Le monde est à court d'adresses IPv4 et l'IPv6 représente l'avenir d'Internet
Assurez-vous que votre matériel informatique soit compatible avec IPv6

Le , par Bill Fassinou

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L'économie des adresses IP n'a pas été une préoccupation au début d'Internet. Certaines entreprises se sont vues attribuer des blocs /8 (soit 16 millions d'adresses) ou /16 (65536 adresses) qui dépassaient souvent largement leurs besoins réels. La notion de classe d’adresse IP en vigueur dans les années 80, et jusqu'au début des années 90 a abouti à une sous-utilisation de l'espace disponible, car il était fréquent qu'une classe C (une plage de 256 adresses) soit attribuée à un réseau de quelques ordinateurs seulement. La multiplication des équipements mobiles et l'avènement de l’IoT ont également augmenté la demande en adresses.

Les adresses IPv4 étant une suite de 32 bits, le nombre d’adresses disponibles pour l’espace d’adressage IPv4 dépasse de quelque peu les 4 milliards. Au total, on compte 4 294 967 296 valeurs uniques, considérées dans ce contexte comme une séquence de 256”/8", chaque "/8" correspondant à 16 777 216 valeurs d'adresse uniques. Seulement, dans la pratique, une partie de ces adresses est réservée à des usages particuliers notamment 16/8 blocs réservés à une utilisation dans des scénarios de multidiffusion, 16/8 blocs réservés à une utilisation future non spécifiée, a/8 (0.0.0.0/8) pour l’identification locale, a/8 pour le bouclage (127.0.0.0/8) et a/8 réservés à un usage privé (10.0.0.0/8). Des blocs d’adresse plus petits sont également réservés à d’autres utilisations spéciales.

En février 2011, l’IANA (Internet Assigned Numbers Authority) qui supervise l'allocation globale des adresses IP, indiquait qu’il avait épuisé les blocs /8 d’adresses IPV4 destinées aux registres internet régionaux (RIR). Ensuite, progressivement, les RIR ont épuisé leur stock à leur tour. C’est l’APNIC ou Asia-Pacific Network Information Center qui dessert le continent asiatique qui déclare au cours de la même année, être à court d’adresse IPV4. Ce fut alors au tour à l’Europe (RIPE) en 2012 de s’essouffler.

Depuis cette date, le RIR européen rationne son dernier bloc d’adresse IP /8 qui fait un total de 16 millions d’adresses. Pour ce faire, les LIR (Local Internet Registrar), ne pouvaient disposer que d’un seul dernier bloc /22 extraits du dernier bloc /8. L’Amérique latine et les Caraïbe (LACNIC) ont atteint ses limites en juin 2014. Et c’est plus tard en février 2017 que LACNIC est passé à la « phase 3 », lorsque seules les entreprises qui n'avaient pas d'espace IPv4 ont été autorisées à obtenir l'une des adresses restantes – qui ne seront disponibles qu'en bloc /22. Enfin, l'American Registry for Internet Numbers a connu une sécheresse IPv4 en septembre 2015. AFRINIC estime l'épuisement de ses blocs d'IPV4 à septembre 2019.


Même si quelques adresses inutilisées par certains organismes ou entreprises ont été restituées plus tard à l’IANA, il n’en demeure pas moins qu’il faut trouver une alternative pour contourner le problème d’épuisement. Un rapport publié hier sur l’état du pool d’adresses IPv4 le démontre clairement. Après le premier semestre de cette année, la dernière zone sur la liste c’est-à-dire l’Afrique ne disposera plus de blocs d’adresses IPv4. L’espace d’adressage IPv6 représente donc l’avenir d’Internet. IPv6 (Internet Protocol version 6) est un protocole réseau sans connexion de la couche 3 du modèle OSI (Open Systems Interconnection).

IPv6 est l'aboutissement des travaux menés au sein de l'IETF au cours des années 90 pour succéder à IPv4 et ses spécifications ont été finalisées dans la norme RFC 2460 en décembre 1998. IPv6 a été standardisé dans la RFC 8200 en juillet 2017. Grâce à des adresses de 128 bits au lieu de 32 bits, l'IPv6 dispose d'un espace d'adressage bien plus important qu'IPv4. Cette quantité d'adresses considérable permet une plus grande flexibilité dans l'attribution des adresses et une meilleure agrégation des routes dans la table de routage d'Internet. Avec IPv6, des milliards de milliards d'adresses IP seront disponibles.

Certains internautes estiment que IPv6 a beaucoup plus à offrir que le volume d’adresses. Cela fournira, pensent-ils, aux entreprises une plus grande granularité en identifiant le trafic d'un site Web à partir de diverses entreprises, bureaux ou périphériques. Les analystes marketing pourront ainsi mieux connaître leurs clients, diffuser davantage d'expériences de sites Web personnalisés et mener une conversion plus importante de sites Web. Pour eux, quand on réfléchit à cela, IPv6 est peut-être l'outil marketing attendu par les entreprises. Depuis quelques années déjà, beaucoup des zones ayant épuisé plus tôt leurs pools d’adresses IPv4 et certaines grandes entreprises ont commencé la transition vers IPv6.

Il a été rapporté par Google en octobre 2018, que la proportion mondiale d’utilisation de l’IPv6 avait franchi la barre des 25 %. Dans la même année, la France évaluait à 23,32 % la transition vers IPv6 sur son territoire. Pour d’autres internautes, il est vrai que l'IPv6 est une norme très conviviale mais, le problème le plus important, selon eux, dans cette transition vers IPv6 est la disponibilité des routeurs grand public prenant en charge IPv6. D’après leurs propos, bien que le protocole ne soit pas si difficile, l’on a besoin d'un vrai pare-feu (pas de NAT, sur lequel tous les routeurs bas de gamme s'appuient) et d’autres équipements très spécifiques avec des coûts souvent hors de portée pour les petites entreprises. Cela ralentirait, selon eux, la transition vers IPv6.

Source : Rapport d'adresse IPv4

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Qu'en pensez-vous ?
Comment pourrait se passer la transition d'IPV4 vers IPV6 surtout au niveau des équipements réseaux selon vous ?
Quelles sont les difficultés qui pourraient entraver l'adoption de l'IPV6 ?

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Avatar de sergio_is_back
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 8:34
Citation Envoyé par Bill Fassinou Voir le message

Certains internautes estiment que IPv6 a beaucoup plus à offrir que le volume d’adresses. Cela fournira, pensent-ils, aux entreprises une plus grande granularité en identifiant le trafic d'un site Web à partir de diverses entreprises, bureaux ou périphériques. Les analystes marketing pourront ainsi mieux connaître leurs clients, diffuser davantage d'expériences de sites Web personnalisés et mener une conversion plus importante de sites Web. Pour eux, quand on réfléchit à cela, IPv6 est peut-être l'outil marketing attendu par les entreprises. Depuis quelques années déjà, beaucoup des zones ayant épuisé plus tôt leurs pools d’adresses IPv4 et certaines grandes entreprises ont commencé la transition vers IPv6.
Ha, on touche du doigt le problème... (Le Talon d’Achille d'IPv6)
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Avatar de vxlan.is.top
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 17:34
Citation Envoyé par benjani13 Voir le message
J
N'étant pas ingé réseaux je t'avoue qu'à la base j'avais pas vraiment envie de passer à un protocole qui changeait toute les règles du jeu que j'avais mis un certains temps à comprendre, pour un gain quasi nulle pour moi. D'autant plus que la problématique de base était la taille des adresses trop limité sous IPv4, je trouve qu'il y a un décalage fort entre la problématique et la solution. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé les concepteurs à choisir les propriétés d'IPv6, mais je pense qu'ils ont une part de responsabilité pour la difficulté de son adoption, à cause de changement assez radicaux par rapport à IPv4.
Effectivement, la motivation première d'IPv6, c'était l'espace d'adressage.
Il fallait donc repenser l'en-tête IPv6... Et les champs embarqués dans l'en-tête. Pour un protocole de couche 3, l'en-tête, c'est une des clés de voûte.
Alors à l'IEEE, quand ils ont commencé à plancher sur le problème, ils se sont dit que ce serait une bonne opportunité pour se débarrasser de tout ce qui enquiquine dans IPv4.

Ils ont donc simplifié l'en-tête :
- plus de checksum, l'encapsulation est facilitée et le processing est réduit à son minimum pour les endpoints,
- il est de longueur fixe de 40B, ce qui est très intéressant pour redescendre certains fonctions dans le hardware et les ASIIC notamment,
- il n'y a plus de fragmentation, c'est toujours la source qui fragmente et la destination qui réassemble,
- il y a des champs dédiés pour le RSVP, l'IP mobilité, la QoS/Flow Labeling,
- des options de sécurité pour monter des tunnels IPSec,

La notion de local broadcast a disparu, les noeuds n'écoutent que ce qu'ils doivent entendre et le multicast IPv6 est beaucoup plus "malléable" que le multicast IPv4.
L'auto-config est simplifiée que ce soit avec un serveur DHCPv6 (stateful) ou sans (stateless).
Plus besoin de NAT dans un monde unifié IPv6.
Plus d'ARP, remplacé par le Neighbor Discovery Protocol.
Sans parlers des propriétés intéressantes pour le routage IPv6, en termes d'agrégation et de hiérarchisation de préfixes.

Je pratique l'IPv6 quasi-quotidiennement depuis quelques temps, et je suis maintenant convaincu qu'il a plus d'avantages que d'inconvénients.
Le vrai problème, c'est que de par sa conception, IPv6 n'est pas interopérable avec IPv4, donc la transition passe par la cohabitation douloureuse.

Citation Envoyé par benjani13 Voir le message
J
Quand on lis des docs de transitions à IPv6 on voit tout de même qu'il y a une difficulté et qu'il n'y a pas que la fainéantise des personnes. Cf:

https://www.cert.ssi.gouv.fr/informa...-2006-INF-004/
https://aresu.dsi.cnrs.fr/IMG/pdf/se...urite.IPv6.pdf
Ces docs traitent plus de la sécu d'IPv6 que de transition (en dépit du titre de la doc du CNRS).
D'autre part, elles ont plus de 10 ans d'âge, les choses ont quand même évolué depuis

-VX
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Avatar de vxlan.is.top
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 12:08
Citation Envoyé par Bill Fassinou Voir le message

Qu'en pensez-vous ?
Le problème d'IPv6, c'est IPv4.

IPv4 sera encore utilisé dans les 25/30 ans à venir. Les FAI ont fait évoluer leurs infras pour allonger la durée de vie du vieillard (Segment Routing / MPLS-TE notamment) et pour éviter les défis posés par IPv6. On parle de pénétration d'IPv6 dans les infras, mais tout pendant que personne ne parlera de quitter IPv4, il faudra bien faire le RUN simultané de réseaux IPv4/IPv6

Donc actuellement, pour une DSI, IPv6 est synonyme de complexité et de surcoût. En d'autres termes IPv6 est nécessaire mais pas (encore) voulu.

Une autre composante des infras à prendre en compte, c'est l'IoT. Il se peut que ce soit l'explosion de ce marché (et du edge computing) qui impose IPv6. La mauvaise nouvelle, c'est que ça risque de se faire au forceps avec tout ce implique d'un point de vue sécurité.

-VX
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Avatar de benjani13
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 18:15
Merci pour ta réponse. Effectivement les modifications techniques que tu listes font sens.

En second lien je me suis trompé je voulais mettre ce document de Bortzmeyer (2014): https://www.bortzmeyer.org/7381.pdf
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Avatar de vxlan.is.top
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 19:14
Citation Envoyé par benjani13 Voir le message
Merci pour ta réponse. Effectivement les modifications techniques que tu listes font sens.

En second lien je me suis trompé je voulais mettre ce document de Bortzmeyer (2014): https://www.bortzmeyer.org/7381.pdf
Oui, c'est une très bonne source.

A noter qu'il existe aussi pas mal de retours d'expérience sur IPv6 diffusés sous forme de "BCP" (Best Current Practice) :

https://www.rfc-editor.org/search/rf..._date_type=any

-VX
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Avatar de vxlan.is.top
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 12/02/2019 à 11:23
Citation Envoyé par jean.utile Voir le message
C'est exactement avec ce genre de raisonnement que l'on reproduit les erreurs du passé.
A l'époque 4 milliards devait sembler un chiffre inatteignable, maintenant on se dit la même chose pour des milliard de milliards mais le raisonnement est toujours le même.
On fera du NAT

-VX
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Avatar de Etre_Libre
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 07/02/2019 à 20:25
Pour le moment, SFR câble (THD) ne fourni pas d'IPv6, et chez les autres FAI visiblement le pare-feu dans la Box n'est pas toujours paramétrable, pas emballé...

Donc à voir plus tard, peut-être quand les FAI auront une obligation de fournir une IPv6 ?
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Avatar de denisys
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 10:04
Quel sont les formations sur IPV6 existantes aujourd’hui ???
Qui les dispensent ?
Où ?
Quand ?
Budget de la formation ?
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Avatar de benjani13
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 13:59
Citation Envoyé par vxlan.is.top Voir le message
Le problème d'IPv6, c'est IPv4.

IPv4 sera encore utilisé dans les 25/30 ans à venir. Les FAI ont fait évoluer leurs infras pour allonger la durée de vie du vieillard (Segment Routing / MPLS-TE notamment) et pour éviter les défis posés par IPv6. On parle de pénétration d'IPv6 dans les infras, mais tout pendant que personne ne parlera de quitter IPv4, il faudra bien faire le RUN simultané de réseaux IPv4/IPv6

Donc actuellement, pour une DSI, IPv6 est synonyme de complexité et de surcoût. En d'autres termes IPv6 est nécessaire mais pas (encore) voulu.
Je dirais plutôt que le problème d'IPv6, bha c'est IPv6.

N'étant pas ingé réseaux je t'avoue qu'à la base j'avais pas vraiment envie de passer à un protocole qui changeait toute les règles du jeu que j'avais mis un certains temps à comprendre, pour un gain quasi nulle pour moi. D'autant plus que la problématique de base était la taille des adresses trop limité sous IPv4, je trouve qu'il y a un décalage fort entre la problématique et la solution. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé les concepteurs à choisir les propriétés d'IPv6, mais je pense qu'ils ont une part de responsabilité pour la difficulté de son adoption, à cause de changement assez radicaux par rapport à IPv4.

Quand on lis des docs de transitions à IPv6 on voit tout de même qu'il y a une difficulté et qu'il n'y a pas que la fainéantise des personnes. Cf:

https://www.cert.ssi.gouv.fr/informa...-2006-INF-004/
https://aresu.dsi.cnrs.fr/IMG/pdf/se...urite.IPv6.pdf
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Avatar de nirgal76
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 08/02/2019 à 17:15
Et il y a encore beaucoup de matériel grand public vendu aujourd'hui qui ne supporte que l'IPV4. (bon après, pour le réseau local, on peut le laisser en ipv4 mais bon, dans le principe, ils pourraient montrer l'exemple)
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