Version censurée de Google Search en Chine : l'EFF appelle Google à un débat public
Le défenseur des droits numériques voudrait connaitre ses plans

Le , par Stéphane le calme

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Google prévoit de déployer une version censurée de son moteur de recherche en Chine qui va bloquer des sites Web ainsi que certains termes de recherche sur les droits de l'homme, la démocratie, la religion et les manifestations pacifiques, d’après le quotidien The Intercept, qui a cité des documents Google internes et des personnes familières avec cette initiative.

Baptisé "Dragonfly”, le projet serait en développement depuis le printemps 2017 et a été boosté en décembre 2017 après une rencontre entre Sundar Pichai, PDG de Google, et un haut fonctionnaire du gouvernement chinois, selon le quotidien qui cite à nouveau les documents Google internes.

L’EFF (Electronic Frontier Foundation), le défenseur des droits numériques, s’est lancé dans un argumentaire pour partager ses soucis avec cette actualité.

« Huit ans après que Google se soit initialement opposé à la censure d’Internet en quittant le marché chinois de la recherche, nous sommes déçus d’apprendre que la société a réexaminé secrètement une collaboration étendue avec l’état de censure et de surveillance massive », a commencé l’EFF.

Et de continuer en rappelant qu’en 2010, l’EFF et de nombreuses autres organisations ont félicité Google pour son refus de sacrifier les valeurs de l'entreprise pour l'accès au marché chinois. À l’époque, cette initiative faisait suite à des réactions publiques et à plusieurs attaques sur l’infrastructure de Google qui visaient les données personnelles de plusieurs militants des droits de l’homme chinois de premier plan.

« Le départ de Google de la Chine a montré que des valeurs fondamentales fortes en matière de droits de l’homme fondamentaux pouvaient surpasser le gain économique à court terme dans le calcul d’une société Internet. Mais maintenant, il semble que la société a changé de cap », insiste l’EFF.

De 2006 à 2018, Google et la Chine ont beaucoup gagné en puissance

L’EFF rappelle que depuis 2006, les capacités de Google ont considérablement augmenté. Nous vivons à une époque où les scripts de suivi appartenant à Google sont présents sur 75% des sites Web les plus importants. Les profils personnalisés de Google de ses utilisateurs sur plusieurs services en ligne l'aident à fournir des résultats de recherche et des publicités « pertinents ».


Parallèlement, afin de maintenir leur position en matière de censure, le gouvernement chinois a dû mettre en œuvre des lois et des technologies de surveillance générales et omniprésentes. En particulier, la domination explosive d’applications centralisées telles que Weibo et WeChat, dont les communications et les transactions sont régulièrement surveillées et censurées, ce qui a finalement transformé le paysage numérique en Chine.

L'année 2017 a notamment été marquée par une nouvelle vague de mesures de répression visant à renforcer les pratiques de surveillance numérique sur l'Internet chinois. En particulier, le gouvernement a commencé à restreindre les outils utilisés pour l'anonymat et la confidentialité en demandant l’arrêt des activités des fournisseurs locaux de VPN, en interdisant les applications de chat disposant du chiffrement de bout en bout comme WhatsApp et en obligeant les plateformes Internet à exiger une vérification d'identité hors ligne pour pouvoir s’inscrire. Dans certaines régions de Chine, les citoyens qui tentent simplement d’utiliser des applications étrangères ou chiffrées telles que WhatsApp ou Telegram peuvent être invités à se présenter à la police.

Des sociétés américaines qui ne veulent pas perdre le marché chinois

Cette décision intervient alors que d’autres rapports de multinationales américaines dans le secteur de la technologie ont choisi de compromettre leurs valeurs pour entrer ou rester en Chine: Facebook a testé une version censurée de sa propre plateforme et Apple a récemment été critiqué suite au transfert de données de ses clients vers des serveurs hébergés en Chine et également pour avoir filtré le drapeau taïwanais des emoji dans la version locale de ses logiciels.

En Chine, le concurrent direct de Google, Baidu, a été confronté à un grand nombre de réactions sociales, réglementaires et économiques liées aux mauvaises pratiques publicitaires récentes, telles que la monétisation de publicités médicales discutables, des services largement dépourvus de Baidu et des sites de phishing. Il pourrait bien y avoir une demande croissante de concurrence sur le marché chinois des moteurs de recherche. Une demande dont Google compte bien profiter.


« À quels sacrifices Google consentira-t-il pour entrer sur le marché chinois ? Comment ces compromis vont-il affecter ses offres en dehors de la Chine ?

« Le public, les utilisateurs de Google et les employés de Google pèsent de moins en moins dans la balance lorsque l’entreprise se prépare à faire des compromis sur ses propres valeurs qui pourraient affecter massivement la vie des citoyens chinois ou américains, mais également des internautes du monde entier. Google s'est déjà engagé dans des processus qui prennent en compte les droits de l'homme lors de l'entrée sur de nouveaux marchés dans le cadre de la Global Network Initiative. Est-ce qu'ils les suivent?

« Google est un gardien efficace d'Internet pour la grande majorité du monde. C'est le portail sur lequel beaucoup accèdent à Internet, et à travers lequel Google lui-même continue à collecter des informations sur ces utilisateurs sur diverses plateformes. Avec ce type de responsabilité, tout le monde - à l'intérieur et à l'extérieur de Google - doit rester vigilant et continuer à tenir l’entreprise pour responsable. Éviter les contrôles internes et les critiques ne permettra pas d'éviter les réactions négatives liées au lancement d'un service complice, ni les conséquences néfastes pour les utilisateurs chinois lorsque les compromis de Google seront utilisés contre eux. Il vaut mieux avoir ce débat maintenant, en public, plutôt que de ramasser les pots cassés lorsque le mal sera fait ».

Source : EFF

Et vous ?

Partagez-vous les craintes de l'EFF ?
Quelles pourraient-être, selon vous, les conséquences auxquelles l'EFF fait allusion ?

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Avatar de Christian Olivier
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 17/08/2018 à 10:07
Des employés de Google protestent contre la création d’une version censurée de Google Search en Chine
Un projet que soutiendraient leurs dirigeants

En 2010, l’Electronic Frontier Foundation (EFF) et de nombreuses autres organisations ont félicité la firme de Mountain View pour son refus de sacrifier les valeurs de l’entreprise et de céder à l’appât du gain pour l’accès au marché chinois. À l’époque, cette initiative faisait suite à des réactions publiques et à plusieurs attaques sur l’infrastructure de Google qui ciblaient les informations personnelles de plusieurs militants des droits de l’homme chinois de premier plan. En boudant ainsi le marché de la recherche en ligne en Chine, la filiale d’Alphabet avait affiché sa ferme résolution de combattre la censure sur Internet.

Mais récemment, l’EFF s’est offusqué du fait que Google a retourné sa veste en réexaminant dans le plus grand secret une collaboration étendue avec le gouvernement chinois, alors que pendant près de huit ans la société a plusieurs fois affiché son soutien pour l’Internet libre. Baptisé « ;Dragonfly ;», ce projet serait en développement depuis le printemps 2017 et aurait été boosté en décembre 2017 après une rencontre entre Sundar Pichai, PDG de Google, et un haut fonctionnaire du gouvernement chinois, selon le quotidien qui cite à nouveau les documents Google internes.


Google aurait ainsi prévu de déployer sur le marché chinois une version censurée de son moteur de recherche qui va bloquer des sites Web ainsi que certains termes de recherche sur la démocratie, les droits de l’homme, la religion et les manifestations pacifiques.

Suite à ces révélations, des centaines d’employés de Google, contrariées par la décision de l’entreprise de construire secrètement une version censurée de son moteur de recherche pour le marché chinois, ont signé une lettre réclamant plus de transparence afin de comprendre les conséquences éthiques de leur travail.

Dans la lettre obtenue par le média US « ;The New York Times ;», les employés ont écrit que le projet et la volonté apparente de Google de se conformer aux exigences de censure de la Chine « ;soulèvent des questions morales et éthiques urgentes ;» de leur point de vue, avant d’ajouter : « ;actuellement, nous ne disposons pas des informations nécessaires pour prendre des décisions éclairées sur le plan éthique concernant notre travail, nos projets et notre emploi ;». Cette lettre circule sur le réseau de communication interne de Google et aurait déjà été signée par 1400 employés environ.

La lettre appelait également Google à permettre aux employés de participer aux examens éthiques des produits de la société, à désigner des représentants externes pour assurer la transparence et à publier une évaluation éthique des projets controversés.

« ;Nous avons besoin de toute urgence d’une plus grande transparence, d’un siège à la table et d’un engagement envers des processus clairs et ouverts : les employés de Google doivent savoir ce que nous construisons ;», a indiqué la lettre.

Cet activisme interne pourrait constituer un obstacle supplémentaire au retour potentiel de Google sur le marché chinois, huit ans après son retrait officiel du pays pour protester contre la censure et le « ;piratage ;» gouvernemental. La Chine revendique à ce jour la plus grande audience sur Internet au monde, mais elle oblige les géants technologiques américains à se soumettre à des restrictions de contenu ou des blocages de services pour opérer sur son marché local.


Cette action est la dernière en date illustrant la manière dont la masse salariale de Google peut agir en faveur d’un changement de stratégie ou de comportement de la part de leur employeur. À ce propos, on peut rappeler qu’en avril dernier, les salariés de Google ont dénoncé l’implication de leur groupe dans un programme du Pentagone qui vise à utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer l’armement, ce qui Google deux mois plus tard a déclaré qu’il ne renouvèlerait pas son contrat avec le Pentagone dans le cadre de ce projet.

« ;Si nous faisons bien notre travail, nous devons sérieusement réfléchir à la manière d’en faire plus en Chine ;», a déclaré M. Pichai, cofondateur de Google, lors de la réunion du personnel, enregistrée par le Times avant d’ajouter : « ;Cela dit, nous ne sommes pas près de lancer un produit de recherche en Chine ;».

Source : New York times, Lettre (PDF)

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
Les revendications des employés de Google vous semblent-elles louables ou disproportionnées dans le cas présent ?

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Avatar de onilink_
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 17/08/2018 à 11:05
C'est triste qu'un géant tel que google se plie a des exigences de censure pareilles.
Mais bon, ils ne sont pas les seuls, si je me souviens bien microsoft avaient fait pareil pour windows.
Vu la taille du marché, économiquement parlant ils ne peuvent pas trop se permettre de le rater.

Heureusement que certains employés de google protestent contre ça.
Après je ne sais pas ce que représentent 1400 employés au sein de google en terme de pourcentage, je ne sais pas si ça aura réellement un impact...

Edit:
Outch, on parle de plus de 50k employés en 2015 ici, et en 2017 ils aurait près de 90k employés...
Reste a voir quels employés peuvent faire réellement pression, je doute qu'ils aient 90k ingénieurs.
Avatar de philouZ
Membre confirmé https://www.developpez.com
Le 17/08/2018 à 12:13
Google comme les autres cèdent. Quand l'argent devient plus important que l'éthique…

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça. Ce n'est pas comme si Google ne dégageait pas de bénéfices.
Vu la taille du marché, économiquement parlant ils ne peuvent pas trop se permettre de le rater.
Ils pourraient largement se le permettre mais l'appât du gain avant tout.
Les bénéfices du holding Alphabet Inc. ont été de 26,5 Md$, en augmentation de 73,3% sur 1 an
Avatar de onilink_
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 17/08/2018 à 13:00
Oui, bien sur je parle en tant qu'entité dont le seul but est de faire des gros bénéfices. Ce qu'elle est, on va pas se mentir, comme toutes les GAFAM.

La suite nous dira si les employés ont leur mot a dire ou non.
Avatar de Aurelien Plazzotta
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 17/08/2018 à 13:43
Tant qu'il n'y a ni grève ni vague de démission, leur histoire de "protestation" n'est qu'une farce avec pour unique but de faire parler de l'entreprise dans la presse et de soigner son image en tentant que faire croire qu'elle est constituée de salariés vertueux ayant des cas de conscience.
C'est de la bonne branlette publicitaire si tu veux mon avis.
Avatar de Itachiaurion
Membre actif https://www.developpez.com
Le 19/08/2018 à 13:43
A quand la révélation que leur version spécial chine est en fait simplement Google avec des options caché/supplémentaire activé?
Avatar de Stan Adkens
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 29/08/2018 à 8:50
Des principaux groupes de défense des droits humains au monde exigent de Google l’annulation de son projet de moteur de recherche censuré
En Chine

Les internautes ont appris, en début de ce mois d’août, à la suite des documents internes qui ont fuité que le géant des technologies, Google, se préparerait à déployer une version censurée de son moteur de recherche en Chine. Il a été révélé ensuite que Google utiliserait le site chinois 265.com, qu'il a acheté, pour développer une liste noire des termes de recherche, qui sera incorporée dans la version locale du service de recherche.

Ceci a valu, à Google, l’appel de l’EFF (Electronic Frontier Foundation), le défenseur des droits numériques, à un débat public afin de faire connaitre ses plans à propos de son projet de moteur de recherche censuré en Chine baptisé « Dragonfly ». Cependant, depuis le développement de cette information, Google n’a pas encore répondu publiquement aux nouvelles de ce projet, affirmant qu’il ne commentait pas les spéculations.

En effet, « Dragonfly » serait en développement depuis le printemps 2017 et aurait été boosté en décembre 2017 après une rencontre entre Sundar Pichai, PDG de Google, et un haut fonctionnaire du gouvernement chinois, selon le quotidien The Intercept. Le futur moteur de recherche supprimerait le contenu que le régime du parti communiste au pouvoir en Chine considère comme sensible, tel que des informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, les droits de l’homme, les manifestations pacifiques, etc, qui constitueraient la « liste noire des requêtes sensibles » de sorte qu’« aucun résultat ne soit affiché » lorsque les internautes entrent certains mots ou expressions dans le navigateur, selon les documents fuités de Google.


Depuis ce mardi, un groupe d'ONG de technologie et de défense des droits de l'homme est intervenu sur la question en publiant une lettre ouverte adressée au PDG de Google pour exhorter l'entreprise à ne pas « s'adapter à la répression des dissidents par les autorités chinoises ». La coalition de 14 ONG est composée, entre autres, d’Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, Access Now, le Comité pour la protection des journalistes, Electronic Frontier Foundation, le Centre pour la démocratie et la technologie, PEN International et Human Rights en Chine. Le groupe de défense de droits de l’homme déclare dans sa lettre ouverte que le projet Dragonfly de Google est synonyme de « capitulation alarmante de Google sur les droits de l'homme ».

En effet, Google est membre de la Global Network Initiative (GNI) qui est une organisation non gouvernementale dont le double objectif est d’empêcher la censure de l’Internet par les gouvernements autoritaires et de protéger les droits des personnes à la vie privée sur Internet. La GNI est parrainée par une coalition d’organisations à but non lucratif, d’universités et de sociétés multinationales, dont Google.

Par ailleurs, en 2006, Google a lancé son service de recherche en Chine, mais il a été obligé de le retirer en 2010, à cause des efforts du gouvernement chinois pour limiter la liberté d’expression, bloquer les sites Web et pirater les systèmes informatiques de Google. La lettre rappelle cet engagement de Google et indique : «Si la position de Google a effectivement changé, cela doit être déclaré publiquement, avec une explication claire de la manière dont Google considère qu’elle peut prendre une telle décision avec ses responsabilités internationales et ses propres valeurs. Sans ces précisions, il est difficile de ne pas conclure que Google est maintenant prêt à compromettre ses principes pour accéder au marché chinois. »

Ce projet ne fait pas, d’ailleurs, l’unanimité chez Google. Il a déjà soulevé une contestation de la part des employés qui sont opposés à la création d'une version censurée de Google Search en Chine. Ils ont fait savoir leur opposition dans une lettre ouverte adressée à leur employeur. Selon eux, Dragonfly soulèverait « des questions morales et éthiques urgentes ». Ils sollicitaient également plus de transparence dans le projet. Cependant, le PDG de Google a répondu que la société n'était « pas près de lancer un produit de recherche en Chine ».

La coalition demande à Google, également, dans sa lettre d'expliquer les mesures de protection contre les violations des droits de l'homme qui pourraient survenir suite à la mise en œuvre de son service de recherche censuré, en Chine. Elle s'inquiète, par ailleurs, du fait que l'entreprise sera « enrôlée dans des abus de surveillance » parce que « les données des utilisateurs seraient beaucoup plus vulnérables à l'accès du gouvernement chinois ».

En effet, la Chine abrite l'un des systèmes de censure Internet les plus sophistiqués au monde, connu sous le nom de Great Firewall. Facebook, Google et Twitter restent tous bloqués dans le pays, ainsi que des milliers d'autres sites, selon le quotidien.

Selon la lettre ouverte de la coalition, « Google a la responsabilité de respecter les droits de l'homme qui existent indépendamment de la capacité ou de la volonté d'un État de remplir ses propres obligations en matière de droits de l'homme ».

Source : The Intercept

Et vous ?

Que pensez-vous des craintes de la coalition des ONG ?
Quelles seraient les conséquences de la mise en œuvre d’un tel projet contesté pour Google ?

Voir aussi

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Google utiliserait un site chinois qu'il a acheté pour développer une liste noire des termes de recherche, qui sera incorporée dans la version locale
Version censurée de Google Search en Chine : l'EFF appelle Google à un débat public, le défenseur des droits numériques voudrait connaitre ses plans
Des employés de Google protestent contre la création d'une version censurée de Google Search en Chine, un projet que soutiendraient leurs dirigeants
Il serait difficile d'empêcher Google d'enregistrer vos données personnelles, selon une étude récente d'un informaticien
Avatar de Phago
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 29/08/2018 à 11:10
It should be noted that no ethically-trained software engineer would ever consent to write a DestroyBaghdad procedure. Basic professional ethics would instead require him to write a DestroyCity procedure, to which Baghdad could be given as a parameter.
ça commence avec la chine, nous serons les prochains un jour ou l'autre
Avatar de Kapeutini
Membre régulier https://www.developpez.com
Le 31/08/2018 à 14:27
comme krosoft, honte à eux de se compormettre avec cette dictature
Avatar de Coriolan
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 14/09/2018 à 10:05
Un scientifique chevronné de Google présente sa démission
et regrette que la firme soit en train de renoncer à ses valeurs pour retourner en Chine

En août, une fuite de documents internes a révélé que Google se prépare à revenir en Chine avec une version censurée de son moteur de recherche. Baptisé « Dragonfly », le projet serait en développement depuis le printemps 2017 et seule une poignée des employés de la firme étaient informés de son existence.

Il va sans dire que ces révélations ont provoqué l’ire des employés de Google comme les défenseurs des droits numériques. Une fois encore, les salariés de Google ont vivement réagi à l’implication de leur employeur dans ce projet de censure pourtant soutenu par leurs dirigeants.

Après un mois de débat tendu et la multiplication des appels d’activistes internes et externes pour que Google se retire de ce projet controversé, un scientifique chevronné de Google a démissionné de la société pour protester contre le lancement d’une version censurée de Google Search en Chine.

Il s’agit de Jack Poulson, un employé de la firme qui a travaillé dans le département de recherche et d’intelligence artificielle. Pendant des années, il s’est focalisé sur l’amélioration de la précision des systèmes de recherche de la société.

Jack Poulson


Au début d’août, Poulson a exprimé son inquiétude à ses directeurs sur l’implication de Google dans ce projet qui vise à censurer des contenus classés comme sensibles par le gouvernement chinois, comme les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’Homme et la manifestation pacifique.

Après avoir mené des discussions avec ses directeurs, Poulson a décidé qu’il ne pourrait plus travailler pour Google et a présenté sa démission le 31 août. Dans une interview avec The Intercept, il a dit qu’il fait partie de cinq employés qui ont démissionné à cause de Dragonfly. Il a senti qu’il était, dit-il, de sa « responsabilité éthique de démissionner pour protester contre le renoncement à nos engagements publics en matière de droits de l’Homme ».

Poulson, un ancien professeur assistant dans le département de mathématiques de l’Université de Stanford, est convaincu que ce projet en Chine est en violation avec les principes de l’intelligence artificielle tracés par Google. La firme elle-même s’est engagée à ne pas concevoir ni déployer des technologies « dont l’objectif contrevient largement aux principes du droit international et les droits de l’Homme. »

Poulson a informé qu’il est inquiet aussi par le fait que les données des utilisateurs soient hébergées sur le sol chinois. De cette façon, elles seraient accessibles aux agences de sécurité chinoises qui sont connues pour prendre pour cible les activistes politiques et les journalistes.

Dans sa lettre de démission, Poulson a informé ses directeurs : « En raison de ma conviction que la dissidence est fondamentale pour les démocraties qui fonctionnent, je suis forcé de présenter ma démission afin de ne pas contribuer ou profiter de l’érosion de la protection des dissidents. »

« Je perçois notre volonté de capituler aux demandes de censure et de surveillance en échange de l’accès au marché chinois comme un renoncement à nos valeurs et notre position gouvernementale de négociation à travers le monde », écrit-il avant d’ajouter : « Il y a une possibilité réelle que les autres nations tentent de tirer parti de nos actions en Chine afin d’exiger notre respect de leurs demandes de sécurité. »

Google toujours en mode silence radio

Six mois après les révélations sur Dragonfly, Google n’a toujours pas adressé les préoccupations sur le projet, et ce malgré les protestations tant au niveau interne qu’externe. Au début de ce mois, le PDG de Google Sundar Pichai a refusé de s’exprimer devant le Sénat américain où il aurait sûrement entendu des questions sur la censure en Chine. Le géant de la recherche a choisi aussi d’ignorer les questions de la presse et a choisi de faire obstruction aux groupes de défense des droits de l‘Homme qui ont dit que le moteur de recherche censuré en Chine pourrait faire de la firme un complice et un contributeur direct aux violations des droits de l’Homme.

Voyant que Google a choisi de rester en silence vis-à-vis de cette polémique, la frustration de Poulson n’a cessé de grandir. « Il y a de sérieuses répercussions mondiales à ça », dit-il. « Quelles sont les lignes rouges de l’éthique de Google ? On en a déjà tracé quelques-unes, mais maintenant il apparait qu’on les a franchies. J’aimerais vraiment voir des déclarations sur les engagements qu'a Google. »

Google se rétracte de sa position anti-censure

Les troubles de Google en Chine ne datent pas d’aujourd’hui. En 2006, la firme a lancé une version censurée de son moteur de recherche dans le pays. Quatre années plus tard, elle a dû se retirer du marché chinois, citant les efforts du gouvernement pour limiter la liberté d’expression, bloquer des sites web et pirater les comptes Gmail des gens. À l’époque, Sergey Brin, le cofondateur de Google qui a passé une partie de son enfance en Union soviétique, était fortement opposé à la censure.

Voyant que Google commençait à dérailler de cette ligne anti-censure, Poulson a dit qu’il ne pouvait plus « être complice en tant qu’actionnaire et citoyen de la firme. »

Sur les 88 000 employés de Google, seulement quelques centaines étaient informés de l’existence du projet Dragonfly avant qu’il soit exposé au public. Poulson a fait partie de la majorité qui est restée dans l’obscurité. Mais puisqu’il était concentré sur l’amélioration des systèmes de recherche de l’entreprise, plus spécifiquement « l’analyse internationale des requêtes », il est possible que son travail ait été intégré dans le moteur de recherche censuré en Chine, sans sa connaissance ou sans accord.

Après les vagues de protestation des employés, les directeurs de Google ont tenté de contenir la colère en prohibant l’accès des employés aux documents sur le moteur de recherche en Chine. Après une série de fuites, la firme a aussi entrepris de renforcer les règles pour que les employés qui travaillent à distance n’aient plus la possibilité de visualiser les diffusions des réunions sur leurs ordinateurs. Les réunions se tiennent seulement dans des salles bien choisies et sous la supervision des directeurs.

Poulson a dit avoir pensé à rester un employé de Google et essayer de militer dans l’entreprise. Mais voyant qu’il n’avait aucune chance de renverser la décision, il a pensé que sa démission pouvait avoir un impact. Il a aussi été surpris que les autres employés n’aient pas démissionné eux aussi.

« Il est incroyable de voir combien il y a un manque de solidarité », dit-il. « Je crois comprendre que quand vous avez un sérieux désaccord éthique avec une question, l’action appropriée serait de démissionner. »

72,8 % des internautes chinois veulent utiliser Google

Malgré la polémique qui a suivi les révélations sur Dragonfly, certains commentateurs pensent que le retour de Google en Chine sera bénéfique pour les internautes chinois qui auront enfin une alternative à Baidu, le moteur de recherche chinois qui jouit d’une situation de quasi-monopole. Selon un sondage mené par Sina, 72,8 % des internautes affirment qu’ils veulent utiliser Google si jamais il revient en Chine.

D’autres pensent que Google a le plein droit de faire des affaires en Chine comme une panoplie d’autres firmes qui coopèrent déjà avec le gouvernement chinois. Pour eux, le fait que Google entre en Chine ou n’entre pas ne va rien changer à la situation de contrôle qu’a le gouvernement chinois sur les citoyens. Mais au moins, les Chinois pourront bénéficier d’un meilleur moteur de recherche et des avantages d’une compétition saine.

« Google évitant d’entrer en Chine va absolument nuire à la Chine », a écrit un commentateur. « Une compétition saine et la libre exploration des marchés mènent vers de meilleurs outils qui créent de la valeur économique et culturelle. La Chine est en train de sacrifier ça pour maintenir son contrôle culturel. Et c’est précisément le coût d’absence de Google qui va lui tordre le bras ».

« Vous n’allez pas aider les droits de l’Homme en Chine en refusant de travailler là-bas. Et il n’est pas clair comment en travaillant là-bas vous allez influencer les droits de l’Homme de toute façon. Dans tous les cas, il vaut mieux avoir une présence plutôt que de rester à l’écart », écrit un autre commentateur.

Source : The Intercept

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
Pensez-vous que la démission des employés de Google pourrait affecter le retour du moteur de recherche en Chine ?

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