Chine : Google propose un prototype de son moteur de recherche qui lie les utilisateurs
à leurs numéros de téléphone

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Google a mis au point un prototype de moteur de recherche censuré pour la Chine, qui relie les recherches des utilisateurs à leurs numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes.

Le moteur de recherche, baptisé Dragonfly, a été conçu pour les appareils Android et supprimerait les contenus jugés sensibles par le régime du Parti communiste chinois, tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques.

Le quotidien The Intercept a affirmé avoir obtenus des détails ce vendredi qui montrent que Google a compilé une liste noire de censure comprenant des termes tels que « droits de l'homme », « protestation des étudiants » et « prix Nobel » en mandarin.

Les principaux groupes de défense des droits de l’homme ont critiqué Dragonfly, affirmant que cela pourrait avoir pour conséquence que l'entreprise « contribue directement aux violations des droits de l'homme ou en devienne complice ». Une préoccupation centrale exprimée par les groupes est que, au-delà de la censure, les données des utilisateurs sauvegardées par Google sur le territoire chinois pourrait être accessible aux autorités chinoises, qui ciblent régulièrement les militants politiques et les journalistes.


Des sources proches du projet ont déclaré que les prototypes du moteur de recherche reliaient l’application de recherche sur le smartphone Android d’un utilisateur à son numéro de téléphone. Cela signifie que les recherches de personnes individuelles pourraient être facilement suivies (et tout utilisateur cherchant des informations interdites par le gouvernement pourrait potentiellement être soumis à un interrogatoire ou à une détention si les agences de sécurité devaient obtenir les enregistrements de recherche de Google).

« C’est très problématique du point de vue de la protection de la vie privée, car cela permettrait un suivi et un profilage beaucoup plus détaillés du comportement des personnes », a déclaré Cynthia Wong, chercheuse principale sur Internet chez Human Rights Watch. « Lier les recherches à un numéro de téléphone rendrait beaucoup plus difficile pour les gens d’éviter le genre de surveillance gouvernementale excessive qui est omniprésente en Chine ».

Une liste noire contrôlée par une entité chinoise

Le moteur de recherche serait exploité dans le cadre d’un partenariat de « joint venture » avec une société basée en Chine continentale, selon des sources proches du projet. Les personnes travaillant pour la coentreprise auraient la capacité de mettre à jour les listes noires de termes de recherche, ont indiqué les sources, soulevant de nouvelles questions quant à savoir si les dirigeants de Google aux États-Unis seraient en mesure de maintenir un contrôle et une surveillance efficaces de la censure.

Des sources proches de Dragonfly ont déclaré que la plateforme de recherche semblait également avoir été conçue pour remplacer les données sur la pollution atmosphérique et la météo par des informations fournies directement par une source anonyme à Beijing. Le gouvernement chinois a l'habitude de manipuler des détails sur la pollution dans les villes du pays. Une source de Google a déclaré que la société avait mis au point un système intégré à Dragonfly qui était « essentiellement codé pour forcer leurs données [fournies par la Chine] ». La source craignait que le système de recherche Dragonfly fournisse de fausses données sur la pollution qui afficheraient une quantité de toxines dans l'air inférieure à ce qu’il en est réellement.

Pendant ce temps, la pression sur Google ne fait que s’intensifier. Jeudi, 16 législateurs américains ont écrit au PDG de Google, Sundar Pichai, exprimant de « sérieuses inquiétudes » à propos de Dragonfly et exigeant des informations sur les projets chinois de la société. Pendant ce temps, Jack Poulson, un ancien chercheur principal de Google, a déclaré à The Intercept qu’il était l’un des cinq employés à avoir démissionné de la société en raison de Dragonfly.


« Je considère notre intention de capituler devant les demandes de censure et de surveillance en échange de l'accès au marché chinois comme une confiscation de nos valeurs et une tentative de négociation gouvernementale à travers le monde », a déclaré Poulson.

72,8 % des internautes chinois veulent utiliser Google

Malgré la polémique qui a suivi les révélations sur Dragonfly, certains commentateurs pensent que le retour de Google en Chine sera bénéfique pour les internautes chinois qui auront enfin une alternative à Baidu, le moteur de recherche chinois qui jouit d’une situation de quasi-monopole. Selon un sondage mené par Sina, 72,8 % des internautes affirment qu’ils veulent utiliser Google si jamais il revient en Chine.

D’autres pensent que Google a le plein droit de faire des affaires en Chine comme une panoplie d’autres firmes qui coopèrent déjà avec le gouvernement chinois. Pour eux, le fait que Google entre en Chine ou n’entre pas ne va rien changer à la situation de contrôle qu’a le gouvernement chinois sur les citoyens. Mais au moins, les Chinois pourront bénéficier d’un meilleur moteur de recherche et des avantages d’une compétition saine.

« Google évitant d’entrer en Chine va absolument nuire à la Chine », a écrit un commentateur. « Une compétition saine et la libre exploration des marchés mènent vers de meilleurs outils qui créent de la valeur économique et culturelle. La Chine est en train de sacrifier ça pour maintenir son contrôle culturel. Et c’est précisément le coût d’absence de Google qui va lui tordre le bras ».

« Vous n’allez pas aider les droits de l’Homme en Chine en refusant de travailler là-bas. Et il n’est pas clair comment en travaillant là-bas vous allez influencer les droits de l’Homme de toute façon. Dans tous les cas, il vaut mieux avoir une présence plutôt que de rester à l’écart », écrit un autre commentateur.

Source : The Intercept

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Avatar de Itachiaurion Itachiaurion - Membre habitué https://www.developpez.com
le 15/09/2018 à 16:51
On m'expliquera qu'elle est la différence entre ça et ce que l'on chez nous, a part éventuellement l'obligation de lié le téléphone avec le compte en chine?
Avatar de Mingolito Mingolito - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 15/09/2018 à 17:11
C'est pas faux l'état Français peut avoir accès à tout votre historique Google via votre FAI et Google.
Avatar de Placide Avorton Placide Avorton - Membre averti https://www.developpez.com
le 15/09/2018 à 22:28
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Qu'en pensez-vous ?
Que c'est chouette la France. On y trouve même des films présentant l’œuvre d'artistes chinois rigoristes et scrupuleux dans les bibliothèques municipales.



Ai Weiwei posant inopinément face à un tableau sur lequel est inscrit "Merde à la patrie".
Avatar de tanaka59 tanaka59 - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 15/09/2018 à 23:03
La restriction nominative d'une ligne de téléphone est déjà une réalité en Espagne ... cela ne gène personne . Chez Orange , Vodafone ou encore Movistar si vous acheter un sim en supermarché ou même sur votre lieu de vacances . Genre pour correspondre avec tente Isabella ou oncle Rodriguez ... un pièce d'identité vous sera demandé . Que vous soyer Français , Espagnol , Chinois ou Bhoutanais ...

En France un projet de loi similaire est à l'étude pour interdire la vente des GSM en librairie . Seul les opérateurs ou les magasins avec un rayons téléphonie pourront vous fournir un abo.

Donc d'un côté les FAI on déjà accès à ce type d'info ...

Puis bon on peut toujours ouvrir 50 lignes au nom de tante suze qui est arrière grande mère au 15 eme de l'appart du bout de la rue.

Il faudrait pucer chaque utilisateur de Sim ? C'est impossible ...

A pourra toujours utiliser à la place de B ...
Avatar de weed weed - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 17/09/2018 à 22:28
Pour moi, ce n'est pas tout à fait pareil comme les opérateurs.

Alors c'est vrai que les opérateurs ont accès à des informations précises comme les appels entrants et sortant et ainsi la possibilité d'établir un profilage mais ce n'est pas autant que Google. Ne pas oublier que Google dispose de toute sorte de service présent aussi bien sur PC/téléphone/la TV, les objets connectés (le Home) et ne pas oublier que Google a noué un partenariat avec Mastercard.
Cela signifie qu'avec un numéro, il pourrait faire des croisements avec Google Search et bien d'autres. Je ne pense pas que ce soit comparable avec un opérateur qui selon moi, a pas grand chose comme information sur un individu
Avatar de Patrick Ruiz Patrick Ruiz - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 22/09/2018 à 15:37
Version censurée de Google Search en Chine : la firme ordonne la suppression d’un mémo
Qui confirme des détails explosifs

Un mémo rédigé par l’ingénieur de Google chargé par l’équipe dirigeante de travailler sur la version censurée de Google Search en Chine s’est retrouvé entre les mains de tiers écartés de la « confidence. » Comme il est de coutume dans des situations de ce type, l’équipe dirigeante de la firme de Mountain View a fini par s’en rendre compte. D’après des sources bien introduites, Google a saisi toutes les parties prenantes à la messe basse.

Le service des ressources humaines du géant technologique s’est chargé de toucher à tous les employés susceptibles de posséder une copie du mémo par voie de courriel. « Les emails demandant la suppression du mémo intégraient des traqueurs qui avertissaient les responsables RH lorsque leurs messages avaient été lus », rapporte The Intercept. On parle d’un minimum de 215 employés – nombre qui représente les ingénieurs au courant des détails du projet ; « un groupe plus peuplé que ce à quoi l’on a coutume sur la majorité des projets de Google », rapporte le quotidien.

Au début de ce mois, la nouvelle du déploiement d’une version censurée du moteur de recherche pour la Chine a filtré. Jusqu’ici, le conditionnel avait prédominé au sein des développements sur la toile. « Le projet serait en développement depuis le printemps 2017. Le moteur de recherche baptisé Dragonfly serait adossé à une application pour les plateformes Android (et iOS) et devrait bloquer des sites web, ainsi que des termes de recherche sur les droits de l'homme, la démocratie, la religion et les manifestations pacifiques », rapportait The Intercept. Avec la fuite du mémo, The Intercept apporte confirmation sur ces aspects et d’autres plus explosifs : les recherches des utilisateurs sont liées à leurs numéros de téléphone personnels ; le système sauvegarde l’historique de recherches et d’autres informations sensibles comme la situation géographique des utilisateurs. C’était déjà connu et le quotidien l’a réitéré : les contenus sont mis à la disposition d’entreprises basées à Taïwan et en Chine.


Comme avec le très controversé projet Maven, la fuite du mémo laisse apparaître les désaccords des employés de la firme de Mountain View avec sa politique. « L’auteur du mémo déclare dans le document qu’ils (les ingénieurs sur le projet) étaient opposés au développement d’outils de censure en Chine », écrit The Intercept. « Plus que le projet en lui-même, je déteste la culture du secret qu’on lui a greffé », rapporte le quotidien. En 2010, la firme de Mountain View a retiré son service de recherche de Chine pour ne pas avoir à censurer les résultats de recherche. Avec les années, Google se ravise en délaissant ses valeurs autrefois résumées dans le slogan « don’t be evil. » L’approche n’est pas du goût de tous les employés et les plus courageux présentent leurs démissions.

Source : The Intercept

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

Google a-t-il vraiment le choix ? Les entreprises technologiques ne sont-elles pas tenues de prendre en compte des spécificités de chaque pays ?

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