Le monde travaille à s’affranchir des géants technologiques américains qui peuvent servir de moyens de sanctionsComme l’illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou
Les pays s'inquiètent de plus en plus de leur dépendance vis-à-vis des entreprises technologiques américaines car elles peuvent servir de moyens de sanctions comme l’illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou. Ce dernier a toute sa vie numérique et financière qui est désormais sévèrement restreinte en raison des sanctions globales ordonnées à son encontre par Donald Trump. Ces sanctions font suite à sa participation à la décision de la Cour pénale internationale (CPI) de délivrer des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre. Les initiatives d’affranchissement des technologies américaines vont donc en se multipliant.
La réaction hostile à l'égard des entreprises technologiques américaines s'inscrit dans une prise de conscience plus large du fait que la technologie n'est pas neutre et que les entreprises qui produisent et façonnent cet écosystème ont des intérêts sociaux et politiques en plus de leurs intérêts financiers. C’est en droite ligne avec cet état de choses que David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat, annonce la généralisation de « Visio », un outil développé par la direction interministérielle du numérique (DINUM), à l'ensemble des services de l'État d'ici 2027. L'objectif : mettre fin à l'utilisation de solutions extra-européennes, garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques en s'appuyant sur un outil puissant et souverain.
Même son de cloche au niveau de la Cour Pénale Internationale (CPI) où l’on a opéré le remplacement de Microsoft Office par la suite logicielle souveraine de l’UE dénommée OpenDesk. Ce changement à la CPI intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la dépendance des organismes publics vis-à-vis des entreprises technologiques américaines pour le fonctionnement de leurs services. Ces préoccupations se sont fortement accentuées depuis le début du second mandat du président américain Donald Trump.
Pour la CPI, ces préoccupations ne sont pas abstraites : Trump a critiqué à plusieurs reprises la cour et imposé des sanctions à son procureur général, Karim Khan. Au début de l'année, des rapports ont en sus fait état de ce que Microsoft avait supprimé le compte de messagerie électronique de Khan, une affirmation que l'entreprise nie.
« Nous apprécions notre relation avec la CPI qui est notre client et sommes convaincus que rien n'empêche notre capacité à continuer à fournir des services à la CPI à l'avenir », a déclaré un porte-parole de Microsoft. Open Desk est développé par le Centre allemand pour la souveraineté numérique de l'administration publique (Zendis), une entreprise publique. Zendis fait partie d'une organisation au niveau européen fondée par quatre pays de l'UE dans le but de construire une infrastructure numérique souveraine.
Grosso modo, l’on se prépare en Europe à un catastrophique dans lequel les États-Unis bloqueraient l'accès à leurs infrastructures numériques. Elle multiplie donc les initiatives destinées à asseoir la souveraineté technologique qui lui permettra de prévenir un blackout numérique.
BREAKING –
— Global UPDATES (@GlobalUpdates24) January 26, 2026
Europe is planning to replace US tech firms like AWS, Azure, and Google Cloud with local ones
EU is reducing its dependence on America pic.twitter.com/ST9hEd4r4k
La Chine apparaît dans le décor comme un modèle en matière d’affranchissement des solutions technologiques américaines
L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier 2017 a marqué un tournant dans les relations technologiques entre les États-Unis et la Chine. En 2018, son administration a déclenché une guerre commerciale contre la Chine, à travers des droits de douane élevés et des restrictions technologiques majeures. De nombreuses entreprises technologiques chinoises telles que Huawei, ZTE, etc. ont également été placées sur liste noire par les États-Unis.
Bien que le ton ait changé en 2021, ces mesures coercitives ont été maintenues par son successeur Joe Biden. Certaines ont même été renforcées, avec l'implication des alliés, tels que l'Europe et le Japon. Les États-Unis et leurs alliés ont imposé des restrictions sur les exportations de puces avancées vers la Chine, ainsi que sur les machines de lithographie utiliser pour produire des semiconducteurs, notamment celles fabriquées par le néerlandais ASML.
Cependant, après environ huit années de mesures de répression contre la Chine, le constat se situe à l'opposé de celui qu'espéraient les États-Unis et leurs alliés. La Chine a pris de l'avance dans certains secteurs technologiques stratégiques et, dans d'autres cas, elle est en train de rattraper les États-Unis.
En 2023, Huawei a attiré l'attention des États-Unis en commercialisant un smartphone haut de gamme équipé d'un processeur avancé qui, selon les analystes, a été produit localement en Chine. Huawei se prépare à tester une nouvelle puce d'IA qu'il espère plus puissante que la puce H100 de Nvidia, sortie en 2022. Lors d'une récente interview, Jensen Huang, PDG de Nvidia, a déclaré que l'industrie technologique chinoise devient plus puissante.
« Les concurrents chinois ont évolué », a-t-il déclaré. Selon lui, Huawei qui figurait sur la liste noire du gouvernement américain est devenu « tout à fait redoutable ». Il a noté : « comme tout le monde, ils doublent, voire quadruplent leurs capacités chaque année. Et le volume augmente considérablement ».
Jensen Huang a souligné que l'écart entre les performances des produits américains et leurs alternatives chinoises se réduit. Selon plusieurs rapports, l'industrie technologique chinoise se tourne de plus en plus vers les alternatives offertes par Huawei. Ainsi, les restrictions américaines pourraient non seulement favoriser la Chine dans la course mondiale à l'IA, mais aussi transformer Huawei en une puissance mondiale en matière de puce d'IA.
Selon Morgan Stanley, à mesure que les puces chinoises s'améliorent, le taux d'autosuffisance du pays en unités de traitement graphique - essentielles à la création de systèmes d'IA - passera de 11 % en 2021 à 82 % en 2027. Toutefois, les analystes soulignent que de nombreux défis restent à relever.
La Chine s'est engagée dans une transformation profonde de son économie pour réduire sa dépendance envers les technologies étrangères, en particulier américaines. En mobilisant des ressources colossales et en orientant l'effort national vers l'innovation, elle cherche à bâtir une forme de forteresse technologique capable de résister aux pressions extérieures, notamment aux restrictions imposées par les États-Unis et leurs alliés.
Ces efforts ont déjà produit des résultats notables dans des secteurs clés comme les semiconducteurs, l'IA, les véhicules électriques et les satellites de télécommunication. Mais malgré cette montée en puissance, les experts soulignent que la Chine reste confrontée à des obstacles structurels : inefficacités liées au dirigisme étatique, dépendance persistante à certains composants étrangers, et difficultés à maintenir un écosystème d'innovation autonome.
Le pays n'est pas encore autosuffisant, mais son ambition stratégique est claire : se préparer à un affrontement technologique et géopolitique durable avec les États-Unis, dans lequel l'indépendance technologique est considérée comme un levier essentiel de souveraineté nationale.
Et vous ?
Partagez-vous les avis selon lesquels l’Europe est une colonie logicielle des Etats-Unis ? Sont-ils cohérents avec la réalité dont vous êtes au fait ? Partagez votre expérience
Que vous suggère l'idée de souveraineté logicielle pour l'Europe ? Est-ce une piste que l'UE gagnerait à explorer avec plus de sérieux ?
Quelle appréciation faites-vous des efforts visant à assurer la souveraineté technologique de l'UE vis-à-vis des USA ?Voir aussi :
Un logiciel libre doit-il être en mesure de restreindre les tâches que ses utilisateurs peuvent effectuer avec son aide ? Non, pour Richard Stallman
France : le Sénat choisit d'encourager l'utilisation des logiciels libres et formats ouverts plutôt que de leur donner la priorité
Les députés votent la priorité au logiciel libre dans l'enseignement supérieur, échec du lobbying des éditeurs de logiciels propriétaires
Les logiciels libres ne seront plus prioritaires dans l'Éducation Nationale, ils seront envisagés mais plus préférés aux solutions propriétaires
Choisir en priorité le logiciel libre porterait atteinte au principe de neutralité technologique des marchés publics, pour le Syntec Numérique
Vous avez lu gratuitement 761 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
