Inégalités de genre dans la tech : c'est une erreur de vouloir à tout prix embaucher plus de femmes
Explique une ancienne Lead Tech de Google

Le , par Michael Guilloux

80PARTAGES

22  1 
Après le mémo sur la diversité de James Damore, la directrice générale de YouTube Susan Wojcicki a décidé de réagir, en tant que femme travaillant chez Google. Elle a affirmé que le sexisme est omniprésent dans la tech et que la question de savoir si les femmes sont faites pour ce domaine a beaucoup pesé sur sa carrière dans la tech. Susan Wojcicki a révélé que ses capacités et son engagement envers son travail ont été mis en doute à plusieurs reprises. Elle dit également avoir été mise à l'écart dans des événements clés de l'industrie et des rassemblements sociaux. « J'ai eu des rencontres avec des leaders externes où ils s'adressaient principalement aux collègues masculins les plus juniors. On m'a souvent coupé la parole et mes idées ont été ignorées jusqu'à ce qu'elles soient reformulées par des hommes », a-t-elle expliqué.

Une autre femme qui est également familière à l’environnement de travail de Google a décidé de s’inviter dans ce débat sur la diversité de genre dans la tech. Vidya Narayanan est cofondatrice d'une startup, mais est passée par des grandes entreprises de la tech comme Qualcomm et Google. Chez Google, où elle était juste avant d'aller créer sa startup, Vidya Narayanan était Lead Tech. Elle a donc dirigé des projets d'ingénierie à la tête d'équipes de 20-30 hommes, des ingénieurs notamment. Contrairement à la directrice générale de YouTube, Vidya s’est attaquée à l’approche qu’ont les gens de la diversité, en expliquant que cela la « rend malade ».


Vidya Narayanan

L’inégalité de genre dans la technologie s’explique et n’est pas forcément le résultat de sexisme ou d’une forme de discrimination quelconque

Pour Vidya Narayanan, essayer de recruter plus de femmes dans la tech pour corriger les problèmes d’inégalités ne peut qu’empirer la situation. Pour expliquer cela, elle partage trois expériences différentes qu’elle a vécues. La première était chez Google. « Au cours des recrutements que j'ai faits chez Google, 97 % des personnes que j'ai embauchées étaient des hommes », dit-elle. Et de préciser : « Ce n'est pas comme si je n'essayais pas d'embaucher des femmes. Mais j'avais affaire à des candidats dont 90 % étaient des hommes ». Vidya explique donc qu’avec un tel pourcentage de candidats masculins, il n’y avait aucun moyen qu’elle puisse embaucher un pourcentage de femmes plus important que ce qu’elle a fait.

Elle a ensuite quitté Google pour créer sa startup. Là encore, elle a voulu embaucher plus de femmes dans son équipe de technologie, mais l’expérience n’a été qu’un échec. « En tant que femme entrepreneur, je voulais créer une entreprise qui avait une équipe diversifiée. J'ai honte d'admettre que j'ai échoué jusqu'à maintenant », dit-elle. « Nous avons beau essayer, mais nous nous sommes retrouvés avec un groupe de candidats avec 98 % d'hommes. Nous sommes une startup en phase de démarrage qui ne peut pas se permettre les salaires du marché. En dépit de cela, nous avons proposé des salaires plus élevés pour embaucher quelques femmes qui ont bien réussi dans nos entretiens. Mais, elles manquaient d'énergie... Pire encore, elles commencèrent à drainer l'énergie du reste de l'équipe. Finalement, nous avons dû faire la bonne chose pour l'entreprise et les laisser partir. Je suis maintenant à nouveau la seule femme de l'équipe (technologique). »

L’ancienne Lead Tech de Google est également mère de deux enfants : un garçon de 7 ans et une fille de 9 ans. Elle dit que les deux ont en général une bonne compréhension des mathématiques et de la logique. On pourrait dire que ces derniers sont biologiquement destinés à maîtriser les mathématiques et les analyses. Vidya explique en effet que ses enfants ont une mère qui a obtenu un score 800 au GRE Analytics et un père qui a eu un score de 800 au GRE Quant. Mais en essayant de les initier à la programmation, le garçon s’est montré plus apte que la fille. « Cet été, nous avons débuté avec Python », dit-elle. Si « le garçon ne peut pas arrêter d'essayer de résoudre les problèmes, la fille a déclaré qu'elle détestait cela ». Elle dit toutefois avoir remarqué que sa fille est très enthousiasmée lorsqu’il s’agit de créer des autocollants avec Photoshop.

Essayer de résoudre les problèmes de diversité en embauchant plus de femmes nous fait tomber dans un cercle vicieux

Après ses tentatives de diversité pour de grandes entreprises et sa startup, et ses tentatives pour initier ses enfants tôt à la technologie, elle conclut donc que l’obsession de la diversité et les tentatives actuelles de résoudre les problèmes de diversité ne feront qu’empirer la situation des femmes dans le domaine de la technologie. Pour Vidya, on tombe en effet dans un cercle vicieux, une boucle sans fin qu’elle décrit comme suit :

  • nous nous inquiétons de l'état de la diversité de genre dans la technologie ;
  • nous faisons un pacte pour embaucher plus de femmes alors que parmi les candidats, il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes ;
  • nous commençons donc à faire un compromis et embaucher des femmes simplement parce que nous devons le faire et non sur la base du mérite ;
  • le travail de ces femmes n'est pas aussi bien que nous l’aurions voulu ;
  • en voyant cela, les hommes qui pensent déjà que les femmes ne sont pas faites pour la technologie ont une raison de plus de croire cela ;
  • ils généralisent donc cette observation sur l'ensemble des femmes dans la communauté technologique ;
  • tôt ou tard, certaines de ces opinions se répandent ;
  • les féministes parmi nous s'enflamment ;
  • les défenseurs de la diversité sont pris dans une frénésie et font à nouveau un pacte pour embaucher plus de femmes ;
  • nous revenons ainsi au point de départ.

Au nom de la diversité, les entreprises se mettent à embaucher plus de femmes, juste pour remplir des quotas qui leur sont réservés. En agissant ainsi, Vidya explique que ce sont toutes les femmes dans le domaine qui vont en subir les conséquences.

S’attaquer au problème de diversité des genres à la racine

Vidya se présente comme une personne qui est 100 % favorable à la lutte contre les préjugés subliminaux contre les femmes dans la technologie. Cela couvre un large éventail de préjugés comme le fait de dire que « parce qu'on est une femme, on ne peut pas devenir ingénieur » ou encore que « parce qu'on est une femme, on est biologiquement prédisposée à être un ingénieur moins bon » que les hommes. Elle dit ne pas non plus être favorable au fait d'essayer de combler l'écart dans la diversité dans la technologie alors que le pipeline (les demandeurs d'emploi et les nouveaux diplômés en ingénierie) est intrinsèquement dominé par les hommes.

Pour résoudre le problème de diversité des genres, elle propose donc de commencer à la source du problème, c'est-à-dire encourager les femmes à poursuivre des études en ingénierie. « Si nous augmentons l'afflux de femmes dans la formation technologique, nous augmenterons automatiquement la diversité dans l'embauche... Quand nous décidons de corriger les problèmes de la diversité sans aller la racine du problème, nous aliénons tout le monde, même ceux qui veulent aider. »

Source : Billet de blog de Vidya Narayanan

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

Voir aussi :

Blizzard veut recruter plus de femmes et de personnes issues de groupes minoritaires pour combattre les inégalités dans l'industrie des jeux vidéo
Le sexisme dans la tech est « omniprésent », affirme la CEO de YouTube qui profite du débat sur les inégalités de genre pour partager son expérience

Une erreur dans cette actualité ? Signalez-le nous !

Avatar de Excellion
Membre averti https://www.developpez.com
Le 16/08/2017 à 7:28
Merci à elle d'amener un peu de bon sens, dans ce qui est un océan de bêtise.
Que l'on lutte contre la discrimination est une bonne chose.
Que chaque personne puisse être libre de faire le travail qu'elle souhaite est une bonne chose.

Vouloir faire de quotas sur tout et pour tout est une ânerie qui amènera irrémédiablement à une autre forme de discrimination.
16  0 
Avatar de TallyHo
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 15/08/2017 à 20:31
Enfin un peu de raison dans ce débat en mettant de côté l'hypocrisie idéologique... J'espère qu'elle ne subira pas les conséquences de sa sortie...

C'est ce que je disais sur le fil de Blizzard avec un exemple dans le bâtiment. Si le patron demande d'embaucher plus de maçonnes, ça va être compliqué car il n'y en a pas qui sont formées. Résoudre les soucis de diversité au niveau de l'entreprise est déjà trop tard.

Mais bon... Je crois que c'est peine perdue, ça n'intéresse pas les "leaders". En ce moment, il y a surtout des effets d'annonce pour rassurer les pros-machins car il y a un vent contraire sur l'informatique au niveau des accusations de sexisme.

Cette cacophonie noie complétement les vrais débats de fond et la sérennité des dialogues ou des recherches de vraies solutions...
15  0 
Avatar de Saverok
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 11/09/2017 à 16:03
Citation Envoyé par arachnida93 Voir le message
Plutôt consternée par les échanges sur ce débat...
En quoi la programmation requerrait-elle des aptitudes "physiques" ou "psychiques" particulières ?
N'y aurait-il pas un peu de mauvaise foi dans une telle vision des rôles ?
On ne peut pas vraiment dire que les mentalités progressent...
en phase en ce qui concerne le débat avec l'affaire Google.
Par contre, si on reprend le témoignage initial de Susan Wojcicki, le débat n'est pas du tout sur les aptitudes liées aux métiers de l'IT mais plutôt sur la politique RH à vouloir à tout prix la parité.
Là dessus, c'est stupide.
Car pour avoir une parité dans les entreprises, il est indispensable d'avoir à la base, une paritité sur les étudiants formés.
Du coup, si on ne prend le "problème" (à compter qu'il y en est réellement un), uniquement par le bout de l'entreprise, on se retrouve à favoriser des femmes pour des postes sans pour autant qu'elles n'aient réellement les bonnes compétences.
==> je ne dis pas du tout qu'il n'existe pas de femmes compétentes pour le poste mais uniquement qu'elles sont plus rare car peu formées.
Et là, ça donne des erreurs de castings qui desservent la cause paritaire.
9  0 
Avatar de Saverok
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 18/08/2017 à 14:26
Citation Envoyé par TallyHo Voir le message
Mais est ce que ta direction te "force" à embaucher des femmes ?
Le terme "forcer" est beaucoup trop fort.
Par contre, on m'encourage à au moins les recevoir en entretien et lorsque je ne les retiens pas, on me demande plus souvent (ce n'est pas systématique) de justifier (même si c'est brièvement).
Il y a donc une attention particulière de ma hiérarchie et du service RH à féminiser un peu plus la DSI ce qui n'a rien de choquant car c'est fait en bonne intelligence.

On ne m'a jamais imposé de retenir une candidature si j'estime que la personne ne conviendra pas au poste (homme ou femme).
Heureusement d'ailleurs, sinon je poserai ma lettre de dem. dans la journée.
8  0 
Avatar de arachnida93
Membre du Club https://www.developpez.com
Le 10/09/2017 à 23:24
Plutôt consternée par les échanges sur ce débat...
En quoi la programmation requerrait-elle des aptitudes "physiques" ou "psychiques" particulières ?
N'y aurait-il pas un peu de mauvaise foi dans une telle vision des rôles ?
On ne peut pas vraiment dire que les mentalités progressent...
8  0 
Avatar de el_slapper
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 16/08/2017 à 13:41
Moi, ce qui me sidère, c'est le manque de nuances de tout le monde sur le débat. Pourtant, entre dire "bon, on a des biais, on le sait, on a mesuré, on ne recrute pas assez de femmes, on va essayer de faire attention" et "on va mettre des quotas absurdes pour mettre tous les hommes au rebut", il y a un monde. Mais chacun accuse l'autre d'être un extrémiste dans l'autre sens pour éviter de débattre.
8  1 
Avatar de TallyHo
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 17/08/2017 à 13:43
Citation Envoyé par delta07 Voir le message
Il faut je pense laisser le temps à la société de mettre en place certain mécanismes à bas niveau, notamment au niveau de l'éducation, de la réussite, de l'orientation, etc
Oui mais ça oblige à discuter de sujets profonds sur l'être humain, son identité, etc... Autant de sujets qui nécessitent un recul énorme et qui sont politiquement incorrect en place publique. Et ça, nos bien-pensant n'en veulent pas. Donc on en sera toujours à mettre des patchs à la con sur la couche applicative, ce qui va rajouter de la complexité, au lieu de traiter directement le probléme sur l'accès réseau.
8  1 
Avatar de Bubu017
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 16/08/2017 à 9:23
Citation Envoyé par SuperLow Voir le message
Merci a developpez.com d'avoir relayer cette merde, ca change du rapport de merde de l'autre crétin.

Cette fois ci, il y a une pointe d'eugenisme mélangé a du sexisme.

La solution est simple, est déjà en place depuis plusieurs décénie.
Mais ca prend du temps de laisser passer plusieurs génération ... la preuve dans cette news, une génération en plus de manquée.
Que dire devant tant d'arguments apportés ? Quelle prose je suis impressionné.
L'autre comme tu dis, que tu sois d'accord ou pas avec lui, au moins étayait son propos et amenait des sources. et en quoi ce qu'elle dit, elle, est de la merde ? parce que cela va à l'encontre de ce que tu penses ? Bravo pour l'ouverture d'esprit

Sinon de quelle solution tu parles ? si c'est de la formation, celles d'informatique existent depuis quoi ? 20-30 (je suis large) ans ? alors parler de plusieurs décennies oui, mais 3 décennies c'est peu. De plus, vu le nombre de filles dans les écoles, on ne peut pas dire que ce soit très efficace non ?
6  0 
Avatar de Chauve souris
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 19/08/2017 à 4:15
Citation Envoyé par SuperLow Voir le message
Je parle du fait que dans TOUT les supermarchés de la planète, le rayon des vetement/sous vetement pour fille/femme est rose, et celui des garcons de toute les couleurs.
Tant que ce genre de connerie sera la, l'égalité ne sera pas la. C'est un détail, mais peut être le plus flagrant.
C'est le cas au Paraguay ! Et c'est l'hégémonie de ce sexisme d'importation US. Pourtant dans mes jeunes années, oui, je sais ça remonte à loin, mauvaises langues, va nos cartables scolaires n'avaient pas de "sexual roles". Il y avait la tendance classique, avec la poignée qui donne des cals au doigts, le petit sac à dos, où on doit sautiller longtemps pour s'en débarrasser. Mais ces objets étaient neutres, il n'y avait même pas le nom de la marque où c'était très discret. Maintenant les écoliers sont des hommes/femmes sandwich publicitaires.
6  0 
Avatar de Saverok
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 16/08/2017 à 11:50
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message
« Au cours des recrutements que j'ai faits chez Google, 97 % des personnes que j'ai embauchées étaient des hommes », dit-elle. Et de préciser : « Ce n'est pas comme si je n'essayais pas d'embaucher des femmes. Mais j'avais affaire à des candidats dont 90 % étaient des hommes ». Vidya explique donc qu’avec un tel pourcentage de candidats masculins, il n’y avait aucun moyen qu’elle puisse embaucher un pourcentage de femmes plus important que ce qu’elle a fait.
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message

Pour résoudre le problème de diversité des genres, elle propose donc de commencer à la source du problème, c'est-à-dire encourager les femmes à poursuivre des études en ingénierie. « Si nous augmentons l'afflux de femmes dans la formation technologique, nous augmenterons automatiquement la diversité dans l'embauche ... Quand nous décidons de corriger les problèmes de la diversité sans aller la racine du problème, nous aliénons tout le monde, même ceux qui veulent aider. »
Je suis totalement en phase avec le témoignage de Vidya Narayanan et il fait parfaitement echo à mon expérience personnelle.
Dans mon poste actuel, je fais régulièrement passer des entretiens (pour des internes ou des presta) et je reçois en une écrasante majorité des CV d'homme.
Impossible d'atteindre la parité dans ces conditions.
5  0 
Contacter le responsable de la rubrique Accueil

Partenaire : Hébergement Web