La Corée du Sud mettra au point un système de vote basé sur la blockchain le mois prochain
Pour accroître la sécurité des services de vote en ligne

Le , par Bill Fassinou, Chroniqueur Actualités
Comme vous le savez, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. Il existe des blockchains publiques, ouvertes à tous, et des blockchains privées, dont l’accès et l’utilisation sont limités à un certain nombre d’acteurs. Une blockchain publique peut donc être assimilée à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable.

L'intérêt des solutions de type Blockchain est multiple. Par exemple, dans le cas du bitcoin, la blockchain permet la validation de transactions sans qu'il soit nécessaire de passer par un tiers de confiance. En clair, l'ensemble des terminaux reliés au réseau vérifient simultanément et indépendamment la validité d'une opération, et dès lors que plus de la moitié des membres du réseau tombent d'accord sur le même résultat, la transaction est authentifiée. En septembre dernier, cette technologie a été implémentée dans un processus électoral, une première qui a eu lieu en Sierra Leone. Le pays s’est appuyé sur la solution blockchain développée par une société de technologie de vote basée en Suisse nommée Agora. C’est à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle que la Sierra Leone l’a utilisée pour vérifier en temps réel les résultats de votes.


La Corée du Sud compte bien emboîter le pas à la Sierra Leone. En effet, le ministère de la science et des TIC et la Commission électorale nationale (CEN) ont annoncé qu'ils développeront un système de vote en ligne basé sur la blockchain d'ici décembre dans le but d'accroître la fiabilité et la sécurité des services de vote en ligne. Le CEN a mis en place un système de vote en ligne, appelé K-voting, en 2013, qui a depuis été utilisé par 5,64 millions de personnes, mais la confiance dans le système de vote reste faible en raison des préoccupations de piratage et de fraude. Toutefois, le ministère tient à rassurer que la technologie empêche fondamentalement la falsification des résultats de vote. Il permet également aux candidats et aux observateurs d'élections d'avoir accès aux données enregistrées sur le système de blockchain, pour vérifier les résultats de leurs propres yeux.

Le ministère a également déclaré que le nouveau système appliquerait la technologie de la blockchain à chaque étape du vote en ligne, de l’authentification des électeurs à la vérification des résultats. « Nous espérons que le système de vote basé sur les chaînes de blocs améliorera la fiabilité du vote. Le ministère continuera d'appuyer l'application de la technologie de la blockchain pour une utilisation active dans les domaines où la fiabilité est essentielle. », a déclaré Kim Jeong-won, un responsable du ministère. Commission électorale nationale a aussi déclaré qu'elle s'efforcera d'améliorer les services de vote en intégrant les technologies de la quatrième révolution industrielle telles que l'intelligence artificielle, le big data et l'internet des objets.

Le vote se fera via les mobiles et les ordinateurs personnels. Les données seront sauvegardées sur un réseau distribué et tous les votants pourront voir les résultats du vote au fur et à mesure de leur progression. Le système sera utilisé dans les enquêtes menées par la Blockchain Society de l'Université nationale de Séoul et la Korea Internet & Security Agency, l'organisme de surveillance du contenu Internet du pays, à partir du mois prochain. la Commission électorale nationale décidera ensuite si le système peut être utilisé pour le vote en ligne après les essais.

La technologie blockchain est-elle vraiment adaptée pour voter pendant les élections ?

La National Academies Press, une agence agence américaine créée pour publier les rapports des académies nationales des sciences, a publié en septembre dernier un rapport de 156 pages intitulé « Sécuriser le vote : Protéger la démocratie américaine », qui a conclu que la technologie blockchain n’est pas suffisamment sûre pour être utilisé par le système électoral américain. « Bien que l'idée d'utiliser une blockchain comme une urne immuable puisse sembler prometteuse, la technologie de la blockchain ne résout guère les problèmes de sécurité fondamentaux des élections et les blockchains introduisent des vulnérabilités de sécurité supplémentaires », a indiqué le rapport. « En particulier, si un logiciel malveillant sur l’appareil d’un électeur modifie un vote avant qu’il atteigne une blockchain, l’immutabilité de la blockchain ne permet pas d’obtenir l’intégrité souhaitée, et l’électeur peut ne jamais être au courant de cette modification ».

Ils rappellent que la blockchain est décentralisée alors que les élections sont par nature centralisées. Bien que la blockchain puisse être efficace pour des applications décentralisées, les élections publiques sont centralisées (elles requièrent que les administrateurs définissent le contenu des bulletins de vote, identifient la liste des voteurs éligibles et établissent la durée de l’exercice de vote). Ce sont ces administrateurs qui sont responsables de gérer les problèmes relatifs aux bulletins de vote, gérer la tabulation des votes et proclamer les résultats. « Le vote sécurisé nécessite que ces opérations soient effectuées de manière vérifiable et non qu’elles soient effectuées de manière décentralisées ».

Les experts voient également un autre point d’attaque. Par exemple les « mineurs » ou « stakeholder » blockchain (ceux qui ajoutent des éléments à la blockchain) ont un contrôle discrétionnaire sur les éléments qui sont ajoutés. Les mineurs / stakeholder pourraient comploter pour supprimer les votes de certaines populations ou régions. De plus, les protocoles blockchain apportent des résultats issus du consensus des mineurs/stakeholder. Ce consensus pourrait ne pas représenter le consensus du public votant.

Source : The Korea Times

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