Mounir Mahjoubi présente les articulations du plan d'action contre les contenus haineux en ligne
La fin de l'anonymat en ligne n'est pas évoquée

Le , par Stéphane le calme

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Le ton a été donné par le gouvernement en mars dernier, lorsque Édouard Philippe, Premier ministre français, a profité d’un discours au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris pour annoncer son plan d’action contre la diffusion de contenus à caractère haineux, raciste et antisémite sur Internet. Il a chargé par la suite Marlène Schiappa d’étudier la situation de la haine en ligne sur Internet avant de confirmer un projet de loi en ce sens pour 2019.

L’administration Macron souhaite que les signalements rapportés par les internautes, les autorités ou les tiers de confiance soient analysés et traités beaucoup plus rapidement, pour réduire au maximum le temps d’exposition des contenus à caractère haineux, discriminatoire ou terroriste.

En juillet dernier, dans une note signée « Elders of the Internet », le Network Working Group de l’IETF (l’organisme chargé de l’élaboration et la promotion des standards Internet) s’est excusé pour les dérives qui ont été constatées ces dernières années sur Internet et via les médias sociaux, précisant qu’il a été « pris au dépourvu quand Internet est devenu l’évier pour chaque argument mal réfléchi ».

« Récemment, vous avez peut-être remarqué une augmentation spectaculaire du nombre d’opprobres, d’indignations, de discours de haine et d’amertume générale sur votre média social préféré. Les Anciens de l’Internet s’excusent sans réserve pour cette perturbation », pouvait-on lire dans la note publiée.


Mounir Mahjoubi, Secrétaire d'État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes publics chargé du Numérique, a fait valoir que la lutte contre les contenus haineux et le harcèlement en ligne nécessite de traiter de nombreux sujets : « c’est pour cette raison que nous avons souhaité organiser le plan d’action au sein d’un canevas exhaustif de toutes les questions auxquelles nous devons apporter une solution ».

Les grands axes de réflexion

Le Secrétaire d'État en a évoqué dix au total.

Sensibilisation et formation des citoyens sur le civisme en ligne

La prévention constitue le socle indispensable de notre action et la racine de toute solution durable. Cette démarche d’éducation et d’information est déjà largement portée par le système éducatif et par quelques associations spécialisées, à destination des jeunes et du grand public. Mais le Secrétaire d'État estime que cela peut être amélioré : pour cela, il est nécessaire de mobiliser l’ensemble des leviers offerts par le numérique, qui permettent de renforcer la portée de ces messages : en incitant les plateformes à pousser du contenu positif sur l’ensemble de la surface dont elles disposent, en facilitant l’accès à du contenu pédagogique. Ce sont elles qui détiennent les clés de l’audience et sont les mieux à même de diffuser largement du contenu.

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
Une partie de cette démarche d’information peut être encadrée par la loi. Ainsi, il apparaît aujourd’hui raisonnable et opportun d’exiger des acteurs concernés qu’ils mettent en place un avertissement présentant les risques encourus en cas de production de contenus haineux ou illicites et rendent facilement accessibles des précisions sur les contenus visés.

Mais cet effort ne doit pas être limité à la présence en ligne : les actions d’éducation et d’information menées par les acteurs associatifs méritent d’être soutenues.
Certains d’acteurs ont d’ores et déjà investi ce champ de manière volontaire. Facebook a ainsi lancé en novembre un « fonds pour le civisme en ligne », visant à soutenir des acteurs associatifs engagés en matière de contenus haineux, cyber-harcèlement, fake news. Cette initiative est prometteuse et mérite d’être pérennisée : le secteur associatif, indispensable sur ce sujet, ne sera durablement financé que si plusieurs gros acteurs numériques assument conjointement cette responsabilité.

Définition des règles de modération

La plateforme peut traiter les contenus présents sur sa plateforme sur la base de deux corpus distincts : la loi ou les conditions générales d’utilisation de sa « communauté ». Aujourd’hui, les acteurs modèrent essentiellement sur la base de ces dernières, qui couvrent généralement au moins formellement la palette des contenus illicites dans un pays donné. Pourtant, les utilisateurs sont peu informés sur ces standards, les conditions de leur adoption, de leur révision. A ce stade, ils sont imposés de manière asymétrique par les plateformes, qui imposent par là-même certains standards et valeurs, au-delà du cadre strict des contenus illicites (par exemple en censurant la nudité).

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
Une transparence et un encadrement accrus de ces règles sont nécessaires : les plus grandes plateformes devraient expliquer régulièrement les règles d’adoption de leurs standards de modération et les conditions de leur évolution. Surtout, il serait souhaitable qu’une partie significative de ce corpus fasse l’objet de discussions multipartites (associations de victimes, associations de défense des libertés en ligne, pouvoirs publics, plateformes), afin de cibler au mieux les contenus les plus problématiques et de ménager les nuances nécessaire, tout en veillant à éviter l’écueil de la censure.

Évaluation de l’application des règles de modération et mise à jour

Il estime qu'il devrait pouvoir être possible de faire un audit des règles de modération des plateformes, celles ci devraient, selon lui, être revues de manière régulière, par exemple sur une base annuelle. Cet audit pourrait être confié à un régulateur.

Ce « reporting » permettrait à la société civile de bénéficier d’une transparence accrue de la part des acteurs. Surtout, il permettrait d’intégrer les retours d’expérience sur l’efficacité des règles adoptées et l’évolution de la nature des contenus signalés.

Signalement humain des contenus suspects

Vient ensuite l’étape-clé du signalement : ce dernier permet d’empêcher que les contenus haineux mis en ligne soient diffusés, amplifiés et encouragés.

Pour ce faire, il est nécessaire que toutes les plateformes ou sites mettant à disposition des espaces de discussion ou de partage de contenu proposent des outils de signalement facilement identifiables et mobilisables en quelques secondes par un utilisateur. Cette obligation est d’ores et déjà prévues par la loi mais pas encore mise en œuvre de manière satisfaisante par les acteurs. A défaut de standardisation, une supervision du dispositif pourrait être envisagée, afin d’assurer son ergonomie.

Détection automatique des contenus suspects

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
Mais le signalement demeure un pis-aller : il implique que le contenu a été diffusé et qu’il a potentiellement déjà fait des victimes. Pour rendre cet arsenal plus réactif, il existe des moyens technologiques permettant un traitement plus efficace du contenu dès sa parution – et même avant. Pour ce faire, les plus grosses plateformes peuvent mobiliser les instruments d’intelligence artificielle qu’elles ont commencé à déployer au cours des dernières années à des fins de modération. Facebook revendique ainsi d’éliminer la quasi-totalité des contenus terroristes avant qu’ils aient pu être diffusés.
Il affirme que les contenus haineux ou dangereux présentent généralement des caractéristiques plus complexes précisant qu'avec le temps, il est envisageable que les algorithmes des plus gros réseaux sociaux soient suffisamment entraînés pour en assurer une détection rapide ; cette solution a le mérite de prévenir les risques de viralité et d’épargner de potentielles victimes. Elle implique néanmoins pour les acteurs concernés de poursuivre leurs investissements en intelligence artificielle. Aujourd’hui, pour la plupart d’entre eux, ces développements sont amorcés mais encore insuffisants pour traiter efficacement la palette des expressions haineuses et dangereuses.

Retrait et sanction du non-retrait

Et d'expliquer qu'avant d’avoir établi la nature exacte du contenu signalé, les plateformes doivent pouvoir mettre les contenus « en quarantaine », permettant d’enrayer leur diffusion.

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
La suspension est particulièrement adaptée lorsque le contenu signalé n’apparaît pas « manifestement illicite ». Cette exigence implique la mise en place d’un système de traitement progressif de chaque contenu signalé et la conservation de ces contenus, afin de pouvoir les remettre en ligne si le signalement n’apparaissait pas justifié.

Le délai de retrait cristallise les attentes car il est déterminant dans la diffusion d’un contenu. Pour les gros acteurs, il est envisageable de mettre en place des délais de retrait très contraints, de quelques heures pour les contenus à risque. En matière de contenus terroristes, il est ainsi prévu que ce délai soit d’une heure, dans le cadre du projet de règlement européen sur ce sujet. La loi allemande oblige en outre désormais les acteurs à supprimer dans un délai de 24h les contenus « manifestement illégaux » et prévoit des sanctions allant jusqu’à cinquante millions d’euros en la matière.

Pour les plus petits acteurs, il convient néanmoins de mesurer le risque : au vu de la vaste zone grise en matière de contenus haineux, des obligations trop strictes peuvent conduire ces acteurs à censurer de manière excessive. C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter une approche proportionnée en la matière : être plus exigeants avec les plus gros acteurs et prévoir des sanctions sévères lorsque les dispositifs déployés sont en-deçà des attentes.

Après le retrait : information et possibilité de faire appel

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
L’efficacité de la procédure de retrait ne doit néanmoins pas occulter la nécessité de préserver la liberté d’expression et le droit à une procédure contradictoire. A cette fin, il est indispensable que les sites et applications concernés ménagent une possibilité de contestation de la décision de retrait – et donc de rétablissement du contenu supprimé. Cette fonctionnalité est d’autant plus nécessaire lorsque des outils de détection sont mobilisés. En effet, ces instruments commettent encore de nombreuses erreurs. Face à ce constat, Facebook a d’ailleurs décidé de lancer en 2018 un mécanisme d’appel.
Il est en outre nécessaire que les plateformes informent systématiquement leurs utilisateurs des suites données à leur signalement, en précisant notamment si ce dernier faisait effectivement entorse aux règles de modération.

Accompagnement des victimes

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
L’accompagnement des victimes constitue une étape importante dans le traitement des contenus illicites par les plus grandes plateformes – et il est aujourd’hui généralement négligé. Cette démarche de soutien est pourtant déterminante pour accompagner efficacement les victimes : leur présenter en détail les options qui s’offrent à elles en matière de poursuites, leur proposer une mise en relation avec des partenaires associatifs ou services d’écoute.

Nous sommes en droit d’attendre des plus grosses plateformes qu’elles soient irréprochables dans ce soutien, pour lutter contre le sentiment d’isolement et d’impuissance qui prévaut actuellement chez les victimes de ces expressions haineuses.
Identification des auteurs de contenus illicites

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
L’identification des auteurs de contenus illicites est fondamentale pour lutter contre l’impunité. Peu de lieux de discussions en ligne sont réellement anonymes – le pseudonymat prévaut généralement. Quoi qu’il en soit, les auteurs demeurent identifiables, notamment via leurs adresses IP.

Les difficultés que nous rencontrons pour poursuivre effectivement les auteurs de ces contenus illicites s’expliquent donc plutôt par la difficulté à mobiliser les acteurs pour fournir rapidement aux autorités les données permettant l’identification des auteurs. Ce constat implique de redéfinir les contraintes qui pèsent sur ces acteurs et notamment d’envisager des délais pour communiquer ces informations dans les cas les plus graves. Le projet de règlement européen « e-evidence » pourrait permettre des progrès en la matière.
Réponse judiciaire

Citation Envoyé par Mounir Mahjoubi
Les plus grosses plateformes doivent en outre amorcer une démarche de coopération renforcée avec les autorités judiciaires pour assurer un suivi plus efficace des contenus signalés. Là encore, l’obligation existe mais, faute de supervision spécifique, elle est appliquée de manière insatisfaisante.

Surtout, au-delà de la simple transmission d’informations sur des cas signalés, il faut attendre des plateformes qu’elles coopèrent avec les autorités judiciaires pour traiter à la racine la problématique, notamment en identifiant les auteurs récurrents de contenus haineux ou dangereux. Bien sûr, cette coopération devra être bâtie dans un cadre très circonscrit, afin d’éviter toute atteinte aux libertés individuelles. Néanmoins, les plus grosses plateformes se sont dotées d’outils extrêmement performants au fil des années ; il serait regrettable de ne pas les mobiliser plus efficacement.

Enfin, la multiplication des « sites miroirs », qui. vident de leur portée les décisions de justice, contribue également à affaiblir nos moyens d’actions : nous devrons renforcer l’efficacité de notre arsenal pour lutter contre ces contournements manifestes de notre droit et éviter de subir la réapparition de sites nauséabonds, tels que le désormais tristement célèbre « démocratie participative », antisémite et homophobe.
Source : Mounir Mahjoubi

Et vous ?

Que pensez-vous de ces axes de réflexion ?
Quels sont les points qui vous semblent les plus difficiles à mettre en place ? Pourquoi ?
Quels sont les éléments que vous trouvez discutables ?
Dans son ensemble, cette liste d'éléments est-elle, selon vous, susceptible de lutter efficacement contre les propos haineux tenus en ligne ?

Voir aussi :

Macron : « Je ne veux plus de l'anonymat sur les plateformes internet », le Président français confirme qu'il veut bien la fin de l'anonymat en ligne
Des députés LREM veulent imposer une pièce d'identité à la création de comptes sur les réseaux sociaux, une tentative de lever l'anonymat en ligne ?
La fin de l'anonymat sur les réseaux sociaux n'est « pas souhaitable et pas possible » pour Mounir Mahjoubi, qui vient clarifier les propos de Macron
Emmanuel Macron plaide pour une levée progressive de toute forme d'anonymat en ligne, vers la fin de la liberté d'expression en France ?

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Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 14/02/2019 à 18:18
Surtout, il serait souhaitable qu’une partie significative de ce corpus fasse l’objet de discussions multipartites (associations de victimes, associations de défense des libertés en ligne, pouvoirs publics, plateformes), afin de cibler au mieux les contenus les plus problématiques et de ménager les nuances nécessaire, tout en veillant à éviter l’écueil de la censure.
Très mauvaise idée.
Bon nombre de ces associations sont politiques, militantes, et extrêmes.

Cela reviendrait à demander à un groupe de personnes très politisées ce qu'on a le droit ou non de dire, inacceptable.
Avatar de defZero
Membre du Club https://www.developpez.com
Le 14/02/2019 à 23:58
Quand le gouvernement demande à ce que des plateformes privées fasse le boulot de la justice .
Par contre je veut bien les sources du programme capable de déterminé qu'un contenu est légale ou pas.
Avatar de ddoumeche
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 15/02/2019 à 11:54
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message

Le ton a été donné par le gouvernement en mars dernier, lorsque Édouard Philippe, Premier ministre français, a profité d’un discours au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris pour annoncer son plan d’action contre la diffusion de contenus à caractère haineux, raciste et antisémite sur Internet. Il a chargé par la suite Marlène Schiappa d’étudier la situation de la haine en ligne sur Internet avant de confirmer un projet de loi en ce sens pour 2019.
Vu la quantité de remarques désobligeantes que se prend cette dame de manière quotidienne sur les réseaux d’asociaux en ligne, je peux comprendre que le gouvernement souhaite frapper un grand coup et envoyer ces sans-costumes en prison. Mais enfin ce sont des choses qui arrivent quand on prend de tels boulets à des postes aussi médiatisés.
Avatar de Michael Guilloux
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 21/02/2019 à 20:07
Loi contre la haine en ligne : interdiction des réseaux sociaux, levée de l'anonymat, amendes en millions d'euros
qu'est-ce qui sera proposé en mai ?

Comme annoncé par le gouvernement l'année dernière, il y aura bel et bien en France une loi contre la haine sur Internet en 2019. En ce qui concerne les dispositions de cette loi ainsi que le moment où le projet sera dévoilé, les choses se précisent. Lors de son discours au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) le 20 février, Emmanuel Macron a annoncé qu'une proposition de loi contre la haine sur Internet sera déposée en mai. La proposition de loi sera faite par la députée LREM Laetitia Avia et reprendra les propositions de son rapport sur le sujet. Elle s'inspirera également de la loi allemande en vigueur depuis janvier 2018.

Pour information, la loi allemande exige que les sites de médias sociaux agissent rapidement pour supprimer les discours de haine, entre autres contenus dits illégaux. Et les sites qui ne supprimeront pas les postes « manifestement illégaux » pourraient être passibles d'amendes allant jusqu'à 50 millions d'euros. Sont concernés les réseaux sociaux et sites de médias comptant plus de deux millions de membres. Facebook, Twitter et YouTube seront notamment les cibles principales de cette loi. Mais d'autres sites comme Reddit, Tumblr, le réseau social russe VK et Vimeo pourraient également tomber sous le coup de ces dispositions. Précisons aussi que les plateformes internet ont 24 heures pour agir après qu'il leur aura été signalé la publication de contenu en violation de la loi. Reste à savoir quelles idées de la loi allemande Macron aimerait que la France reprenne.


« Ce que ce texte portera », explique le Président français, « ce sont des dispositions claires imposant le retrait dans les meilleurs délais de tous les contenus appelant à la haine, mettant en œuvre toutes les techniques permettant de repérer l’identité dans les meilleurs délais et enfin appelant à la responsabilité, y compris sur le plan juridique, lesdites plateformes ». Emmanuel Macron a souligné que l’État français avait commencé à travailler avec Facebook, mais il dénonce l'attitude de Twitter, qu'il qualifie de mauvais élève dans la lutte contre les discours de haine sur Internet.

« Il y a aujourd’hui encore des plateformes comme Twitter, pour citer les mauvais exemples, qui attendent des semaines, quand ce n'est pas des mois, pour donner les identifiants qui permettent d’aller lancer les procédures judiciaires contre ceux qui ont appelé à la haine, au meurtre ». Et parfois, ces plateformes « prennent des jours, des semaines pour retirer des contenus ainsi identifiés », a-t-il déploré. Pour lui, il est donc nécessaire, dans la loi à venir, d'adopter des sanctions contre les sociétés numériques si elles ne s'impliquent pas suffisamment.

Pour les internautes qui seront reconnus coupables de propos haineux ou racistes, entre autres, le Président français souhaite qu'ils soient interdits des plateformes de réseaux sociaux. « Il nous faut nous donner les moyens aussi de pouvoir interdire la présence sur un réseau social de personnes coupables de propos racistes et antisémites, comme on interdit les Hooligans dans les stades, ou à tout le moins faire en sorte que les condamnations pour actes racistes et antisémites soient publiées pour ceux s’en rendant coupables », a-t-il fait valoir. Techniquement, comment cela sera-t-il possible ? En plus, cela ne viole-t-il pas la liberté d'expression ? Voici des questions qu'on peut se poser...

L'anonymat, un morceau difficile à digérer pour Emmanuel Macron

Macron ne manque pas d'aborder la question de l'anonymat sur laquelle il s'est plusieurs fois exprimé ces dernières semaines : « Moi je ne veux plus de l'anonymat sur les plateformes internet », a insisté le Président français le 7 février, dans le cadre du grand débat, après sa sortie du 18 janvier où il a plaidé en faveur d'une « levée progressive de tout anonymat ». Il a certainement entendu les vives critiques après ses déclarations, et avec la position affichée par Mounir Mahjoubi, Macron s'est montré moins catégorie sur la question.

Si cette fois, il ne remet pas complètement en cause l'anonymat, le Président français ne digère pas que cela soit un obstacle dans la lutte contre la haine en ligne. « Faut-il interdire partout sur Internet l’anonymat ? Je pense que nous pourrions aller par cette voie à quelques égards vers le pire. Il faudra donc y réfléchir à deux fois », dit-il. « Par contre, ce que nous ne pouvons pas accepter, c’est que parce qu’il y a l’anonymat, le contenu ne soit pas retiré dans les meilleurs délais, que l’identité ne soit pas recherchée et ne soit pas donnée ».

La députée LREM Laetitia Avia donne plus de précisions

Interrogée hier sur franceinfo, tout juste après le discours de Macron, la députée LREM Laetitia Avia a évoqué en avant-première quelques points clés de la future loi. Elle veut simplifier le signalement de propos haineux sur les réseaux sociaux, mais aussi « responsabiliser toutes ces plateformes qui créent une viralité autour des contenus haineux ». Pour ce faire, elle reprend une mesure qu'elle avait proposée dans son rapport : elle préconise « la mise en place d'une obligation de retirer, dans les meilleurs délais, sous 24 heures, ces contenus haineux, sous peine de sanctions extrêmement fortes et dissuasives, qui se chiffreraient en millions d'euros pour ces plateformes. » Les amendes devraient en effet être assez dissuasives pour obliger les plateformes à coopérer. « Les plateformes vont jouer le jeu parce qu'elles n'auront pas le choix », dit-elle. « Notre message est ferme. On leur demande de la coopération, à défaut ce sera de la sanction », a-t-elle ajouté.

Pour permettre à la justice de faire correctement son travail, celui de sanctionner les auteurs de propos haineux en ligne, Laetitia Avia estime qu'il faut encore des « mécanismes pour pouvoir lever plus efficacement, plus rapidement, l'anonymat des personnes qui tiennent ces propos haineux sur les réseaux sociaux. » Mais il ne s'agira pas d'une levée d'anonymat systématique. Elle explique en effet qu'on « ne touchera pas au pseudonymat, le droit pour chacun de s'appeler X ou Y, en revanche, dès lors qu'un délit est commis on doit pouvoir identifier la personne. C'est là qu'on lève l'anonymat », dit-elle. Un juge devrait ensuite pouvoir juger les délits de propos haineux sans audience ; ce qui va permettre d'avoir une justice plus rapide et plus efficace dans le traitement de ces délits.

Sources : Discours de Macron, franceinfo

Et vous ?

Que pensez-vous des mesures qui sont annoncées de manière informelle pour lutter contre la haine en ligne ?
Craignez-vous encore plus de censure et d'abus en France ?

Voir aussi :

Macron : « Je ne veux plus de l'anonymat sur les plateformes internet », le Président français confirme qu'il veut bien la fin de l'anonymat en ligne
Emmanuel Macron plaide pour une levée progressive de toute forme d'anonymat en ligne, vers la fin de la liberté d'expression en France ?
Lutte anti-terroriste : 44 organisations exhortent Macron à renoncer à un projet de règlement européen qui pourrait porter préjudice à Internet
L'administration Macron confirme sa loi contre la haine sur Internet en 2019 par la voix de la Secrétaire d'État auprès du Premier ministre
Macron lance « l'Appel de Paris » pour remédier aux problèmes d'Internet, la France va coopérer avec Facebook pour examiner ses efforts de modération
Avatar de pierre-y
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 21/02/2019 à 21:22
Macron avec ces propos à l'insulte facile sera donc concerné?
Avatar de Musk4
Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
Le 23/02/2019 à 9:55
Le premier projet d'abolir l'incitation à la haine sur les réseaux est je pense des plus raisonnables.
En revanche je suis un peu plus dubitatif quant à la fin de l'anonymat. Internet est un excellent moyen d'exprimer des opinions
sur tout et n'importe quoi, l'intérêt étant de pouvoir le faire de façon anonyme.

À voir
Avatar de NecPlusExtra
Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
Le 23/02/2019 à 23:08
L'existence même d'un "dîner du CRIJF" - et la manière dont le président de la république s'y fait traiter comme une marionnette - prouve le rapport de force entre l'État et une certaine communauté "sûre d'elle-même et dominatrice"...

Qu'est-ce que ces gens ont de si terrible à cacher pour vouloir ainsi à tout prix empêcher les gens de s'exprimer ?
Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 25/02/2019 à 9:49
Citation Envoyé par NecPlusExtra Voir le message
la manière dont le président de la république s'y fait traiter comme une marionnette

Ce qui rappelle ce qu'avait dit Elisabeth Lévy sur France Info (en off je crois, la vidéo est facile à trouver) :
Les gens ont été vachement choqué, à l'air Cukierman, de voir tous les ministres de la république défiler au dîner du CRIF pour se faire engueuler platement
Citation Envoyé par NecPlusExtra Voir le message
le rapport de force entre l'État et une certaine communauté
Ouais c'est clair qu'il n'existe aucun autre lobby communautaire aussi puissant que celui du CRIF.
Il n'y a pas d'équivalent au CRIF chez les musulmans, les catholiques ou n'importe quel autre groupe.
Les politiciens important vont toujours se prosterner au dîner du crif.
NICOLAS SARKOZY AND FRANÇOIS HOLLANDE ATTENDED CRIF ANNUAL DINNER
Il faudrait peut-être refaire un 1905...

Citation Envoyé par NecPlusExtra Voir le message
Qu'est-ce que ces gens ont de si terrible à cacher pour vouloir ainsi à tout prix empêcher les gens de s'exprimer ?
Ça fait longtemps que tous les propos qui critiquent un peu certains membre de la communauté juive sont censurés.
C'est une stratégie contre-productive.

Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message
Que pensez-vous des mesures qui sont annoncées de manière informelle pour lutter contre la haine en ligne ?
Clairement.
La France est déjà championne de censure sur Twitter et ça ne va pas s'arranger...
Si ça continu, bientôt les gens finiront en prison pour avoir critiqué des décisions de Netanyahu.

2014 :
La France, numéro un mondial de la censure de tweets

Bon après la Licra s'était un peu calmé (officiellement) :
L'appel de la Licra aux humoristes : "Lâchez-vous !"
Mais en même temps, c'est sans doute un peu par peur d’associations antiracistes que les humoristes s’autocensurent aujourd'hui. La Licra, une association d’avocats, a longtemps été prompte a attaqué les humoristes. Ce que regrette Alain Jakubovicz. Le patron de l’association regrette, par exemple, d’avoir attaqué Philippe Bouvard pour une blague au début des années 2000.
Persuadé que la Licra, avec d’autres, ont contribué à brimer les humoristes, Alain Jakubovicz va faire la semaine prochaine son mea culpa. "Il y a un certain nombre de procès que nous avons faits et que je ne referais pas, pour des mauvaises blagues qui ont été faites, dont on pouvait penser qu'elles étaient racistes, antisémites. Un humoriste n'a pas sa place devant un tribunal", explique-t-il. Il lance cet appel aux humoristes : "Lâchez-vous ! N'ayez pas peur de heurter !"
===
Bon sinon cette histoire d'antisémitisme c'est pour changer de sujet et parler d'autres choses que les gilets jaunes.
Là on ne parle plus du pouvoir d'achat, des taxes, du manque de représentativité dans le système politique français, etc.
Avatar de Stan Adkens
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 12/05/2019 à 22:11
Régulation d'Internet : Zuckerberg salue le plan français contre les contenus haineux comme un modèle pour l'UE
Après avoir rencontré Emmanuel Macron

La prolifération des contenus terroristes, racistes, sexistes ou appelant à la haine sur les plateformes numériques préoccupe à un haut niveau de nombreux gouvernements. Ces dérives représentent pour eux un risque pour le fonctionnement des démocraties. Pour y mettre fin et faire de l’Internet et en particulier des réseaux sociaux des endroits fréquentables, une loi contre la haine en ligne est en élaboration en France. Ce sont ces efforts de réglementation que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a jugés « encourageant » et salués, vendredi dernier après sa rencontre avec le président Emmanuel Macron à Paris, comme un modèle pour l'Union européenne.

Zuckerberg a eu une rencontre avec le président français le 10 mai dernier, pour discuter de la régulation d'Internet, et notamment des réseaux sociaux. À la sortie de l’Élysée, le PDG de Facebook s'est dit « optimiste quant à la législation » que les pouvoirs publics français envisagent sur les réseaux sociaux. Lors d’une courte entrevue avec des journalistes à Paris, Mark Zuckerberg a déclaré à propos de la future réglementation française sur les réseaux sociaux : « J'ai bon espoir qu'elle pourra devenir un modèle » utilisé « dans l'Union européenne ».


Le ton a été donné en mars 2018, à propos de la nouvelle législation française, lorsque Édouard Philippe, Premier ministre français, a profité d’un discours au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris pour annoncer son plan d’action contre la diffusion de contenus à caractère haineux, raciste et antisémite sur Internet. Il a chargé par la suite Marlène Schiappa d’étudier la situation de la haine sur Internet. Cette dernière a confirmé cette loi dans un tweet en novembre dernier. Elle a confié à ce propos :

« Les insultes, le harcèlement, les propos sexistes, racistes, homophobes, antisémites, antimusulmans, haineux, injurieux… doivent être supprimés plus vite des réseaux sociaux ! Le gouvernement défendra en 2019 une loi en ce sens ».

L’administration Macron souhaite que les signalements rapportés par les internautes, les autorités ou les tiers de confiance soient analysés et traités beaucoup plus rapidement, pour réduire au maximum le temps d’exposition des contenus à caractère haineux, discriminatoire ou terroriste.

Peu avant la rencontre de M. Zuckerberg avec M. Macron, le secrétariat d'État au Numérique de la France avait publié un rapport sur « la responsabilisation des réseaux sociaux » qui recommandait une surveillance accrue de Facebook et la création d'un organisme de réglementation indépendant chargé de surveiller les efforts des grandes entreprises technologiques pour lutter contre le discours haineux. Ce rapport a été commandé par le dirigeant français et préparé par un groupe de fonctionnaires français, à qui Facebook a ouvert ses portes au cours de ces derniers mois.

Facebook a déclaré aux journalistes dans ses locaux parisiens après la réunion au palais de l'Elysée :

« Si un plus grand nombre de pays peuvent suivre l'exemple de ce que votre gouvernement a fait ici, je pense que ce sera probablement un résultat plus positif pour le monde que certaines alternatives ». Dans une interview avec France 2, il a déclaré : « Nous avons besoin de nouvelles règles pour l'Internet qui précisent les responsabilités des entreprises et celles des gouvernements ». « C'est pourquoi nous voulons travailler avec l'équipe du président Macron. Nous avons besoin d'un processus public », a-t-il ajouté.

En effet, le président Macron souhaite que la France joue un rôle de premier plan en matière de réglementation des technologies, en cherchant à trouver un équilibre entre ce qu'il perçoit comme le laisser-faire des États-Unis et l'emprise de fer de la Chine sur l'Internet.


Cette réunion avec le président français sur la réglementation de l’Internet et des réseaux sociaux vient après que Facebook ait été sévèrement critiqué par les politiciens et le public pour son incapacité à retirer plus rapidement de son réseau les images de l'attentat de mars à Christchurch en Nouvelle-Zélande qui a occasionné la mort d’une cinquantaine de personnes.

Microsoft qui a perdu deux collaborateurs dans cette fusillade a affirmé qu'une collaboration entre les entreprises du secteur technologique, les gouvernements et les organisations non gouvernementales permettrait de franchir des étapes plus importantes dans le processus d'éradication de ce genre de vidéos sur Internet. Microsoft a également indiqué les 3 domaines fondamentaux sur lesquels les acteurs impliqués dans cette collaboration devront se concentrer afin que celle-ci soit plus efficace : la prévention, le temps de réaction aux moments des crises et le dernier consiste à faire d'Internet un environnement plus sain.

Le rapport de 33 pages, co-écrit par un ancien lobbyiste de Google France, recommande que les autorités françaises aient un meilleur accès aux algorithmes de Facebook et une plus grande marge de manœuvre pour vérifier les politiques internes de l'entreprise contre les propos haineux. Il propose également la création d'une autorité administrative indépendante dans chaque pays européen, chargée notamment de faire respecter par les réseaux sociaux un principe de « transparence » sur leur manière de hiérarchiser et de modérer les contenus publiés par les internautes.

Facebook a permis à une équipe de régulateurs français de passer six mois au sein de l'entreprise à surveiller ses politiques et ce rapport publié par le secrétaire d’Etat est une évaluation « à mi-temps » de leur séjour qui a débuté en janvier. Il indique : « L'insuffisance et le manque de crédibilité de l'approche d'autorégulation adoptée par les plus grandes plateformes justifient une intervention publique pour les rendre plus responsables ».

Des entreprises comme Facebook ne peuvent pas simplement se déclarer transparentes, a ajouté le rapport, soulignant que la vérification de l'intégrité des algorithmes qu'elles utilisent est une tâche particulièrement complexe.

La convergence entre les régulateurs français et les grandes plateformes numériques critiquées par certains groupes de pression sur Internet

Selon Reuters, Constance Bommelaer de Leusse du groupe à but non lucratif Internet Society a déclaré :

« Jusqu'à présent, en termes de réglementation, seuls les géants de l'Internet ont été invités à la table, tandis que d'autres attendent que des décisions soient prises pour avoir plus de visibilité ». « Cela ne fait que renforcer la position dominante des géants du Web », a-t-elle ajouté.

Tandis que Mark Zuckerberg encourage les pouvoirs publics à jouer un « rôle plus actif » pour réguler Internet, Chris Hughes, l'un des fondateurs de Facebook avec Zuckerberg, a écrit cette semaine dans un long article d'opinion du New York Times qu'il pensait que la société était trop puissante et devait être dissoute.

Toutefois, le Parlement français débat actuellement d'une loi qui donnerait au nouveau régulateur le pouvoir d’imposer aux entreprises de haute technologie des amendes allant jusqu'à 4 % de leurs revenus globaux si elles ne font pas assez pour retirer rapidement les contenus haineux de leur plateforme de réseau social. Pourvu que la nouvelle loi reflète les réalités qui gangrènent l’Internet et qu’elle soit effectivement appliquée pour un Internet plus sûr.

Source : Reuters

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Avatar de pierre.E
Membre actif https://www.developpez.com
Le 13/05/2019 à 15:51
la censure a toujours été du coté de la bête immonde
il ne faut pas laisser le pouvoir aux nouveaux tartuffes de la bienpensance
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