USA : la FCC confirme que les règles de neutralité du Net seront supprimées en juin
à moins que le Congrès vote pour annuler son ordonnance

Le , par Blondelle Mélina, Expert confirmé
Plus tôt en avril 2017, après avoir contribué à la suppression des règles de protection de la vie privée des Américains sur Internet, le président de la commission fédérale des communications (FCC), Ajit Pai, s'en est pris à la neutralité du Net. Cette dernière qui est pourtant un principe fondateur d'Internet. Elle garantit en effet que les opérateurs télécoms ne discriminent pas les communications de leurs utilisateurs, mais demeurent de simples transmetteurs d'informations. Ce principe permet à tous les utilisateurs, quelles que soient leurs ressources, d'accéder au même réseau dans son entier. Elle vise à assurer un Internet libre et ouvert et à donner aux consommateurs un accès rationnel aux services du web. En décembre dernier, la FCC avait commencé à abroger les règles d'Internet ouvert qu'elle-même avait établies en 2015 sous la gouvernance de Barack Obama ; des règles qui empêchaient les fournisseurs de bloquer ou de ralentir l'accès au contenu ou de facturer davantage les consommateurs pour certains contenus.

Récemment, la FCC a confirmé que les règles de neutralité du Net prendront officiellement fin autour du 11 juin et de nouveaux règlements imposeront aux fournisseurs d'accès à Internet (FAI) une nouvelle façon dont les consommateurs pourront accéder à Internet. Cette décision peut néanmoins être annulée si l’action actuellement menée par les sénateurs démocrates aboutit. En effet, une résolution CRA a été déposée, depuis le mois de février, par les sénateurs démocrates dans le but de faire annuler l'ordonnance de la Commission Fédérale des Communications. Pour information, la Congressional Review Act (CRA) est une loi qui habilite le Congrès à réviser un nouveau règlement fédéral publié par un organisme gouvernemental et, par l'adoption d'une résolution commune, à annuler ce règlement.

Le Sénat doit donc voter sur la résolution CRA pour décider du sort de la neutralité du Net. Pour forcer le Sénat à voter, une pétition a été lancée il y a deux jours par les sénateurs démocrates. Cinquante sur les 100 sénateurs américains se sont engagés pour la cause du maintien de la neutralité du Net et ont signé la pétition. Des services en ligne tels que Reddit, Tinder, Mozilla, OK Cupidon, GitHub, Tumblr, Etsy, Pornhub, Foursquare, Match.com, et des milliers d'autres sites prévoient également de participer à une campagne sur Internet pour soutenir la même cause.


Mais si la décision de la FCC venait à être effective, elle ne ravira pas bon nombre de personnes. Déjà même qu'elle est encore en chantier, beaucoup se montrent réticents. L'industrie du jeu vidéo a rejoint la lutte pour préserver la neutralité du Net. Elle a conscience que sans la neutralité du net, l'expérience de jeu en ligne serait compromise.

Au nom de la Silicon Valley en 2017, Michael Beckerman, le PDG d'Internet Association, organisation qui représente les entreprises de la Silicon Valley, y compris Amazon, Facebook, Google, Microsoft, Twitter et une trentaine d'autres entreprises de l'Internet, avait exhorté la FCC à préserver les règles de neutralité du Net adoptées en 2015.

« L’industrie de l’Internet est unanime dans sa conviction que la neutralité du Net préserve l’expérience du consommateur, la saine concurrence, et l’innovation en ligne. En d’autres termes, les règles existantes de la neutralité du Net devraient être appliquées et maintenues intactes », a écrit le PDG d’Internet Association, dans une lettre ouverte adressée à la FCC. Il estime que les règles actuelles sont essentielles pour un Internet libre et ouvert. Mais la FCC semblait et semble encore aujourd'hui très ferme sur sa position.

Attendons de voir ce qui se passera le 11 juin.

Sources : FFTF, REUTERS

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ?
Pensez-vous que c'est en vain que les partisans de la neutralité du Net mènent ce combat contre la FCC ?

Voir aussi :

USA : la Silicon Valley exhorte le président de la FCC à préserver la neutralité du Net, qui se trouve à nouveau menacée avec une initiative en cours
USA : l'industrie du jeu vidéo rejoint la lutte pour préserver la neutralité du Net, sans laquelle l'expérience de jeu en ligne serait compromise
USA : Donald Trump autorise les FAI à vendre l'historique Web des internautes sans leur consentement, quelles solutions pour les Américains ?


Vous avez aimé cette actualité ? Alors partagez-la avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :


 Poster une réponse Signaler un problème

Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 17/05/2018 à 9:16
Le Sénat vote en faveur d'un retour à la neutralité du Net,
la proposition de loi doit maintenant être validée par la Chambre des représentants

Le CRA (Congressional Review Act), comme son nom le suggère, est une loi qui habilite le Congrès à revoir, au moyen d'un processus législatif accéléré, de nouveaux règlements fédéraux publiés par des organismes gouvernementaux et, par l'adoption d'une résolution commune, à renverser un règlement.

Une fois qu'une règle est ainsi abrogée, le CRA interdit également la réémission de la règle essentiellement sous la même forme ou l'émission d'une nouvelle règle qui est essentiellement la même « sauf si la nouvelle loi est spécifiquement autorisée par une loi promulguée après la date de la résolution commune désapprouvant la règle originale » (5 US Code § 801 (b) (2)).

Il faut préciser que le Congrès dispose d'une fenêtre de temps qui dure 60 jours législatifs (c'est-à-dire, les jours de session du Congrès, plutôt que de simples jours civils) pour désapprouver une règle donnée par un vote à la majorité simple. Autrement, la règle va entrer en vigueur à la fin de cette période

C’est à ce pouvoir qu’a fait appel le sénateur démocrate Edward J. Markey pour enclencher un processus visant à défaire le vote de la FCC qui a décidé d’abroger la neutralité du Net en décembre dernier. Il a reçu suffisamment de signature pour obliger le Sénat à se pencher à nouveau sur la question et à voter.


Un vote qui a finalement eu lieu mercredi ; le Sénat a opté de rétablir les protections garanties par la neutralité du Net à 52 voix contre 47 (et une abstention). En vertu du CRA, comme nous l’avons précisé plus haut, seule la majorité est nécessaire pour adopter une loi. Avec le sénateur républicain John McCain actuellement hospitalisé et tous les démocrates qui se sont montré en faveur de ce rétablissement, le vote d’un seul républicain aurait été décisif. Les sénateurs Susan Collins, John Kennedy et Lisa Murkowski se sont tous désolidarisés de leurs collègues républicains et, par leurs votes, ont validé la résolution.

Pour le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, « cette résolution nous mène dans la mauvaise direction ». Selon lui, il s’agit là d’une tentative partisane de régler une question de campagne. Toutefois, McConnell ne s’est pas attardé sur les raisons pour lesquelles il s'oppose aux protections de la neutralité du Net.

De leurs côtés, les démocrates ont tenté de réfuter certaines allégations concernant des problèmes affectés à la neutralité du Net. Le sénateur Marie Cantwell, par exemple, s’est opposé à l’idée selon lequel les protections de la neutralité du réseau ralentissaient l'investissement dans les réseaux :

« Dans l'année qui a suivi la mise en place de la règle, l'ensemble de l'industrie montre que les dépenses en immobilisations totales ont augmenté de plus de 550 millions de dollars par rapport à l'investissement de l'année précédente. Par exemple, dans son rapport sur les résultats de 2017, Comcast, le plus important fournisseur de services à large bande du pays, a constaté que ses dépenses en immobilisations augmentaient de 7,5% et qu'elle continuait de déployer sur des plateformes comme X1 et les passerelles sans fil. De même, AT & T a dépensé 22 milliards de dollars en investissements de capitaux de 20 milliards de dollars par rapport à l'année précédente. En fait, l'année 2016 représente le saut le plus important de l'industrie des réseaux à large bande depuis 1999 ».

D'autres démocrates ont longuement parlé de l'importance de la neutralité du Net pour les médias locaux, les interventions d'urgence, les utilisateurs ruraux, les personnes défavorisées et les petites entreprises. Le sénateur Ron Wyden a souligné que la fin de la neutralité du Net aura un impact direct sur les consommateurs et les services qu'ils choisissent d'utiliser, comme le streaming vidéo en ligne et les jeux vidéo. « Il n'y a pas de vote que ce corps va prendre en 2018 qui aura un impact plus direct sur les portefeuilles des Américains que celui qui va se passer dans quelques heures », avait alors insisté Wyden.

Le vote d'hier signifie que la proposition peut désormais aller à la Chambre des représentants où les démocrates devront convaincre les 25 républicains de soutenir la neutralité du net pour que la mesure passe - et ils ont jusqu'au mois de janvier de l'année prochaine pour le faire.

Sources : Sénat, C-SPAN

Voir aussi :

USA : Washington devient le premier État à restaurer la neutralité du Net, après l'adoption d'un projet de loi qui va entrer en vigueur le 6 juin
USA : 23 procureurs généraux ainsi que Mozilla poursuivent à nouveau la FCC pour empêcher l'abrogation de la neutralité du Net
Neutralité du net : l'Arcep identifie les terminaux mobiles comme étant l'un des maillons faibles d'un internet ouvert et propose des solutions
USA : la Silicon Valley exhorte le président de la FCC à préserver la neutralité du Net, qui se trouve à nouveau menacée avec une initiative en cours
USA : l'industrie du jeu vidéo rejoint la lutte pour préserver la neutralité du Net, sans laquelle l'expérience de jeu en ligne serait compromise
Avatar de tomlev tomlev - Rédacteur/Modérateur https://www.developpez.com
le 17/05/2018 à 10:06
Tiens, enfin une bonne nouvelle dans ce pays de dingues...
Avatar de Médinoc Médinoc - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 17/05/2018 à 11:03
La Chambre sous contrôle républicain n'approuvera jamais, mais au moins ça donnera des munitions aux candidats Représentants démocrates pour les mid-terms...
Avatar de LSMetag LSMetag - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 17/05/2018 à 15:34
Une chose est importante : les acteurs

Qui est contre la Neutralité du Net ? Les opérateurs télécoms et Trump
Qui est pour ? : Les GAFA, la Silicon Valley, les fournisseurs de contenu en ligne, les associations d'utilisateurs, les utilisateurs,...

La chambre des représentants va avoir beaucoup de regards braqués sur elle. Va-t-elle prendre le risque, surtout quand il y a des objectifs politiques, de se mettre à dos autant d'acteurs ?
Avatar de CoderInTheDark CoderInTheDark - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 18/05/2018 à 5:09
Il aurait fallu préciser "Sénat américain" dans le titre.
Car c'est un peu ambigu j'ai cru à une actu française avant de lire l'article.

A moins que les US imposent leurs lois au reste du monde
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 31/05/2018 à 10:05
Le Sénat de l'État de Californie se prononce en faveur d'un projet de loi qui rétablit la neutralité du net,
au grand regret de l'industrie du haut débit

Le projet de loi du sénateur Scott Wiener (D-San Francisco) visant à rétablir la neutralité du net a été adopté hier par le Sénat de l'État de Californie, rapprochant la Californie des mesures de protection de la neutralité mises en place par la Federal Communications Commission sous le président Obama en 2015. Ces protections ont été abrogées par la FCC sous le président Trump en décembre 2017.

Le projet de loi du Sénat 822, qui a été adopté par un vote de 23-12, va désormais passé au niveau de l'Assemblée, qui est en majorité démocrate, pour être examiné. Les audiences du comité de l'Assemblée vont débuter en juin et l'Assemblée a jusqu’à fin août pour se prononcer en faveur ou contre le projet.

« Aujourd'hui, le Sénat de l'Etat a fait un grand pas en avant vers la réinstauration de la neutralité du Net en Californie », a déclaré le Sénateur Wiener. « Quand la FCC de Donald Trump a détruit les protections de la neutralité du Net de l'ère Obama, nous avons dit que nous allions intervenir pour nous assurer que les résidents de la Californie soient protégés contre la manipulation de leur accès internet. Je tiens à remercier l'énorme coalition de base qui lutte avec acharnement pour aider à faire passer le SB 822 et protéger ainsi un internet libre et ouvert. Nous avons beaucoup plus de travail pour faire adopter ce projet de loi à l'Assemblée, mais c'est une victoire majeure dans notre combat pour rétablir la neutralité du net en Californie ».

Fondamentalement, le SB 822 affirme que le rôle des fournisseurs de services Internet (FSI) est de fournir un accès neutre à Internet et non de choisir les gagnants et les perdants en décidant (sur la base de paiements financiers ou autres) quels sites ou applications sera facile ou difficile d'accès, lequel aura un accès rapide ou lent, et lequel sera entièrement bloqué.

Spécifiquement, la norme SB 822 interdit toute pratique qui entrave ou manipule l'accès des consommateurs à Internet pour favoriser certains types de contenu, de services ou d'appareils par rapport à d'autres. Cela comprend l'interdiction de bloquer ou d'accélérer ou de ralentir les données privilégiées, la priorisation payée, les services de facturation (entreprises, organismes sans but lucratif, organismes gouvernementaux, organismes de défense des droits, etc.), les frais d'accès à certains consommateurs et les pratiques de discrimination économique. qui faussent le choix du consommateur.


La norme SB 822 interdit également les pratiques commerciales trompeuses et promulgue des exigences de divulgation strictes pour mieux informer les consommateurs. La norme SB 822 exige que tout fournisseur de services Internet qui contracte avec l'État de Californie, reçoit des subventions d'infrastructure publique pour construire un service à large bande, demande ou détient une franchise d'État pour un service vidéo, doit se conformer à ces normes.

Un lobby, dans lequel figurait AT&T, s’est prononcé contre ce projet de loi lors de l'audition du comité le mois dernier, faisant valoir que le projet de loi « va bien au-delà » des règles qui avaient alors été établies par la FCC de l’ère Obama. Mais le Sénat à la majorité démocrate n'a visiblement pas été découragé par les arguments de l'industrie du haut débit et s’est prononcé en faveur de cette proposition.

Le projet de loi de Wiener a reçu le soutien de trois anciens commissaires de la FCC, dont l'ancien président Tom Wheeler, des dizaines de petites entreprises, syndicats, des groupes d'intérêt public tels que l'Electronic Frontier Foundation, du procureur général de l'État, Xavier Becerra, des maires de Los Angeles, de San Francisco, d'Oakland, de San Jose, de Sacramento et d'autres villes.

Un projet de loi similaire est à l'étude à la législature de New York.

L'une des grandes préoccupations des partisans de la neutralité de l'internet est de savoir si l'industrie du haut débit sera capable de bloquer les règles de neutralité de l'Etat dans le système judiciaire. Les FAI argumenteront que les États sont préemptés par la décision de la FCC d'éliminer les règles nationales de neutralité du net. Mais la décision de la FCC de restreindre sa propre autorité sur le haut débit pourrait donner aux États la possibilité d'imposer des règlements protégeant leurs résidents.

Source : Sénat de Californie

Voir aussi :

USA : Washington devient le premier État à restaurer la neutralité du Net, après l'adoption d'un projet de loi qui va entrer en vigueur le 6 juin
USA : 23 procureurs généraux ainsi que Mozilla poursuivent à nouveau la FCC pour empêcher l'abrogation de la neutralité du Net
Neutralité du net : l'Arcep identifie les terminaux mobiles comme étant l'un des maillons faibles d'un internet ouvert et propose des solutions
USA : la Silicon Valley exhorte le président de la FCC à préserver la neutralité du Net, qui se trouve à nouveau menacée avec une initiative en cours
USA : l'industrie du jeu vidéo rejoint la lutte pour préserver la neutralité du Net, sans laquelle l'expérience de jeu en ligne serait compromise
Avatar de Jiji66 Jiji66 - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 31/05/2018 à 10:26
Sachant que l'Europe n'est qu'un utilisateur et n'a aucun moyen de décisionnel; A quand un contre pouvoir genre "Internet Européen" pour éviter d’être à la mercie d'une décision politique Américaine ?
Avatar de Marco46 Marco46 - Modérateur https://www.developpez.com
le 31/05/2018 à 12:12
A la merci de quoi ? Ils sont chez eux ils peuvent ce qu'ils veulent sur leurs réseaux non ?

Je comprends pas ta remarque ...
Avatar de Jiji66 Jiji66 - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 31/05/2018 à 13:31
Citation Envoyé par Marco46 Voir le message
A la merci de quoi ? Ils sont chez eux ils peuvent ce qu'ils veulent sur leurs réseaux non ?

Je comprends pas ta remarque ...
C'est simple, les GAFAM ont une importance économique que je qualifie d'importante (je suis gentils), la quasi totalité des transferts bancaires internationaux (même intra-européens) se font à travers les réseaux "Mastercard" , "Visa", "Maestro", "American Express" ou autres ... Tous Américains. L'écrasante majorité des 13 serveurs DNS primaires du Web sont exploités par des société Américaine.

Si la neutralité du Web est supprimée, la qualité du service dépendra de combien je suis prêt à payer pour ou des opinions positives ou négatives que j'ai sur tel ou telle entité qui contrôle mon accès à l'Internet.

Cas concret :
-les Américain aurons leurs transactions bancaires traitées prioritairement et les autres en verra si on en a le temps, particulièrement si ça vient de l'Iran.
-Les requêtes DNS seront prioritairement envoyées aux citoyens Américains.
-Les GAFAM offrirons des services plus rapides à ceux qui payent ou achètent plus.
-etc... la liste des possibilités ne dépend que de l'immagination humaine.

Donc oui, je pense que c'est un problème d'avoir un Web quasi exclusivement contrôle par une seule entité politique.
Avatar de Stan Adkens Stan Adkens - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 08/06/2018 à 16:58
Neutralité du Net : le système de commentaires de la FCC a-t-il été victime de DDoS ?
Ou est-ce une ruse pour ne pas recevoir les avis des Américains ?

En approche de la date d’abrogation de la loi sur la neutralité du Net, qui était prévue pour le 14 décembre 2017, les partisans de cette loi se faisaient entendre par plusieurs moyens et par le biais de divers médias afin de faire échouer le projet de la FCC.

C’est dans ce cadre que le comédien John Oliver, animateur de Last Week Tonight de HBO, a dirigé son auditoire pour inonder l'agence de commentaires soutenant la neutralité du net. Le système de la FCC a été submergé dans la nuit du 7 mai 2017. Immédiatement après, l'agence a prétendu que le système de commentaire avait été délibérément altéré en raison d'une série d'attaques distribuées par déni de service (DDoS). Cependant, les partisans de la neutralité du Net n’étaient pas de cet avis. Ils ont accusé l'agence d’inventer une attaque afin de retirer le système en ligne de sorte à éviter les commentaires, selon Gizmodo.

Pour rappel, une attaque DDoS (attaque par déni de service distribué) est une attaque informatique ayant pour but de rendre indisponible un service, d'empêcher les utilisateurs légitimes d'un service de l'utiliser.

Gizmodo rapporte également qu’en 2014, le système s'est également planté après que le même comédien Oliver avait ordonné à ses téléspectateurs d'accéder au site Web de la FCC en 2014 pour des commentaires. Le serveur de la FCC (La FCC était à l'époque présidée par le démocrate Tom Wheeler) n’a pas supporté le trafic Internet engendré par les commentaires, selon l’agence. Par ailleurs, le problème était d’autant plus sérieux que le logiciel du système était obsolète. Mais l’agence n’a pas fait de commentaires pour blâmer quelques causes que ce soit, ni fait de déclaration à ce propos, selon Gizmodo.

Cependant, l’arrêt des serveurs de commentaires de mai 2017, pendant que la FCC est sous la présidence d’Ajit Pai, a suscité beaucoup de commentaires, de déclarations officieuses ainsi qu’une multitude de mails de la part de la FCC, afin de rependre l’information d’une prétendue attaque de déni de service (DDoS), selon Gizmodo.

Alors qu'elle luttait contre une fausse cyberattaque au printemps dernier, la FCC a délibérément trompé plusieurs organisations de presse, choisissant de nourrir les journalistes de fausses informations, tout en les décourageant de contester l'histoire officielle de l'agence.

Des courriels internes passés en revue par Gizmodo exposent les efforts de l'agence pour contrer la rumeur selon laquelle les hauts responsables ont fabriqué une cyberattaque, censée expliquer les problèmes techniques qui affligent le système de commentaires de la FCC dans le cadre d'une proposition controversée pour supprimer les règles fédérales de neutralité du net.

Toutefois, la FCC a été incapable de fournir les preuves d’une telle attaque ni aux journalistes ni aux législateurs américains qui ont demandé à les voir. Au lieu de cela, l'agence se contentait de mener une campagne discrète pour soutenir son histoire de cyberattaque avec l'aide de reporters d’affinité et dupes, a rapporté Gizmodo.

Selon les courriels détenus par Gizmodo, les responsables ont doucement produit un compte rendu fallacieux de la supposée attaque et ont fait comprendre aux journalistes que le système avait déjà fait l’objet de pareille attaque. « Il y a eu un événement DDoS juste après la vidéo de John Oliver en 2014 », a déclaré un officiel à des journalistes à FedScoop, selon des courriels passés en revue par Gizmodo.


Ajit Pai, président de la FCC

David Bray, qui était déjà au poste de Directeur de l’information lors du premier incident sur le système, a assuré aux journalistes, dans une série d'échanges officieux, qu'une attaque DDoS avait eu lieu trois ans plus tôt, en déclarant que le Président de la FCC d’alors, Wheeler, l'avait dissimulé afin d’éviter d’inciter probablement les malveillants.

Aussitôt, cette déclaration a été démentie, par Gigi Sohn, ancien conseiller du président Wheeler : « C'est faux », « Nous ne voulions pas le dire parce que Bray n'avait aucune preuve concrète qu'il s'agissait d'une attaque DDoS. Juste comme la deuxième fois. » Plusieurs autres sources, y compris un fournisseur de sécurité qui travaillait sur le système de commentaires à l'époque, ont réfuté l’information dont Bray a été à l’origine.

Par ailleurs, « L'équipe de sécurité était d'accord pour dire que cet événement n'était pas une attaque », a déclaré à Gizmodo l'ancien responsable de la sécurité de la FCC en 2014. « L'équipe de sécurité n'a produit aucun rapport suggérant qu'il s'agissait d'une attaque. L'équipe de sécurité n'a pu identifier aucun dossier ou preuve indiquant que ce type d'attaque s'est produit comme décrit par Bray. » Sohn a appuyé cette déclaration et deux autres sources anonymes l’ont confirmée.

Une autre intervention est venue confirmer l’opposition aux mensonges des responsables de la FCC : « Je n'ai vu aucune preuve d'une attaque DDoS contre le système de commentaires de la FCC », a déclaré la commissaire de la FCC, Jessica Rosenworcel, à Gizmodo. « Mais j'ai vu des millions d'Américains écrire à la FCC pour mettre fin à son effort malencontreux pour faire reculer la neutralité du net. Il est temps pour l'agence d'être à la hauteur de ce qui s'est vraiment passé. »

Bray a été aidé dans la désinformation par Mark Wigfield, directeur adjoint des relations avec les médias de la FCC, qui a emmené des journaux à écrit de faux messages au sujet de l’affaire. « Des attaques DDoS similaires ont eu lieu en 2014 après l’épisode John Oliver » a écrit Politico. Wall Street Journal indique que l’agence « a également révélé que l'émission de 2014 avait également été suivie d'attaques DDoS ».

L'affirmation de Bray selon laquelle Wheeler savait que des attaques DDoS avaient eu lieu, mais l'avait caché au public « par souci de copie », est une allégation qui n'a jamais été rendue publique. Le message apparaît dans un brouillon d'un billet de blog écrit par Bray au nom du président Pai. Il semble n'avoir jamais été publié en ligne. Une ligne de l'ébauche dit : « Cela s'est passé en 2014, mais à l'époque nous avons choisi de ne pas parler des programmes automatisés refusant le service au système de commentaires puisque nous ne voulions pas inviter d’autres malveillants. »

Par ailleurs, si le serveur de commentaire fut sur une machine dédiée en 2014, il était hébergé dans un cloud en mai 2017.

Afin de renforcer sa supposée attaque DDoS de 2017, l'agence a déclaré avoir détecté « des modèles de perturbations qui montrent un comportement anormal en dehors d'une vague de lobbying », qui incluait un « niveau extrêmement élevé de trafic basé sur le cloud atypique » dirigé vers l'interface API du système de commentaires. « D'après notre analyse des rapports, nous pensons que ces programmes de robots automatisés semblaient être basés sur le cloud et ne pas être associés à des adresses IP généralement liées à des déposants humains individuels », a déclaré l'agence.

L’agence n’a fourni aucune preuve. Elle déclare que le FBI a refusé d’enquêter sur l’affaire prétextant que l’incident n’était pas majeur. Les seuls documents acquis par American Oversight en vertu de la Freedom of Information Act (FOIA) ont été produits dans un procès intenté par le journaliste de BuzzFeed Kevin Collier, pour expurgations devant les tribunaux.

Source : Gizmodo

Et vous ?

Que pensez-vous de cette histoire impliquant le système informatique de la FCC, une institution publique ?
Que pensez-vous de la manipulation des systèmes publics à des fins personnelles ?
Que pensez-vous de la presse qui relaie des informations sans rechercher des preuves ?

Voir aussi

USA : la FCC vote pour entamer le processus de suppression de la neutralité du Net, la période des commentaires publics désormais ouverte
USA : la FCC va publier son ordonnance de suppression des règles de neutralité du Net cette semaine, mais il est encore possible de l'annuler
Contacter le responsable de la rubrique Accueil