Il y a quelques jours, Slack a porté plainte contre Microsoft devant la Commission européenne pour pratiques anticoncurrentielles. Le service de messagerie reproche à Microsoft de profiter de sa position de force sur le segment professionnel pour imposer son service rival Teams et écraser toute concurrence. Il indique notamment que Microsoft a illégalement lié son produit Teams à sa suite de productivité Office dominante sur le marché, obligeant son installation auprès de millions d'utilisateurs, bloquant sa suppression et cachant le coût réel pour les entreprises clientes. Jonathan Prince, vice-président des communications et des politiques chez Slack, précise dans un communiqué que « Slack demande à la Commission européenne de prendre des mesures rapides pour garantir que Microsoft ne puisse pas continuer à exploiter illégalement sa puissance d'un marché à un autre en regroupant ou en liant des produits. »Après examen de la plainte, l'Union européenne décidera d'ouvrir ou non une enquête sur les pratiques de Microsoft.
Mais le grand gagnant de cette guerre pourrait bien être Google
Après avoir soutenu pendant des mois que Microsoft Teams n'était pas un véritable concurrent de Slack et ressemblait davantage à Zoom, Slack a finalement admis ce qui était clair depuis le début : Microsoft Teams est un concurrent et Slack a du mal à rivaliser avec Microsoft. Ce n’est pas un aveu surprenant, mais si Slack a du mal à rivaliser avec Microsoft, il devra faire face à une concurrence encore plus sévère une fois que Google aura enfin pris ses marques. Après avoir cherché a faire populariser des applications de communication pendant des années, il y a des signes qui indiquent que Google est désormais prêt à affronter Slack, Microsoft Teams et Zoom.
La stratégie de Google au sein des entreprises a d'énormes implications sur la bataille antitrust que Slack voudrait engager contre Microsoft en Europe. Slack va devoir faire face à deux grandes entreprises technologiques qui profitent de la domination de leurs produits pour prendre une part importante du secteur des communications sur le lieu de travail. Si Slack parvient à convaincre l'UE de prendre des mesures contre l'offre groupée de Microsoft, elle est toujours confrontée à la menace imminente de Google qui regroupe ses propres applications et services de la même manière.
En fait, la plainte relative à la concurrence de Slack vise uniquement Microsoft et se concentre sur le fait que l'éditeur ait regroupé ses offres Teams et son abonnement Office 365 : « Ce que nous demandons, c'est que Teams soit séparé de la suite Office et vendu séparément avec un prix commercial équitable associé à celui-ci afin qu'il y ait une véritable concurrence sur le mérite avec notre produit », a expliqué David Schellhase, responsable juridique de Slack.
Microsoft a regroupé une variété d'applications de productivité avec sa suite Office pendant des décennies et a choisi d'ajouter Teams gratuitement aux clients d'Office 365 lors de son lancement en 2016. Cet ensemble, associé à une intégration étroite d'Office, a rendu difficile pour Slack de convaincre les entreprises qui paient déjà Office de payer un supplément pour obtenir Slack.
Mais Google semble prêt à reproduire cette stratégie avec G Suite, sa suite d'outils et de logiciels de productivité de type Cloud computing et de groupware destinée aux professionnels qu'il propose sous la forme d'un abonnement. G Suite, qui inclut des services comme Gmail, Drive, des outils comme Google Docs, Sheets, Form, Slides, ainsi que les services de communication comme Hangouts Chat et Meet (concurrents directs de Slack et de Microsoft Teams) a franchi le cap des deux milliards d'utilisateurs actifs par mois en mars 2020 (bien que le nombre d'utilisateurs payants a franchi le cap des six millions d'utilisateurs en avril 2020 et était de 5 millions en février 2019). Javier Soltero, patron de G Suite depuis octobre, a déclaré à ce moment que « changer la façon dont les gens travaillent est quelque chose pour lequel nous sommes particulièrement bien placés ».
Soltero est arrivé chez Google récemment après une carrière de quatre ans chez Microsoft, une société qu'il a rejointe à l'origine lorsque la grande enseigne a fait l'acquisition d'Acompli, qui est ensuite devenu Outlook pour iOS. Il a déjà démontré son expertise pour repérer les tendances et combler les lacunes avec des applications et des services suffisamment bons pour que Microsoft les acquière. S'il peut le répéter chez Google, alors Slack a un autre concurrent avec d'énormes dimensions prêt à regrouper et à tirer parti de ses applications de communication et de productivité populaires.
Google a déjà montré qu'il se rapprochait du terrain de Zoom, Microsoft Teams et Slack. Google a rendu Meet gratuit plus tôt cette année, son outil « premium » de vidéoconférence qui était réservé aux entreprises, pour tenter de contrer Zoom qui a gagné en popularité durant le confinement.
Concrètement, avec Google Meet, le grand public aura accès, sur ordinateur, iOS et Android, à :
- la possibilité de faire un direct avec jusqu’à 100 000 téléspectateurs pour les clients G Suite
- un affichage « mosaïque » qui permet de voir 16 personnes à la fois
- la possibilité d’avoir jusqu’à 100 personnes par appel (250 pour les entreprises)
- des sessions d’une durée illimitée pendant cette période (qui reviendront à leur limite de 60 minutes après le 30 septembre) ;
- la possibilité de partager son écran pour faire une présentation
- des sous-titres en temps réel grâce à l’intelligence artificielle
- la possibilité d'intégrer des vidéos YouTube dans la discussion, afin de les regarder tous en même temps.
Google a également commencé à intégrer profondément l'application de vidéoconférence dans Gmail et Google Agenda. La prochaine étape vers une véritable...
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