Non, l'exposition à l'écran n'a aucun effet sur le bien-être des enfants,
L'usage de la tech est aussi dangereux que consommer des pommes de terre

Le , par Michael Guilloux

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Aujourd'hui, bon nombre de parents s’inquiètent de ce que le temps passé devant un écran à envoyer des messages sur SnapChat, WhatsApp, Instagram ou Facebook pourrait avoir comme effet sur leurs enfants. Une série d’études a en effet montré que rester sur des écrans pendant longtemps peut provoquer des niveaux alarmants d’anxiété, de dépression, entre autres troubles chez les adolescents. D'autres vont jusqu'à dire que « donner un smartphone à un enfant, c’est comme lui donner un gramme de cocaïne. »

Toutes ces études qui se veulent scientifiques ont contribué à tirer la sonnette d'alarme chez les parents et tous ceux qui sont impliqués dans l'éducation des enfants, au point où des mesures sont envisagées par les politiques. En France par exemple, la Commission de la culture a adopté à l'unanimité, en novembre dernier, une proposition de loi visant à lutter contre l'exposition précoce des enfants aux écrans. Rappelons que cette mesure fait suite à l'interdiction des smartphones à l'école, qui vise, entre autres, à lutter contre l'addiction aux écrans. Une addiction qui, selon le ministre de l'Éducation, fait des dégâts. Il estime que l'utilisation des smartphones en milieu scolaire a pour conséquence « la baisse de la lecture et des exercices physiques, le danger d’être exposé à des contenus violents et pornographiques, le cyber harcèlement... ». Mais une nouvelle étude, apparemment plus rigoureuse, réalisée par des chercheurs de l'université d'Oxford vient balayer ce qu'on pourrait voir désormais comme des superstitions à propos de l'utilisation des technologies numériques par les enfants.


L'étude, publiée cette semaine dans Nature Human Behavior, montre que l'impact de l'utilisation des écrans sur le bien-être social et psychologique des enfants a été fortement exagéré, notamment à cause d'une utilisation de méthodes d'analyse moins rigoureuses. « L'utilisation généralisée des technologies numériques par les jeunes a suscité des spéculations selon lesquelles leur utilisation régulière aurait un impact négatif sur le bien-être psychologique. Les preuves empiriques soutenant cette idée sont largement basées sur des analyses secondaires d'ensembles de données sociales à grande échelle. Bien que ces ensembles de données constituent une ressource précieuse pour les enquêtes très puissantes, leurs nombreuses variables et observations sont souvent explorées avec une souplesse analytique qui permet de déterminer les effets mineurs comme statistiquement significatifs, ce qui peut conduire à des résultats faussement positifs et contradictoires », explique Andrew Przybylsk, auteur principal de l'étude.

Les chercheurs d'Oxford exposent les pièges des méthodes statistiques utilisées dans les études précédentes et proposent une alternative « pour examiner de manière rigoureuse les preuves corrélationnelles des effets de la technologie numérique sur les adolescents. » Et surtout, ils utilisent trois ensembles de données sociales à grande échelle, avec au total plus de 350 000 adolescents, pour montrer de manière convaincante que, au niveau de la population, l’utilisation de la technologie a un effet presque négligeable sur le bien-être psychologique des adolescents. L'impact de l'utilisation des technologies numériques est mesuré à l’aide de tout un tas de questions portant sur les symptômes dépressifs, les idées suicidaires, le comportement social, les problèmes de relations entre pairs, etc.

À la fin, les chercheurs découvrent que l'utilisation des technologies numériques n'a presque aucun effet sur le bien-être des enfants. « L'association que nous trouvons entre l'utilisation de la technologie numérique et le bien-être chez les adolescents est négative, mais petite », disent-ils. L'utilisation de la technologie explique en effet « au plus 0,4 % la variation du bien-être. La prise en compte du contexte plus large des données suggère que ces effets sont trop faibles pour justifier un changement de politique », ont-ils conclu. Pour mettre en évidence ce que représentent ces 0,4 %, les chercheurs d'Oxford expliquent que l’utilisation de la technologie numérique est aussi nocive que la consommation de pommes de terre, tandis que le port de lunettes a un effet négatif plus important sur la santé mentale des adolescents.

Non, donner un smartphone à un effet n'a pas le même effet que lui donner un gramme de cocaïne ! Les parents peuvent donc pousser un ouf de soulagement sur la base de la nouvelle étude. Elle montre en effet que la consommation de la marijuana et le harcèlement présentaient des associations négatives beaucoup plus importantes pour la santé mentale des adolescents (à 2,7 % et 4,3 % respectivement dans l'un des ensembles de données). Et certains comportements positifs, comme dormir suffisamment et prendre régulièrement le petit-déjeuner, étaient beaucoup plus étroitement associés au bien-être que l'utilisation de la technologie. Même en se basant des données qui ont permis à d'autres chercheurs de dire que l'utilisation des technologies est dangereux pour les enfants, nos chercheurs d'Oxford maintiennent leur conclusion : le temps passé devant un écran ne nuit pas du tout aux enfants. Ce qui indique qu'il y avait un problème de rigueur d'analyse dans les études précédentes.

Cela dit, les chercheurs n'encouragent pas les parents à donner immédiatement des smartphones à leurs enfants. L'étude montre que, dans l'ensemble de la population, les écrans n'ont pas vraiment d'impact sur la santé mentale des enfants. Cela ne veut pas dire qu'un adolescent ne risque pas d'avoir un problème d'addiction aux écrans. Il est donc toujours important de contrôler leur usage des technologies numériques.

Sources : Étude sur la liaison entre l'utilisation des technologies numériques et le bien-être des adolescents, Scientific American

Et vous ?

Que pensez-vous de cette nouvelle étude ? Les partagez-vous ?
Surveillez-vous l'utilisation des technologies numériques par vos enfants ? Comment ?

Voir aussi :

Donner un smartphone à un enfant aurait le même effet que lui donner un gramme de cocaïne, d'après un expert en addiction
France : la Commission de la culture adopte à l'unanimité la proposition de loi visant à lutter contre l'exposition précoce des enfants aux écrans
Que pensez-vous de l'addiction des jeunes aux nouvelles technologies ? À 12 ans, elle empoisonne sa mère pour avoir confisqué son iPhone
L'addiction à l'iPhone peut entraîner des troubles émotionnels, cognitifs et physiologiques, d'après les résultats d'une recherche
L'utilisation excessive d'Internet pourrait causer l'hypertension artérielle et le surpoids chez les adolescents, d'après une étude

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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 14:45
Here we address these methodological challenges by applying speci-fication curve analysis (SCA) across three large-scale social datasets (total n ;= ;355,358) to rigorously examine correlational evidence for the effects of digital technology on adolescents. The association we find between digital technology use and ado-lescent well-being is negative but small, explaining at most 0.4% of the variation in well-being.
Déjà qu'est-ce que ça veut dire "santé mental" et comment on l'a mesure ?
Il y a d'autres problèmes qui viennent avec les smartphones.
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message
Cela dit, les chercheurs n'encouragent pas les parents à donner immédiatement des smartphones à leurs enfants. L'étude montre que, dans l'ensemble de la population, les écrans n'ont pas vraiment d'impact sur la santé mentale des enfants. Cela ne veut pas dire qu'un adolescent ne risque pas d'avoir un problème d'addiction aux écrans. Il est donc toujours important de contrôler leur usage des technologies numériques.
Les enfants devraient jouer avec des objets physique, ils devraient construire des trucs, aller jouer dehors avec leur potes, etc.
Il y a des parents qui laissent leurs enfants jouer sur une tablette pour être tranquille, ça va freiner le développement de certaines choses chez l'enfant.

Pour une fois je suis d'accord avec Bill Gates et Steve Jobs :
Bill Gates, Steve Jobs… Quand les patrons de la Silicon Valley interdisent les écrans à leurs enfants
Troubles de l'attention, retard de langage, addiction… En mai, les professionnels de la santé et de la petite enfance ont publié une tribune dans Le Monde dénonçant les "graves effets d’une exposition massive et précoce des bébés et des jeunes enfants à tous types d’écrans". "Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs", écrivaient-ils.

Au-delà des professionnels de santé, des personnalités plus inattendues mettent en avant les risques des écrans ou des réseaux sociaux pour les plus jeunes. A l'image de Chamath Palihapitiya, un ancien cadre de Facebook, qui défend à ses enfants de toucher à "cette merde", comme il l'a expliqué lors d'un débat organisé en novembre à la Stanford Graduate School of Business. Et il n'est pas le seul cadre de sociétés high-tech qui limite l'utilisation des produits qu'il a lui-même contribué à créer.
Avatar de prikama
Membre du Club https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 14:58
étude financée par le lobby des écrans
Avatar de Anselme45
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 15:14
L'étude en question a été financée par qui?

Quelles sont les sources de financement des ces "chercheurs"?

Des "chercheurs", des "scientifiques", des "experts" ont réalisé des centaines d'étude depuis les années 50 pour définir si la cigarette était nocive pour la santé. Étonnamment, toutes les études concluaient que "le fumée est bonne pour la santé"!

Il a fallu attendre 50 ans pour apprendre que ces "recherches" étaient financée par les multinationales de la cigarette...
Avatar de arond
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 15:37
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
L'étude en question a été financée par qui?

Quelles sont les sources de financement des ces "chercheurs"?

Des "chercheurs", des "scientifiques", des "experts" ont réalisé des centaines d'étude depuis les années 50 pour définir si la cigarette était nocive pour la santé. Étonnamment, toutes les études concluaient que "le fumée est bonne pour la santé"!

Il a fallu attendre 50 ans pour apprendre que ces "recherches" étaient financée par les multinationales de la cigarette...
il faudrait payer l'article pour avoir accès à la totalité du papier. pour vérifier qui a financé et si les conclusions sont pas si dénuées de bon sens.
Avatar de NaSa
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 15:59
Il y a certainement des effets physiologiques à une exposition prolongée à des écrans, mais de là à ce que les effets soient psychologiques me paraît un peu exagéré.
Quand aux études elles sont souvent financées par des Lobby et les stats on peut leur faire dire ce que l'on veut.
En conclusion c'est que la possibilité n'est pas écartée, mais pas prouvée non plus, ce sont comme les substances possiblement cancérigènes (Groupe 2 CIRC).

A chaque évolution technologique, il y a eu des détracteurs. Sur ces sujets on part vite en troll.
...chaque innovation suscite des controverses.

Je propose que sur le principe de précaution, que l'on interdise à la vente de smartphones en France et que l'on réduise la vitesse à 30 Kmh
Avatar de SkyZoThreaD
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 16:01
Peu importe qui finance l'étude. En science, une étude isolé et non reproduite n'a jamais constitué une preuve de quoi que ce soit...
D'ailleurs il serait bien d'utiliser le conditionnel dans le titre de cette news Mr Guilloux
Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 16:05
Citation Envoyé par NaSa Voir le message
Il y a certainement des effets physiologiques à une exposition prolongée à des écrans, mais de là à ce que les effets soient psychologiques me paraît un peu exagéré.
T'es libre de laisser des enfants qui ont 3, 4 ans passer des heures par jour sur une tablette.
Personnellement je pense qu'il existe des activités plus intéressantes pour leur développement.

Avatar de Citrax
Membre actif https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 16:11
Il est sorti de l'activité interactive sur tablette ordinateur pour enfant sont très pratique instructive et intelligente. Par contre toujours est ordonné scientifique ou informaticien pour prouver que des vidéos YouTube et compagnie ça n'a rien d'autres un effet abrutissant. Il suffit de regarder les adultes alors quoi les enfants on de meilleur défense ?
Avatar de Conan Lord
Membre expert https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 16:29
Citation Envoyé par Citrax Voir le message
Il est sorti de l'activité interactive sur tablette ordinateur pour enfant sont très pratique instructive et intelligente. Par contre toujours est ordonné scientifique ou informaticien pour prouver que des vidéos YouTube et compagnie ça n'a rien d'autres un effet abrutissant. Il suffit de regarder les adultes alors quoi les enfants on de meilleur défense ?
Je rejoins un peu ton avis... On parle "des écrans", sans faire spécialement d'efforts pour distinguer les différents types d'activité sur écran, ce qui serait hautement intéressant.
Personnellement, j'ai remarqué avec les miens que tout ce qui les happait avait tendance à les abrutir. J'ai fait l'erreur une fois de mettre Tinga Tinga sur YouTube (il est super bien ce dessin animé), mais ensuite il a automatiquement lancé une vidéo de déballage d'œufs surprise. Ça a fasciné les enfants de façon incroyable. J'ai coupé tout de suite => pleurs. Par contre, quand ils jouent à GCompris ou à Scratch le week-end, ils s'arrêtent d'eux-mêmes en l'espace d'une demi heure pour aller jouer aux cubes ou autre. J'en ai conclu (je ne veux pas généraliser, mais ce serait intéressant à étudier) qu'il fallait être attentif à ce que l'enfant n'ait pas une tête de zombie quand il est sur un écran, et qu'il soit au contraire actif (pas au niveau des doigts, on peut scotcher grave sur un tétris) mais qu'il soit globalement actif et stimulé. De cette façon, mes enfants (peut-être les autres ?) ne dépassent jamais 2 heures d'écran par jour de pluie le week-end, sans que j'aie besoin de les pousser.
Là encore, l'attention portée à l'enfant et le jugement personnel sont rois.
Avatar de Eric80
Membre averti https://www.developpez.com
Le 24/01/2019 à 17:22
pareil que les autres: ici je ne crois ni à cette étude ni aux autres qui disent le contraire, car on parle de bien-être psychologique et je suis très sceptique sur les critères d'évaluation du bien-être psychologique.

Par contre, pas besoin d'être grand clerc pour se convaincre qu une exposition aux écrans (et au delà des écrans, aux machines de manière générale', coucou les assistants vocaux qui arrivent en force!) modifie le bien-être (et comportement) social des humains (et donc des enfants), et pose AMHA un réel problème sur les liens humains: une fois qu on sera tous habitué à utiliser des machines pour tout, quel seront les besoins d un être lambda de d'adresser à autrui?

L'observation actuelle valide dans quasi tous les pays du monde est d'ailleurs assez intéressante: plus la population est dense, moins les gens dans la rue discutent entre eux. La densité des villes oppresse et invite peu au dialogue.
L'ajout d'outils personnels comme le smartphone (écran et assistants personnels) permet de mieux en mieux de se débrouiller sans échange direct avec ses voisins (par ex dans le tram/metro, dans certaines cultures comme au Japon, il ne faut pas déranger son voisin)!

À l'inverse, allez dans n'importe quel village de campagne: comme on ne croise pas tant d autres gens, les contacts sont bcp plus naturels: les gens inconnus se disent bonjour dans la rue! C'est AMHA un élément essentiel du bien-être social.
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