La Chine a maintenant bloqué toutes les éditions linguistiques de l'encyclopédie libre Wikipédia
Après la version chinoise inaccessible depuis 2016

Le , par Olivier Famien

43PARTAGES

16  0 
Depuis des années, le gouvernement chinois n’a de cesse d’accroitre le contrôle et les limitations pour l’accès aux informations étrangères véhiculées à travers la toile. En 2017 par exemple, Apple a retiré l’application NYT de son App Store après avoir déclaré qu’elle avait reçu comme information de la part de la Chine des accusations de violation des règles locales par l’application fournie par le quotidien d’information le New York Times (NYT). Pour contourner ces censures qui sont de plus en plus poussées, certains résidents chinois ont eu recours aux réseaux privés virtuels (abrégés VPN en anglais). Mais depuis 2017, la Chine a commencé à obliger les opérateurs de télécommunication à bloquer l’accès aux VPN personnels.

Il y a quelques jours, c’est Wikipédia, l’encyclopédie gratuite en ligne hébergée par la fondation Wikipédia et éditée par les volontaires à travers le monde, qui a fait les frais de la censure opérée par le gouvernement chinois dans son pays. Selon les données recueillies par OONI, l’Observatoire ouvert des interférences de réseau qui délivre un logiciel d’observation du réseau mondial afin de détecter la censure, la surveillance et les manipulations de trafic sur Internet, la Chine a commencé depuis au moins le 10 novembre 2016 à bloquer l’accès à la version chinoise de Wikipédia accessible à l’adresse zh.wikipedia.org. Mais récemment, la Chine a encore accentué la censure et a procédé au blocage de toutes les éditions linguistiques de Wikipédia pour les résidents chinois, selon les données de trafic du logiciel OONI.

Selon les données de l’OONI, beaucoup de domaines de Wikipédia étaient auparavant accessibles, mais toutes les mesures collectées à partir du 25 avril 2019 présentent les mêmes anomalies DNS pour tous les sous-domaines de Wikipédia. Les quelques anomalies DNS survenues au cours des mois précédents étaient des faux positifs, alors que les anomalies DNS à partir d’avril 2019 montrent que les domaines Wikipédia sont bloqués au moyen d’une injection DNS. La plupart des mesures ont été recueillies auprès de China Telecom.

Étant donné que les mesures OONI recueillies en Chine suggèrent un blocage par injection de DNS, des tests d’injection OONI Probe DNS ont été réalisés depuis un point d’observation situé à l’extérieur du pays, en indiquant une adresse IP en Chine. Après avoir analysé plus de 2 000 noms de domaine Wikipédia, OONI a déterminé que la censure semblait cibler n’importe quelle édition de wikipedia.org dans les langues et sous-domaines (c’est-à-dire *.wikipedia.org, zh.wikipedia.org, en.wikipedia.org, etc.) - y compris wikipedia.org – que ces domaines existent ou non (par exemple, doesnotexist.wikipedia.org a même été bloqué !).


Après avoir établi que la Chine a bloqué les éditions de Wikipédia par l’injection DNS, OONI a également poussé ses recherches en tentant de contourner ce blocage par le chiffrement du trafic DNS sur HTTPS dans Firefox. En effectuant des tests, OONI a pu accéder à l’adresse IP en provenance de la Chine sans information retournée. Cela indique pour OONI qu’un filtrage SNI (Server Name Indication en anglais) a également été mis en place. Sur la base de ces tests, OONI a pu conclure que China Telecom a bloqué toutes les éditions linguistiques de Wikipédia, à la fois par injection DNS et par filtrage SNI.

Pour contourner cette censure, certains internautes ont suggéré l’utilisation des sites miroirs de la version anglaise de Wikipédia. Mais même là encore, la censure a été opérée. Les sites miroirs de la version anglaise de Wikipédia qui sont accessibles sur la toile à différentes adresses comme ici ou ont également été bloqués en Chine. Pour un internaute, « bloquer la plus grande encyclopédie qui ait jamais existé est le meilleur exemple de ce qu’est ce genre de censure ». Pour un autre intervenant « avoir une telle ressource inaccessible à une grande partie de notre population est vraiment déprimant ».

Pour un internaute vivant en Chine depuis 15 ans, cette situation « n’est probablement que temporaire jusqu’au 35 mai ». Il ajoute que « cela se produit chaque année ». Pour comprendre l’optimisme de cet utilisateur, il faut savoir que du 15 avril 1989 au 4 juin 1989, des manifestations menées par la population chinoise ont eu lieu contre le gouvernement chinois d’alors sur la place Tian’anmen, à Pékin, la capitale de la République populaire de Chine. Cela a conduit à une forte répression des manifestants que certains appellent le massacre de la place Tian’anmen ou encore le massacre du 4 juin. L’expression « 4 juin » étant taboue et censurée en Chine, les internautes chinois en ont inventé une autre, le « 35 mai », pour contourner cette censure chinoise sur la toile. Si l’observation de l’internaute est exacte, l’on devrait revoir Wikipédia en ligne en Chine après le « 35 mai ».

Mais en attendant de voir si Wikipédia sera rétabli après cette date, certains suggèrent de se tourner vers la version hors-ligne de l’encyclopédie en ligne et téléchargeable sur clé USB ou carte mémoire.

Source : OONI

Et vous ?

Quels commentaires faites-vous de cette nouvelle censure opérée par la Chine ?

Pensez-vous qu’il existe une solution pour les internautes chinois de la contourner ?

Voir aussi

Il est de plus en plus difficile pour les VPN de contourner le Grand Firewall de Chine après une mise à jour, selon un test de Comparitech
Eric Schimdt de Google prédit que l’Internet sera divisé en deux branches, une dirigée par la Chine, avec plus de censure et de contrôle
La Chine bloque la plateforme de jeu et de streaming vidéo en direct Twitch, le site américain devenant un peu trop populaire au gout de Pékin
Les internautes chinois seront forcés de révéler leur véritable nom avant de publier sur un forum, d’après une nouvelle règlementation
« La Chine exemple flagrant de gouvernement qui censure et contrôle internet », pour Eric Schmidt

Une erreur dans cette actualité ? Signalez-le nous !


 
Contacter le responsable de la rubrique Accueil

Partenaire : Hébergement Web