Australie : refuser de déverrouiller son smartphone pourrait bientôt être sanctionné de 10 ans de prison
Dans le cadre d'une enquête

Le , par Christian Olivier, Chroniqueur Actualités
Le gouvernement australien a récemment fait part de sa ferme résolution de remédier à l’impact négatif « des communications et des dispositifs chiffrés sur la sécurité nationale et les investigations des forces de l’ordre ». Pour ce faire, il envisage de mettre en place des mesures parfois mal définies qui permettraient de mieux encadrer les activités des entreprises d’internet et aux autorités locales d’avoir accès aux appareils numériques, aux réseaux et aux données que contiennent ces derniers lorsque des éléments raisonnables justifiant ces démarches existent.

Soulignant l’importance de s’assurer que la législation en vigueur s’adapte à l’évolution rapide de la cybercriminalité et des technologies liées à la sécurisation des communications en ligne, Canberra a présenté un projet de loi intitulé « Assistance and Access Bill » censé refléter cette volonté et qui par la même occasion lui éviterait de recourir aux portes dérobées.


L’Assistance and Access Bill adopte une approche à plusieurs volets pour aider les autorités à accéder aux données d’un suspect. Il introduit notamment de nouvelles règles s’appliquant « aux fournisseurs de services de communication ». Ce terme générique inclurait les opérateurs de télécommunication, les éditeurs d’applications et les fournisseurs d’appareils ayant « un lien avec l’Australie ».

S’il est adopté, ce texte permettra aux autorités, qui estiment que les sanctions en vigueur ne sont pas suffisamment dissuasives, de condamner plus sévèrement les individus refusant de déverrouiller leurs smartphones pour besoin d’enquête. Ces personnes s’exposeraient à terme à des peines d’emprisonnement de 10 ans maximum, contre deux ans actuellement. Du côté des entreprises, les contrevenants risquent des amendes pouvant atteindre 10 millions de dollars australiens.

Ce projet de loi propose de donner au gouvernement les moyens de contraindre les entreprises de la Tech à collaborer plus étroitement avec les autorités compétentes dans le cadre d'une affaire judiciaire, grâce à deux types d’ordonnances gouvernementales. Elles les forceraient notamment à divulguer aux autorités les communications en ligne des criminels présumés et à aider les autorités à récupérer les informations d’un suspect.

Le premier prendrait la forme d’un « avis d’assistance technique » qui obligera les entités concernées à remettre aux autorités compétentes les clés de chiffrement qu’elles détiennent (services proposant le chiffrement de bout en bout à ses utilisateurs, par exemple).

Le second prendrait la forme d’un « avis de capacité technique » qui sera davantage utilisé lorsque le suspect stocke lui-même les clés de chiffrement utiles pour les besoins d’enquête. Cette ordonnance obligera les fournisseurs de service de communication à prendre, dans la mesure du possible, toutes les dispositions nécessaires afin d’aider les autorités compétentes à accéder aux informations d’une cible.


En gros, le gouvernement australien demandera aux entreprises concernées si elles peuvent accéder aux données d’une cible dans le cadre d’une enquête. Si elles n’en sont pas capables, il émettra alors un second ordre pour les forcer à trouver un moyen « raisonnable, proportionné et techniquement réalisable » lui permettant d'arriver à ses fins. La mise en œuvre de ces solutions inclurait la suppression d’une ou plusieurs protections électroniques utilisées par un fournisseur, la fourniture des spécifications détaillées d’un appareil ou d’un service ou encore le déploiement d’un logiciel gouvernemental.

Le gouvernement australien exclurait toutefois de son panel de solutions d’assistance la création de faiblesses intégrées au produit d’une entreprise (cas des portes dérobées). Il n’autorise pas non plus la mise en œuvre de ces mesures sans la délivrance préalable d’un mandat adéquat.

Grâce à l’Assistance and Access Bill, Canberra pourrait même instaurer un nouveau type de mandat autorisant la police à récolter en secret des preuves avant qu’elles ne soient chiffrées. Pour ce faire, les forces de l’ordre pourraient par exemple intercepter les communications ou utiliser des dispositifs pour accéder à distance aux données recherchées.

Source : Sophos

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Des mesures similaires devraient-elles être adoptées en France ou plus largement en Europe, d'après vous ?

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Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 20/08/2018 à 14:50
Citation Envoyé par Christian Olivier Voir le message
Qu’en pensez-vous ?
Des mesures similaires devraient-elles être adoptées en France ou plus largement en Europe, d'après vous ?
Si cela est fait sous contrôle d'un juge, cela n'a rien de choquant.
Ce n'est qu'un prolongement des commissions rogatoires pour la fouille d'un logement, d'un coffre fort ou d'un compte bancaire.
Avatar de onilink_ onilink_ - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 20/08/2018 à 15:24
Le gouvernement australien exclurait toutefois de son panel de solutions d’assistance la création de faiblesses intégrées au produit d’une entreprise (cas des portes dérobées). Il n’autorise pas non plus la mise en œuvre de ces mesures sans la délivrance préalable d’un mandat adéquat.
Ils ont donc renoncé à imposer des portes dérobées?

Cf: https://www.developpez.com/actu/2187...communication/
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 25/09/2018 à 18:04
Le projet australien de loi visant à contraindre les télécoms à installer des spyware sur les téléphones,
pourrait "nuire gravement" à la cybersécurité du pays

Tenter de contraindre les entreprises de télécommunications australiennes à installer des logiciels espions sur les téléphones des clients dans le cadre de nouveaux plans de sécurité pourrait « nuire gravement » à la cybersécurité du pays, a averti l’industrie.

« Les agences pourraient obliger un fabricant d'appareils à précharger (puis dissimuler) des logiciels de pistage ou de capture d'écran (logiciels espions) sur des combinés commerciaux pouvant être activés à distance », ont déclaré dans une communication conjointe la Communications Alliance (l'organe de représentation de Telstra, Optus et de fabricants d’appareils tels que Nokia et Huawei), l’Australian Information Industry Association et l’Australian Mobile Telecommunications Association.

« Le manque de clarté et de détail soulève des préoccupations importantes quant à l'intention, à la mise en œuvre effective et, en fin de compte, à la portée législative ».

Le ministre de l'Intérieur, Peter Dutton, cherche à obtenir de nouveaux pouvoirs au nom des agences de sécurité australiennes en réponse à l'utilisation croissante du chiffrement par les criminels : « Les syndicats criminels et les terroristes abusent de plus en plus de ces technologies », a déclaré Dutton dans un discours la semaine dernière tenu devant le Parlement sur The Assistance and Access Bill 2018.

« Le projet de loi prévoit des pouvoirs supplémentaires pour les forces de l’ordre en matière d'accès informatique ouvert et caché. L'accès aux ordinateurs implique l'utilisation de logiciels pour collecter des informations directement à partir de dispositifs », a-t-il déclaré.

L'industrie de la technologie s’est montré unanime en s’opposant au projet de loi, malgré les assurances de Dutton, selon lesquelles la législation ne va pas « affaiblir le chiffrement et ne va pas introduire des portes dérobées au sein des dispositifs chiffrés ». .


Ministre de l'intérieur Peter Dutton.

« Il s’agit d’une énorme expansion de la gamme d’entités, en Australie et à l’étranger, qui peuvent être amenées à fournir une assistance de tous types, y compris la création de nouvelles capacités pour permettre aux organismes de contrôle de contourner le chiffrement », a déclaré John Stanton. Il a assuré que le scénario des logiciels espions pourrait impliquer d'obliger les fournisseurs de télécommunications locaux à installer ce logiciel sur les téléphones mobiles des clients.

Le Digital Industry Group, l’organe représentatif des géants de la technologie tels que Facebook, Amazon, Google et Twitter, a avancé que ces « vulnérabilités de sécurité, même si elles sont conçues pour lutter contre la criminalité, nous exposent à des attaques de criminels ».

Même l’Internet Architecture Board (IAB), l’organe qui supervise le fonctionnement technique du réseau, a pris l’initiative inhabituelle de commenter le projet de loi : « Bien que nous ne révisions normalement pas la législation proposée, nous sommes préoccupés par le fait que cette proposition pourrait avoir un impact grave et indésirable sur Internet », a indiqué le communiqué. Si cela se traduit par une législation similaire dans d'autres pays, « cela pourrait entraîner la fragmentation de l'Internet », a déclaré l'IAB.

Un porte-parole du gouvernement a insisté sur le fait que le projet de loi comportait de « solides garanties » afin de s’assurer que toute aide demandée à l'industrie était « raisonnable et proportionnée » et ne menacerait pas la sécurité des systèmes de communication.

Les travaillistes ont critiqué ce qu'ils prétendent être une hâte injustifiée d'adopter le projet de loi étant donné qu’il n’a été déposé au Parlement que 10 jours après la clôture de la consultation publique du projet : « Les propositions visant à fournir aux agences de sécurité les pouvoirs nécessaires pour contourner le chiffrement et accéder aux communications personnelles doivent faire l'objet d'une consultation solide et réfléchie », ont déclaré les députés travaillistes Mark Dreyfus, Michelle Rowlands et Ed Husic.

Le gouvernement australien n'est pas le seul à chercher un moyen de « vaincre » la barrière du chiffrement, mettant en avant le fait que les criminels et les terroristes s’en servent pour leurs communications. Cependant, à chaque fois qu’une telle législation était proposée, les grandes enseignes de la technologie n’ont pas hésité à faire comprendre que cela ferait plus de mal que de bien.

L'année dernière, Apple a refusé une demande du FBI pour déverrouiller le téléphone d'un tireur de masse au Texas. En mai, tous les géants de la technologie, dont Apple, Facebook, Google et Microsoft, ont critiqué les propositions qui donneraient aux autorités chargées de l’application de la loi d’accéder à des dispositifs verrouillés et cryptés.

« Affaiblir la sécurité et la confidentialité que le cryptage contribue à fournir n’est pas la solution », ont déclaré en mai dernier dans un communiqué commun Apple, Facebook, Microsoft, Google, Dropbox, Twitter, Oath.

Source : SMH

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Avatar de nchal nchal - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 25/09/2018 à 18:20
Tin mais c'est plus Alzheimer, c'est clairement de la mauvaise volonté...
Quand on vous dit que les spywares et les portes dérobées, c'est pas la bonne solution, pas la peine de revenir avec cette idée tous les 6 mois... C'est pas vrai ça
Avatar de JeanBond JeanBond - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 25/09/2018 à 18:50
Le Digital Industry Group, l’organe représentatif des géants de la technologie tels que Facebook, Amazon, Google et Twitter, a avancé que ces « vulnérabilités de sécurité, même si elles sont conçues pour lutter contre la criminalité, nous exposent à des attaques de criminels ».
Pour une fois que je suis d'accord avec les GAFA.
Avatar de Hervé Autret Hervé Autret - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 26/09/2018 à 12:10
C'est un peu comme si on nous obligeait à nous promener avec le porte-monnaie ouvert dans la rue, histoire que la police puisse vérifier d'un coup d'oeil s'il s'agit d'argent propre ou sale...

Il paraît que si on est honnête on n'a rien à cacher, mais ça dépend à qui ; la police va pouvoir regarder avec les yeux certes, mais d'autres seront tentés d'y mettre la patte.
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 14/10/2018 à 12:04
Apple à l'Australie: « Ce n'est pas le moment d'affaiblir le chiffrement »,
l'entreprise fait valoir que ce projet de loi n'est pas la meilleure solution

Apple a officiellement fait opposition au nouveau projet de loi proposé par le gouvernement australien qui, selon les critiques, va contribuer à affaiblir le chiffrement.

En effet, tenter de contraindre les entreprises de télécommunications australiennes à installer des logiciels espions sur les téléphones des clients dans le cadre de nouveaux plans de sécurité pourrait « nuire gravement » à la cybersécurité du pays, a averti l’industrie.

« Les agences pourraient obliger un fabricant d'appareils à précharger (puis dissimuler) des logiciels de pistage ou de capture d'écran (logiciels espions) sur des combinés commerciaux pouvant être activés à distance », ont déclaré dans une communication conjointe la Communications Alliance (l'organe de représentation de Telstra, Optus et de fabricants d’appareils tels que Nokia et Huawei), l’Australian Information Industry Association et l’Australian Mobile Telecommunications Association.

« Le manque de clarté et de détail soulève des préoccupations importantes quant à l'intention, à la mise en œuvre effective et, en fin de compte, à la portée législative ».

Le ministre de l'Intérieur, Peter Dutton, cherche à obtenir de nouveaux pouvoirs au nom des agences de sécurité australiennes en réponse à l'utilisation croissante du chiffrement par les criminels : « Les syndicats criminels et les terroristes abusent de plus en plus de ces technologies », a déclaré Dutton dans un discours la semaine dernière tenu devant le Parlement sur The Assistance and Access Bill 2018.

« Le projet de loi prévoit des pouvoirs supplémentaires pour les forces de l’ordre en matière d'accès informatique ouvert et caché. L'accès aux ordinateurs implique l'utilisation de logiciels pour collecter des informations directement à partir de dispositifs », a-t-il déclaré.

L'industrie de la technologie s’est montré unanime en s’opposant au projet de loi, malgré les assurances de Dutton, selon lesquelles la législation ne va pas « affaiblir le chiffrement et ne va pas introduire des portes dérobées au sein des dispositifs chiffrés ».

Dans sa lettre, Apple a fait valoir que :

« Nous coopérons depuis longtemps avec le gouvernement australien sur des questions critiques et nous remercions le Parlement de nous avoir permis de partager notre point de vue sur ce sujet.

« Nous prenons extrêmement au sérieux le rôle de la technologie en général - et le rôle de Apple en particulier - dans la protection de la sécurité nationale et la vie des citoyens. Même si nous nous efforçons de livrer des expériences agréables aux utilisateurs d'iPhone, d'iPad et de Mac, notre équipe travaille sans relâche pour garder une longueur d'avance sur les agresseurs criminels qui cherchent à extraire des informations personnelles et même à s'approprier des appareils pour des agressions plus vastes qui nous mettent tous en danger. Ces menaces ne font que devenir plus sérieuses et sophistiquées avec le temps.


« C'est précisément à cause de ces menaces que nous supportons un chiffrement fort. Tous les jours, plus d’un billion de transactions se produisent en toute sécurité sur Internet comme une résultante des communications chiffrées. Celles-ci vont des opérations bancaires en ligne par carte de crédit aux échanges de dossiers médicaux, en passant par des photos d'un nouveau petit-enfant aux messages échangé entre proches. Les menaces sur ces communications et données sont très réel et de plus en plus sophistiquées ».

Une menace de violation de données

Apple indique que :

« Selon la base de données Notifiable Data Breaches du gouvernement australien, il y a eu au moins 2,5 violations de données par jour au cours du dernier trimestre de reporting - et il s’agit simplement de violations qui ont été identifiées et signalées. Ces attaques ont non seulement exploité les informations personnelles des utilisateurs, elles ont également ciblé des infrastructures critiques. L'année dernière, par exemple, le tristement célèbre NotPetya a rendu inutilisables des dizaines de milliers d'ordinateurs dans des multinationales et des hôpitaux. L’Australie a été durement touchée - elle a effectivement mis fin à l’activité de fabrication de Cadbury et a touché d’autres entreprises. Les appareils que vous transportez contiennent non seulement des courriels personnels, des informations sur la santé et des photos, mais sont également des conduits vers des sociétés, des infrastructures et d'autres services essentiels. Les infrastructures vitales, telles que les réseaux électriques et les centres de transport, deviennent plus vulnérables lorsque des appareils individuels sont piratés. Les criminels et les terroristes qui souhaitent infiltrer des systèmes et perturber des réseaux sensibles peuvent lancer leurs attaques en accédant au smartphone d’une seule personne.

« Face à ces menaces, le moment n'est pas venu d'affaiblir le chiffrement. Il y a fort à parier que cela va faciliter les opérations des criminels, au lieu de les compliquer. Renforcer le chiffrement - plutôt que l’affaiblir - est le meilleur moyen de se protéger contre ces menaces ».

Apple s’est directement attaqué à la problématique que les autorités américaines ont soulevé, notamment le chiffrement fort rend beaucoup trop difficile le travail des forces de l’ordre qui ont de la peine à accéder aux dispositifs de suspects au cours de leurs enquêtes.

Il faut aussi noter que le ministère américain de la Justice et le FBI ont réclamé en vain quelque chose de similaire pendant des décennies - aucune loi spécifique n'a été présentée aux États-Unis depuis l'échec de la proposition « Clipper Chip » sous l'administration Clinton. Cependant, les hauts responsables du DOJ et du FBI, sous les administrations Obama et Trump, ont continué à faire pression sur cette question.

« Certains suggèrent que des exceptions peuvent être faites et que l'accès aux données chiffrées pourrait être créé uniquement pour les personnes assermentées qui défendent le bien public », a poursuivi Apple. « C’est une fausse prémisse. Le chiffrement est simplement mathématique. Tout processus qui affaiblirait les modèles mathématiques protégeant les données des utilisateurs pour tout le monde affaiblirait par là-même occasion les protections offertes à tous. Ce serait une erreur d’affaiblir la sécurité de millions d’individus respectueux des lois pour pouvoir enquêter sur les rares personnes qui constituent une menace ».

Source : Apple

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Avatar de marsupial marsupial - Membre émérite https://www.developpez.com
le 15/10/2018 à 18:09
Et je pense que ce ne sera jamais le moment...
Avatar de pascaldm pascaldm - Membre habitué https://www.developpez.com
le 19/10/2018 à 16:49
Depuis longtemps en France comme ailleurs, la justice ou les service de sécurité peuvent pratiquer des interceptions sur les communications téléphoniques.

Les opérateurs sont contraints de se doter d'une "interception légale" selon l'article R 226-3 du code pénal. C'est spécifié par l'ETSI et les équipementiers de téléphonie (fixe, mobile et VoIP) implémentent ces interfaces qui sont obligatoires pour les opérateurs Télécoms. Les écoutes sont mis à disposition du PNIJ (Plate-forme Nationale d’Interceptions Judiciaires) opéré par Thalès.

Pour la data, l'accès Internet, les solutions sont plus complexes et requièrent une copie du trafic qui peut être chiffré.

Depuis la loi renseignement (et même un peu avant), afin de contourner le chiffrement, le législateur permet aux services de l'Etat de pénétrer dans un système suspect (ordi, téléphone) pour réaliser des interceptions de données (je n'ai pas retrouvé l'article de loi). Cela peut être fait avec un logiciel espion appelé "mouchard" par la profession. Cet implant logiciel, comme un malware avancé, donne accès à tout ce qui est tapé au clavier (keylogger), affiché à l'écran, stocké sur le disque ou envoyé sur le réseau, avant tout chiffrement.

En conséquence, il ne s'agit plus comme cela avait été annoncé par l'ancien 1er ministre de fragiliser un crypto-système en y introduisant une trappe, mais plutôt d'une "APT" ciblée sur les équipements d'une personne. Pour cela, l'Etat s'appuie sur des sociétés privées spécialisées dans le développement de "mouchards", s'installant via des zéro days ou tout autre moyens adéquats, comme les fameux outils de la NSA et de la CIA ayant fuités. Ces logiciels espions doivent évoluer en permanence, surtout pour les vulnérabilités qui sont patchées au fil des découvertes et ces mouchards ne doivent pas tomber entre des mains malveillantes ou indiscrètes (ce qui arrivera tôt ou tard). Par contre, il ne s'agit pas de déployer des backdoors massivement car ce n'est pas l'objet et cela exposerait inutilement ces implants.

Je ne sais pas ce que prévoit l'Australie, mais aux dires de l'article, on n'y parle pas de backdoor dans les implémentations cryptographiques mais pour les contourner et il n'y est pas question d'un déploiement général. En tant que professionnel en cryptographie appliqué, ces positions sont conformes aux attentes. Les alertes adressées au gouvernement français en 2016 visaient à l'abandon de trappes dans les cryptosystèmes ou les applications les utilisant. Qu'il existe des moyens d'interception légale paraît tout à fait normal. Par contre, l'organisation de l'autorisation et du contrôle par le CNCTR dans le cas des écoutes administratives (non judiciaire) semble encore trop laxiste et dangereux pour la démocratie. Ici, il y a encore un combat à mener.

Je n'ai pas parlé des fameuses boîtes noires de la LPM parce que ce sujet est classifié "Secret Défense". Les informations sont donc rares même si quelques éléments ont fuités dans la presse au sujet des "sondes souveraines". Ces équipements implantés chez les opérateurs et hébergeurs sont raccordés à des réseaux de l'Etat afin de les traiter. Cependant, pour être en mesure de traiter de tels trafics extrêmement volumineux il faut des moyens. Ici, la "légende urbaine" raconte que ces trafics ne seraient pas traités faute de budget et surtout parce que les trafics les plus intéressants sont majoritairement chiffrés (mail, blogs, forum, VoiP e2e,...). Comme il s'agit d'écoute passive, il est impossible de pratiquer du MiTM pour recouvrer le clair, surtout avec une telle volumétrie. Par contre, avec un trafic spécifique et filtré...

Les sondes de captures sont financées par les opérateurs et hébergeurs, tandis que les équipements de collecte et de traitement sont du ressort de l'Etat. C'est notamment dans ce contexte et celui des captures de trafic sur les liens intercontinentaux (atlantique et méditerranée) que les trappes dans les protocoles cryptographiques intéressent les gouvernements. Et les boites noires sont des équipements en cœur ou périphérie de grands réseaux, qui captent indistinctement tout trafic. Il s'agit bien là d'une interception massive potentielle qui est de surcroît incontrôlable en l'état (sans jeu de mots).
Avatar de Jonathan Jonathan - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 05/12/2018 à 14:18
Le projet de loi anti-chiffrement australien sera bientôt adopté
Malgré certaines protestations des militants de la défense de la vie privée

Les entreprises de technologie s’efforcent d’assurer la sécurité et la confidentialité des données des utilisateurs en chiffrant les communications de ces derniers. En même temps, le renforcement de la protection veut dire que des criminels et potentiellement des terroristes sont eux aussi protégés, ce qui complique la tâche des enquêteurs. D’ailleurs le directeur du FBI Christopher Wray a lui aussi remis en cause en début d’année, l’implémentation de méthodes de chiffrement impossibles à outrepasser, en estimant que cela complique la tâche aux enquêteurs qui n’arrivent pas à accéder aux données présentes dans des milliers d’appareils.

C’est donc dans cet objectif sécuritaire que les principaux partis politiques australiens ont passé un accord en vue de l'adoption de lois controversées et radicales accordant aux autorités le pouvoir juridique d'accéder aux communications chiffrées. Cette décision a provoqué les réactions des entreprises technologiques qui craignent que cette loi porte atteinte à la sécurité des données de leurs clients, car d’après elles il n'est techniquement pas possible de créer une porte dérobée à laquelle seules les autorités gouvernementales pourraient accéder. Dans son rapport au Parlement, le Digital Industry Group australien, qui représente des sociétés telles que Twitter et Amazon, a déclaré que la loi les obligerait à créer des vulnérabilités dans leurs systèmes, lesquelles pourraient être exploitées par des pirates informatiques.


Le gouvernement de coalition libéral-national et le parti travailliste de l'opposition ont conclu un accord en vue de l'adoption de la loi, celle-ci devrait être adoptée par le Parlement australien d’ici la fin de la séance hebdomadaire prévue jeudi. Malgré les protestations des militants de la défense de la vie privée et d'autres grandes entreprises, le gouvernement a bien laissé comprendre aux entreprises qu'elles pourraient encourir des amendes de plusieurs millions de dollars si elles ne se conformaient pas à cette loi.

Le procureur général de Shadow, Mark Dreyfus a déclaré ceci : « ce projet de loi est loin d'être parfait et il restera probablement d'importantes questions en suspens, mais ce compromis donnera aux agences de sécurité et de mise en application les pouvoirs dont elles disent avoir besoin pendant la période de Noël. »

Avec cette nouvelle loi et l’incapacité technique des entreprises à créer une porte dérobée à laquelle seules les autorités gouvernementales pourraient accéder, les entreprises hésitent donc entre l’application de la loi au risque de laisser la porte ouverte aux pirates et le non-respect de la loi en s’exposant aux lourdes sanctions financières.

Sources : Sky News

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