Le gouvernement américain admet qu'il ne sait pas si Assange a pu pirater un mot de passe pour Manning,
Selon un affidavit non scellé

Le , par Stan Adkens

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Julian Assange n’est plus à l’ambassade de l’Equateur à Londres où il s'était réfugié depuis 7 ans par crainte d’être extradé vers les États-Unis pour y être interrogé sur les activités de Wikileaks, son organisation non gouvernementale fondée en 2006, dont l'objectif est de publier des documents à caractère sensible, ce, dans le but de les rendre accessibles à tous.

Une publication du Washington Post du jeudi dernier a confirmé les craintes du fondateur de WikiLeaks. D’après ce qu’a rapporté le quotidien américain, les autorités britanniques ont arrêté le fondateur de WikiLeaks en réponse à une demande d'extradition des États-Unis après que l'Équateur a annulé son asile à son ambassade à Londres. Dans un post sur Twitter, Jennifer Robinson, avocat de Julian Assange a écrit : « Assange a été arrêté non seulement pour violation des conditions de sa mise en liberté sous caution, mais aussi à la suite d'une demande d'extradition américaine. »

Le jeudi 11 avril dernier, le service de police métropolitain de Londres a été obligé d'exécuter le mandat au nom du tribunal de première instance de Westminster et après avoir été autorisé par l'ambassadeur de l’Equateur à entrer dans l'ambassade afin d’arrêter Assange. Il a été placé en garde à vue dans un commissariat central de Londres où il restera avant d'être présenté dès que possible devant le tribunal de première instance de Westminster, selon une note d'information du service métropolitain de Police de Londres.

Cependant, selon un article de Motherboard publié le lundi, le gouvernement américain n'a aucune preuve que le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a réussi à briser un mot de passe pour la dénonciatrice Chelsea Manning. En effet, la Cour de district des États-Unis pour le district Est de la Virginie a levé les scellés de l'affidavit écrit par un agent du FBI le 21 décembre 2017, qui contient plus de détails sur les échanges entre Assange et Manning. Le document révèle qu’en décembre 2017, le gouvernement américain ne savait pas si Assange avait réellement piraté le mot de passe.


A l’origine de l’affaire, selon l’acte d'accusation à l'encontre de Julian Assange dévoilé par le gouvernement américain le jour de son arrestation à l’ambassade de l’Equateur, le fondateur de WikiLeaks est accusé d’avoir conspiré pour voler des dossiers secrets du gouvernement américain. Dans l'acte d'accusation, le gouvernement affirme qu'Assange a travaillé avec Chelsea Manning pour obtenir des documents classifiés. Les procureurs américains ont déclaré que Manning avait accédé à des fichiers gouvernementaux classifiés et les avait fournis à Assange.

Chelsea Elizabeth Manning, l'ex-analyste du renseignement, est la personne à l'origine de la fuite de données sensibles en rapport avec les opérations de l'armée américaine en Irak pour le compte de WikiLeaks. Il avait envoyé au site de Julian Assange des télégrammes diplomatiques et des vidéos de combats en 2010 et avait fait face à 22 chefs d'accusation dont elle avait été reconnue coupable et condamnée en 2013 pour 10 d'entre eux dont la possession et la diffusion d'informations classées secrètes sur l'Irak et l’Afghanistan.

L’arrestation du jeudi dernier est intervenue officiellement parce qu’Assange avait violé sa liberté sous caution dans le cadre d'allégations d'inconduite sexuelle en Suède, d’après Motherboard. Dans l’acte d’accusation dévoilé par le gouvernement américain ce même jour, le ministère de la Justice a accusé le fondateur de WikiLeaks d'avoir accepté d'aider Manning à pirater un mot de passe qui aurait aidé l'ex-analyste militaire à accéder à un système informatique classifié sous un nom d'utilisateur qui ne lui appartenait pas, ce qui aurait compliqué la tâche des enquêteurs pour retrouver la fuite éventuelle.

Cependant, d’après l’affidavit dévoilé le lundi, les Etats-unis n’ont pas les preuves que Julian Assange avait réussi pirater le mot de passe pour aider Manning. Jusqu’à présent, selon Matherboard, ce que le gouvernement américain était au courant, c’est qu’Aqssange avait tenté de briser un mot de passe pour Manning.

Dans l’affidavit daté du 21 décembre 2017, l'agent du FBI Megan Brown a déclaré :

« Les enquêteurs n'ont pas trouvé de réponse à la question de Manning à Assange, et il n'y a aucune autre preuve de ce qu'Assange a fait, le cas échéant, en ce qui concerne le mot de passe ».

Toutefois, selon les avocats, la simple offre d'aide peut être considérée comme faisant partie d'un complot visant à transgresser la Loi sur la fraude et les abus informatiques, a rapporté Motherboard.

Bradley, un avocat du cabinet d'avocats Mark Zaid P.C. à Washington, DC, en s’adressant à Motherboard par courriel, a déclaré :

« Aux fins d'une accusation de complot, il n'est pas nécessaire que l'action soit couronnée de succès. Tout ce qu'il faut, c'est une action manifeste pour faire avancer le complot, à savoir les efforts d'Assange pour déchiffrer le mot de passe pour Manning ». « Qu'il ait échoué est hors de propos », a-t-il ajouté.

L'allégation selon laquelle Assange aurait offert son aide à Manning a été révélée pour la première fois en 2011, dans le cadre de la poursuite de Manning. À l'époque, les procureurs ont montré les mêmes échanges entre Manning et une personne présumée être Assange qui sont maintenant à la base de l'accusation contre le fondateur de WikiLeaks.

L’EFF contre l’arrestation d’Assange

Dès le jeudi dernier, jour d’arrestation, l’EFF a produit une déclaration concernant l’accusation portée à l’encontre d’Assange par le gouvernement des Etats-Unis :

« Bien que l'acte d'accusation de Julian Assange porte sur une tentative présumée de briser un mot de passe - une tentative qui n'a apparemment pas réussi – il s'agit encore, à la base, d'une attaque contre la publication de documents divulgués et de l'acte le plus récent d'une tentative qui s'étend sur presque dix ans de punir une personne qui a donné l'alerte et l'éditeur du document qui s'y trouve. Plusieurs parties de l'acte d'accusation décrivent un comportement journalistique très courant, comme l'utilisation du stockage dans le Cloud ou le fait de recevoir sciemment des informations classifiées ou de censurer des informations d'identification concernant une source. D'autres parties rendent suspects les outils logiciels libres courants comme Linux et Jabber. Et bien que nous soyons soulagés que le gouvernement n'ait pas choisi d'inclure aujourd'hui des accusations fondées sur la publication, si Assange est effectivement extradé, le gouvernement peut émettre des actes d'accusation de substitution. Il ne devrait pas le faire. Les fuites sont un élément essentiel de la libre circulation de l'information qui est essentielle à notre démocratie. Les reportages sur les fuites de documents, y compris les reportages sur des informations classifiées, constituent un rôle essentiel du journalisme américain.»

Pour l’heure, Assange est en détention au Royaume-Uni, en attendant le début du processus qui pourrait le conduire aux États-Unis. Selon les experts, ce processus peut prendre des mois, voire des années.

Selon certains utilisateurs d’un site web communautaire d’actualités sociales, qui ont eu connaissance du contenu de l’affidavit non scellé, Manning est le véritable criminel dans l’affaire de fuite d’information. Selon eux, Assange est juste un blogueur glorifié qui est juste imbu de lui-même.

Source : Motherboard

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