Facebook utiliserait les données personnelles des utilisateurs comme monnaie d'échange
Pour accorder des privilèges spéciaux à certaines entreprises

Le , par Bill Fassinou

386PARTAGES

13  0 
En mai dernier, dans la foulée du scandale Cambridge Analytica, l’organisation des consommateurs et usagers (OCU), une association espagnole de protection des consommateurs avait annoncé, dans un communiqué sur son site Web qu’elle déposera « une plainte collective contre Facebook en défense de l’ensemble des utilisateurs de ce réseau social dont les données ont été exploitées sans leur consentement ». Dans son recours collectif contre Facebook, l’OCU estime que la société a enfreint les règles de protection des données en n'ayant pas informé ou demandé une autorisation expresse aux usagers pour l'utilisation de leurs données personnelles. L’association déclare agir dans l’intérêt, non seulement, des usagers qui sont touchés directement par la fuite de données, mais également tous les utilisateurs de Facebook en Espagne, quelques 26 millions d'utilisateurs, pour qui elle demande au moins 200 euros en guise d’indemnisation pour chacun.

L’association indique agir conjointement avec d'autres groupes de consommateurs au Portugal (Deco-Proteste), en Belgique (Test-achats) et en Italie (Altroconsumo). L'OCU et les autres associations ont demandé des explications à Facebook afin de clarifier quelles mesures adopter pour éviter ces cas à l’avenir et rendre aux utilisateurs le contrôle de leurs données, leur donnant le pouvoir de décider où, avec qui ils veulent les partager, quand ils veulent arrêter de le faire et quand ils veulent les récupérer, a publié l’association sur son site Web. Plusieurs autres groupe de consommateurs ont porté plainte contre Facebook pour l'exploitation abusive et sans consentement des données personnelles de ses utilisateurs. Six4Three, une société de technologie qui a mis au point un moyen de rechercher des photos de bikini parmi vos contacts sur Facebook, a porté plainte contre Facebook à la cour fédérale affirmant que le géant des médias sociaux distribuait les données des personnes de manière secrète et sélective en échange d'achats publicitaires ou d'autres concessions, alors même que d'autres entreprises avaient été coupées, ruinant leurs activités.


Après que Facebook ait fermé l'accès aux données en 2014 aux développeurs d’applications qui étaient auparavant habitués à obtenir de grandes quantités de données personnelles sur les utilisateurs de Facebook et sur leurs amis, l'entreprise a poursuivi Facebook en justice pour avoir détruit ce secteur d'activité. L’affaire, qui a progressé lentement devant la Cour suprême du comté de San Mateo dans la Silicon Valley, est centrée sur une période donnée. À l'époque, Facebook avait déclaré qu'il supprimait les données pour protéger la confidentialité des utilisateurs. La poursuite a repris son cours la semaine dernière lorsque des agents britanniques ont saisi des copies numériques de milliers de documents du développeur de Six4Three, Ted Kramer, lors de son voyage à Londres la semaine passée. La société Kramer est à l'origine du développement de Pikinis, une application permettant aux utilisateurs de trouver des photos d'utilisateurs de Facebook portant des bikinis. L'application a été créée à partir des données de Facebook, auxquelles Six4Three et des milliers d'autres développeurs ont eu accès via l'API de Facebook qui a permis à Six4Three de parcourir Facebook pour trouver des photos en bikini de personnes qui étaient des amis avec les utilisateurs de Pikinis.

Utiliser les données personnelles des utilisateurs comme monnaie d'échange - et accorder des privilèges spéciaux à certaines sociétés tout en en excluant de nombreuses autres - semble contredire les promesses répétées de Facebook de ne jamais vendre de données personnelles de ses utilisateurs. L'affaire soulève également des questions sur le respect par Facebook d'un accord avec la Federal Trade Commission, qui stipulait en 2011 que le réseau social ne pouvait pas donner aux développeurs tiers l'accès à des données utilisateur que les gens pensaient avoir gardées confidentielles. En effet, en 2011, la FTC avait accusé Facebook d’avoir trompé ses utilisateurs après avoir permis le partage de leurs informations en public au lieu de les garder au privé. L’année suivante, la société a créé un programme de confidentialité visant à réunir toutes les équipes du réseau social et améliorer la communication et la transparence concernant l’usage des données des utilisateurs.

Le réseau social a connu un bon nombre de controverses liées au respect de la vie privée. Et pour cause, le site se nourrit d’un grand nombre de données personnelles de ses utilisateurs et constitue même des « dossiers fantômes » sur les internautes, y compris ceux qui n'ont pas de compte. Pour exemple, cette réalité de non-respect de la vie privée par Facebook a été confirmée en novembre 2017 par un ancien employé de l'entreprise. Selon lui, le réseau social a concentré ses efforts sur la collecte de données des utilisateurs au lieu de les protéger des abus. Dans un article d’opinion publié par le New York Times, Sandy Parakilas avait informé que rien n’obligeait Facebook à surveiller la collecte ou l’usage des données des utilisateurs. L’employé a expliqué que le business model basé sur la vente de publicité en ligne empêche l’introduction de tout changement. « J’ai dirigé les efforts de Facebook pour régler les problèmes de confidentialité sur la plateforme de développeurs en 2012 avant son introduction [de Facebook] en bourse. Ce que j’ai vu à l’intérieur est une entreprise qui priorise la collecte de données des utilisateurs au lieu de les protéger de tout abus », avait déclaré Parakilas.


Selon la plainte, des documents feraient référence à des échanges de courriels concernant les relations de Facebook avec plusieurs grands partenaires commerciaux, notamment Lyft, Tinder, Amazon.com, Airbnb et la Banque Royale du Canada. Dans l'un des échanges de courriels, les employés de Facebook auraient ​​discuté de la fermeture de l'accès « en une seule passe à toutes les applications qui ne dépensent pas… au moins 250 000 dollars par an pour maintenir l'accès aux données ». Toutefois, Facebook nie avoir échangé l'accès aux données de ses utilisateurs à des fins commerciales. Pourtant, des milliers de pages d'archives classées par les tribunaux illustrent les stratégies astucieuses utilisées par le réseau social pour construire son empire publicitaire, selon The Washington Post. Ces documents mettraient en lumière des allégations de comportement anticoncurrentiel qui pourraient affecter les efforts déployés par les législateurs américains et européens pour limiter le pouvoir des géants de la technologie.

Depuis le scandale Cambridge Analytica ayant permis à un développeur d'accéder de manière inappropriée aux profils Facebook de 87 millions d'utilisateurs, les législateurs ont régulièrement interrogé Facebook sur ses relations avec ses partenaires de données. Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, avait déclaré au Congrès, en avril, que la société avait restreint l'accès des données des utilisateurs aux applications extérieures depuis quelques années, mais The Washington Post annonce des rapports ultérieurs ont révélé des relations privilégiées négociées par la société avec des partenaires extérieures. Facebook n'a pas contesté l'authenticité lesdits documents de preuve, mais a déclaré que les pièces du dossier avaient été utilisées de manière sélective pour donner un aspect trompeur de la prise de décision au sein de l'entreprise à un moment où le réseau social limitait fortement les informations que les développeurs d'applications pouvaient collecter de la plate-forme.


« Les documents rassemblés par Six4Three pour cette affaire sans fondement ne sont qu'une partie de l'histoire et sont présentés d'une manière très trompeuse sans contexte supplémentaire. Nous avons apporté des modifications à la plateforme en 2015 pour empêcher le partager des données des amis d'un utilisateur avec les développeurs », a déclaré Konstantinos Papamiltiadis, directeur des plateformes et des programmes de développement de Facebook, dans un communiqué. Six4Three estime que la confidentialité n’est pas la raison pour laquelle Facebook a fermé l’API. Le développeur affirme que Facebook s'est rendu compte qu'il pourrait utiliser son flux de données comme moyen de pression pour inciter les entreprises à acheter de la publicité susceptible d'alimenter le marché naissant de la publicité mobile de l'entreprise. Facebook indique qu'aucune des sociétés mentionnées dans les documents, à part Amazon, n'a continué d'y avoir accès après 2015. Le développeur affirme également que Facebook savait que les développeurs prenaient des données allant au-delà des préférences des utilisateurs en matière de confidentialité, en violation du décret de consentement de 2011.

Dans un échange en 2012, un cadre supérieur de Facebook avait déclaré à ses collègues qu'après des discussions avec Zuckerberg, les dirigeants avaient décidé de limiter l'accès à l'API des entreprises potentiellement compétitives par rapport à Facebook. Facebook « demanderait également à tous les partenaires de la plateforme d’accepter la réciprocité des données », un terme qui, selon les plaignants, signifierait que les données ne seraient pas fournies sans compensation pour les activités publicitaires de Facebook. Dans un autre échange de courrier électronique en 2013 sur l'accès Amazon, un employé a demandé à ses collègues s'ils autoriseraient Amazon à utiliser l'API « uniquement s'ils acceptaient nos demandes ». Un autre employé a répondu que, comme Facebook était en train de restreindre l'API, l'entreprise devrait travailler avec Amazon à la conclusion d'un accord. Bien que les termes des "concessions" de Facebook ne ressortent pas clairement dans l'échange, l'API était considérée comme libre et sans restriction à l'époque.

Ben Holze, porte-parole d'Amazon, a rassuré qu' « Amazon utilise les API fournies par Facebook afin de permettre aux utilisateurs Facebook de vivre avec nos produits, par exemple, donner aux clients la possibilité de synchroniser leurs contacts Facebook sur une tablette Amazon. Nous utilisons les informations uniquement conformément à notre politique de confidentialité ».

Source : The Washington Post

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Voir aussi

Données personnelles : l'OCU prépare une nouvelle plainte contre Facebook en Espagne, et sensibilise les usagers à s'allier à son action

Facebook a confirmé que les hackers ont volé des données personnelles détaillées de 14 millions de personnes, sur les 30 millions de comptes piratés

L'audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain a révélé un PDG déconcerté le patron de Facebook aurait-il trompé les élus américains ?

Protection des données personnelles : un amendement qui prévoit la possibilité de demander réparation en cas de préjudice a été voté par les députés

Une erreur dans cette actualité ? Signalez-le nous !

Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 18/04/2019 à 14:59
Cela arrive à tout le monde, y'a pas de quoi en faire un drame.

Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, je me baladais tranquillement au centre-ville, et paf ! Je braque une banque par erreur.
Cela m'arrive tout le temps, je suis vraiment tête en l'air.
15  1 
Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 05/06/2019 à 10:18
Je trouve cela quand même légèrement déplacé, ils connaissaient parfaitement ce à quoi ils s'engageaient en achetant des actions de type A, plutôt que de celles de type B. Les règles du jeu ne sont pas une surprise.
S'ils ne sont pas content, pourquoi ne vendent-ils par leurs actions ?

C'est comme aller à une boulangerie, acheter une baguette de 100g, et se plaindre que celui qui achète une flûte de 200g a plus de pain en sortant...
7  0 
Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 15/04/2019 à 11:15
Rien que pour le choix de la photo ça mérite +1
6  0 
Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 30/06/2019 à 12:23
Citation Envoyé par Jonathan Voir le message
L'Italie inflige à Facebook une amende d'1,1 million de dollars

En décembre 2018, l'agence avait condamné Facebook à une amende de 10 millions d'euros pour avoir induit en erreur ses utilisateurs en raison de ses pratiques de connexion et au mois de mars de cette année, elle a mis en cause Facebook sur l'utilisation abusive des données, mais cette fois là, le géant des réseaux sociaux avait choisi de payer un montant réduit de 52000 euros dans l'espoir de régler le problème.
Il faut changer d'échelle pour tout remettre en perspective :
Je vous informe que Facebook réalise un chiffre d'affaires de 1 776 $ par seconde qui passe (24/24h sur 365j), la première amende représente 619 secondes d'activité de Facebook et la deuxième : 29 secondes.

Sous cet angle, c'est tout de suite beaucoup plus parlant, vous ne trouvez pas ?
6  0 
Avatar de tanaka59
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 10/01/2019 à 13:15
Pour une aussi grosse fuite de données on frise le ridicule avec 15 000 £ d'amende . 4 ou 5 zéro de plus on fait beaucoup plus mal au portefeuille.
5  0 
Avatar de schmiddy
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 07/03/2019 à 15:20
Je ne suis pas surpris. Facebook n'a pas la même emprise sur la nouvelle génération. J'ai créé mon compte en 2007 ou 2008, à l'époque où en effet Facebook n'était pas encore traduit, et c'était le seul réseau social qui visait large, à l'inverse de MySpace plus orienté artistique. Au fil du temps, de nouveaux réseaux sociaux sont apparus et Facebook n'a fait que tenter de suivre pour enrayer son érosion et l'émergence de ces nouveaux réseaux spécialisés dans un domaine (LinkedIn pour l'emploi par exemple). Je ne sais pas si c'est moi qui vieillis ou non, mais Facebook m'insupporte depuis des années avec la publicité omniprésente, la timeline qui me présente tout sauf ce que j'attends d'un réseau social, c'est à dire l'actualité de mon réseau. Au final après 4-5 ans en friche mais des nettoyages de liste d'amis réguliers, j'ai fini par désactiver mon compte il y a quelques mois. Ce n'est pas tant les scandales qui m'ont fait quitter FB car j'étais parfaitement conscient de ce que je faisais, c'est simplement que FB est devenu une gigantesque poubelle d'internet, tout comme le réseau à l'oiseau qui pourtant était plutôt intéressant il y a encore quelques années. Désormais, je "réseaute" autrement ; ce qui m'inquiète est qu'au final LinkedIn devient un peu comme Facebook, on commence à y voir de tout et n'importe quoi.

Simplement, je redécouvre les agrégateurs de flux RSS et je me suis fait un Feedly aux petits oignons pour cibler ce qui m'intéresse et je reste en contact avec mes relations perso / pro différemment... comme je faisais avant Facebook.
5  0 
Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 05/06/2019 à 11:28
Fin 1er trimestre 2019 :

Entreprise Trésorerie Chiffre d'affaires
Google 113 milliards $ 137 milliards $
Apple 245 milliards $ 265 milliards $
Facebook 45 milliards $ 56 milliards $
Amazon 37 milliards $ 242 milliards $
Microsoft 131 milliards $ 110 milliards $
Dell 15 milliards $ 90 milliards $
Uber 8 milliards $ 11 milliards $
Total 594 milliards $ 911 milliards $

Total GAFAM : 571 milliards de $ de trésorerie
Total GAFAM : 810 milliards de $ de chiffre d'affaires (Cela représente grosso modo le PIB cumulé de 90 pays de la planète sur 194)

tu veux lutter toi ? A part la puissance de feu d'un état comme la Chine, je ne vois pas comment tout ce petit monde ne pourrait pas racheter n'importe quelle société concurrente ou qui commencerait à marcher sur leur plates bandes (d'ailleurs c'est se qui se passe, d'où l'entrevue d'un abus de position dominante)
5  0 
Avatar de Titnain
Futur Membre du Club https://www.developpez.com
Le 16/07/2019 à 13:32
Alors évidemment je suis contre les abus, contre l'utilisation de nos données personnelles, etc. Mais je trouve ça quand même un peu abusé.... C'est quoi l'idée ? Mettre un quota maximum d'employé pour les entreprises ? Un quota maximum de vente/prestations ?
Hum, comment dire. L'idée c'est de supprimer un trust. De la même manière que Rockefeller s'est fait démanteler sa Standard oil.

Pour information, un trust n'est jamais bon, ni pour le consommateur ni pour le pays. Aujourd'hui on est arrivé à quelque chose d'encore plus gros, d'encore plus pesant sur l'économie d'un pays et même l'économie mondiale ( Les GAFAMs ont des revenus plus importants que certains PIB).

Il est normal et plutôt sain de vouloir abaisser leur pouvoir et leur main-mise. D'autant plus que Facebook a déjà commencé à vouloir s'étendre sur le marché bancaire. Une société qui aurait un aussi gros pouvoir serait véritablement dangereuse.

Il est grand temps d'agir d'après moi.
5  0 
Avatar de psychadelic
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 15/02/2019 à 13:34
Citation Envoyé par ddoumeche Voir le message
ils n'auraient pas fait autre que ce que pratique la presse d'opinion ou les médias télévisés depuis toujours.
Non, c'est tout de même différent et l’enquête l'a prouvé ( et Cambridge Analytica l'a reconnu): ils ont envoyé des messages ciblés, directement sur les comptes FB des personnes, et en fct de leur profil.
La 2em différence avec la presse c'est que ces messages sont dissimulés et difficilement traçable.
4  0 
Avatar de Mingolito
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 18/04/2019 à 15:42
Le cout du téléchargement du carnet d'adresse c'est ce que les journalistes avaient supputés quand l'affaire avait déjà été révélée dans la news précédente, et cette confirmation prouve que c'est exactement ce qu'ils ont fait.
Pour moi cela va au delà d'une violation du RGPD, Zuckerberg devrait écoper de 10 ans de prison ferme pour piratage de données.
4  0 
Contacter le responsable de la rubrique Accueil

Partenaire : Hébergement Web