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Le monde travaille à s'affranchir des géants technologiques américains qui peuvent servir de moyens de sanctions
Comme l'illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou

Le , par Patrick Ruiz

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14  0 
Les pays s'inquiètent de plus en plus de leur dépendance vis-à-vis des entreprises technologiques américaines car elles peuvent servir de moyens de sanctions comme l’illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou. Ce dernier a toute sa vie numérique et financière qui est désormais sévèrement restreinte en raison des sanctions globales ordonnées à son encontre par Donald Trump. Ces sanctions font suite à sa participation à la décision de la Cour pénale internationale (CPI) de délivrer des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre. Les initiatives d’affranchissement des technologies américaines vont donc en se multipliant.

La réaction hostile à l'égard des entreprises technologiques américaines s'inscrit dans une prise de conscience plus large du fait que la technologie n'est pas neutre et que les entreprises qui produisent et façonnent cet écosystème ont des intérêts sociaux et politiques en plus de leurs intérêts financiers. C’est en droite ligne avec cet état de choses que David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat, annonce la généralisation de « Visio », un outil développé par la direction interministérielle du numérique (DINUM), à l'ensemble des services de l'État d'ici 2027. L'objectif : mettre fin à l'utilisation de solutions extra-européennes, garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques en s'appuyant sur un outil puissant et souverain.

Même son de cloche au niveau de la Cour Pénale Internationale (CPI) où l’on a opéré le remplacement de Microsoft Office par la suite logicielle souveraine de l’UE dénommée OpenDesk. Ce changement à la CPI intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la dépendance des organismes publics vis-à-vis des entreprises technologiques américaines pour le fonctionnement de leurs services. Ces préoccupations se sont fortement accentuées depuis le début du second mandat du président américain Donald Trump.

Pour la CPI, ces préoccupations ne sont pas abstraites : Trump a critiqué à plusieurs reprises la cour et imposé des sanctions à son procureur général, Karim Khan. Au début de l'année, des rapports ont en sus fait état de ce que Microsoft avait supprimé le compte de messagerie électronique de Khan, une affirmation que l'entreprise nie.

« Nous apprécions notre relation avec la CPI qui est notre client et sommes convaincus que rien n'empêche notre capacité à continuer à fournir des services à la CPI à l'avenir », a déclaré un porte-parole de Microsoft. Open Desk est développé par le Centre allemand pour la souveraineté numérique de l'administration publique (Zendis), une entreprise publique. Zendis fait partie d'une organisation au niveau européen fondée par quatre pays de l'UE dans le but de construire une infrastructure numérique souveraine.

Grosso modo, l’on se prépare en Europe à un catastrophique dans lequel les États-Unis bloqueraient l'accès à leurs infrastructures numériques. Elle multiplie donc les initiatives destinées à asseoir la souveraineté technologique qui lui permettra de prévenir un blackout numérique.

La Chine apparaît dans le décor comme un modèle en matière d’affranchissement des solutions technologiques américaines

L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier 2017 a marqué un tournant dans les relations technologiques entre les États-Unis et la Chine. En 2018, son administration a déclenché une guerre commerciale contre la Chine, à travers des droits de douane élevés et des restrictions technologiques majeures. De nombreuses entreprises technologiques chinoises telles que Huawei, ZTE, etc. ont également été placées sur liste noire par les États-Unis.

Bien que le ton ait changé en 2021, ces mesures coercitives ont été maintenues par son successeur Joe Biden. Certaines ont même été renforcées, avec l'implication des alliés, tels que l'Europe et le Japon. Les États-Unis et leurs alliés ont imposé des restrictions sur les exportations de puces avancées vers la Chine, ainsi que sur les machines de lithographie utiliser pour produire des semiconducteurs, notamment celles fabriquées par le néerlandais ASML.

Cependant, après environ huit années de mesures de répression contre la Chine, le constat se situe à l'opposé de celui qu'espéraient les États-Unis et leurs alliés. La Chine a pris de l'avance dans certains secteurs technologiques stratégiques et, dans d'autres cas, elle est en train de rattraper les États-Unis.

En 2023, Huawei a attiré l'attention des États-Unis en commercialisant un smartphone haut de gamme équipé d'un processeur avancé qui, selon les analystes, a été produit localement en Chine. Huawei se prépare à tester une nouvelle puce d'IA qu'il espère plus puissante que la puce H100 de Nvidia, sortie en 2022. Lors d'une récente interview, Jensen Huang, PDG de Nvidia, a déclaré que l'industrie technologique chinoise devient plus puissante.

« Les concurrents chinois ont évolué », a-t-il déclaré. Selon lui, Huawei qui figurait sur la liste noire du gouvernement américain est devenu « tout à fait redoutable ». Il a noté : « comme tout le monde, ils doublent, voire quadruplent leurs capacités chaque année. Et le volume augmente considérablement ».

Jensen Huang a souligné que l'écart entre les performances des produits américains et leurs alternatives chinoises se réduit. Selon plusieurs rapports, l'industrie technologique chinoise se tourne de plus en plus vers les alternatives offertes par Huawei. Ainsi, les restrictions américaines pourraient non seulement favoriser la Chine dans la course mondiale à l'IA, mais aussi transformer Huawei en une puissance mondiale en matière de puce d'IA.

Selon Morgan Stanley, à mesure que les puces chinoises s'améliorent, le taux d'autosuffisance du pays en unités de traitement graphique - essentielles à la création de systèmes d'IA - passera de 11 % en 2021 à 82 % en 2027. Toutefois, les analystes soulignent que de nombreux défis restent à relever.

La Chine s'est engagée dans une transformation profonde de son économie pour réduire sa dépendance envers les technologies étrangères, en particulier américaines. En mobilisant des ressources colossales et en orientant l'effort national vers l'innovation, elle cherche à bâtir une forme de forteresse technologique capable de résister aux pressions extérieures, notamment aux restrictions imposées par les États-Unis et leurs alliés.

Ces efforts ont déjà produit des résultats notables dans des secteurs clés comme les semiconducteurs, l'IA, les véhicules électriques et les satellites de télécommunication. Mais malgré cette montée en puissance, les experts soulignent que la Chine reste confrontée à des obstacles structurels : inefficacités liées au dirigisme étatique, dépendance persistante à certains composants étrangers, et difficultés à maintenir un écosystème d'innovation autonome.

Le pays n'est pas encore autosuffisant, mais son ambition stratégique est claire : se préparer à un affrontement technologique et géopolitique durable avec les États-Unis, dans lequel l'indépendance technologique est considérée comme un levier essentiel de souveraineté nationale.

Et vous ?

Partagez-vous les avis selon lesquels l’Europe est une colonie logicielle des Etats-Unis ? Sont-ils cohérents avec la réalité dont vous êtes au fait ? Partagez votre expérience
Que vous suggère l'idée de souveraineté logicielle pour l'Europe ? Est-ce une piste que l'UE gagnerait à explorer avec plus de sérieux ?
Quelle appréciation faites-vous des efforts visant à assurer la souveraineté technologique de l'UE vis-à-vis des USA ?

Voir aussi :

Un logiciel libre doit-il être en mesure de restreindre les tâches que ses utilisateurs peuvent effectuer avec son aide ? Non, pour Richard Stallman
France : le Sénat choisit d'encourager l'utilisation des logiciels libres et formats ouverts plutôt que de leur donner la priorité
Les députés votent la priorité au logiciel libre dans l'enseignement supérieur, échec du lobbying des éditeurs de logiciels propriétaires
Les logiciels libres ne seront plus prioritaires dans l'Éducation Nationale, ils seront envisagés mais plus préférés aux solutions propriétaires
Choisir en priorité le logiciel libre porterait atteinte au principe de neutralité technologique des marchés publics, pour le Syntec Numérique
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Avatar de Christophe
Responsable Systèmes https://www.developpez.com
Le 07/09/2026 à 19:37
Surtout qu'en Suiise, ils ont Infomaniak qui serait utilisable en cloud souverain.

Tout comme nous on as OVH. Je dis pas que c'est parfait mais on peut pas dire que globalement ça ne fonctionne pas.
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 07/09/2026 à 20:51
Citation Envoyé par Christophe Voir le message
Surtout qu'en Suiise, ils ont Infomaniak qui serait utilisable en cloud souverain.

Tout comme nous on as OVH. Je dis pas que c'est parfait mais on peut pas dire que globalement ça ne fonctionne pas.
Infomaniak a d'ailleurs été scandalisé de ne pas pouvoir concourir à l'appel d'offre; Infomaniak l'a fait savoir dans la presse et les fonctionnaires bornés n'ont pas changé quoique ce soit et se sont jetés dans les bras des américains et des chinois...

Tous ces cons n'ont qu'un seul mot à la bouche "souveraineté, souveraineté, souveraineté" mais ils ne l'appliquent pas, le mot n'est peut-être pas compatible avec le mot "pot-de-vin"...

Pour la petite histoire, des fonctionnaires suisses ont été pris la main dans le sac et traîné au tribunal pour ce genre de pratique:

1. Exemple avec l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne où un responsable des appels d'offres s'est enrichi pendant plus de 20 ans en touchant des pots-de-vin... C'est sa propre femme qui a fini par le dénoncer quand le monsieur a été courir après de la chair fraiche à mettre dans son lit!!!

2. Autre exemple: Des fonctionnaires fédéraux qui allouaient les contrats à une société informatique dont les directeurs étaient très généreux: Week-end tout frais payé pour Monsieur le fonctionnaire et Madame ou encore billets gratuits pour des matchs de foot en Bundesligua et pas dans une partie du stade où tu restes debout derrière un pilier
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Avatar de MisterMoa
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 16/02/2026 à 15:47
Vaut mieux être souverain pas très riche, que riche sans souveraineté. L'argent ne fait pas tout.
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 11/02/2026 à 19:06
Une très bonne initiative d'avoir des alternatives (si ce n'est pas obligatoire !), sachant que Visa et Mastercard applique des politiques de censure puritaine sur les marchés du JV par exemple.

Cependant, cette histoire d'euro numérique est dangereuse : On fonce droit vers le crédit social et un contrôle totale de notre argent (et dépenses), ce n'est absolument pas rassurant.
7  1 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 07/09/2026 à 18:58
cette mesure cible en priorité les fonctionnaires gérant des dossiers hautement sensibles ou essentiels à l'activité de l'État
Et il y a un peu plus de une année, ce même gouvernement fédéral suisse a organisé un appel d'offre pour disposer d'une infrastructure cloud en s'assurant d'imposer des conditions qui empêchaient toute société suisse de postuler à l'appel d'offre!!!

Au final, ce sont des fournisseurs américains et chinois qui ont été sélectionnés pour accueillir les données du gouvernement sur leur cloud...

A quoi cela sert d'équiper les fonctionnaires gérant des dossiers sensibles quand ces derniers ont déjà été livrés aux américains et aux chinois???

Cherchez l'erreur...

Quelque soit le pays, les fonctionnaires sont les mêmes!!!
7  2 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 08/09/2026 à 10:29
Amusant de constater des notes négatives quand je parle de "pots-de vin" touchés par des fonctionnaires suisses corrompus...

Qui en est à l'origine?

1. Est-ce des citoyens suisses avec un réflexe de "suissitude" mal placé?
2. Est-ce des fonctionnaires touchés dans leur orgueil?
3. Est-ce des corrompus niant la réalité?

Je vais mettre tout le monde d'accord en donnant ci-dessous des liens qui en parlent officiellement (source: radio et télévision suisse, média suisses de référence et non pas des sites conspirationnistes!!!):

1. L'affaire de corruption du SECO (Secrétariat d’État à l’économie), le plus grand scandale de pots-de-vin liés à des contrats informatiques au sein de la Confédération suisse en 2014:

https://www.letemps.ch/economie/corr...ira-bellinzone
https://www.blick.ch/fr/suisse/une-a...de-vin/kflw3tw

2. Le fonctionnaire de l'EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) qui a touché des "pots-de-vin" pendant 20 ans:

https://www.rts.ch/info/regions/vaud...-de-lepfl.html

3. Pour le plaisir, un petit détournement de 218 000 CHF dans un laboratoire de l'EPFL

https://www.rts.ch/info/regions/vaud...-de-lepfl.html

Et il y a d'autres cas...
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Avatar de der§en
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 11/02/2026 à 19:07
CB plutôt que leurs euro numérique, l’argent liquide plutôt que leurs euro numérique, n’importe quoi plutôt que l’euro numérique…
4  1 
Avatar de witre
Membre à l'essai https://www.developpez.com
Le 03/06/2026 à 17:46
Citation Envoyé par yoyo3d Voir le message
il va etre difficile de faire migrer les agents vers du linux ou libre office...
il est encore plus difficile de faire migrer les utilisateurs de linux vers windows.
Quand on a goutté à la facilite, la stabilité, la rapidité, revenir sous windows est très douloureux....
Mais j'utilise onlyoffice car il est très compatible avec msoffice
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Avatar de weed
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 03/06/2026 à 19:40
Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4]
Que pensez-vous de la dépendance technologique de l'Europe vis-à-vis des États-Unis ?
Nous sommes en effet extrèement dépendant. Sans parler de la dépendance d. es autres moteurs dépendant de Bing/Google via les API, les gens sont à fond sur Google. Le grand public ne comprend très peu les enjeu d'utiliser et de favoriser la concurrence.
Tant que les médias grand public ne diffuseront pas l'info, les utilisateurs sont toujours autant fidèle à Google et à MS.

Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4]
L'Europe entreprend des actions pour se défaire de cette dépendance. Que pensez-vous de ces initiatives ?
Par contre très bien initiative que cela vienne du domaine public puisque du privé, cela me semble compliqué tant qu'il y aura aucune communication.

La situation est délicate parce qu'ils faut le faire en douceur au risque que les GAFAM coupe direct les accès aux API par exemple pour les recherches sur Internet.

Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4] Selon vous, quelles sont les pistes de solution que l'Europe peut exploiter pour atteindre la souveraineté technologique ?
Commencez par l'éducation nationnale. Il faut que les jeunes aient un libre arbitre et ne soient plus dans l'ignorance. Faire la promotion de la concurrence, expliquer les enjeux de la concurrence, ...
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Avatar de TJ1985
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 10/09/2026 à 9:42
Effectivement, la corruption semble de plus en plus apparente dans les administrations. Étant Suisse, ça me désole profondément. Ajoutons à la liste des cas individuels la faillite totale dans le choix d'équipements militaires, entre drones israéliens pas livrés de puis dix ans et F-35 qui seront livré avec des années de retard et à des prix "variables", choix d'une arme de poing réputée dangereuse et inefficace alors qu'une concurrence crédible et réputée ne serait pas plus chère...
Il y a bien quelque chose de pourri au royaume de Guillaume Tell. Ça commence par le suivi des normes de construction à Crans Montana et ça finit à Berne par des choix aberrants qui touchent tout le pays.
La prolifération administrative y est probablement pour quelque chose, il est facile pour quelqu'un de déterminé d'orienter ses collègues plus mous, plus incertains, vers tel ou tel type de réflexion. Si le personnel politique n'est plus compétent dans les domaines d'intérêt général, fait juste de la politique, l'administration a les coudées franches.
Pour en revenir au sujet, les prétextes invoqués pour conserver Microsoft ne tiennent pas debout. En fait, ces chers fonctionnaires refusent de modifier un peu leurs habitudes et d'appuyer sur F1 plutôt que F2... Des gens incapables de s'adapter aux changements, à cette période où tout bouge en permanence et très rapidement, sont un frein et un générateur de chaos. Donc, Oust !
Dire que j'ai connu à leurs débuts les entreprises pionnières, dont Infomaniak, qui aujourd'hui sont écartées des marchés par cette clique... La Suisse ne sait pas ce qu'elle perd en ne valorisant pas ces talents.
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