En Australie, des programmeurs pourraient être licenciés par leurs employeurs
Pour implémentation de backdoors à l'usage des forces de l'ordre

Le , par Patrick Ruiz, Chroniqueur Actualités
En ce dernier jour de séance du parlement australien, la Chambre des représentants a pris une grosse décision : elle a adopté le projet de loi Assistance and Access Bill. Le pays devient ainsi le premier de l’alliance « Five Eyes » (qui regroupe les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie) à adopter un projet de loi anti-chiffrement.

Sous son actuelle forme, le texte dispose que les forces de police et de lutte contre la corruption du pays peuvent demander un accès à des contenus que les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs de messagerie, etc. ont en leur possession. En d’autres termes, Assistance and Access Bill permet à la police de requérir de services de messagerie comme WhatsApp ou Signal qu’ils intègrent des portes dérobées afin que des chargés d’enquêtes puissent accéder à des messages. Voilà, de façon brossée, ce qui est prévu dans le projet de loi. Le tendaily – un éditeur en ligne australien – n’a pas manqué de glisser son commentaire sur le projet de loi et en a révélé un pan intéressant, notamment, quant à ce qui concerne la façon dont le gouvernement australien compte procéder dans certains cas.

Citation Envoyé par tendaily
Le projet de loi permet de forcer un travailleur de la Tech. à coopérer avec le gouvernement et les forces de l’ordre pour installer des portes dérobées, mais celui-ci ne pourra divulguer la requête à des tiers au risque d’écoper de plusieurs années d’emprisonnement.
Citation Envoyé par Alfie John – programmeur spécialisé en sécurité
Le gouvernement australien entend recruter des travailleurs de l’IT comme espions, mais la cible n’est pas une organisation terroriste ou un gang international ; c’est l’entreprise pour laquelle ils travaillent.
Lorsqu’il y a eu fuite du code source d’iBoot en début d’année, Apple s’est remué pour établir les responsabilités et a découvert que l’homme de l’ombre était un ancien stagiaire. Nul doute qu’un employé confirmé aurait perdu son emploi et que des poursuites judiciaires (sur la base du contrat avec clause de non-divulgation qui lie généralement les entreprises à des développeurs) auraient suivi. Le sort d’un employé d’Apple découvert en train d’implémenter des portes dérobées au sein des systèmes de la firme est dès lors aisé à imaginer. On s’attaque déjà aux valeurs et l’entreprise est connue pour son positionnement quant à ce qui concerne les demandes d’introduction de backdoors par les autorités gouvernementales. Pour rappel, le géant de la Tech. est connu pour son refus de coopérer avec le FBI afin de déverrouiller l’iPhone d’un terroriste.

Le FBI souhaitait qu'Apple installe une version personnalisée du système d'exploitation iOS pour contourner des fonctionnalités de sécurité importantes comme le mécanisme qui prévoit qu’après dix tentatives infructueuses pour déverrouiller le contenu du téléphone, ce dernier s’efface automatiquement. « Dans les mauvaises mains, ce logiciel - qui n'existe pas aujourd'hui - aura le potentiel de déverrouiller n'importe quel iPhone en la possession physique d'un individu », avait prévenu Apple. « Le FBI pourrait utiliser d'autres mots pour décrire cet outil, mais ne vous y trompez pas : concevoir une version d'iOS qui contourne la sécurité de cette façon va indéniablement créer une porte dérobée. Et, tandis que le gouvernement pourrait argumenter que son usage (de ce logiciel) va se limiter à ce cas spécifique, il n'y a aucun moyen de garantir un tel contrôle. »


« Le nouveau projet de loi est de nature à provoquer le départ (du sol australien) des entreprises qui partagent des valeurs similaires. En sus, le logiciel issu d’Australie est plus que jamais éligible à la suspicion de clients hors des frontières de ce pays », écrit le tendaily.

Le passage au statut de loi devrait se faire avant Noël. Ensuite, le texte devrait être revu sur un aspect qui constitue une zone d’ombre pour les membres du parti travailliste. En effet, le projet de loi demeure ambigu en ceci qu’il dispose que l’accès au contenu des messages se fasse à condition que les portes dérobées à l’usage des forces de l’ordre ne constituent pas des « faiblesses systémiques. »

Source : tendaily

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

L’approche du recrutement des espions envisagée par le gouvernement australien peut-elle donner des résultats ?

Quel serait votre comportement dans une telle situation ?

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Avatar de psychadelic psychadelic - Membre expert https://www.developpez.com
le 08/12/2018 à 2:08
Lorsqu’il y a eu fuite du code source d’iBoot en début d’année, Apple s’est remué pour établir les responsabilités et a découvert que l’homme de l’ombre était un ancien stagiaire.
[humour Noir]
Apple devrait fliquer tout ces employés sur l'ensemble de leurs données sociaux/numériques, pour s’assurer qu'aucun d'eux ne va à l'encontre des intérêts d'Apple.
[/humour Noir]
Avatar de Stan Adkens Stan Adkens - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 09/12/2018 à 23:03
La vague loi anti-chiffrement de l’Australie établit un terrible précédent mondial
Et représente « un risque énorme pour notre sécurité numérique »

Le projet de loi anti-chiffrement, Assistance and Access Bill, a été adopté le jeudi dernier par la Chambre des représentants australienne, permettant aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander avant de forcer les sociétés Internet, les opérateurs télécoms, les fournisseurs de messagerie ou toute personne censées pouvoir aider à avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder. À l'aide de mandats secrets, les agents du gouvernement pourront même obliger une entreprise à exécuter des logiciels malveillants à distance sur les périphériques de leur client pris pour cible, l’objectif de la loi Assistance et Accès étant de casser le chiffrement de la communication, véritable bête noire pour les enquêteurs de la police.

En effet, certaines entreprises comme Apple refusent de coopérer avec les autorités quant à donner accès aux données d’une cible dans le cadre d’une enquête. En effet, Apple a refusé de se plier à l'injonction du tribunal qui l'obligeait à aider le FBI à déverrouiller un iPhone dans le cadre de son enquête concernant l'attentat de San Bernadino. Dans une lettre, Apple a manifesté son mécontentement face à la décision de justice qui l'oblige à aider le FBI à avoir accès au fichier d'un de ses dispositifs. « Le gouvernement des États-Unis a demandé à Apple de prendre une mesure sans précédent qui va menacer la sécurité de nos clients. Nous nous opposons à cette injonction, qui a des implications qui vont bien au-delà du cas d'espèce ». Toute fois, le FBI a pu débloquer l'iPhone du terroriste de l'attaque de San Bernadino en ayant recours à des hackers professionnels.


Le projet de loi controversé a pu être adopté le jeudi lors de la dernière séance du parlement australien cette année sans amendements. Le parti travailliste de l’opposition avait tenté de modifier le projet de loi, mais cela aurait impliqué de poursuivre le débat l’année prochaine. Le parti a donc abandonné ses amendements à la dernière minute en espérant que le gouvernement de coalition apportera des modifications à la loi l'année prochaine, notamment en donnant une définition concrète du terme « faiblesse systémique » qui pourrait être interpréter diversement. Le chef de l'opposition, Bill Shorten, a déclaré que c'était parce qu'il ne voulait pas compromettre la sécurité des Australiens dans le contexte théorique d'un attentat terroriste pendant la pause estivale.

De nombreux pays à travers le monde fournissent d’énormes efforts pour contrecarrer le chiffrement de la communication. C’est le cas de la Grande Bretagne avec la loi britannique sur les pouvoirs d'investigation et des Etats-Unis avec les programmes de décryptage de la NSA. Ces deux pays font d’ailleurs partie des Five Eyes qui, pour lutter contre la montée du terrorisme, ont décidé qu’il fallait intensifier la pression sur les géants des télécommunications et de la technologie afin de faciliter l’accès au contenu déchiffré des messages chiffrés des personnes soupçonnées de terrorisme.

Cependant, selon Business Insider, la loi anti-chiffrement de l’Australie, qui va plus loin, pourrait créer un précédent terrifiant pour le reste du monde en mettant en grand danger le chiffrement numérique.

En effet, les géants mondiaux de la technologie tels que Apple, Facebook et Amazon qui ont déjà condamné la mesure anti-chiffrement australienne, invoquant des risques potentiels pour la sécurité numérique, craignent que le gouvernement contraigne les fournisseurs de communications à créer une « porte dérobée » afin de permettre aux enquêteurs d’obtenir des preuves chiffrées. Selon ces entreprises, cette pratique pourrait affaiblir la technologie de chiffrement et créer un dangereux précédent pour les gouvernements du monde entier.


Plusieurs acteurs et organisations du numérique abordent dans le même sens que les grandes entreprises du numérique.

« Toute tentative des agences d'interception, comme on les appelle dans le projet de loi, de créer des outils pour affaiblir le chiffrement représente un risque énorme pour notre sécurité numérique », a déclaré à Reuters en octobre, Lizzie O'Shea, porte-parole de l'Alliance pour un Internet sûr et sécurisé.

Le doute sur la loi est partagé par le Law Council of Australia. « Les lois à moitié modifiées sur l'accès au chiffrement adoptées au Sénat sont meilleures que celles d'origine, mais de sérieuses préoccupations subsistent », a déclaré le président du Law Council, Morry Bailes, à l'Australian Broadcasting Company .

Selon Suelette Dreyfus, chercheuse en cybersécurité et protection de la vie privée à l'Université de Melbourne, l'autorisation de tout accès à des données chiffrées pourrait alimenter des activités malveillantes. « Il y aura des criminels intelligents qui trouveront et utiliseront ces portes dérobées de toutes sortes de manières dangereuses », a-t-elle déclaré.

Les limites de la loi anti-chiffrement

La loi adoptée le jeudi par l’ensemble des législateurs n'impose pas techniquement de porte dérobée, cependant, les entreprises devraient aider la police à créer un logiciel capable de déchiffrer les données d'un utilisateur ciblé. Toute fois, selon ProtonMail, cette loi reste vague et confuse et pourrait être interpréter diversement.

L’Australian Computer Society, une association de professionnels de l'informatique, a décrit plusieurs problèmes potentiels qui pourraient nuire à la sécurité numérique des personnes et des organisations dans sa lettre au Parlement.

Premièrement, selon l’association, certaines entreprises ne possédant pas le savoir-faire technique nécessaire risque d’exposer accidentellement l'intégralité du système de la société et celui de la cible avec des logiciels malveillants. Deuxièmement, il va se poser, au niveau des entreprises, un problème de planification budgétaire pour des éventuels travaux de surveillance gouvernementaux. Un autre problème que soulève la loi est qu’il sera difficile de vérifier si les éléments de preuve tirés des dispositifs innocentent ou incriminent le suspect.

La loi anti-chiffrement pourrait affaiblir la sécurité

En effet, si les utilisateurs, avertis qu’ils pourraient recevoir des logiciels malveillants donnant l’accès à leur dispositif à la police en vertu de la loi, arrêtaient de télécharger toutes les mises à jour logicielles (y compris des mises à jour de sécurité) parce qu'ils avaient peur des logiciels espions gouvernementaux, cela pourrait créer des faiblesses systémiques.

Aussi, même si la loi Assistance et Accès se trouve limiter à la seule juridiction australienne, elle pourrait porter atteinte à la confiance mondiale dans tout fabricant de logiciels ayant une présence australienne, y compris Facebook, Google et Apple, susceptible d’aider le gouvernement à faire intrusion dans l’appareil d’un utilisateur à tout moment.

La sécurité peut aussi être davantage dégradée, non seulement, avec l’adoption par d’autres gouvernements de leur propre loi, vu la facilité avec laquelle l’Australie a pu adopter la sienne, mais également, par le fait que les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, membres du des Five Eyes, pourraient accéder à toutes les informations collectées par les espions australiens grâce à leurs nouveaux pouvoirs.

Cependant, la loi Assistance et Accès ne s’applique qu’aux entreprises sous la juridiction australienne. Par exemple, elle ne pourrait s’appliquer à ProtonMail, société suisse de messagerie web chiffrée de bout en bout, dont les centres de données sont situés uniquement en Suisse.

Source : ProtonMail, Business Insider

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Avatar de Fagus Fagus - Membre habitué https://www.developpez.com
le 11/12/2018 à 17:43
(Je vais me faire allumer par la communauté)
Si certaines entreprises australiennes donnent les clés privées des systèmes de communication, ce n'est peut être pas si grave pour la sécurité (je ne parle pas des libertés individuelles...), tant que le gouvernement ne perd pas les clés. J'ai cru comprendre que la CIA avait déjà obtenu des clés privées des compagnies... Au pire, ça permet juste l'espionnage industriel de masse sous couverture de protection des citoyens.

S'il s'agit d'implémenter des portes dérobées, c'est déjà plus glissant.

 
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