Le syndrome de l'imposteur affecte près de 58 % de professionnels de la Tech
D'après une enquête menée auprès des utilisateurs de l'application Blind

Le , par Patrick Ruiz, Chroniqueur Actualités
J’ai l’impression que je suis très loin du niveau où je devrais me situer en matière de compétences ; à chaque projet auquel je participe, j’ai l’impression d’être dépassé ; etc. On nage en plein dans le jargon des personnes affectées par le syndrome de l’imposteur – un tiers qui déprécie ses compétences et ne se sent pas à la hauteur de la tache qui est la sienne. Le problème se pose même après de nombreuses années sur le terrain.


D’après une publication du International Journal of Behavioral Science parue en 2011, 70 % des travailleurs de tous les secteurs d’activité sont concernés. Le syndrome touche tout le monde : hommes, femmes, cadres dans le secteur des finances, médecins. La plateforme de chat anonyme Blind a lancé sa propre enquête sur le sujet avec une attention particulière sur les employés de la Tech. Sur un total de 10 402 participants, près de 58 % déclarent avoir des doutes quant à être « la personne qu’il faut pour le job. »

L’un des effets du syndrome de l'imposteur c'est que les programmeurs pensent qu'ils ont besoin de travailler plus pour devenir assez bons. Cela signifie s’engouffrer dans le plus grand nombre de projets pour pouvoir passer le maximum de temps sur un clavier à coder. On espère ainsi devenir un « vrai programmeur », mais cette approche est discutable. D’après une étude réalisée par des étudiants de l’université de Standford, les codeurs qui travaillent trop tendent à produire du code de moins bonne qualité quand ils travaillent 60 heures par semaine contrairement à ceux qui travaillent 40 heures par semaine.


L’enquête de la plateforme Blind fait suite à celle de StackOverflow au sujet des maladies mentales. D’après le site web qui se spécialise dans les questions et réponses sur des sujets liés à l’informatique, le syndrome de l’imposteur compte parmi les plus gros déclencheurs de troubles comme l’anxiété et la dépression. Aux États-Unis, 20 % des 100 000 participants au « Developer Survey 2018 » de StackOverflow disent lutter avec l’un des deux états psychologiques. Le programmeur Kenneth Parker va plus loin. Dans un billet paru il y a quelques années il titre : j’ai connu un programmeur qui est devenu complètement fou. Donc, développeurs, attention au syndrome de l’imposteur et à ses conséquences.

Source : blog Blind

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

Avez-vous parfois eu le sentiment d’être un imposteur sur certaines missions ?

Avez-vous côtoyé des imposteurs ?

Le rythme d’évolution des technologies ne fait-il pas finalement de tous les développeurs des imposteurs ?

Voir aussi :

Les travailleurs sont-ils plus productifs lorsqu'ils travaillent plus de 40 heures par semaine ? Qu'en est-il des développeurs ?

Quels sont les facteurs qui poussent les jeunes développeurs à travailler plus longtemps ? Un amour pour le travail ou un mauvais management ?


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Avatar de ShigruM ShigruM - Futur Membre du Club https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 12:07
et combien ont le syndrome inverse ? qui surestime leurs compétences, qui se croient les plus experts du monde ?
et qu'en est il par rapports aux autres professions de l'ingénierie (aéronautique, aérospatial...) ?
Avatar de Pyramidev Pyramidev - Membre expert https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 13:29
Un des facteurs qui favorise le syndrome de l’imposteur sont les offres d'emploi qui recherchent des moutons à 5 pattes, même parmi les jeunes diplômés.

Un autre facteur est que la programmation est un monde très vaste et que l'école n'a pas le temps d'enseigner tout ce qui est le plus important. Donc on peut facilement louper certains fondamentaux. Or, si on considère que tout développeur devrait connaître tous les fondamentaux (« mais comment peut-on ne pas savoir ça ? »), cela peut être une source de pression.
Ce phénomène est aggravé par le fait que plein de gens vivent dans une bulle et ont tendance à considérer comme fondamentales des connaissances pas si fondamentales que ça et considèrent comme des ignares ceux qui ont loupé une de ces connaissances.
Avatar de Zefling Zefling - Membre expert https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 14:07
Citation Envoyé par Pyramidev Voir le message
Un des facteurs qui favorise le syndrome de l’imposteur sont les offres d'emploi qui recherchent des moutons à 5 pattes, même parmi les jeunes diplômés.

Un autre facteur est que la programmation est un monde très vaste et que l'école n'a pas le temps d'enseigner tout ce qui est le plus important. Donc on peut facilement louper certains fondamentaux. Or, si on considère que tout développeur devrait connaître tous les fondamentaux (« mais comment peut-on ne pas savoir ça ? »), cela peut être une source de pression.
Ce phénomène est aggravé par le fait que plein de gens vivent dans une bulle et ont tendance à considérer comme fondamentales des connaissances pas si fondamentales que ça et considèrent comme des ignares ceux qui ont loupé une de ces connaissances.

Il y a peut-être aussi le problème que l'on voudrait qu'on soit réellement des moutons à 5 pattes. On commence souvent comme simple développeur, puis on ne demande toujours plus à faire, car les technologies évoluent vite (et qu'on veut pas prendre quelqu'un pour faire ce qui n'est pas dans nos compétences initiales). Il faut toujours apprendre, et quand on commence à être bon sur un truc on passe sur la nouvelle version qui nous donne le sentiment qu'il y a encore plus à apprendre. Je suis sur tout sur le client web. Il y a 10-15 ans, on pouvait contraire presque tout, aujourd'hui, c'est quasiment impossible. Puis comme il faut s'auto-former en permanence, qu'on a toujours plus de techno à maîtriser, et qu'on nous laisse pas franchement le temps de le faire...
Avatar de Mat.M Mat.M - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 14:11
Citation Envoyé par Pyramidev Voir le message
Un des facteurs qui favorise le syndrome de l’imposteur sont les offres d'emploi qui recherchent des moutons à 5 pattes, même parmi les jeunes diplômés.
remarque très pertinente je n'aurais pas écris mieux...bref quelque part c'est ceux qu dirigent les sociétés de services informatique qui poussent cette logique, ,ce phénomène
Avatar de benjani13 benjani13 - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 15:02
Citation Envoyé par Pyramidev Voir le message
Un des facteurs qui favorise le syndrome de l’imposteur sont les offres d'emploi qui recherchent des moutons à 5 pattes, même parmi les jeunes diplômés.
Citation Envoyé par Zefling Voir le message
Puis comme il faut s'auto-former en permanence, qu'on a toujours plus de techno à maîtriser, et qu'on nous laisse pas franchement le temps de le faire...
Deux bons résumés du problème. Je rajouterais un troisième qui, rejoins ces deux là, qui est la mauvaise gestion des compétences. Même si une entreprise ne forment pas ses employés (ce qui est absurde mais on l'a tous vu/vécu je pense), elle peut proposer un parcours ne serait-ce qu'en faisant travailler l'employé sur les projets qui le mèneront à une certaine expérience et à un certains portefeuille de compétences. Et faire bosser ensuite le salarié sur un autre projet ou il pourra appliquer ses compétences acquises précédemment. C'est rarement le cas. On transfert les personnes d'un sujet à un autre sans réfléchir à leur compétences et aux besoins de formations. Au final la charge est souvent à 100% sur le salarié qui doit s'auto-former sinon il ne sera pas à la hauteur, et ne se sentira pas à la hauteur, ce qui est encore pire.

J'ai aussi le sentiment que les entreprises abusent du fait que l'informatique est un domaine ou une partie importante des salariés sont passionnés par le domaine/leur métiers, et que donc on peut éviter de gaspiller de l'argent à les former vu qu'ils seront assez bêtes pour aller se former tout seul sur leur temps libre (veille, essaie des nouvelles technos qui sortent, etc). Je me demande ce que donnerait une sorte de grève du zèle à long terme chez les informaticien, si ça pourrait renverser un peu la balance. Ne plus faire profiter l'entreprise de son boulot personnelle, et par exemple si on nous impose une techno exiger une semaine de temps pour se former plutôt que passer son temps libre dessus.

Le pire est que ça dessert totalement la productivité. Je l'ai vécu en tant que dev, quand on vous forme pas d'entrée, vous galérez pendant un ou deux ans à grappiller des bribes de connaissances par ci par là. Vous êtes totalement perdu dans les réunions car on vous a pas donné le dictionnaire de l'entreprise (vous ne comprenez aucun acronyme, aucune abréviation, et aucun jargon de l'entreprise) donc vous ne pouvez être que spectateur. On ne vous a pas présenté la ligne stratégique/marketing/commercial de l'entreprise donc au delà de la petite bulle qu'est votre équipe c'est le flou complet, vous ne comprenez pas votre environnement. Bref, pour éviter quelques jours de formations vous avez un employés très peu efficace, qui se sentira mal et peu impliqué.

Maintenant c'est encore pire dans mon métier actuel. Je peux être amené un jour à aller sur un serveur Windows, la semaine d'après sur des équipement réseaux, la suivante sur un site web et encore après sur une solution proprio quelconque. On est toujours challengé et mis en difficulté. Entre les managers qui ont tendance à nous survendre, les clients qui s'attendent à recevoir un expert de la techno qu'ils utilisent, et avec toujours la mauvaise gestion des compétences, c'est pas toujours facile à gérer et on peut vite ressentir ce syndrome de l'imposteur.
Avatar de Pyramidev Pyramidev - Membre expert https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 15:36
Citation Envoyé par benjani13 Voir le message
J'ai aussi le sentiment que les entreprises abusent du fait que l'informatique est un domaine ou une partie importante des salariés sont passionnés par le domaine/leur métiers, et que donc on peut éviter de gaspiller de l'argent à les former vu qu'ils seront assez bêtes pour aller se former tout seul sur leur temps libre (veille, essaie des nouvelles technos qui sortent, etc). Je me demande ce que donnerait une sorte de grève du zèle à long terme chez les informaticien, si ça pourrait renverser un peu la balance. Ne plus faire profiter l'entreprise de son boulot personnelle, et par exemple si on nous impose une techno exiger une semaine de temps pour se former plutôt que passer son temps libre dessus.
On ne pourra jamais empêcher les passionnés de s'instruire sur ce qui les intéressent. Par contre, je suis d'accord avec toi dans le cas des technos imposées. Si on veut apprendre quelque chose pendant son temps libre mais que le boulot nécessite d'apprendre autre chose de moins intéressant alors, au lieu de sacrifier son temps libre, c'est pendant les heures de boulot qu'il faudrait apprendre cette autre chose moins intéressante.

Mais comme certaines choses intéressantes qu'on apprend en dehors du boulot peuvent servir directement ou indirectement au boulot, alors il y aura toujours un certain écart de niveau en faveur des passionnés.
Avatar de Elthorn Elthorn - Membre régulier https://www.developpez.com
le 16/09/2018 à 21:53
@ShigruM : et combien ont le syndrome inverse ? qui surestime leurs compétences, qui se croient les plus experts du monde ?
apparemment 42%

et qu'en est il par rapports aux autres professions de l'ingénierie (aéronautique, aérospatial...) ?
L'aéronautique et l'aérospatial ne sont pas des profession mais des domaines. Mais pour répondre à ta question, Il y a le même phénomène chez tous les ingénieurs (mécanique, fluidique, aérodynamique, électronique, etc...). Moi qui suis mécanicien (pas auto ), cela m'est déjà arrivé plusieurs fois de penser que je ne savais pas grand chose ou pas assez. Je pense que c'est assez sain comme raisonnement parce qu'on prend pas la grosse tête.

Après il suffit de travailler un peu sur soi :
1) savoir que ce n'est pas vrai car on sait forcément des choses
2) de prendre un peu de recul car cette pensée vient quand on est la tête dans le guidon
3) accepter que l'on ne sait pas tout, tout de suite, mais que l'on peut apprendre
4) accepter de passer du temps à apprendre
5) avoir le courage de dire à son patron que l'on va devoir se former sur le sujet en question

c'est pas facile, mais c'est pas non plus insurmontable. Par contre je reconnais que les constantes de temps ne sont surement pas les mêmes dans mon domaine (mécanique) que dans les vôtres ((informatique en général)
Avatar de Cincinnatus Cincinnatus - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 17/09/2018 à 9:43
Le problème du syndrome de l'imposteur est sans doute lié à la formation, mais pas seulement. La formation initiale ne peut tout apprendre, elle doit apporter les fondamentaux (théoriques et pratiques) que l'on n'apprendra pas seul, et "apprendre à apprendre" seul. La formation continue sert à ajouter les dernières technos au C.V.
L'autre cause que je voie est une mauvaise visibilité des compétences attendues. L'entreprise a-t-elle une vision des architectures et technologies qui seront demandées dans les mois/années à venir ? Le développeur se focalise-t-il sur celles-ci et éventuellement d'autres proches ou annoncées comme les successeurs des technos utilisées actuellement ? Ou ne se disperse-t-il pas sur toutes les nouveautés ?
Comme il a été dit, il n'est pas possible de tout maîtriser, et depuis longtemps. Il faut, au moins pour une période, pouvoir se fixer un ensemble de technologies/librairies, sur lesquelles on peut approfondir et avoir une réelle compétence.
Avatar de Elthorn Elthorn - Membre régulier https://www.developpez.com
le 17/09/2018 à 10:39
L'autre cause que je voie est une mauvaise visibilité des compétences attendues
Là tu as mis le doigt sur quelque chose d'important. Pour la plupart des personnes, un informaticien, c'est un informaticien donc il connait tout de l'informatique. les gens ignorent ou veulent ignorer qu'il y a une multitude de sous-métiers, sous-domaines, et qu'un expert réseau n'est pas forcément expert en dév Web ou en base de donnée (c'est juste un exemple alors pardonner moi si je dis une bêtise). C'est la même choses pour tous les métiers. De plus les néophytes pensent toujours que tout est facile. Et lorsqu'on leur dit que non, ils nous croient pas, ou pensent qu'on est forcément nul. Ce qui n'aide pas pour gérer le syndrome de l'imposteur.

une petite vidéo rigolote pour illustrer le problème


je pense qu'on est nombreux à avoir vécu cette situation.
Avatar de Filippo Filippo - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 17/09/2018 à 10:49
Bonjour à tous,
il m'est arrivé d'être "vendu" par des SSII comme "grand expert" à des clients dans des domaines techniques ou fonctionnels où je n'avais qu'un niveau moyen. Je me suis senti mal au début des missions mais j'ai toujours réussi à m'en sortir avec l'appui de collègues chez le client.
D'une manière générale je n'ai pas trop confiance en moi. C'est lié à l'éducation, les parents, les instits, les profs, les premières expériences dans la vie professionnelle, les méthodes de recrutement.
Avec le temps ça s'arrange un peu. Quand on s'en est bien sorti à plusieurs postes, ça renforce la confiance en soi.

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