander à des services de messagerie comme WhatsApp et Signal d’intégrer des portes dérobées, afin de donner aux enquêteurs accès au contenu des messages à condition que ces portes dérobées ne constituent pas des « faiblesses systémiques » dans la sécurité du service.

Le projet de loi devra être entériné dans la loi par la sanction royale, ce qui devrait avoir lieu avant Noël. Les experts en sécurité sont presque à l'unanimité contre les backdoors, précisément à cause de cet affaiblissement. Une fois qu'un tel mécanisme a été implanté dans l'application, il crée une cible pour les agences d'espionnage et les entreprises d'espionnage d'autres pays qui pourraient vouloir voir ce dont les gens discutent, mais également pour des hackers. La question du chiffrement préoccupe les agences de renseignement et les législateurs du monde entier depuis plusieurs années déjà. En particulier après les révélations de surveillance du dénonciateur de la NSA, Edward Snowden, des entreprises technologiques telles qu'Apple, Google et WhatsApp se sont servis de chiffrement de plus en plus forts afin de convaincre les utilisateurs qu'ils peuvent communiquer en toute sécurité. Pendant ce temps, certains enquêteurs ont exprimé leur frustration face à leur incapacité à voir ce que les suspects disent ou ont dit.


Signal, l'application de messagerie instantanée permettant de communiquer de façon chiffrée, affiche son opposition à cette loi australienne qui « est particulièrement pénible en ce qu’il isolera les Australiens des services dont ils dépendent et qu’ils utilisent quotidiennement », selon lui. Signal annonce clairement dans un billet de blog qu'il ne pourra pas introduire de porte dérobée dans son application à cause de la manière dont l'application elle-même est conçue.

Citation Envoyé par Signal
Plus de huit années se sont écoulées depuis la publication de la version bêta publique de ce que l’on appelle maintenant Signal. Tout au long du processus de développement, le projet a dû faire face à la résistance de personnes qui ont du mal à comprendre le chiffrement de bout en bout ou qui cherchent à en affaiblir les effets. Ce n'est pas une nouvelle dynamique. Nous ne pouvons pas introduire de porte dérobée dans Signal, mais ce n’est pas non plus une nouvelle dynamique. De par sa conception, Signal n'a pas d'enregistrement de vos contacts, graphique social, liste de conversation, emplacement, avatar d'utilisateur, nom de profil d'utilisateur, appartenance à un groupe, titres de groupe ou avatars de groupe. Le contenu crypté de bout en bout de chaque message et appel vocal / vidéo est protégé par des clés qui nous sont totalement inaccessibles. Dans la plupart des cas, nous n’avons même pas accès à qui envoie des messages à qui.

Tout ce que nous faisons est open source et tout le monde est libre de vérifier ou d’examiner le code de chaque version. Des versions reproductibles et d’autres comparaisons binaires facilement accessibles permettent de s’assurer que le code que nous distribuons correspond à ce qui est réellement exécuté sur les périphériques de l’utilisateur. Les gens utilisent souvent Signal pour partager des secrets avec leurs amis, mais nous ne pouvons pas les cacher dans notre logiciel. Tout le monde profite de ces décisions de conception, y compris des politiciens australiens. Par exemple, il a été largement rapporté que Malcolm Turnbull, le 29e Premier ministre australien, est un utilisateur de Signal. Il n'est pas seul. Les membres du gouvernement utilisent partout Signal.

Bien que nous ne puissions pas inclure de porte dérobée dans Signal, le gouvernement australien pourrait tenter de bloquer le service ou de restreindre l'accès à l'application elle-même. Historiquement, cette stratégie n'a pas très bien fonctionné. Chaque fois que des services sont bloqués, les utilisateurs adoptent rapidement des VPN ou d’autres techniques d’obscurcissement du réseau pour contourner les restrictions. Si un pays décide de faire pression sur Apple ou Google pour supprimer certaines applications de leurs magasins, le passage à une autre région est extrêmement simple, à la fois sur Android et sur iOS. Les applications les plus populaires sont largement répercutées sur Internet. Certains d'entre eux peuvent même être téléchargés directement à partir de leur site officiel.

Rappelons que Signal n'est pas le seul à s'opposer à cette loi, toute l'industrie de la technologie s'y oppose également. Tenter de contraindre les entreprises de télécommunications australiennes à installer des logiciels espions sur les téléphones des clients dans le cadre de nouveaux plans de sécurité pourrait « nuire gravement » à la cybersécurité du pays, a averti l’industrie. « Les agences pourraient obliger un fabricant d'appareils à précharger (puis dissimuler) des logiciels de pistage ou de capture d'écran (logiciels espions) sur des combinés commerciaux pouvant être activés à distance », ont déclaré dans une communication conjointe la Communications Alliance (l'organe de représentation de Telstra, Optus et de fabricants d’appareils tels que Nokia et Huawei), l’Australian Information Industry Association et l’Australian Mobile Telecommunications Association.

« Le manque de clarté et de détail soulève des préoccupations importantes quant à l'intention, à la mise en œuvre effective et, en fin de compte, à la portée législative ». Le ministre de l'Intérieur, Peter Dutton, cherche à obtenir de nouveaux pouvoirs au nom des agences de sécurité australiennes en réponse à l'utilisation croissante du chiffrement par les criminels : « Les syndicats criminels et les terroristes abusent de plus en plus de ces technologies », a déclaré Dutton dans un discours la semaine dernière tenu devant le Parlement sur The Assistance and Access Bill 2018. « Le projet de loi prévoit des pouvoirs supplémentaires pour les forces de l’ordre en matière d'accès informatique ouvert et caché. L'accès aux ordinateurs implique l'utilisation de logiciels pour collecter des informations directement à partir de dispositifs », a-t-il déclaré. L'industrie de la technologie s’est montré unanime en s’opposant au projet de loi, malgré les assurances de Dutton, selon lesquelles la législation ne va pas « affaiblir le chiffrement et ne va pas introduire des portes dérobées au sein des dispositifs chiffrés ».

Apple a officiellement fait opposition au nouveau projet de loi proposé par le gouvernement australien qui, selon les critiques, va contribuer à affaiblir le chiffrement. Dans sa lettre, Apple a fait valoir que : « Nous coopérons depuis longtemps avec le gouvernement australien sur des questions critiques et nous remercions le Parlement de nous avoir permis de partager notre point de vue sur ce sujet. « Nous prenons extrêmement au sérieux le rôle de la technologie en général - et le rôle de Apple en particulier - dans la protection de la sécurité nationale et la vie des citoyens. Même si nous nous efforçons de livrer des expériences agréables aux utilisateurs d'iPhone, d'iPad et de Mac, notre équipe travaille sans relâche pour garder une longueur d'avance sur les agresseurs criminels qui cherchent à extraire des informations personnelles et même à s'approprier des appareils pour des agressions plus vastes qui nous mettent tous en danger. Ces menaces ne font que devenir plus sérieuses et sophistiquées avec le temps.

« C'est précisément à cause de ces menaces que nous supportons un chiffrement fort. Tous les jours, plus d’un billion de transactions se produisent en toute sécurité sur Internet comme une résultante des communications chiffrées. Celles-ci vont des opérations bancaires en ligne par carte de crédit aux échanges de dossiers médicaux, en passant par des photos d'un nouveau petit-enfant aux messages échangé entre proches. Les menaces sur ces communications et données sont très réel et de plus en plus sophistiquées ».

Source : Billet de blog

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Voir aussi

L'Australie adopte son projet de loi anti-chiffrement sans amendements malgré les protestations de l'industrie technologique

Australie : le projet de loi visant à contraindre les télécoms à installer des spyware sur mobile pourrait "nuire gravement" à la cybersécurité

Apple à l'Australie: « Ce n'est pas le moment d'affaiblir le chiffrement », l'entreprise fait valoir que ce projet de loi n'est pas la solution
Avatar de tanaka59
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 15/12/2018 à 19:13
Oké alors demain on remet en cause le fondement du chiffrement des transactions par CB ? On sera contraint de donner notre code de CB à la police ou une autre entreprise plus ou moins sombre et douteuse ?

Des bureaucrates qui n'y connaissent rien nous pondent ce genre de lois ! Sans savoir que le risque de détricoter l'existant est extrêmement dangereux ! On reparle des violations massives de carte CB chez Target en 2013 ?
Avatar de Christian Olivier
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 25/02/2019 à 17:03
FastMail perdrait des clients en Australie depuis l’adoption de lois anti-chiffrement
Et ferait face à des demandes de transfert de ses opérations

Le fournisseur australien de messagerie hébergé, FastMail, a déclaré avoir perdu des clients et être confronté à des demandes « ;régulières ;» de transfert de ses opérations en dehors de l’Australie suite à l’adoption par ce pays de lois anti-chiffrement. Et ce ne serait pas la seule entreprise technologique opérant sur le sol australien à déplorer cette situation, puisque d’autres, comme le groupe Senetas qui conçoit des solutions de chiffrement certifiées pour protéger les informations des gouvernements et des entreprises, font état d’un constat similaire.


FastMail, qui propose des services de courrier électronique sans publicité aux utilisateurs de 150 pays, a signalé à un comité du parlement australien que les effets négatifs de l’adoption des dernières lois en matière de confidentialité des données et de sécurité dans ce pays commençaient à se faire ressentir, même si elle minimise leurs conséquences sur ses activités. La société en a également profité pour faire part de ses craintes au sujet des « ;capacités techniques secrètes ;» ajoutées aux produits et services destinés à aider les forces de l’ordre dans le cadre de la mise en œuvre de ces lois anti-chiffrement.

À ce propos, Bron Gondwana, directeur général de FastMail, a déclaré : « ;La manière dont [les lois] ont été introduites, débattues et finalement adoptées ... donne l’impression que l’Australie a changé — que nous ne sommes plus un pays qui respecte le droit à la vie privée ;». FastMail aurait déjà noté l’impact négatif de cette perception sur ses activités et des clients lui demanderaient « régulièrement s’il ne prévoit pas déménager ».

Toujours d’après l’entreprise, les « ;capacités techniques secrètes ;» précédemment évoquées ne resteront probablement pas secrètes longtemps. Elles pourraient être supprimées et compromises en interne par des codeurs ne connaissant pas ces capacités ou identifiant leur présence comme anormale.

À ce sujet, Gondwana a expliqué : « ;Notre personnel est curieux et capable. Si notre système se comporte de manière inattendue, il tentera de comprendre pourquoi. C’est un élément clé de la découverte de bogues et de la sécurité de nos systèmes ;».

D’après lui, « ;des codes secrets d’exfiltration de données peuvent être découverts par des bricoleurs ou même par des sociétés antivirus examinant un comportement inattendu ;». De plus, il estime qu’à « ;mesure que le code est remanié et les produits changent au fil du temps, s’assurer qu’une capacité technique n’est pas perdue implique que tous ceux travaillant à la conception et à l’implémentation doivent savoir que la capacité technique existe et en tenir compte ;».

Source : Correspondance de FastMAil au Comité parlementaire australien (PDF)

Et vous ?

Qu’en pensez-vous des déclaration du PDG de FastMail ?
Le gouvernement australien devrait révéler aux entreprises ses portes dérobées et collaborer avec eux ou simplement faire machine arrière ?

Voir aussi

La vague loi anti-chiffrement de l'Australie établit un terrible précédent mondial, et représente « un risque énorme pour notre sécurité numérique »
Angleterre : le ministre d'État à la Défense admet que la nouvelle législation permettra, de demander la suppression du chiffrement de bout en bout
Les cinq pays membres des Five Eyes s'allient contre le chiffrement, qu'ils considèrent comme un obstacle pour leurs services de renseignement
« Nous ne pouvons pas introduire de porte dérobée dans notre application », indique Signal, contre la loi Assistance and Access Bill de l'Australie
Avatar de NBoulfroy
Membre confirmé https://www.developpez.com
Le 25/02/2019 à 17:55
Au delà de la question de la violation de la vie privée, il se pose une question assez intéressante : comment cela se passe t'il si le gouvernement bascule vers un extrême qui désire ficher et espionner la vie des gens ? On est pas à l'abri de ce fait, je vous rappel que des pays ont déjà fait un tour de ce côté (non, je ne parle pas d'un pays en particulier avant 1945, il n'y a pas eu que celui-là !).
Avatar de Cassoulatine
Inactif https://www.developpez.com
Le 25/02/2019 à 18:01
Bron Gondwana, directeur général de FastMail
Le Gondwana est un supercontinent formé à la toute fin du Néoprotérozoïque (– 600 millions d'années) et qui a commencé à se fracturer au Jurassique (– 160 millions d'années).

Avatar de Stan Adkens
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 11/03/2019 à 23:16
La loi anti-chiffrement d'Australie ridiculisée sur la scène mondiale par des experts internationaux en cryptographie
La loi ne serait pas productive

La loi anti-chiffrement de l’Australie rencontre une autre opposition, après celle de toute l’industrie de la technologie. La loi qui contraint les entreprises de télécommunications australiennes à installer des logiciels espions sur les téléphones des clients a été ridiculisée par des experts internationaux en cryptographie lors de la conférence annuelle sur la sécurité, RSA. Selon l’un des Experts, cette loi adoptée à la hâte en décembre dernier ne serait pas productive.

En effet, La Chambre des représentants australienne a adopté le projet de loi Assistance and Access Bill le 6 décembre dernier malgré l’opposition de toute l’industrie de la technologie. Selon la dernière rédaction du projet de loi anti-chiffrement de l’Australie, la loi permettrait aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander, avant de forcer les sociétés Internet, les opérateurs télécoms, les fournisseurs de messagerie ou toute personne jugée nécessaire pour avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder.


Dans la pratique, Assistance and Access Bill va permettre à la police de demander à des services de messagerie comme WhatsApp et Signal d’intégrer des portes dérobées, afin de donner aux enquêteurs accès au contenu des messages à condition que ces portes dérobées ne constituent pas des « faiblesses systémiques » dans la sécurité du service. Le projet de loi controversé a pu être adopté lors de la dernière séance du parlement australien l’année dernière sans amendements. Le parti travailliste de l’opposition, qui avait tenté de modifier le projet de loi, a dû abandonner ses amendements à la dernière minute pour éviter que le débat sur le projet se poursuive en 2019. Le chef de l'opposition, Bill Shorten, a également déclaré que c'était parce qu'il ne voulait pas compromettre la sécurité des Australiens dans le contexte théorique d'un attentat terroriste pendant la pause estivale.

De nombreux pays à travers le monde fournissent d’énormes efforts pour contrecarrer le chiffrement de la communication. C’est le cas de la Grande-Bretagne avec la loi britannique sur les pouvoirs d'investigation et des Etats-Unis avec les programmes de décryptage de la NSA. Ces deux pays font d’ailleurs partie des Five Eyes qui, pour lutter contre la montée du terrorisme, ont décidé qu’il fallait intensifier la pression sur les géants des télécommunications et de la technologie afin de faciliter l’accès au contenu déchiffré des messages chiffrés des personnes soupçonnées de terrorisme. Cependant, la loi anti-chiffrement de l’Australie va plus loin en mettant en grand danger le chiffrement numérique.

L’un des experts réunis à la conférence RSA, le pionnier de la cryptographie Whitfield Diffie et également membre d'un panel régulier à la conférence, a déclaré que la loi australienne ne sera pas « productive ». « Je pense que le problème est en gros le suivant : il est en fait facile de perturber l'utilisation de la cryptographie par des organisations commerciales légitimes à grande échelle pour leur causer beaucoup de problèmes, mais il n'est pas certain que ces techniques causeront autant de problèmes aux terroristes, par exemple », a déclaré M. Diffie. « Donc je pense que c'est une étape qui ne sera pas productive », a-t-il ajouté.

Diffie a également attaqué le fondement de la loi australienne en faisant référence à la citation immortelle de l'ancien premier ministre Malcolm Turnbull selon laquelle « les lois des mathématiques sont très louables, mais la seule loi qui s'applique en Australie est celle de l'Australie ».

Whitfield Diffie a été rejoint ensuite par Paul Kocher, chercheur indépendant dans le domaine de la sécurité, pour continuer à dépeindre les limites de la loi anti-chiffrement australienne. Kocher s’en est pris, en particulier, à la section de la loi qui permet aux forces de l'ordre de cibler des employés individuels pour affaiblir secrètement les systèmes et ensuite ne le dire à personne, y compris à leur propre employeur, sous peine d'une peine importante de prison.


« La nouvelle loi australienne peut mettre les développeurs en prison s'ils refusent de mettre des portes dérobées dans leurs produits ou s'ils disent à qui que ce soit qu'ils l'ont fait », a déclaré M. Kocher, avant d’ajouter que « Pour moi, c'est 100 % à l'envers ». Selon M. Kocher, « Si quelqu'un devait aller en prison, ce sont les développeurs qui se faufilent à travers les portes dérobées des produits et ne disent pas à leurs managers et à leurs clients qu'ils l'ont fait ».

M. Kocher a également mis en doute la capacité de l'Australie à éviter que les faiblesses introduites ne tombent entre les mains des personnes malveillantes. « Les portes dérobées secrètes sont un peu comme des agents pathogènes, et les gouvernements ont fait un travail épouvantable pour leur gestion », a déclaré M. Kocher.

M. Kocher a fait référence à la cyberattaque NotPetya aux Etats-Unis pour dire que l’Australie ne pourra pas être en mesure de contenir les menaces qui pourraient profiter des faiblesses introduites dans les produits. « Pour tous ceux qui ont dû faire face à la situation de NotPetya, qui a coûté environ 10 milliards de dollars aux entreprises, c'est essentiellement la militarisation des exploits qui a fait l'objet de fuites de la part de l’Agence National de la Securité des Etats-Unis », a dit M. Kocher.

« Je ne pense pas que l'Australie puisse faire un meilleur travail que la NSA, donc cela ne va vraiment pas bien se terminer pour nous tous d'avoir ce genre de politique qui soit adoptée, que ce soit en Australie ou ailleurs dans le monde. », a-t-il ajouté.

Dès le départ, cette loi a soulevé des inquiétudes chez les entreprises de la technologie. « Les agences pourraient obliger un fabricant d'appareils à précharger (puis dissimuler) des logiciels de pistage ou de capture d'écran (logiciels espions) sur des combinés commerciaux pouvant être activés à distance », ont déclaré, en septembre dernier, dans une communication conjointe la Communications Alliance (l'organe de représentation de Telstra, Optus et de fabricants d’appareils tels que Nokia et Huawei), l’Australian Information Industry Association et l’Australian Mobile Telecommunications Association.

En novembre, Apple a officiellement fait opposition à ce projet de loi. Pour Apple, tenter de contraindre les entreprises de télécommunications australiennes à installer des logiciels espions sur les téléphones des clients dans le cadre de nouveaux plans de sécurité pourrait « nuire gravement » à la cybersécurité du pays.

Par ailleurs, en février, le fournisseur australien de messagerie hébergé, FastMail, a déclaré avoir perdu des clients et être confronté à des demandes « ;régulières ;» de transfert de ses opérations en dehors de l’Australie suite à l’adoption par ce pays de lois anti-chiffrement. De nombreuses autres entreprises telles que le groupe Senetas qui conçoit des solutions certifiées de chiffrement, se sont plaintes depuis l’adoption de la loi.

Source : RSA Conference

Et vous ?

Qu’en pensez vous ?
La loi anti-chiffrement de l’Australie ne sera pas productive. Quel est votre avis par rapport à cette affirmation ?
A votre avis, quel impact cette loi aura sur les entreprises en Australie ?

Lire aussi

Dix géants de la Silicon Valley regroupés autour du RGS réaffirment leur opposition à la loi anti-chiffrement, et s'accordent sur six principes
Apple à l'Australie: « Ce n'est pas le moment d'affaiblir le chiffrement », l'entreprise fait valoir que ce projet de loi n'est pas la solution
Australie : refuser de déverrouiller son smartphone pourrait bientôt être sanctionné de 10 ans de prison, dans le cadre d'une enquête
Des chercheurs contournent le chiffrement des machines virtuelles SEV d'AMD, et parviennent à récupérer en clair des données normalement chiffrées
Le chiffrement bout-en-bout de WhatsApp empêche des enquêteurs d'avancer dans une affaire criminelle, les enquêteurs dans l'impasse vu les enjeux
Avatar de Stéphane le calme
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 28/03/2019 à 12:14
Microsoft prévient que les entreprises ne sont « plus à l'aise » à l'idée de stocker leurs données en Australie,
depuis l'adoption de la loi anti-chiffrement

Brad Smith, le responsable en chef des affaires juridiques de Microsoft, a prévenu que les entreprises et les gouvernements étrangers n'étaient « plus à l'aise » pour envoyer leurs données en Australie après que le projet de loi Assistance and Access Bill, qui donne aux agences de sécurité des pouvoirs renforcés pour accéder aux données chiffrées des suspects, a été adopté à la hâte par le Parlement et légiféré à la fin de l'année dernière.

Smith a déclaré à un auditoire de Canberra que les lois étaient trop vagues et nuisaient à l'industrie technologique australienne ainsi qu’à l'économie en général, car les entreprises s'inquiétaient pour la protection de la vie privée et se tournaient vers les marchés étrangers.

« Lorsque je voyage dans d'autres pays, j'entends des entreprises et des gouvernements dire "nous ne sommes plus à l'aise de placer nos données en Australie". Ils nous demandent donc de créer davantage de centres de données dans d'autres pays », a déclaré Smith.

À la fin de l’année dernière, la Chambre des représentants australienne a adopté le projet de loi Assistance and Access Bill. Le projet de loi anti-chiffrement permet aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander, avant de les y contraindre, aux sociétés Internet, aux opérateurs télécoms, aux fournisseurs de messagerie ou à toute personne jugée nécessaire d'avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder.

Un rapport en a relevé quelques points clés. En vertu de cette loi, les agences gouvernementales australiennes pourraient émettre trois types d'avis:
  • Les avis d'assistance technique (TAN - Technical Assistance Notices), qui sont des avis contraignant, obligeant un fournisseur de communications à utiliser une capacité d'interception dont ils disposent déjà;
  • Les avis de capacité technique (TCN - Technical Capability Notices), qui sont des avis contraignant qui obligent un fournisseur de communications à créer une nouvelle capacité d'interception, afin qu'il puisse respecter les avis d'assistance technique ultérieurs; et enfin
  • Les demandes d'assistance technique (TAR - Technical Assistance Requests), décrites par les experts comme les plus dangereuses de toutes.

Dans la pratique, Assistance and Access Bill va permettre à la police de demander à des services de messagerie comme WhatsApp et Signal d’intégrer des portes dérobées, afin de donner aux enquêteurs accès au contenu des messages à condition que ces portes dérobées ne constituent pas des « faiblesses systémiques » dans la sécurité du service.


Des lois essentielles pour lutter contre le terrorisme, selon le gouvernement

Le gouvernement fédéral soutient que ces lois sont essentielles pour lutter contre le terrorisme et les crimes graves, mais l'industrie technologique les a décrites comme disposant d’une portée excessive qui nuirait à l'industrie et porterait atteinte à la vie privée.

Les experts en sécurité sont presque à l'unanimité contre les backdoors, précisément à cause de cet affaiblissement. Une fois qu'un tel mécanisme a été implanté dans l'application, il crée une cible pour les agences d'espionnage et les entreprises d'espionnage d'autres pays qui pourraient vouloir voir ce dont les gens discutent, mais également pour des hackers.

L'Australie est le premier membre du pacte de partage de renseignements « Five Eyes » (qui est constitué par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie) à adopter un projet de loi de ce type.

La question du chiffrement préoccupe les agences de renseignement et les législateurs du monde entier depuis plusieurs années déjà. En particulier après les révélations de surveillance du dénonciateur de la NSA, Edward Snowden, des entreprises technologiques telles qu'Apple, Google et WhatsApp se sont servis de chiffrement de plus en plus forts afin de convaincre les utilisateurs qu'ils peuvent communiquer en toute sécurité. Pendant ce temps, certains enquêteurs ont exprimé leur frustration face à leur incapacité à voir ce que les suspects disent ou ont dit.

Smith a rappelé que l'Australie avait acquis une réputation qui faisait d’elle une destination pour les entreprises désireuses d’y stocker les données de leurs clients. Cette image s’est altérée au cours des six derniers mois.

« Cela n'a pas changé, à ce jour, tout ce que nous avons dû faire en Australie, mais nous nous inquiétons de certains aspects du droit en termes de conséquences potentielles ».


Microsoft s'inquiète de la confidentialité en Australie

Smith a déclaré qu'il ne croyait pas que les lois visaient à créer une « porte dérobée » qui saperait la technologie de cryptage, mais a qualifié la législation de vague.

Smith a déclaré qu'il était dans l'intérêt du gouvernement australien d'atténuer les inquiétudes concernant la législation ou de la modifier : « Il existe une phrase merveilleuse qui permet aux entreprises d'éviter de créer une faiblesse systémique, mais cette phrase n'est pas définie », a-t-il déclaré.

« Jusqu'à ce qu’elle soit définie, je pense que les gens vont s'inquiéter et que nous serons parmi ceux qui vont l'inquiéter parce que nous pensons qu'il est d'une importance vitale de protéger la vie privée de nos clients ».

L’industrie technologique australienne a réitéré cette semaine ses demandes de modification des lois avant les élections, estimant qu’il devrait y avoir davantage de contrôle et une réduction de la portée.

Les entreprises australiennes, des Huawei en devenir ?

La Direction australienne des transmissions (ASD - Australian Signals Directorate) a rejeté les accusations selon lesquelles les lois donneraient aux agences de sécurité un pouvoir sans entrave ou que des entreprises de technologie seraient forcées de se tourner vers l’étranger.

« L'Australie n'est pas le premier pays à adopter ce type de législation - et nous ne serons pas les derniers », a déclaré le directeur général de l'ASD, Mike Burgess.

« Les agences britanniques ont déjà des pouvoirs similaires et d’autres pays envisagent leurs options. Les affirmations selon lesquelles la législation conduira les sociétés de technologie à l'étranger sont elles aussi défectueuses »..

Mike Burgess a finit par qualifier de « mythe » les peurs des entreprises autraliennes qui craignent pour leur réputation à l’international du fait de la loi sur le chiffrement. Lors du forum de Sydney, cette affirmation a été rejetée par les participants de l'industrie. Eddie Sheehy, un investisseur technologique et ancien directeur général du fournisseur de cybersécurité Nuix, a déclaré à ce propos que Burgess « ne sait pas ce qu’il dit ».

Il a ajouté que, en réponse à une question ultérieure, la loi avait la « capacité de transformer de nombreuses entreprises australiennes en Huawei en ce sens qu’en plusieurs endroits, plusieurs pourraient hésiter à faire appel à elles ».

Nicola Nye, directeur de cabinet chez FastMail, a déclaré que certains clients n'utilisaient plus ses services en raison de la loi, tandis que d'autres avaient exprimé leurs préoccupations par le biais de soumissions au comité mixte parlementaire sur le renseignement et la sécurité. Le comité étudie les amendements proposés et fera rapport la semaine prochaine.

Source : Guardian
Contacter le responsable de la rubrique Accueil

Partenaire : Hébergement Web