Réforme du lycée : les maths ne sont-elles utiles que dans les domaines scientifiques et informatiques
Pour être reléguées au rang de spécialité ?

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
À la mi-février, le ministre français de l'Éducation a dévoilé la tant débattue réforme du Bac et du lycée qui, comme on s'y attendait, a marqué la fin des séries au lycée, du moins pour la voie générale. Pour les partisans de cette réforme, il s'agit de repenser le lycée afin de mieux accompagner les élèves dans la conception de leur projet et dans l'acquisition des connaissances et des compétences nécessaires à leur poursuite d'études.

Avec la disparition des filières S, L et ES, les élèves suivront un tronc commun et choisiront trois spécialités en première et deux en terminale. Dans le tronc commun figurent le français, la philo, l’histoire-géographie et l’enseignement moral et civique, deux langues vivantes, le sport et un enseignement scientifique. Mais pas les mathématiques qui deviennent de fait un enseignement de spécialité. Alors que les lycées doivent cette semaine dévoiler aux élèves de seconde les spécialités qu'ils proposeront dans le cadre du nouveau Bac, tous s'interrogent donc sur la place qui sera désormais accordée aux mathématiques.

Jusqu'à présent, les mathématiques étaient obligatoires jusqu'au Bac pour la très grande majorité des lycéens en filière générale. Mais avec la réforme du lycée, la discipline ne figure plus dans le tronc commun après la seconde. Comme l'a expliqué le ministère, « les maths seront toujours présentes hors spécialité » dans un enseignement scientifique global prévu pour tous les élèves. Mais ce seront des maths appliquées à la physique et à la biologie, ce qui ne satisfait pas les professeurs. Après la seconde, la discipline devient donc un enseignement de spécialité que l'élève aura la liberté de choisir ou pas.


Michel Imbert, professeur de maths à Grenoble, regrette cette situation. D'après lui, le risque en faisant des mathématiques une spécialité est « qu’il y ait beaucoup plus d’élèves qu’avant qui ne fassent plus de mathématiques en première et en terminale. » Et il pourrait avoir raison : « Je ne pense pas prendre maths parce que plus tard, je voudrais devenir avocate, donc je n’en aurais pas réellement besoin », affirme une lycéenne même si elle trouve un peu dommage qu’il n’y ait plus les maths. La crainte de Michel Imbert de voir beaucoup plus d'élèves ne plus faire de maths se renforce par le fait que le niveau de la spécialité serait trop relevé, ce qui la rendrait encore difficilement accessible à tous. « C'est quand même incroyable que des élèves qui aient besoin d’être réconciliés avec les maths au lycée n’aient de choix que d’abandonner [les maths] ou de suivre un programme [de maths] où ils risquent d’être complètement noyés », affirme l’enseignant.

Reléguer les maths en spécialité fait croire que la discipline n'est utile que lorsqu'on cible certains domaines spécifiques, par exemple les filières scientifiques et informatiques. Alors, les maths ne sont-elles nécessaires que dans ces filières ? Ou est-ce parce que les enseignants en disent parfois peu sur l'application des connaissances mathématiques dans la vie courante ?

Sources : France Info, Sud Ouest

Et vous ?

Que pensez-vous de l'idée de faire des maths une spécialité en première et terminale ?
Les maths sont-elles vraiment utiles en dehors des filières scientifiques et informatiques ? Si oui, comment ? Sinon, pourquoi ?
Quelles sont les conséquences d'une spécialité de maths avec un niveau relevé sur l'enseignement supérieur en informatique et le secteur IT les années à venir ?

Voir aussi :

Éducation : Python bientôt langage officiel de programmation en France ? Un projet dans le cadre de la réforme du Bac et du lycée
Réussite en licence : le passé scolaire joue plus que l'origine sociale, d'après une étude, qu'en est-il dans les filières informatiques ?
Les professeurs des classes prépas alertent sur le faible niveau en sciences du bac S, une menace pour l'enseignement supérieur en informatique ?
Les Français auraient perdu en moyenne 3,8 points de QI en l'espace de 10 ans, une menace pour l'enseignement supérieur en informatique ?
France : en 20 ans, le niveau en maths des élèves de terminale S est en baisse de 20 %, une menace pour l'enseignement supérieur en informatique ?


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Avatar de Neckara Neckara - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 7:17
Je prends un exemple assez connu qui a conduit à l'interdiction de l'utilisation des statistiques dans les tribunaux anglais.

Une mère de famille a eu deux enfants morts subitement. La probabilité que cela se produise est très faible, ainsi le tribunal l'a jugée coupable.
Or, c'était la probabilité qu'elle soit coupable sachant que ses deux enfants sont morts, qu'il aurait fallu regarder. Et ce ne fût pas la seule mère de famille qui fût condamnée pour ces raisons.

Donc même en étant avocat, les maths peuvent servir.

Sans aller jusque là, il ne faut pas oublier que l'école pré-BAC est là pour former des citoyens. Or les mathématiques sont vitales pour comprendre un certain nombre de ressources, que ce soit des articles scientifiques sur un sujet qui nous intéresse (e.g. vaccination), que ce soit pour comprendre certains rapports, etc. En tant que citoyens, nous avons le devoir de nous renseigner afin de pouvoir prendre des décisions éclairées, et pour cela nous avons besoin des outils nécessaires.

Ce qui est encore plus ridicule quand on laisse dans le tronc commun :
  • le français a.k.a. masturbation intellectuelle sur des textes ;
  • la philo a.k.a. masturbation intellectuelle sans réelle réflexion personnelle ;
  • deux langues vivantes a.k.a. je vais tout oublier de l'espagnol/allemand dès le BAC passé.
Avatar de halaster08 halaster08 - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 8:43
Citation Envoyé par Neckara Voir le message
Ce qui est encore plus ridicule quand on laisse dans le tronc commun :
  • le français a.k.a. masturbation intellectuelle sur des textes ;
  • la philo a.k.a. masturbation intellectuelle sans réelle réflexion personnelle ;
  • deux langues vivantes a.k.a. je vais tout oublier de l'espagnol/allemand dès le BAC passé.
Ce que tu écris là est aussi con que de dire que les maths ne servent qu'a compter.
Avatar de jopopmk jopopmk - Membre expert https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:19
Je suis assez d'accord avec Neckara sur deux points. Le Français au lycée c'est souvent chercher de petits détails que même l'auteur n'avait pas en tête, des heures à inventer -apprendre, retenir- des choses qui n'ont pas tant d'importance que ça ; et la philosophie (en tout cas mon expérience en tant que lycéen à l'époque) est tout sauf de la réflexion personnelle : on doit apprendre simplement par coeur ce que d'autres ont pensé.

Pour en revenir aux maths, seules sciences exactes, je suis un peu déçu qu'on l'abandonne.
La rigueur, l'analyse, le raisonnement : cette matière possède un paquet de points formateurs (pas juste la mémoire).

Aussi j'ai cru comprendre qu'il y aurait toujours des maths appliquées aux sciences dans le tronc commun. Quand je me rappelle des équations bien velues de physique à mon époque, je me demande comment les étudiants feront sans les bases. Ou alors il est prévu de baisser drastiquement le niveau de connaissance demandé pour la physique également ?

En fait d'un point de vu général je suis déçu par cette refonte du bac.
Avatar de swampsnake swampsnake - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:20
Citation Envoyé par Neckara Voir le message
Sans aller jusque là, il ne faut pas oublier que l'école pré-BAC est là pour former des citoyens. Or les mathématiques sont vitales pour comprendre un certain nombre de ressources, que ce soit des articles scientifiques sur un sujet qui nous intéresse (e.g. vaccination), que ce soit pour comprendre certains rapports, etc. En tant que citoyens, nous avons le devoir de nous renseigner afin de pouvoir prendre des décisions éclairées, et pour cela nous avons besoin des outils nécessaires.
Et tu ne t'es jamais demandé pourquoi toutes les réformes menées ont (comme par hasard) abouti à un effondrement du niveau ? Le but de l'Etat (oserais-je dire "du régime"), via l'EN, c'est de former des gens incapables de penser, afin d'en faire de dociles "citoyens" qui avaleront ce qu'on leur dit d'avaler, dans tous les sens du terme.
Cette réforme du bac est dans la continuité de la volonté de former les crétins de demain.
Avatar de Tartare2240 Tartare2240 - Membre averti https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:22
Nan, mais t'façon, ça sert à rien les math... On sait tous compter jusqu'à 10, on est pas des animaux, m'voyez ? C'est comme le français, ça sert à rien, on pourrait bien communiquer sans même parler, avec des gestes. Pff ! L'école devrait s'arrêter dès la 6è, le reste est superflu ! Pareil, qui a besoin de connaître l'histoire ? Il suffit de dire qu'on est fier d'être Français et que les autres on les emmerde, c'tout ! Qui a besoin d'apprendre des choses aujourd'hui !?? ON VEUT DE L'IGNORANCE BORDEL !!!

Ahem... Désolé... Mon alter-ego analphabète a pris la main...
Avatar de swampsnake swampsnake - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:34
Citation Envoyé par jopopmk Voir le message
Je suis assez d'accord avec Neckara sur deux points. Le Français au lycée c'est souvent chercher de petits détails que même l'auteur n'avait pas en tête, des heures à inventer -apprendre, retenir- des choses qui n'ont pas tant d'importance que ça ; et la philosophie (en tout cas mon expérience en tant que lycéen à l'époque) est tout sauf de la réflexion personnelle : on doit apprendre simplement par coeur ce que d'autres ont pensé.

Pour en revenir aux maths, seules sciences exactes, je suis un peu déçu qu'on l'abandonne.
La rigueur, l'analyse, le raisonnement : cette matière possède un paquet de points formateurs (pas juste la mémoire).

Aussi j'ai cru comprendre qu'il y aurait toujours des maths appliquées aux sciences dans le tronc commun. Quand je me rappelle des équations bien velues de physique à mon époque, je me demande comment les étudiants feront sans les bases. Ou alors il est prévu de baisser drastiquement le niveau de connaissance demandé pour la physique également ?

En fait d'un point de vu général je suis déçu par cette refonte du bac.
Autant sur le français, et la littérature, je suis plutôt de ton avis, on est pas loin de la masturbation intellectuelle, mais on peut quand même appliquer des grilles de lecture différentes sur un même texte, même si l'auteur n'y a pas pensé. C'est aussi ça qui rend la discipline riche. Le gros problème de ce qui est fait au lycée, c'est que ce n'est pas vraiment de l'analyse littéraire, mais plutôt une analyse meta avec son jargon abscons.

Au sujet de la philo, là par contre, je ne suis pas du tout d'accord. Le but de la philo au lycée, ce n'est pas de développer des réflexions personnelles, mais d'initier aux concepts philosophiques, et donc aux textes qui ont traité de ces concepts. La base.
Comme dans la plupart des disciplines, on ne part jamais de zéro. En philo aussi, on s'appui sur les travaux du passé, pour les réfuter éventuellement, et développer sa propre pensée.
N'allons pas croire que des gamins gavés à Fornite et aux Anges sont capables de développer quelque pensée que ce soit.
Avatar de VivienD VivienD - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:37
L'enseignement des mathématiques, comme indiqué par Neckara et jopopmk, inculque non seulement des notions généralement élémentaires, voire nécessaires, des mathématiques, mais aussi la rigueur, l'analyse et le raisonnement logique (quitte à partir d'axiomes ou de postulats absurdes). Son retrait du tronc commun en tant que cours à part entière handicapera les générations futures; d'autant plus que les mathématiques ne se résument pas aux outils requis par les cours de physique-chimie et de SVT.

Citation Envoyé par Neckara Voir le message
[...]

Ce qui est encore plus ridicule quand on laisse dans le tronc commun :
  • le français a.k.a. masturbation intellectuelle sur des textes ;
  • la philo a.k.a. masturbation intellectuelle sans réelle réflexion personnelle ;
  • deux langues vivantes a.k.a. je vais tout oublier de l'espagnol/allemand dès le BAC passé.
Citation Envoyé par jopopmk Voir le message
Je suis assez d'accord avec Neckara sur deux points. Le Français au lycée c'est souvent chercher de petits détails que même l'auteur n'avait pas en tête, des heures à inventer -apprendre, retenir- des choses qui n'ont pas tant d'importance que ça ; et la philosophie (en tout cas mon expérience en tant que lycéen à l'époque) est tout sauf de la réflexion personnelle : on doit apprendre simplement par coeur ce que d'autres ont pensé.

[...]
On m'a souvent rabâché que les cours de français et ses fameuses études de texte avaient pour but de nous enseigner à décortiquer des argumentaires et lire entre les lignes. Force est de constater que nous apprendre à sauter sur des conclusions quant à la vie émotionnelle de l'auteur à partir d'une ridicule assonance et de la couleur des rideaux relève plutôt de l'initiation à la théorie du complot. Si on compte réellement à atteindre le but affiché de cours de français, mieux vaudrait laisser ces errements en option et instituer un cours obligatoire de rhétorique. Par ailleurs, l'enseignement de la philosophie souffre d'un problème similaire: il est censé de nous apprendre à penser par nous-mêmes en nous présentant des idées majeures de l'histoire de la philosophie (occidentale), il appert que ce cours ne fait qu'encourager le psittacisme.
En revanche, je m'inscris en faux contre l'avis de Neckara à l'égard de l'enseignement de la deuxième langue vivante. Dans un monde où le bilinguisme est un minimum syndical dans bien des domaines, la maîtrise d'au moins trois langues permet de distinguer de la masse et d'élargir ses horizons; or, pour ceux qui n'ont qu'une seule langue maternelle, cela passe forcément par les cours de LV2.
Avatar de virginieh virginieh - Membre averti https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 9:50
Citation Envoyé par VivienD Voir le message
En revanche, je m'inscris en faux contre l'avis de Neckara à l'égard de l'enseignement de la deuxième langue vivante. Dans un monde où le bilinguisme est un minimum syndical dans bien des domaines, la maîtrise d'au moins trois langues permet de distinguer de la masse et d'élargir ses horizons; or, pour ceux qui n'ont qu'une seule langue maternelle, cela passe forcément par les cours de LV2.
Je ne crois pas que ce qu'il aie voulu dire c'est qu'une 2eme langue vivante ne servait a rien, mais qu'en LV comme dans n'importe quelle matière (probablement même plus) c'est dès que tu ne pratique plus, tu perds très vite. Et que le peux qu'on a vu en LV2, combien l'utilise encore 2, 5,10 ans après le bac ?

Pour l'utilité de l'enseignement des maths, ce n'est pas seulement les outils, c'est une façon de comprendre et envisager un problème, donc oui ça aurait du rester dans le tronc commun.
Avatar de Kulvar Kulvar - Membre à l'essai https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 10:16
Comme ça dans 50 ans les gens seront incapable de savoir si un changement dans les paliers et taux d'imposition vont leur faire payer plus ou moins d'impôt.
Avatar de walfrat walfrat - Membre à l'essai https://www.developpez.com
le 19/12/2018 à 10:18
De toute façon chacun trouvera un argument pour défendre la matière qui lui plaisait au lycée et enfoncer celles qu'ils ne lui plaisaient pas.

De mon côté j'ai perdu tout intérêt vis à vis du français et de l'histoire-géographie au lycée. Les langues vivantes me servent, même l'espagnol quand je trouve des vidéos originales en sous-titrés espagnol.
Côté histoire-géo si le programme veut nous apprendre comment c'est formé l'Europe, l'évaluation porte plutôt sur notre aptitude à recracher les dates.

Côté français, on veut nous apprendre à disserter mais rien que le fait que les sujets de dissertation soit absolument pas motivant ne donne pas envie, la seule fois où j'ai eu une bonne note, c'est la fois où on seulement du faire le plan.
En plus je pense qu'il y a un problème de méthode sur la façon d'apprendre à disserter, du jour on lendemain on te demande de pondre une intro, 2 paragraphe d'argumentation et une conclusion. Résultat entre le désintéressement et le fait de voir sortir une copie double, ben t'en as beaucoup qui te sorte de la merde de la seconde jusqu'à la terminale (présent!). En bref je pense qu'on pourrait améliorer la méthode d'enseignement et trouver une façon de faire plus adhérer les élèves à cet enseignement.

Je fais partie de cette frange d'élève qui ont eux 15+ au bac S en physique/SVT/Math et le reste < 10. Pourtant je ne doute pas de l'intérêt des langues vivantes ou quoi que ce soit, mais à 15 ans : ça ne m'intéressait pas, c'était suffisant pour mes objectifs encore peu définis, et l'accroche à ces matières dépendent très largement des professeurs. En Seconde ma professeur d'espagnol était la seule à dire du bien de notre classe, et on avait des bonnes notes coïncidence ? En première j'étais le seul à avoir pris spé math sur 34 personnes pour la terminale, c'était pas la faute au programme. Les professeurs, c'est une sacré roulette.

Le nombre de matières enseigné au collège a augmenté depuis nos parents, on exige qu'on s'intéressent à tout et ces enseignement principaux ont bien du mal à susciter une véritable vocation chez beaucoup d'élèves et ce jusqu'à la terminale.
Donc retiré certains éléments du tronc commun pourquoi pas ? Mais comment choisir nos spécialités quand on a aucune idée de ce qu'on va faire ? Je savais déjà que j'étais côté scientifique, mais c'est pas le cas de tout le monde.
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