Voter via son smartphone : le pari audacieux d'une société américaine qui a lancé une phase pilote
Avec des troupes déployées à l'étranger

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Il y a près d'un an, le département de la Sécurité intérieure des États-Unis avait diffusé une information selon laquelle des systèmes électoraux avaient été pris pour cible par des hackers liés à la Russie. Jeanette Manfra, responsable de la cybersécurité au ministère de la Sécurité intérieure, a confirmé ces attaques : « Nous avons assisté à un ciblage de 21 États et les hackers ont pu s’infiltrer dans un nombre exceptionnellement faible d’entre eux », a-t-elle déclaré à NBC News en février. Pire encore, les experts ont averti que les tentatives d'ingérence de la Russie ne se sont pas arrêtées en 2016. « Ils sont toujours très actifs - du moins, se préparent à influencer à nouveau l'opinion publique », a déclaré Feike Hacquebord, chercheur en sécurité chez Trend Micro, à l'Associated Press en janvier.

Viens alors Voatz, une plateforme dont l’éditeur porte le même nom et qui propose à ceux qui le souhaitent de voter depuis leurs téléphones portables. Aux États-Unis, lors des dernières élections de mi-mandat, les ressortissants de la Virginie-Occidentale ont été les premiers à pouvoir voter via une application pour smartphone utilisant la technologie Voatz. CNN en avait fait l’annonce en août. Il faut préciser que, dans un premier temps, cette possibilité a été réservée aux troupes déployées à l’étranger et qui sont originaires de cet État.


Pour rappel, les élections de mi-mandat sont des élections des deux chambres du Congrès des États-Unis qui se tiennent au milieu du mandat quadriennal du président américain d'où leur nom. Elles interviennent, comme toutes les élections fédérales, le mardi suivant le premier lundi de novembre (Election Day). Ainsi les avant-dernières élections de mi-mandat ont eu lieu le 4 novembre 2014 et les dernières ont eu lieu le 6 novembre 2018.

La société basée à Boston a collecté 2,2 millions de dollars plus tôt cette année, aidée par des mots à la mode tels que « biométrie » et « blockchain », qui, selon elle, lui permettent de sécuriser le processus de vote. Son application obligerait les électeurs à prendre et à télécharger une photo de leur carte d’identité émise par le gouvernement, ainsi qu'une vidéo de type selfie de leur visage, que la technologie de reconnaissance faciale utilise ensuite pour garantir que la personne représentée dans la photo et la personne inscrivant un vote sont les mêmes. Les bulletins de vote sont anonymisés et enregistrés sur la blockchain.

Les experts en sécurité, pour le moins qu'on puisse dire, ne sont pas impressionnés. En août, l’architecte en sécurité Kevin Beaumont a tweeté un fil de discussion qui critiquait l’application pour ses failles, notamment un service de chiffrement et d’authentification obsolète des données. « Cela va se retourner contre nous », a-t-il prévenu. « Les États-Unis ont besoin d'une forme de processus de validation pour le vote en ligne lors des élections ».


Joseph Lorenzo Hall, technologiste en chef du Center for Democracy & Technology, a qualifié Voatz de « mauvaise idée », notamment en raison du risque de désanonymisation des votes à l'avenir. « Imaginez si vous êtes un militaire en uniforme affecté à l’étranger, ravi de pouvoir voter, par exemple, lors du scrutin primaire en Virginie-Occidentale, où il est prévu d’utiliser un système de vote à distance par blockchain. . . Ensuite, imaginez qu’en 20 ans, tout le contenu de votre bulletin de vote soit déchiffrable et accessible au public », a-t-il déclaré. « Ce n'est pas quelque chose qui devrait être permis aux technologies de pointe sans enquête ni interrogation sérieuse et approfondie ».

Le risque de violation de la sécurité va également au-delà de la technologie de Voatz, jusqu'aux ordinateurs et dispositifs mobiles non sécurisés utilisés au quotidien par des Américains, a déclaré la présidente de Verified Voting, Marian Schneider, à CNN,. Et le recours à un format électronique, à la place d'une trace papier traditionnelle, signifie que « des changements indétectables . . . pourrait se produire en transit ».


Mais Voatz s’est défendu de toutes ces allégations. « La plupart des commentaires sur le sujet dans le fil de Beaumont sont incorrects ou sont de fausses déclarations », a déclaré un porte-parole, qualifiant la critique de « fausse propagande ». Le site Web de Voatz est « testé quotidiennement », a-t-il assuré, évoquant un échantillon des tests de sécurité de Voatz. « L'auteur du message a utilisé d'anciennes images d'un site de test vieux de plus de deux ans pour propager de fausses rumeurs affirmant que notre site était médiocre sur le plan de la sécurité ». Dans son fil de discussion, Beaumont a souligné que l'un des anciens employés de Voatz, qui a travaillé pour la société en 2015, avait déjà travaillé en Russie, ce qui, a-t-il déclaré, était une tentative de mettre en évidence les faiblesses de l'embauche de Russes étant donné le « climat de sécurité électorale américaine ». Voatz a qualifié de fausse cette déclaration. « Il essaie de scandaliser et de châtier un étudiant de Harvard originaire d'une certaine partie du monde qui a fait un stage chez nous en 2015 », a déclaré le porte-parole. « Nous sommes tristes de voir un discours public aussi négatif ».


En attendant, à l’issu des Midterms 2018, les démocrates ont conquis la Chambre des représentants - qui était jusque-là aux mains des conservateurs - et les républicains ont conservé la majorité au Sénat.

Pour Donald Trump et les Républicains, il s'agit d'une défaite : compte tenu de la carte électorale et des sièges à renouveler (majoritairement de démocrates sortants), il était très improbable que les conservateurs perdent le Sénat. Ils ont en revanche perdu une chambre législative et devront trouver des compromis sur les questions budgétaires. Le président revendique pourtant un "immense succès" et s'est auto-congratulé dans plusieurs messages parlant de sa « magie » et de son « rôle » majeur pour les conservateurs.

Sources : Politico, CNN, Kevin Baumont

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Voir aussi :

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DEFCON 2018 : une machine à voter actuellement utilisée dans 23 États est susceptible d'être piratée à distance via une attaque réseau
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Avatar de AndMax AndMax - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 08/11/2018 à 12:36
Pour tout ce qui est vote électronique, ça suppose forcément une absence de vrai contrôle démocratique... donc cela ne devrait s'utiliser qu'à la marge (procurations, ressortissants à l'étranger, etc...).
Avatar de Ryu2000 Ryu2000 - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 08/11/2018 à 13:10
Citation Envoyé par AndMax Voir le message
Pour tout ce qui est vote électronique, ça suppose forcément une absence de vrai contrôle démocratique...
Ouais, mais même physiquement il y a moyen de faire du bourrage d'urne, ça c'est vu il n'y a pas si longtemps en France...
Manuel Valls : pourquoi son élection est validée, malgré 66 "irrégularités"
C'est la jurisprudence du Conseil constitutionnel en la matière : les Sages regardent si les irrégularités ont pu "fausser les résultats". Ici, la marge est de 139 voix, alors que les irrégularités sont de 66. "Ces suffrages irréguliers restant en nombre inférieur à l'écart de voix entre les deux candidats du second tour, cette irrégularité ne saurait conduire à l'annulation des opérations électorales", conclut le Conseil.
Avatar de joublie joublie - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 08/11/2018 à 14:08
Admettre le vote électronique est une folie, à moins d'avoir comme but inavoué de pouvoir truquer des élections ou d'en faire annuler si un résultat est défavorable (" piratage ! ").
Quant au bourrage d'urne, il existe effectivement, c'est pourquoi il faut des observateurs présents dans tous les bureaux de vote.
Enfin, parler de " sages " comme la fait la presse à propos de clowns du conseil constitutionnel, c'est grotesque depuis longtemps (cf. les comptes de campagne en 1995, avec Chirac, Balladur et Cheminade).
Avatar de Steinvikel Steinvikel - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 08/11/2018 à 22:58
J'ajouterais à cela :
que ce soit par une application mobile, PC, à travers un isoloir/urne électronique... lorsqu'une enquête de trucage /piratage est effectué, la seule chose qu'elle est en capacité de juger c'est... "le matériel que nous avons présentement entre les mains, contenant le logiciel présentement étudié... revêt /ne_revêt_pas de fraude".
On remarquera l'incapacité technique de juger sur le "passé".
La fiabilité d'un système électronique est basé sur la confiance que l'on place en :
- aux développeurs /code /la_technologie (de manière intrinsèque)
- aux constructeurs /concepteurs /intégrateurs
- aux installateurs /mainteneurs
- aux gérants/superviseurs

Dans un système de vote manuel, aucun de ces éléments de confiance n’intervient (ces éléments sont soit absent soit directement vérifiables)... et il y a pourtant des fraudes et des erreurs. Tandis que dans un système électronique ces éléments viennent tout simplement s’additionner au système. Alors rajouter toutes ses failles potentielles semble plus proche du traquenard que de la déraison.

 
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