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La sécurité passe-t-elle avant la liberté ? Comment les gouvernements introduisent la surveillance
Sous le voile de la lutte contre le coronavirus

Le , par Stan Adkens

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Depuis que le nouveau coronavirus a été découvert pour la première en Chine en décembre, et en janvier, il a commencé à se propager dans tout le pays. Dès le 22 janvier, Wuhan, le lieu où l'épidémie a commencé, a été mis en quarantaine. Les territoires adjacents ont été mis en quarantaine peu de temps après. Pendant ce temps, le virus se propageait rapidement dans e reste du monde au point que l'OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, avant de déclarer une pandémie le 11 mars.

A ce jour, 184 pays sur tous les continents, à l'exception de l'Antarctique, sont touchés par le virus, avec 1,3 million de cas confirmés de la maladie, selon les données de l'Université John Hopkins. Pour freiner la propagation du virus, de nombreux pays ont déclaré l'état d'urgence, fermé le trafic aérien et mis en place des mesures plus strictes de quarantaine. En outre, les gouvernements mettent en place des systèmes de surveillance visant à ralentir la pandémie en contrôlant les personnes infectées. Et le principal outil pour ce travail est la technologie.


Les applications pour smartphones et autres technologies numériques ont été largement utilisées dans des pays asiatiques comme la Chine, Singapour et la Corée du Sud pour limiter la propagation du virus. La première expérience de surveillance des citoyens a eu lieu en Chine, ce qui a sans doute contribué à la rapide levée de la stricte quarantaine de Wuhan, l’épicentre du virus en Chine. Etant donné que le virus ne fait que gagner du terrain dans d'autres pays, avec l'Europe et les États-Unis devançant la Chine par le nombre de personnes infectées, cette victoire rapide a été attribuée aux autorités chinoises et leurs mesures de surveillance.

La Chine, le modèle de surveillance à l’ère du coronavirus

Pour ralentir le rythme des infections par le coronavirus, la Chine a adopté une combinaison des mesures de quarantaines auxquelles s’ajoute la surveillance numérique. Selon le site Web chinois Weixin, l'application Alipay Health Code a d'abord été lancée à Hangzhou, puis dans des centaines d'autres villes. Le développement de l'application a été soutenu par les autorités locales et une société de technologie de pointe, Ant Financial, une filiale d'Alibaba. Une application similaire a été lancée par Tencent à Shenzhen, selon le même site Web.

Les citoyens chinois ont été appelés s’inscrire sur l’application via AliPay ou WeChat, à répondre à des questions sur leur santé et soumettaient l'historique de leurs déplacements. Les données étaient également extraites automatiquement des bases de données de Tencent et d'Alibaba. Ses données sont traitées et l’application attribue un code couleur à chaque citoyen. Les détenteurs du code vert sont autorisés à se déplacer librement, les détenteurs du code jaune doivent rester chez eux pendant une semaine et les détenteurs du code rouge pendant deux semaines. L'application génère également un code QR que l'utilisateur doit scanner chaque fois qu'il quitte la maison.

Alors qu’Alipay Health Code était destinée à faire respecter la quarantaine au temps du coronavirus, les spécialistes du New York Times ont analysé le code de l'application et ont découvert que le système ne se contente pas de décider si un utilisateur présente des risques d'infection. Il envoie également des données personnelles à la police chinoise, selon le journal.

L'application mobile de surveillance du coronavirus serait-elle devenue la pièce manquante au système de crédit social que la Chine met en place depuis 2014 ? Dans tous les cas, certains indices y font croire. En effet, les fonctions de notation et le contrôle du système de crédit social de test ont été confiés à Ant Financial, la société à l'origine de l'application de lutte contre le coronavirus, selon un article du Wall Street Journal publié en 2016. Une seconde chose qui pourrait corroborer la thèse de la remise de données personnelles aux autorités, c’est un discours notable de Jack Ma d'Alibaba en 2016, selon le même journal. À l'époque, il a explicitement appelé les forces de l'ordre à utiliser les données d'Internet pour lutter contre le terrorisme.

En plus des applications, le gouvernement chinois dispose également d'un système de vidéosurveillance à grande échelle avec reconnaissance faciale. L'idée du projet est de pouvoir identifier n'importe lequel des 1,3 milliard de citoyens en 30 secondes. La Chine prévoit de déployer le réseau dans tout le pays en 2020, selon South China Morning Post.


Le romancier et commentateur social Murong Xuecun a déclaré au Washington Post en 2016 : « La Chine évolue vers une société totalitaire, où le gouvernement contrôle et affecte la vie privée des individus. C'est comme Big Brother, qui a toutes vos informations et peut vous nuire de toutes les façons qu'il veut ». Mais ces réalités actuelles en Chine pourraient s'appliquer à d'autres endroits que la Chine.

La protection de la vie privée serait-elle en danger en Europe et dans d’autres parties du monde au nom de la lutte contre le coronavirus ?

Les méthodes de surveillance globales et sans compromis utilisées par la Chine sont connues depuis un certain temps. Mais aujourd'hui, des mesures très similaires sont introduites dans les pays qui critiquaient la Chine pour ces mêmes méthodes. Le débat sur la protection de la vie privée ou la sécurité dure depuis des années dans ces parties du monde. Avec les nouvelles technologies numériques, c'est l'un des principaux problèmes éthiques de la société humaine. Pourtant, le coronavirus peut pousser les gens à résoudre le dilemme dès maintenant.

Selon un article du Wall Street Journal, les autorités des Etats-Unis suivent les déplacements des personnes par le biais de données publicitaires. En Corée du Sud, il existe une carte publique permettant de vérifier les contacts possibles avec des personnes infectées, qui est basée sur les données des opérateurs de téléphonie mobile, des cartes de crédit et des entretiens avec les personnes ayant contracté le virus, d’après The Guardian. Les services spéciaux israéliens n'ont plus besoin d'autorisation pour suivre les téléphones portables des personnes infectées.

En Europe, les pays utilisent des données anonymes fournies par les compagnies de téléphonie mobile et les systèmes de vidéosurveillance. La Russie est arrivée un peu tard, mais depuis le 2 avril, il existe une application de surveillance pour les patients atteints de coronavirus auto-isolés. Le pays utiliserait également des données fournies par les opérateurs de téléphonie mobile et les systèmes de vidéosurveillance.

L’Italie, qui devance tous les pays en nombre de décès par Covid-19, a également tardé à mettre en œuvre une application de surveillance. Mais, selon un article de Reuters publié mercredi, les autorités italiennes travaillent à l'introduction d'une application pour smartphone qui aiderait les services de santé à retracer les contacts des personnes dont le test de dépistage du coronavirus est positif, alors que le gouvernement étudie les moyens de lever progressivement le verrouillage imposé il y a un mois.

L'application, qui sera utilisée sur une base volontaire, enregistrerait le moment où elle se trouverait à proximité d'un autre utilisateur de smartphone avec l'application, pendant combien de temps et à quelle distance et si une personne était testée positive pour le coronavirus, les autorités seraient en mesure de retracer les contacts et de les alerter. Des experts de 18 pays européens, dont l'Allemagne, la France et la Suisse, travaillent sur une plateforme technologique qui prendrait en charge les applications de recherche des contacts basées sur Bluetooth et qui est basée sur les règles strictes de l'Union européenne en matière de confidentialité des données.

La dernière mesure en date pour endiguer la pandémie est celle de la Turquie, d’après Reuters. Le pays surveillera les téléphones portables des personnes chez qui le nouveau coronavirus a été diagnostiqué afin de s'assurer qu'ils ne violent pas les mesures de quarantaine, ont déclaré les autorités mercredi. Les autorités vont commencer à envoyer un message et à appeler les citoyens chaque fois qu'ils quittent leur domicile, a déclaré la direction des communications de la présidence, selon Reuters.

La Turquie a enregistré son premier cas de coronavirus le 11 mars, et depuis les cas de coronavirus dans le pays ont augmenté à plus de 34 000 avec 725 décès à la date de mardi, d’après Reuters. Selon la direction des communications, les citoyens seront invités à rentrer chez eux et la police pénalisera ceux qui continuent à violer les règles de quarantaine. Elle ajoute que la loi turque permet le traitement des données personnelles sans consentement pour des "buts exceptionnels".

« Une grande bataille a fait rage ces dernières années au sujet de notre vie privée. La crise du coronavirus pourrait être le point de basculement de cette bataille », a averti Yuval Noah Harari, auteur de "Sapiens", dans un article publié dans le Financial Times.

Une organisation russe à but non lucratif, Roskomsvoboda, a lancé une carte interactive montrant dans quelle mesure les gouvernements de certains pays violent la vie privée des gens. L’organisation met en garde contre des mesures qui pourraient devenir permanentes. « Dans de nombreux endroits en Europe, en Asie et aux États-Unis, certaines limitations et mesures de contrôle sont introduites. Il est important de comprendre comment ces solutions technologiques seront retirées après la quarantaine. Le public doit veiller à ce que ces outils ne restent pas entre les mains des autorités », a déclaré Artem Kozlyuk, de Rockmosvoboda dans un communiqué.


Qu’arrivera-t-il à ces mesures de surveillance après la crise sanitaire ?

Si les mesures de surveillance sont apparemment justifiées pendant la période du coronavirus, les experts se demandent, de manière presque équivoque, si les mesures de surveillance seront correctement supprimées après la fin de la pandémie et la levée de la quarantaine. « Dans les régimes pas entièrement démocratiques, les risques que les mesures restent en place sont proches de 100 %. Dans des pays comme la Chine, l'Iran et probablement la Russie, ces systèmes ne seront pas supprimés et seront utilisés en dehors de leur objectif initial et hors du contrôle public », a souligné Artem Kozlyuk.

Yuval Noah Harari a déclaré que à ce propos que « certains gouvernements avides de données pourraient faire valoir qu'ils doivent maintenir les systèmes de surveillance biométrique en place parce qu'ils craignent une deuxième vague de coronavirus, ou parce qu'une nouvelle souche d'Ebola est en train d'apparaître en Afrique centrale… ».

Selon une citation de Rahm Emanuel, politicien américain, « On ne laisse jamais une crise grave se gâcher. Et ce que je veux dire par là, c'est que c'est une opportunité de faire des choses que vous pensiez ne pas pouvoir faire avant ». Il est vraiment difficile de récupérer des droits une fois que le gouvernement les a pris, a écrit un commentateur, mais espérons que les choses soient différentes cette fois-ci.

Sources : WSJ (1 & 2), NYT, SCMP, Reuters (1 & 2)

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
La vie privée est-elle vraiment en danger sous le couvert de la lutte contre le virus, selon vous ?
Les applications respectueuses de la vie seront-elles efficaces contre le coronavirus ?
Une éventuelle prochaine crise pourrait-elle justifier le maintien de la surveillance au-delà de la pandémie ?

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Avatar de Jon Shannow
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 09/04/2020 à 11:38
Citation Envoyé par Stan Adkens Voir le message

Qu’en pensez-vous ?
Que rien ne justifie la perte de libertés ou de droits.
Citation Envoyé par Stan Adkens Voir le message

La vie privée est-elle vraiment en danger sous le couvert de la lutte contre le virus, selon vous ?
Comme elle l'a été sous le couvert de la lutte anti-terroristes !
Citation Envoyé par Stan Adkens Voir le message

Les applications respectueuses de la vie seront-elles efficaces contre le coronavirus ?
Difficile à dire, mais je crois que nos appareils sont déjà des services de renseignements à notre insu et ce sans aucun application.
Citation Envoyé par Stan Adkens Voir le message

Une éventuelle prochaine crise pourrait-elle justifier le maintien de la surveillance au-delà de la pandémie ?
Évidemment que non. Si une nouvelle pandémie arrivait, on pourrait réactiver la surveillance, mais en attendant elle n'a pas de raison d'être, autre que de surveiller la population, et ce n'est jamais pour le bien de celle-ci !
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