MongoDB annonce l'abandon d'AGPL pour une nouvelle licence
Autour de laquelle la désignation open source fait débat

Le , par Patrick Ruiz

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L’annonce est d’Eliot Horowitz – directeur technique et cofondateur du célèbre système de gestion de base de données : l’entreprise annonce la création d’une nouvelle licence open source, la Server Side Public Licence (SSPL).


À compter du 16 octobre 2018, toutes les futures versions du SGBD seront publiées sous la SSPL qui vient en remplacement de la licence AGPLv3 ; la mesure concerne également les correctifs pour les versions antérieures du logiciel. D’après le billet de blog du responsable de l’entreprise, la manœuvre est destinée à encadrer l’utilisation du SGBD comme service. « La SSPL clarifie les conditions de mise à disposition du public de MongoDB en tant que service », écrit Horowitz. En toile de fond de l’annonce de la firme, il y a que certains fournisseurs de services cloud s’appuient sur le code source du SGBD pour offrir des versions commerciales aux utilisateurs sans respecter les règles de l’open source. « La SSPL est conçue pour s’assurer que les entreprises qui offrent MongoDB (ou tout logiciel soumis à la SSPL) comme un service donnent en retour à la communauté », ajoute le CTO. En cela, le texte de la nouvelle licence se veut clair en son treizième point : « si vous rendez une fonctionnalité du programme ou une version modifiée disponible en tant que service à des tiers, le code source doit être téléchargeable sur les réseaux sans frais. »

SSPL : licence conforme à la définition de l’open source ou pas ?

Les avis sur la question divergent. L’équipe MongoDB a en réalité fait d’une pierre deux coups. L’annonce de l’abandon de la licence AGPLv3 s’est faite en même temps que la soumission de la nouvelle licence pour examen par l’Open Source Initiative (OSI). La vice-présidente de l’organisation n’a pas manqué de souligner à ce propos qu’ « en l’état, MongoDB est publié sous une licence non approuvée et par conséquent N’EST PAS OPEN SOURCE. » « De plus, il n’y a aucune garantie que la licence soit conforme à la définition de l’open source et par conséquent aucune garantie qu’elle soit approuvée », a-t-elle ajouté. « Open source pour la plupart des gens implique la possibilité de voir et modifier le code source, pas que l'OSI lui appose un cachet particulier », a répondu un observateur ; une intervention recensée dans le lot de ceux qui pensent que la sortie de la vice-présidente marque une tentative d’appropriation de la désignation open source par l’OSI.

« La SSPL s’appuie sur l’esprit de l’AGPL, mais apporte des précisions sur les conditions de fourniture de logiciels open source en tant que services. La licence reconduit toutes les libertés dont la communauté de l’open source jouissait avec MongoDB sous l’AGPL : liberté d'utiliser, de réviser, de modifier et de redistribuer le logiciel. Le seul changement de fond est une condition explicite selon laquelle toute organisation qui tente d'exploiter MongoDB en tant que service doit ouvrir le logiciel qu'elle utilise pour offrir ce service. Ce changement de licence n'aura aucune incidence sur les clients qui ont acheté une licence commerciale de MongoDB », commente AP News.

Sources : billet MongoDB, AP News

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ?

MongoDB peut-il faire usage de la désignation open source sans l’approbation de l’Open Source Initiative ?

D’après vous qui est le garant de la désignation open source ?

Que pensez-vous de cette licence ? Sa formulation lui assure-t-elle d’être approuvée par l’Open Source Initiative ?

Quelle définition de la désignation open source convient le plus pour trancher sur ce cas ?

Voir aussi :

MongoDB sacré SGBD de l'année 2013, le système de gestion de base de données NoSQL sort premier d'un classement ultra sélectif

Microsoft fait les yeux doux aux développeurs MongoDB, la firme explique pourquoi ils devraient migrer vers Azure DocumentDB

MongoDB prépare son introduction en bourse pour financer son développement et mieux concurrencer le géant des SGBD Oracle qu'il considère vulnérable

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Avatar de darklinux
Membre actif https://www.developpez.com
Le 17/10/2018 à 14:03
Comment tué sa clientèle , c 'est au delà du contre sens historique et puis bon , cela feras plus de place pour PostGres ou Maria DB
Avatar de Aurelien.Regat-Barrel
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 17/10/2018 à 16:25
Qui sont les "fournisseurs de service cloud" visés par cette annonce ?

Serait-ce une réaction à Cosmos DB de Microsoft qui intègre de plus en plus de features de Mongo?
Avatar de SQLpro
Rédacteur https://www.developpez.com
Le 17/10/2018 à 19:31
Citation Envoyé par Aurelien.Regat-Barrel Voir le message
Qui sont les "fournisseurs de service cloud" visés par cette annonce ?

Serait-ce une réaction à Cosmos DB de Microsoft qui intègre de plus en plus de features de Mongo?
Sans aucun doute vu la montée en puissance hallucinante de CosmosDB !
https://blog.developpez.com/sqlpro/p...l-a-tout-faire

A +
Avatar de Steinvikel
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 18/10/2018 à 2:34
NB : la désignation officielle c'est " open-source " ...avec un tiret.
Citation Envoyé par MongoDB, AP News
La licence SSPL reconduit toutes les libertés dont la communauté de l’open source jouissait avec MongoDB sous l’AGPL : liberté d'utiliser, de réviser, de modifier et de redistribuer le logiciel. Le seul changement de fond est une condition explicite selon laquelle toute organisation qui tente d'exploiter MongoDB en tant que service doit ouvrir le logiciel qu'elle utilise pour offrir ce service. Ce changement de licence n'aura aucune incidence sur les clients qui ont acheté une licence commerciale de MongoDB
Que pensez-vous de cette licence ? Sa formulation lui assure-t-elle d’être approuvée par l’Open-Source Initiative ?
Les licences type GPL permettent tout usages privé, mais au moment où il est distribué, il se doit de respecter quelques obligations, dont --> accès au code gratuitement (la distribution du soft pouvant être payante).

1) L'Afero GPL (AGPL) c'est la licence GPL avec une clause supplémentaire qui désigne explicitement les services web (SaaS & Cie) : elle dit qu'afin de permettre une parfaite interopérabilité avec les changements opéré dans un service distant (puisque dans ce cas, on fait de l'informatique sur le PC d'un autre, le soft n'est donc pas distribué -> pas d'obligation de publier le code), toute modifications du code se doit d'être publié.

2) La famille de licence GPL (à l'exception de la LGPL) a un mécanisme de viralité. "Un système qui incorpore un programme régi par la GPL est une version étendue de ce programme."
Ce qui implique que si un élément couvert par la dite licence est "intégré" sont "contenant" se doit d'être GPL également, ou une licence listé comme "compatible" dans la dite GPL. Notez que la définition de "intégré" à une définition qui dépens de son contexte (image, texture, texte, librairie, API) : compilateur + noyau, éditeur de texte + shell,
- si les deux programmes sont combinés de manière qu'ils forment de fait deux parties d'un même programme
- exception : la bibliothèque d'exécution (runtime) de GCC (libgcc, libstdc++, libfortran, libgomp, libdecnumber... distribuées avec GCC). L'exception a pour but de permettre aux gens de distribuer les programmes compilés avec GCC sous les termes de leur choix.

bref, si utiliser /accéder à une base de données c'est " l'intégrer", alors la SSPL n'a aucune raison d’exister ("sur le fond" ...si ça n'équivaut pas à l'intégrer, c'est une initiative que l'on ne peut qu’applaudir en attendant son intégration dans une future version de la GNU AGPL.
Quelqu'un aurait-il une réponse à cette nuance de taille ?

MongoDB peut-il faire usage de la désignation open-source sans l’approbation de l’Open Source Initiative ?
Pour la liberté d'expression, oui !
Mais avec des arguments, je dirais que ce qui est énoncé dans cet article n'est qu'un autre mécanisme de viralité, dans la mesure où la SSPL qui est une copie de la GPL, apporte un copyleft fort, des protection contre les DRMs, contre les brevets... la viralité de la GPL, ainsi que la viralité SSPL

D’après vous qui est le garant de la désignation open-source ?
Je serais plutôt d'avis de favoriser non pas la communauté dans son ensemble, mais les activistes du libre et de l'open-source, ainsi que les acteurs du métier (les employés, les entités).
la FSF est évidemment une référence, mais les autres ont également leur mot à dire... ne tenir compte que d'un seul point de vue serait une absurdité hypocrite dans un sujet tel que celui-ci. ^^'

Quelle définition de la désignation open-source convient le plus pour trancher sur ce cas ?
"Open-source", c'est "libre" en plus souple, léger, amoindri... plutôt que de définir l'open-source par ce qu'elle est, on pourrait peut-être la définir par ce qu'elle n'a pas (par rapport à la définition de "libre" ?
j'y vois déjà une première différence fondamentale : un code " libre " distribue l'intégralité de son code ...ce n'est pas forcément le cas pour " l'open-source " (ex: Androïd, Google Chrome...).
Avatar de Michael Guilloux
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 18/01/2019 à 12:05
Après Debian, Red Hat supprime MongoDB de RHEL 8 et Fedora à cause de sa licence SSPL
à laquelle est refusé le statut de licence libre ou open source

En octobre dernier, Eliot Horowitz, le directeur technique et cofondateur de MongoDB a fait une annonce qui a créé des tumultes dans la communauté open source : la création d’une nouvelle licence open source, la Server Side Public Licence (SSPL) pour le célèbre système de gestion de base de données orientée documents. Cette licence s'applique à toutes les versions de MongoDB publiées ou qui seront publiées après le 16 octobre 2018 et vient en remplacement de la licence AGPLv3. Elle s'applique également aux correctifs pour les versions antérieures du SGBD.

Dans un billet de blog, Eliot Horowitz a expliqué que ce changement était destiné à encadrer l’utilisation du SGBD comme service. Il se trouve en effet que bon nombre de fournisseurs de services cloud - y compris les plus gros fournisseurs - s’appuient sur le code source du SGBD pour offrir des versions commerciales aux utilisateurs sans respecter les règles de l’open source. « La SSPL est conçue pour s’assurer que les entreprises qui offrent MongoDB (ou tout logiciel soumis à la SSPL) comme un service donnent en retour à la communauté », explique le CTO, qui a décidé de clarifier un point dans la licence du SGBD : « si vous rendez une fonctionnalité du programme ou une version modifiée disponible en tant que service à des tiers, le code source doit être téléchargeable sur les réseaux sans frais. »

Ainsi, pour Horowitz, la SSPL clarifie juste les conditions de mise à disposition du public de MongoDB en tant que service. « La SSPL s’appuie sur l’esprit de l’AGPL, mais apporte des précisions sur les conditions de fourniture de logiciels open source en tant que services. La licence reconduit toutes les libertés dont la communauté de l’open source jouissait avec MongoDB sous l’AGPL : liberté d'utiliser, de réviser, de modifier et de redistribuer le logiciel. Le seul changement de fond est une condition explicite selon laquelle toute organisation qui tente d'exploiter MongoDB en tant que service doit ouvrir le logiciel qu'elle utilise pour offrir ce service. Ce changement de licence n'aura aucune incidence sur les clients qui ont acheté une licence commerciale de MongoDB », a également commenté l'agence de presse AP News.

La SSPL v1 a été soumise pour examen à l’Open Source Initiative (OSI), mais elle n'a pas encore été approuvée ; ce qui fait que les versions de MongoDB sous cette licence ne sont pas open source. Une autre version de la licence (SSPL v2) qui a été également proposée peine à convaincre l'OSI.


Pour de nombreux observateurs, la nouvelle licence SSPL de MongoDB s'écarte de l'esprit open source. Pour certains d'entre eux, la SSPL pourrait simplement donner raison à Steve Ballmer, l'ancien CEO de Microsoft, lorsqu'il déclarait que la licence GPL de Linux était « un cancer qui s'attache, au sens de propriété intellectuelle, à tout ce qu'il touche ». Des discussions sur cette licence de MongoDB ont également été lancées dans plusieurs communautés, et certains ont déjà tranché à propos de leur utilisation future du célèbre SGBD. C'est le cas par exemple du projet Debian.

Le 5 décembre, en réponse à une discussion sur la licence SSPL v1 de MongoDB et le DFSG (les principes du logiciel libre selon Debian), Chris Lamb, responsable du projet Debian, a donné sa position : « Pour plus de clarté, nous ne prendrons en considération aucune autre version du SSPL au-delà de la version 1... La SSPL n'est clairement pas dans l'esprit du DFSG... Cela dit, le projet [Debian] ne considère pas que les logiciels sous licence SSPL soient appropriés pour être inclus dans les archives Debian. »

Red Hat a, pour sa part, également décidé de supprimer MongoDB de certains de ses produits. « Après examen, Fedora a conclu que la Server Side Public License v1 (SSPL) n’est pas une licence de logiciel libre », écrit Tom Callaway, Engineering Manager de Fedora, dans une note le 15 janvier 2019. « Fedora estime que la SSPL est conçue de manière à créer une discrimination agressive à l’égard d’une catégorie spécifique d’utilisateurs. En outre, il semble clair que l'auteur de la licence a pour objectif de créer la peur, l'incertitude et le doute chez les utilisateurs commerciaux de logiciels sous cette licence. Considérer la SSPL comme étant "libre" ou "open source" crée cette ombre sur toutes les autres licences de l'écosystème FOSS (Free and Open Source Software), même si aucune d'elles ne présente ce risque », dit-il.

Et même avec la version v2 de la SSPL qui est en train d'être élaborée, Tom Callaway estime que le problème demeure. L'objectif est le même. Alors, « nous avons mis à jour notre liste de "mauvaises licences" pour inclure SSPLv1. Aucun logiciel sous cette licence ne peut être inclus dans Fedora », explique l'ingénieur de Red Hat.

Outre Fedora, RHEL (Red Hat Enterprise Linux) a également décidé de se débarrasser de MongoDB dans sa prochaine version. Dans la documentation RHEL 8, Red Hat a en effet supprimé MongoDB de la liste des serveurs de bases de données fournis avec la distribution. « RHEL 8 fournit les serveurs de base de données suivants : MySQL 8.0, MariaDB 10.3, PostgreSQL 10, PostgreSQL 9.6 et Redis 4.0. Notez que le serveur de base de données NoSQL MongoDB n'est pas inclus dans la version bêta de RHEL 8.0, car il utilise la licence SSPL (Server Side Public License) », lit-on dans la documentation.

Combien de projets vont-ils abandonner encore MongoDB à cause la licence SSPL ? Le futur nous le dira surement. Mais les sociétés de cloud computing vont-elles emboiter le pas à Debian, RHEL et Fedora ? Ou vont-elles simplement prendre une licence adéquate ? En effet, certains estiment que le point commercial derrière le changement de licence de MongoDB est d'obliger les sociétés de cloud computing à utiliser l'une des offres de cloud commercial de MongoDB. Le véritable problème serait que les grandes entreprises de cloud computing en ont tiré parti du SGBD en le proposant en tant que service alors que MongoDB Inc. n'a pas été en mesure de le monétiser au même degré. Ce changement de licence n'est-il donc pas une décision juste ?

Sources : Documentation RHEL, Fedora, Debian

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ? Ce changement de licence n'est-il pas une justice réclamée par MongoDB Inc. ?
Comment MongoDB pourrait-il monétiser correctement son SGBD tout en étant open source ?

Voir aussi :

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