Chine : les services iCloud d'Apple dans le pays seront opérés par une firme publique locale
Pékin semble mieux encadrer les GAFA que l'Europe

Le , par Christian Olivier, Chroniqueur Actualités
Les services iCloud d’Apple en Chine seront bientôt opérés par une firme publique locale, a confirmé la firme de Cupertino. C’est l’entreprise Guizhou on the Cloud Big Data (GCBD) appartenant au gouvernement du Guizhou, une province située dans le sud de la Chine, qui devra s’atteler à cette tâche en partenariat avec Apple. Il faut noter que c’est dans cette même province que le fabricant de iPhone a lancé le projet de création d'un datacenter pour un coût avoisinant le milliard de dollars il y a quelques mois afin de se conformer à la réglementation de l’empire du Milieu.

Une nouvelle fois, la firme de Cupertino a déclaré avoir pris cette décision pour se conformer à la réglementation en vigueur dans ce pays qui interdit désormais aux fournisseurs de services en ligne de collecter et de vendre des informations personnelles des utilisateurs locaux. Il semblerait donc que les dirigeants de l'empire du Milieu disposent de solides arguments pour que les géants technologiques américains de la trempe d'Apple se plient à leurs quatre volontés. L'Europe aurait-elle des leçons à en tirer ?


Pour rappel, la nouvelle loi chinoise sur la cybersécurité est effective depuis le 1er juin 2017. Elle stipule que le transfert transfrontalier de données recueillies en Chine n’est autorisé que lorsqu’un tel transfert est nécessaire au bon déroulement d’une transaction. En outre, elle décrit les instances étatiques qui sont responsables de la supervision de l’inspection de sécurité, des critères d’inspection de sécurité ainsi que les types de transferts qui doivent nécessairement subir une inspection de sécurité préalable.

En vertu de cette loi, toutes les entreprises désignées par le gouvernement chinois comme des « ;infrastructures d’information critique ;» ont l’obligation absolue de stocker localement leurs données, si ces données sont collectées ou générées en Chine et constituent des « ;informations personnelles ;» ou des « ;données critiques ;».

Ce partenariat avec GCBD devrait permettre « ;d’améliorer la rapidité et la fiabilité de nos produits de services iCloud tout en respectant les nouvelles réglementations sur le fonctionnement des services de cloud computing par les entreprises chinoises ;», a assuré la marque à la pomme. Le fabricant de iPhone a également précisé avoir « ;de solides garanties en matière de confidentialité et de protection des données et l’assurance qu’aucune porte dérobée ne serait mise en place ;» à l’intérieur de ses systèmes. Apple affirme aussi que les comptes iCloud enregistrés en dehors de la Chine ne seront pas affectés par ces mesures.

Pourtant, une clause dans les nouvelles conditions générales soumises à l’approbation de l’utilisateur stipule que le binôme formé par Apple et son partenaire GCBD : « ... aura accès à toutes les données que vous stockez sur ce service, y compris le droit de partager, échanger et divulguer toutes les données d'utilisateur, y compris le contenu, entre et conformément aux lois applicables », selon à un rapport CNN.

Dans son annonce, le géant technologique américain a révélé que les données iCloud des clients de la Chine seront transférées des États-Unis vers la Chine à partir du 28 février, date à laquelle son premier datacenter chinois serait opérationnel. Les clients locaux qui ne souhaitaient pas utiliser iCloud sous la direction de GCBD n’auront d’autres choix que de clôturer leur compte iCloud.


On peut signaler qu’en juillet 2017 déjà, le géant américain avait fini par céder aux pressions de Pékin et procédé à la suppression de certaines applications VPN « ;non réglementaires ;» qui étaient présentes sur son App Store en Chine. Ainsi, les principales applications VPN avaient été retirées du China App Store avant même que leurs développeurs n’aient eu le temps de recevoir des notifications de l’entreprise au sujet de cette suppression, une situation qui a poussé certains d’entre eux à attaquer Apple en justice. Tim Cook, le PDG de l’entreprise, avait justifié la ligne de conduite de sa société par le fait que sa firme se doit de respecter les lois des pays où elle fait des affaires, même en cas de désaccord.

La perspective d’être tenu à l’écart du juteux marché chinois semble pousser les géants technologiques américains à revoir à la baisse leurs exigences en matière de contrôle et de protection des données. D’autres acteurs majeurs de la Silicon Valley pourraient suivre l’exemple d’Apple dans les mois à venir. Amazon a d’ailleurs récemment annoncé qu’elle vendait l’infrastructure matérielle de son activité cloud publique à un partenaire chinois appelé Sinnet pour se conformer aux mêmes lois.

Certains médias ont déclaré que cette mesure donnait à Pékin davantage l’occasion de surveiller ses citoyens et d’autres personnes vivant dans le pays. La Chine semble à l’heure actuelle l’un des rares pays qui puissent faire céder les géants technologiques américains et leur dicter ses volontés.

Source : BBC, CNN

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
La Chine est-elle un exemple à suivre en Europe pour obliger les GAFA à obtempérer ?

Voir aussi

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:fleche : Cybersécurité : la Chine interdit l'usage non autorisé des réseaux privés virtuels (VPN) pour se connecter à Internet
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Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 10:11
Citation Envoyé par Christian Olivier Voir le message
Qu’en pensez-vous ?
Les russes ont fait ça il y a longtemps déjà.

Citation Envoyé par Christian Olivier Voir le message
La Chine est-elle un exemple à suivre en Europe pour obliger les GAFA à obtempérer ?
Je pense que l'Europe devrait pratiquer nettement plus de protectionnisme européen comme le font les USA, la Chine ou la Russie.
Organiser la libre concurrence à l'intérieur du marché européen : oui.
Mais pas vis à vis de l’extérieur.
Avatar de sami_c sami_c - Membre actif https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 11:41
Citation Envoyé par Christian Olivier Voir le message

Certains médias ont déclaré que cette mesure donnait à Pékin davantage l’occasion de surveiller ses citoyens et d’autres personnes vivant dans le pays.
Bah les USA surveillent leurs citoyens et ceux du monde entier non ? Qu'est ce qui empêche la Chine de le faire ? Je ne dis pas que c'est bien, mais la Chine n'est pas la seule à le faire alors pourquoi la blâmer ?
Avatar de sylsau sylsau - Membre habitué https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 13:41
Nous sommes encore une fois les dindons de la farce en Europe en ne pratiquant aucun protectionnisme là où les Etats-Unis, la Chine ou la Russie se montrent bien plus intelligents.
Avatar de coolspot coolspot - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 15:32
Citation Envoyé par sylsau Voir le message
Nous sommes encore une fois les dindons de la farce en Europe en ne pratiquant aucun protectionnisme là où les Etats-Unis, la Chine ou la Russie se montrent bien plus intelligents.

L'UE n'a pas été conçu pour le bien être et la prospérité de ces citoyens mais pour le bien être et la prospérité de l'hyper classe mondiale. Ca serait un non sens qu'elle fasse du protectionnisme.

Et contrairement au pays cité, l'europe n'est pas un pays donc elle n'a pas conscience de ces citoyens ni volonté de prospérité et bien être de ceux-ci.
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 25/02/2018 à 10:18
Chine : Apple va migrer son iCloud chinois et les clés d'accès sur le territoire,
une décision qui suscite la crainte des défenseurs des droits de l'homme

Début juin 2017, la Chine a appliqué sa nouvelle loi sur la cybersécurité. Elle stipule que le transfert transfrontalier de données recueillies en Chine n’est autorisé que lorsqu’un tel transfert est nécessaire au bon déroulement d’une transaction. En outre, elle décrit les instances étatiques qui sont responsables de la supervision de l’inspection de sécurité, des critères d’inspection de sécurité ainsi que les types de transferts qui doivent nécessairement subir une inspection de sécurité préalable.

En vertu de cette loi, toutes les entreprises désignées par le gouvernement chinois comme des « infrastructures critiques d’information » ont l’obligation absolue de stocker localement leurs données, si ces données sont collectées ou générées en Chine et constituent des « informations personnelles » ou des « données critiques ».

Aussi, pour se conformer à la législation chinoise et continuer d’opérer en Chine, Apple a annoncé qu’il allait désormais héberger les données iCloud des utilisateurs chinois localement. Début janvier, nous vous informions que les services iCloud d’Apple en Chine seraient bientôt opérés par une firme publique locale, comme l’a confirmé l’éditeur d’iOS. C’est l’entreprise Guizhou on the Cloud Big Data (GCBD), appartenant au gouvernement du Guizhou, une province située dans le sud de la Chine, qui devra s’atteler à cette tâche en partenariat avec Apple. Il faut noter que c’est dans cette même province que le fabricant de iPhone a lancé le projet de création d'un datacenter pour un coût avoisinant le milliard de dollars il y a quelques mois afin de se conformer à la réglementation de l’empire du Milieu.

Reuters précise que cette migration se déroulera à la fin du mois, et précise qu’au rang des données migrées figurent les clefs de chiffrement permettant d’accéder à ces comptes. Les données iCloud seront donc hébergées sur des serveurs situés à Guizhou dès le 28 février prochain.

Actuellement, les clefs de chiffrement sont stockées sur des serveurs américains et ne sont pas accessibles aux requêtes gouvernementales, sauf décision de justice. Car, si Apple s’est publiquement opposée à la mise en place de « porte dérobée » pour permettre aux autorités nationales d’accéder au contenu des iPhone, l’entreprise permet d’accéder aux données stockées sur le cloud, sous réserve d’une décision judiciaire.

Le cas chinois sera différent : une fois les données, et les clefs migrées, celles-ci seront accessibles bien plus simplement pour les autorités du pays. « Désormais, selon Apple, les clefs de chiffrement pour les comptes iCloud chinois seront stockées directement en Chine. Ce qui veut dire que les autorités chinoises n’auront plus besoin de passer par les tribunaux américains pour demander l’accès aux données iCloud de leurs ressortissants ; elles pourront, à la place, utiliser leur propre système juridique pour demander l’accès à ces données », ont déclaré des experts.


Les militants des droits de l'homme craignent que les autorités puissent utiliser ce pouvoir pour traquer les dissidents, citant des cas d'il y a plus d'une décennie où Yahoo inc. a transmis des données d'utilisateurs qui ont conduit à deux arrestations et à des peines de prison. Jing Zhao, un militant des droits de l'homme et actionnaire d'Apple, a déclaré qu'il pouvait envisager des problèmes de droits de l'homme plus graves découlant de la transmission par Apple de données iCloud que dans l'affaire Yahoo.

Dans un communiqué, Apple a déclaré qu'il devait se conformer aux lois chinoises récemment introduites qui exigent que les services de cloud offerts aux citoyens chinois soient exploités par des sociétés chinoises et que les données soient stockées en Chine. L’entreprise a déclaré que bien que les valeurs de l'entreprise ne changent pas dans différentes parties du monde, elle reste soumise aux lois de chaque pays.

Apple, qui déclare avoir défendu que iCloud ne soit soumis à ces lois, reconnaît avoir échoué. L’éditeur estime qu’il est préférable d'offrir iCloud dans le cadre du nouveau système, car l'interruption de ce système entraînerait une mauvaise expérience utilisateur et réduirait la confidentialité et la sécurité des données pour ses clients chinois.

Notons que l’entreprise a pris la peine d’indiquer à ses clients la marche à suivre s’ils veulent se passer d’iCloud et stocker leurs données uniquement sur leur appareil.

La décision d'Apple met en évidence une réalité difficile pour de nombreuses sociétés technologiques étrangères opérant en Chine. Si elles n'acceptent pas les demandes de partenariat avec des entreprises chinoises et de stockage de données en Chine, elles risquent de perdre l'accès à un marché chinois lucratif.

Source : Reuters

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