Google a exclu l'équipe de protection de la vie privée de toute réunion sur Dragonfly,
La version censurée de son moteur de recherche pour la Chine

Le , par Bill Fassinou, Chroniqueur Actualités
Vous n'êtes plus sans savoir maintenant que le géant américain Google a mis au point un prototype de moteur de recherche censuré pour la Chine, qui relie les recherches des utilisateurs à leurs numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes. Le moteur de recherche, baptisé Dragonfly, a été conçu pour les appareils Android et supprimerait les contenus jugés sensibles par le régime du Parti communiste chinois, tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques. Des voix se sont levées contre ce projet de Google. Les principaux groupes de défense des droits de l’homme ont critiqué Dragonfly, car pour eux, cela pourrait avoir pour conséquence que l'entreprise « contribue directement aux violations des droits de l'homme ou en devienne complice ». Et même le vice-président américain a demandé à Google de renoncer au projet Dragonfly.

Mi-septembre, le quotidien The Intercept a affirmé avoir obtenus des détails qui montrent que Google a compilé une liste noire de censure comprenant des termes tels que « droits de l'homme », « protestation des étudiants » et « prix Nobel » en mandarin. un ancien chercheur principal de Google, a déclaré qu’il était l’un des cinq employés à avoir démissionné de la société en raison de Dragonfly. Jack Poulson, a avertit dans une lettre les législateurs américains contre les « projets inquiétants » que Google serait en train d’envisager de mettre en place en Chine. Le vice-président américain, Mike Pence, qui s’en est pris avec virulence au vol de technologies américaines par la Chine, a exhorté Google à renoncer sans attendre à poursuivre la mise au point de Dragonfly.

Il y a quelques jours, des employés de Google ont demandé à l'entreprise de renoncer à son projet Dragonfly. Dans une lettre ouverte publiée mardi dernier, des employés de Google ont demandé à leur employeur d’annuler le projet au nom de code Dragonfly, qui désigne une version censurée du moteur de recherche destiné au marché chinois. De plus, les employés ont demandé à la société de ne pas réagir contre les lanceurs d'alerte qui divulgueraient les détails de projets internes secrets s'ils étaient dans l'intérêt du public.


« Nous sommes des employés de Google et nous nous associons à Amnesty International pour demander à Google d’annuler le projet Dragonfly, l’effort de Google visant à créer un moteur de recherche censuré pour le marché chinois permettant la surveillance par l’État. Nous sommes parmi des milliers d'employés qui ont élevé notre voix pendant des mois. Des organisations internationales des droits de l'homme et des journalistes d'investigation ont également sonné l'alarme en insistant sur les graves préoccupations en matière de droits de l'homme et en appelant à plusieurs reprises Google à annuler le projet. Jusqu’à présent, la réponse de nos dirigeants n’a pas été satisfaisante. Notre opposition à Dragonfly ne concerne pas la Chine: nous nous opposons aux technologies qui aident les puissants à opprimer les plus vulnérables, où qu’ils se trouvent. Le gouvernement chinois n’est certainement pas le seul à vouloir étouffer la liberté d’expression et à utiliser la surveillance pour réprimer la dissidence. Dragonfly en Chine créerait un dangereux précédent à un moment politique instable, empêchant Google de refuser aux autres pays des concessions similaires », pouvait-on lire dans la lettre.

Yonatan Zunger, l'un des principaux ingénieurs de la société, faisait partie d'un petit groupe à qui on avait demandé de travailler sur Dragonfly. Présent lors de certaines des premières réunions, il a indiqué aux responsables du projet que les Chinois risquaient d'être interrogés ou placés en détention s'ils découvraient qu'ils avaient utilisé Google pour rechercher des informations interdites par le gouvernement. Scott Beaumont, responsable des opérations chez Google en Chine et l'un des principaux architectes de Dragonfly, ne considérait pas les préoccupations de Zunger comme suffisamment importantes pour mériter un changement de cap, selon quatre personnes ayant travaillé sur le projet. Selon les sources du quotidien The Intercept, Beaumont et d’autres dirigeants ont exclu les membres de l’équipe chargée de la sécurité et de la protection de la vie privée de toute réunion sur le moteur de recherche.

Les dirigeants de Google ont estimé que Dragonfly était si sensible qu'ils communiquaient verbalement à ce sujet et ne prenaient pas de notes écrites lors de réunions dans le but de réduire les traces de papier, selon les sources de The Intercept. Seulement quelques centaines des 88 000 employés de Google ont été informés du plan de censure. Certains ingénieurs et autres membres du personnel informés du projet ont appris qu'ils risquaient de perdre leur emploi s'ils osaient en discuter avec des collègues qui ne travaillaient pas eux-mêmes sur Dragonfly. « Les dirigeants étaient déterminés à empêcher les fuites au sujet de Dragonfly de se propager dans l’entreprise », a déclaré un employé de Google au courant du projet. « Leur plus grande crainte était que l'opposition interne ralentisse nos opérations », a-t-il ajouté.

Le moteur de recherche serait exploité dans le cadre d’un partenariat de « joint venture » avec une société basée en Chine continentale, selon des sources proches du projet. Les personnes travaillant pour la coentreprise auraient la capacité de mettre à jour les listes noires de termes de recherche, ont indiqué les sources, soulevant de nouvelles questions quant à savoir si les dirigeants de Google aux États-Unis seraient en mesure de maintenir un contrôle et une surveillance efficaces de la censure. Des sources proches de Dragonfly ont déclaré que la plateforme de recherche semblait également avoir été conçue pour remplacer les données sur la pollution atmosphérique et la météo par des informations fournies directement par une source anonyme à Beijing. Le gouvernement chinois a l'habitude de manipuler des détails sur la pollution dans les villes du pays. Une source de Google a déclaré que la société avait mis au point un système intégré à Dragonfly qui était « essentiellement codé pour forcer leurs données [fournies par la Chine] ». La source craignait que le système de recherche Dragonfly fournisse de fausses données sur la pollution qui afficheraient une quantité de toxines dans l'air inférieure à ce qu’il en est réellement.

Zunger et ses collègues ont produit un rapport sur la protection de la vie privée mettant en avant des scénarios problématiques pouvant survenir une fois le moteur de recherche censuré lancé en Chine. Le rapport, qui contenait plus d'une douzaine de pages, concluait que Google devrait fonctionner en Chine dans le cadre du système autoritaire de maintien de l'ordre et de surveillance mis en place par le parti communiste au pouvoir. Il a ajouté que, contrairement à l'Europe et à l'Amérique du Nord, en Chine, il serait difficile, voire impossible, à Google de se défendre légalement contre les demandes du gouvernement, de refuser de construire des systèmes spécifiquement destinés à la surveillance ou même d'informer les personnes de la manière dont leurs données peuvent être utilisées.

Source : The Intercept

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Avatar de FatAgnus FatAgnus - Membre averti https://www.developpez.com
le 01/12/2018 à 14:35
La vraie nouvelle donnée par cet article est qu'on apprend que Google possède une équipe de protection de la vie privée !
Avatar de Stan Adkens Stan Adkens - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 03/12/2018 à 15:03
Un ex-chercheur de Google qui a abandonné Dragonfly s’oppose publiquement à ses dirigeants
Et exige des réponses franches sur les droits de l’homme

Des contestations et des demandes d’éclaircissement concernant le projet controversé de navigateur censuré de Google en Chine ne manquent pas. Un ancien employé de Google qui a démissionné en août dernier en signe de contestation de ce projet et qui a adressé ensuite une lettre aux législateurs américains les informant que l’entreprise serait en train de travailler sur un produit dont l’objectif est d’aider le gouvernement chinois à censurer et surveiller la population en ligne est revenu à la charge en interpellant rudement ses anciens responsables à propos de Dragonfly, selon The Intercept. Ce retour de Jack Poulson, l’ex-employé en question, est intervenu à moins de deux semaines après une interview accordée par le président d’Alphabet Inc, la société mère de Google, à l’occasion de laquelle il s’est exprimé sur le projet de moteur de recherche censuré de Google en Chine.

En développement depuis printemps 2017, c’est le 1er août dernier que le projet de moteur de recherche chinois baptisé Dragonfly a été révélé au grand public par The Intercept. Selon The Inetercept, les connaissances sur Dragonfly avaient été limitées à quelques centaines de membres de l'effectif sur les 88 000 personnes, ce qui mettait les employés en colère. Selon des documents vus par The Intercept, Dragonfly n’affichera pas les sites ajoutés à la liste noire tels que le site de la chaîne de télévision britannique BBC et de l'encyclopédie en ligne Wikipedia. La liste noire de censure comprendrait également des termes tels que « droits de l'homme », « protestation des étudiants » et « prix Nobel ». Les recherches sur ces termes via Dragonfly n’afficheront pas de résultats.

Le projet de navigateur censuré a été conçu pour les appareils Android et supprimerait les contenus jugés sensibles par le régime du parti communiste chinois, tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques. L’application lierait les recherches aux numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes. Dès lors que le projet a été rendu public, des critiques se sont multipliés contre Google, traitant la société de contribuer « directement aux violations des droits de l'homme ou en devenir complice ».

Amnesty International est monté au créneau : « Ce sera un jour sombre pour la liberté sur Internet si Google a accepté les règles de censure extrêmes de la Chine pour accéder au marché. Il est impossible de voir comment un tel mouvement est compatible avec la devise « Faites le bien » de Google, et nous implorons l'entreprise à changer de cap… ». L'EFF, le défenseur des droits numériques, a appelé Google à un débat public pour en savoir d’avantage sur ses plans. La Vice-présidence américaine a demandé à Google de renoncer à Dragonfly, une version censurée de son moteur de recherche proposée à Pékin. Environ 1 400 des 10 000 travailleurs de Google ont exhorté la société en août à améliorer la surveillance des entreprises éthiquement douteuses, notamment Dragonfly. Par ailleurs, selon The Intercept, Google aurait exclu l'équipe de protection de la vie privée de toute réunion sur Dragonfly.


Jack Poulson, dans un retour sur les différentes interventions de ces anciens responsable, a fait un état de leurs différentes déclarations. John Hennessy, le président d’Alphabet dans une interview du 20 novembre en répondant à la question de savoir si le moteur de recherche censuré de Google procurerait un avantage pour les utilisateurs, a dit : « Je ne connais pas la réponse à cela. Je pense que c'est - je pense que c'est une question légitime », a-t-il répondu. « Quiconque fait des affaires en Chine compromet certaines de ses valeurs fondamentales. Chaque entreprise, parce que les lois en Chine sont assez différentes de celles de notre pays. »

Dans une première interview accordée par M. Hennessy à l’occasion de la promotion de son livre, « Leading Matters », il a déclaré ceci lorsque qu’il s’agissait de se prononcer sur la question de l’entrée de la Filiale d’Alphabet sur le marché chinois : « Il y a un ensemble de nuances dans la façon dont vous envisagez ce problème et votre perception de la question de la censure. La vérité est qu’il existe des formes de censure pratiquement partout dans le monde. » L’ex-employé de Google reproche à M. Hennessy de déplacer la discussion sur Dragonfly « des détails concrets et indéfendables vers le langage vague d'un compromis difficile ».

Lors de l’audience du Comité du commerce du Sénat sur la protection de la vie privée, Keith Enright, responsable de la protection des renseignements personnels chez Google, n’a pas lui, non plus, convaincu les sénateurs lorsque Ted Cruz, le sénateur du Texas, a insisté à plusieurs reprises pour obtenir des réponses sur Dragonfly concernant les objections de Jack Poulson. « En tant que représentant de Google pour la protection de la vie privée, je ne suis pas sûr d'avoir un avis éclairé sur cette question », a-t-il déclaré. Poulson lui reproche de plaider l’ignorance sur une question d’aussi grande importance.

Cependant, malgré l’imprécision sur l’objet réel du navigateur à Pékin, Google ne compte pas renoncer. Le PDG de Google se montre enthousiaste face aux progrès réalisés. Selon lui, les tests internes de Google pour le développement d’un moteur de recherche censuré en Chine sont très prometteurs, a-t-il déclaré à la mi-octobre dernier, en assurant « Qu’il s'avère que nous serons en mesure de traiter plus de 99 % des requêtes ». Cependant, selon M. Poulson, les réactions du PDG d’Alphabet et du responsable de la vie privée de Google sont en contradiction avec les assurances données par le PDG de Google.

« Un tel encadrement est peut-être l'exemple le plus extrême d'un vaste schéma de réorientation des conversations loin de leurs concessions gouvernementales concrètes », a écrit Poulson, qui ajoute ensuite : « ce qui, encore une fois, impliquait littéralement de mettre sur liste noire la phrase « droits de l'homme », risquant la santé en censurant les données sur la qualité de l'air et en permettant une surveillance facile par une liaison des requêtes à des numéros de téléphone », a rapporté The Intercept.

Les révélations de The Intercept du 1er août 2018 concernant le développement d’un navigateur selon le bon vouloir des autorités communistes au pouvoir en Chine a semé le doute dans la tête du commun des internautes. En effet, Google avait renoncé à la recherche en Chine en 2010, en justifiant dans un billet de blog que « des tentatives au cours de la dernière année pour limiter davantage la liberté d'expression sur le Web en Chine » avaient conduit à sa décision.

Toute fois, bien que les autorités de Google soient restées évasives jusqu’à présent, Poulson croit que sa demande de responsabilité des entreprises est un pas en avant pour obtenir ces réponses.

Source : The Intercept, Mashable

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Avatar de Ryu2000 Ryu2000 - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 03/12/2018 à 15:23
Citation Envoyé par Stan Adkens Voir le message
Qu’en pensez-vous ?
Tout est dit ici : "Amnesty International est monté au créneau : « Ce sera un jour sombre pour la liberté sur Internet si Google a accepté les règles de censure extrêmes de la Chine pour accéder au marché"
Les utilisateurs chinois ne pourront pas aller sur Wikipedia ni chercher « droits de l'homme », « protestation des étudiants », « prix Nobel » et alors ?
Le but de Google c'est de gagner de l'argent, il y a des milliards et des milliards à se faire en Chine.

Si les GAFA respectaient un code d'éthique, elles ne seraient pas si grosse.
Google n'est pas là pour faire avancer les libertés dans le monde, Google est là pour faire de l'argent.

J’espère que ce genre de mesure n'arrivera jamais chez nous, mais on sait jamais...
Le mouvement des Gilets Jaunes est apparu grâce à internet, donc le gouvernement ne doit pas être hyper content du pouvoir de la liberté sur internet.
Le système aimerait bien contrôler internet comme la Chine le fait.
Avatar de Doksuri Doksuri - Membre émérite https://www.developpez.com
le 03/12/2018 à 17:04
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Le but de Google c'est de gagner de l'argent, il y a des milliards et des milliards à se faire en Chine.

Si les GAFA respectaient un code d'éthique, elles ne seraient pas si grosse.
Google n'est pas là pour faire avancer les libertés dans le onde, Google est là pour faire de l'argent.
donc la quadrature du net c'est poubelle ?
vu que ca se passe en chine, il n'y a aucune chance pour que ca nous arrive, c'est ca ?
Avatar de Bill Fassinou Bill Fassinou - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 03/12/2018 à 21:51
Google : Un employé a créé un fonds de grève pour aider les employés qui décident de se retirer du projet Dragonfly
qui avance à grands pas

Google développe un prototype de son moteur de recherche censuré pour la Chine, qui relie les recherches des utilisateurs à leurs numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes. Le moteur de recherche, baptisé Dragonfly, a été conçu pour les appareils Android et supprimerait les contenus jugés sensibles par le régime du Parti communiste chinois, tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques. Des voix se sont levées contre ce projet de Google. Les principaux groupes de défense des droits de l’homme ont critiqué Dragonfly, car pour eux, cela pourrait avoir pour conséquence que l'entreprise « contribue directement aux violations des droits de l'homme ou en devienne complice ». Et même le vice-président américain a demandé à Google de renoncer au projet Dragonfly.

Mi-septembre, le quotidien The Intercept a affirmé avoir obtenus des détails qui montrent que Google a compilé une liste noire de censure comprenant des termes tels que « droits de l'homme », « protestation des étudiants » et « prix Nobel » en mandarin. un ancien chercheur principal de Google, a déclaré qu’il était l’un des cinq employés à avoir démissionné de la société en raison de Dragonfly. Jack Poulson, a avertit dans une lettre les législateurs américains contre les « projets inquiétants » que Google serait en train d’envisager de mettre en place en Chine. Le vice-président américain, Mike Pence, qui s’en est pris avec virulence au vol de technologies américaines par la Chine, a exhorté Google à renoncer sans attendre à poursuivre la mise au point de Dragonfly.


Il y a quelques jours, des employés de Google ont demandé à l'entreprise de renoncer à son projet Dragonfly. Dans une lettre ouverte publiée mardi dernier, des employés de Google ont demandé à leur employeur d’annuler le projet au nom de code Dragonfly, qui désigne une version censurée du moteur de recherche destiné au marché chinois. De plus, les employés ont demandé à la société de ne pas réagir contre les lanceurs d'alerte qui divulgueraient les détails de projets internes secrets s'ils étaient dans l'intérêt du public.

Yonatan Zunger, l'un des principaux ingénieurs de la société, faisait partie d'un petit groupe à qui on avait demandé de travailler sur Dragonfly. Présent lors de certaines des premières réunions, il a indiqué aux responsables du projet que les Chinois risquaient d'être interrogés ou placés en détention s'ils découvraient qu'ils avaient utilisé Google pour rechercher des informations interdites par le gouvernement. Scott Beaumont, responsable des opérations chez Google en Chine et l'un des principaux architectes de Dragonfly, ne considérait pas les préoccupations de Zunger comme suffisamment importantes pour mériter un changement de cap, selon quatre personnes ayant travaillé sur le projet. Selon les sources du quotidien The Intercept, Beaumont et d’autres dirigeants ont exclu les membres de l’équipe chargée de la sécurité et de la protection de la vie privée de toute réunion sur le moteur de recherche.

Les dirigeants de Google ont estimé que Dragonfly était si sensible qu'ils communiquaient verbalement à ce sujet et ne prenaient pas de notes écrites lors de réunions dans le but de réduire les traces de papier, selon les sources de The Intercept. Seulement quelques centaines des 88 000 employés de Google ont été informés du plan de censure. Certains ingénieurs et autres membres du personnel informés du projet ont appris qu'ils risquaient de perdre leur emploi s'ils osaient en discuter avec des collègues qui ne travaillaient pas eux-mêmes sur Dragonfly. « Les dirigeants étaient déterminés à empêcher les fuites au sujet de Dragonfly de se propager dans l’entreprise », a déclaré un employé de Google au courant du projet. « Leur plus grande crainte était que l'opposition interne ralentisse nos opérations », a-t-il ajouté.

Néanmoins, toutes les mesures prises par Google pour que ce projet reste confidentiel sont vaines. Bon nombre d'employés sont déjà informés et n'hésitent pas à saisir toutes les occasions pour protester. Un employé a annoncé la création d'un fonds de grève destiné à aider les employés qui décident de se retirer du projet. L'ingénieur Liz Fong-Jones s'est servie de son compte Twitter pour plaider en faveur d'une grève si la direction de Google faisait pression sur l'équipe de sécurité et de confidentialité de l'entreprise pour qu'elle approuve DragonFly. « S'ils ne sont pas autorisés à faire leur travail, c'est un autre signal qui indique clairement que démissionner le 1er février est la bonne décision pour moi », a-t-elle écrit avant de lancer une collecte de « fonds de grève ou de démission massive » de 100 000 $. Elle mettait régulièrement à jour son compte au fur et à mesure que les employés internes s'engageaient à sa cause. En l'espace de trois heures, Fong-Jones a déclaré qu'elle avait réuni les 100 000 USD.

Cependant, Un mémo interne soutenant DragonFly en tant que projet « bien conforme à la mission de Google » aurait été signé par plusieurs centaines d'employés. « La Chine compte le plus grand nombre d'utilisateurs d'Internet parmi tous les pays du monde, et pourtant, la plupart des services de Google ne sont pas disponibles en Chine », est-il écrit. « Cette situation est en contradiction flagrante avec notre mission » qui est de structurer l'information partout dans le monde et de la rendre universellement accessible et utile ». Néanmoins, la direction de Google subit de plus en plus de pressions pour déterminer le degré de dissidence qu'il va tolérer et comment elle traitera les employés qui s’opposent publiquement aux décisions de l’entreprise. Pendant des années, la culture d'entreprise de Google lui a permis d'empêcher que les désaccords internes ne se propagent au grand public. Mais au cours des derniers mois par exemple, la collaboration de la société avec le Pentagone a provoqué une insatisfaction interne.

Certains médias américains ont rapporté début mars que le géant de l'intelligence artificielle accompagne également le Département américain de la Défense dans son projet Maven. La contribution exacte de Google n'est pas claire, mais le simple fait que Google soit plus ou moins impliqué dans cette affaire a scandalisé certains employés ayant connaissance de l'affaire, avant que cette information sorte de l'entreprise. Des milliers d'employés de Google, dont des dizaines d'ingénieurs seniors, ont donc signé une lettre pour protester contre l'implication de l'entreprise dans le programme du Pentagone. « Nous pensons que Google ne devrait pas être impliqué dans la guerre », peut-on lire dans la lettre. Les auteurs de la lettre estiment que la participation de Google au projet du Pentagone va de manière irrémédiable salir l'image de l'entreprise et réduire sa capacité à rivaliser avec les autres géants de la technologie pour attirer les talents. Ils rappellent en effet que Google lutte déjà pour garder la confiance du public. La question qui se pose à présent est de savoir si Google va simplement demander à ses employés de se taire ou d'indiquer clairement à ceux qui souhaitent se plaindre publiquement qu'ils ne sont plus les bienvenus

Source : Compte Twitter

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Un scientifique chevronné de Google présente sa démission et regrette que la firme est en train de renoncer à ses valeurs pour retourner en Chine

Une retranscription écrite d'une réunion contredit les démentis de Google à propos de Dragonfly qui pourrait être lancé bientôt
Avatar de Ryu2000 Ryu2000 - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 04/12/2018 à 8:08
Citation Envoyé par Doksuri Voir le message
donc la quadrature du net c'est poubelle ?
Il ne me semble pas que ce soit en lien avec Google et la Chine.

Mais sinon on peut parler de la neutralité du net, normalement tous les utilisateurs sont égaux, il n'y a pas de priorité et aux USA certains veulent changer ça.
Donc on s'éloigne de la philosophie de base du net.

Au début tout le monde disait "Internet c'est génial tout le monde peut partager ses passions et ses opinions !" et maintenant ça fait peur au système, puisque avec internet on peut partager des informations qui ne vont pas dans le sens des médias dominant, sans internet il n'y aurait peut-être pas eu l’élection de Trump, le Brexit, les Gilets Jaunes, l'alliance extrême gauche/extrême droite en Italie, etc.

Citation Envoyé par Doksuri Voir le message
vu que ca se passe en chine, il n'y a aucune chance pour que ca nous arrive, c'est ca ?
Les pratiques chinoises sont contre nos valeurs. (c'est une civilisation totalement différente de la notre)
En théorie en France on défend la liberté.
Malheureusement les gouvernements veulent de plus en plus surveiller et contrôler leur peuple.
Avant c'était facile les gens n'avaient pas d'alternative aux médias mainstream, mais maintenant c'est fini, les gens ont perdu confiance dans les grands médias et s'informent ailleurs.
Par exemple :
«BFM, collabos»: trois journalistes conspués à la mobilisation toulousaine des Gilets jaunes (VIDEO)

Du coup le modèle chinois risque de déteindre sur la France
Certains en rêvent depuis longtemps :
Christophe Barbier : "Ça se régule aussi Internet... Les Chinois, ils y arrivent bien !"

===
Le modèle chinois n'est pas compatible avec nous.
Par exemple, là-bas il y a un système de point pour déterminer si on est un bon citoyen.
J’espère que ça n'arrivera jamais en France, mais on sait jamais...

On sait que la surveillance US possède les informations personnelles de tout le monde, grâce à Google, Microsoft, Apple et tout ça.
Peut-être qu'un jour la NSA et les services de surveillance Français collaboreront ensemble.
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 12/12/2018 à 6:01
Sundar Pichai : « Pour le moment, il n'est pas prévu de lancer un moteur de recherche en Chine »
le PDG de Google tente de calmer le jeu face au Congrès US

En mi-septembre, nous rapportions que Google a mis au point un prototype de moteur de recherche censuré pour la Chine, qui relie les recherches des utilisateurs à leurs numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes.

Le moteur de recherche, baptisé Dragonfly, a été conçu pour les appareils Android et supprimerait les contenus jugés sensibles par le régime du Parti communiste chinois, tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques.

Le quotidien The Intercept a affirmé avoir obtenu des détails qui montrent que Google a compilé une liste noire de censure comprenant des termes tels que « droits de l'homme », « protestation des étudiants » et « prix Nobel » en mandarin.

Les principaux groupes de défense des droits de l’homme ont critiqué Dragonfly, affirmant que cela pourrait avoir pour conséquence que l'entreprise « contribue directement aux violations des droits de l'homme ou en devienne complice ». Une préoccupation centrale exprimée par les groupes est que, au-delà de la censure, les données des utilisateurs sauvegardées par Google sur le territoire chinois pourraient être accessibles aux autorités chinoises, qui ciblent régulièrement les militants politiques et les journalistes.

La réaction de Google

Les tests internes de Google pour le développement d’un moteur de recherche censuré en Chine sont très prometteurs, a déclaré en octobre le PDG, Sundar Pichai, assurant « Qu’il s'avère que nous serons en mesure de traiter plus de 99% des requêtes ». Qui plus est, « Il existe de très nombreux domaines dans lesquels nous fournirions des informations meilleures que celles disponibles », telles que la recherche de traitements contre le cancer, a souligné Pichai. « Aujourd'hui, les gens reçoivent soit de faux traitements contre le cancer, soit des informations utiles ».

Malgré la controverse autour de ce projet, Pichai a décidé de ne pas faire marche arrière. Au contraire, il a affirmé que le potentiel d’exposition du monde à plus d’informations guidait l’avancée de Google en Chine. « Notre mission nous oblige à fournir des informations à tout le monde, et la Chine représente 20% de la population mondiale ».

Pichai a pris soin de souligner que cette décision pèse lourdement sur la société. « Les gens ne comprennent pas tout à fait, mais il faut toujours trouver un équilibre entre un ensemble de valeurs », a-t-il déclaré. Ces valeurs incluent l'accès à l'information, la liberté d'expression et la vie privée des utilisateurs. « Mais nous respectons également l’état de droit dans tous les pays », a-t-il déclaré.

Pichai essaye de calmer le jeu

Après avoir annoncé que Google n’allait pas reculer, Sundar Pichai a déclaré mardi 11 décembre à un panel du Congrès américain que Google n'avait pas l'intention de relancer un moteur de recherche en Chine, bien qu'il continue d'étudier cette idée.

Les législateurs et les employés de Google ont déclaré craindre que la société ne se conforme à la politique de censure et de surveillance de l’Internet en Chine si elle réintégrait le marché des moteurs de recherche du pays.

Il faut rappeler que la plateforme principale de recherche de Google est bloquée en Chine depuis 2010, mais l'unité Alphabet inc. tente de percer de nouveaux horizons dans ce pays, qui compte le plus grand nombre d'utilisateurs de smartphones au monde.


« Pour le moment, il n'est pas prévu de lancer un moteur de recherche en Chine », a déclaré Pichai au Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis.

Mais il a ajouté que Google avait « développé et étudié en interne ce à quoi pourrait ressembler la recherche. Le projet est en cours depuis un moment. À un moment donné, plus de 100 personnes y ont travaillé, d’après ce que je comprends ».

Pichai a déclaré qu'il n'y avait pas de discussions en cours avec le gouvernement chinois. Il a promis qu'il serait « totalement transparent » avec les législateurs si la société venait à apporter les produits de recherche en Chine.

Dans une lettre adressée au législateur américain en août, Pichai a déclaré qu'un tel moteur de recherche apporterait de « vastes avantages » à la Chine, mais qu'il était difficile de savoir si Google pourrait lancer le service dans ce pays.

Un responsable du gouvernement chinois, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a déclaré à Reuters le mois dernier qu'il était peu probable que Google obtienne l'autorisation de lancer un service de recherche en 2019.

Source : Reuters

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