Cambridge Analytica : des agences fédérales US enquêtent sur les révélations de Facebook
Pour déterminer le rôle de l'entreprise dans cette affaire

Le , par Stan Adkens

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Pas plus tard que le vendredi, Facebook a publié des révélations dans un document de plus de 700 pages, sur plusieurs partenariats de partage de données utilisateur avec des groupes de développeurs, des fabricants de matériels et des concepteurs de logiciels. C’était le second document de réponses aux questions des législateurs US dans l’affaire de partage de données utilisateur avec le cabinet Cambridge Analytica dans laquelle une enquête avait déjà été ouverte par le Département américain de la justice, mais également par la FTC (Federal Trade Commission).

Ces enquêtes se sont élargies pour s’étendre essentiellement aux actions et déclarations de Facebook. Par ailleurs, l’on enregistre maintenant l’implication de plusieurs agences fédérales, y compris les représentants du FBI et de la SEC (Securities and Exchange Commission) qui rejoignent le ministère de la Justice et la FTC dans ces enquêtes sur les deux sociétés et le partage de données personnelles de 71 millions d'Américains, selon les déclarations de cinq personnes, qui ont préféré garder l’anonymat à cause des enquêtes qui sont en cours.

Les interrogations des enquêteurs fédéraux portent sur ce que Facebook savait il y a trois ans et pourquoi la société ne le révélait pas à ses utilisateurs ou investisseurs. En effet, c’est depuis 2015 que Facebook a découvert que le cabinet Cambridge Analytica, qui a ensuite travaillé pour la campagne Trump, avait obtenu des données Facebook pour créer des profils d'électeurs. Pourtant, il a choisi de garder l’information secrète.

Les enquêteurs se focalisent, également, sur le témoignage du Capitol Hill sur les responsables de Facebook, y compris le PDG Mark Zuckerberg, selon des personnes proches des enquêtes fédérales.

Facebook aurait confirmé, à Washington Post, les enquêtes en cours et aurait déclaré avoir reçu des questions des agences fédérales tout en assurant être disposé à partager l'information et à coopérer. « Nous coopérons avec des responsables aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs », a déclaré le porte-parole de Facebook, Matt Steinfeld. « Nous avons fourni un témoignage public, répondu aux questions et nous sommes engagés à continuer notre aide alors que leur travail se poursuit. »

Capture d'écran de la vidéo de The Washington Post


Le ministère de justice et la FTC n’ont pas voulu répondre aux questions de The Washington Post. Quant au cabinet Cambridge Analytica, ses portes seraient fermées à tout commentaire depuis le début de l’affaire. Deux personnes de la SEC qui ont connaissance du dossier le qualifieraient de « The Facebook Matter ».

David Vladeck, ancien directeur du Bureau de la protection des consommateurs de la FTC et maintenant professeur de droit à Georgetown, a déclaré que « le fait que le ministère de la Justice, le FBI, la SEC et la FTC soient assis ensemble soulève de sérieuses préoccupations ». Il a dit n’avoir aucune connaissance directe de l'enquête, mais selon lui, la combinaison des agences impliquées « soulève toutes sortes de drapeaux rouges ».

Facebook est à peine sorti de deux années de scandale, à commencer par le rôle joué par sa plateforme dans la diffusion des efforts de désinformation russes pendant la campagne présidentielle de 2016, qu’il est pris dans l’étau d’une affaire dite de partage de données avec le cabinet d’analyse.

L’affaire en cours commence en 2015, lorsqu’Aleksandr Kogan, chercheur à l'Université de Cambridge, en collaboration avec Cambridge Analytica, a utilisé une application de quiz pour recueillir des données sur ceux qui ont répondu au sondage et sur leurs amis. Lorsque Facebook s’est rendu compte de cette collaboration de collecte de données entre le cabinet et Aleksandr Kogan, il l’a décriée comme une utilisation abusive parce qu'elle n'était pas utilisée à des fins académiques. Mais Cambridge Analytica et Kogan ont minimisé l’ampleur de leur acte en disant qu'ils n'avaient rien fait de mal et que beaucoup d'autres le font. Kogan a, par ailleurs, soutenu qu'il a obtenu la permission de partager les données dans le cadre d’un changement de contrat permettant une utilisation commerciale plus large. Il aurait également déclaré avoir informé Facebook de son nouveau contrat commercial.

Facebook aurait aussi initié une enquête sur Aleksandr Kogan et son partenaire dans ce cadre. Il leur aurait aussi ordonné de supprimer les données collectées et le cabinet aurait déclaré les avoir supprimées. Mais cela n’a pas été le cas.

En outre, en 2014 et 2015, Facebook aurait interrompu l’accès aux données utilisateur aux développeurs, mais des groupes de développeurs d’applications ainsi que des fabricants d’appareils et de logiciels tels qu’Apple, Amazon, Samsung et Huawei ont continué à utiliser ces données.

Depuis le scandale de Cambridge Analytica en mars, Facebook a conduit des efforts dans un audit des applications sur sa plateforme qui conduit à la suppression de 200 applications qui avaient accès aux données des utilisateurs. Il a également restreint l'accès aux données pour tous les développeurs utilisant Facebook et son service associé, Instagram.

Pour des raisons de l’enquête, de nombreux détails sur l'enquête fédérale demeurent inconnus. Cependant, selon The Washington Post, les enquêtes semblent particulièrement être concentrées sur les données que Facebook a permis de collecter à partir de sa plateforme et dans quelles conditions, ainsi que ce que Facebook a dit au public au moment du partage des données et lors des dernières audiences du Congrès. Les divergences dans les propos du PDG de Facebook seraient survenues lors des audiences de Zuckerberg au Capitol Hill en avril dernier. Le sénateur Richard Blumenthal a présenté une exposition avec les termes de service plus larges de Kogan et a demandé à Zuckerberg s'il les avait déjà vues. Mais Zuckerberg a répondu par un non.

Facebook risquerait une amende de l’ordre des milliards s’il s’avérait qu'il a effectivement violé un décret de consentement de 2011 dans ses pratiques de confidentialité.

Source : The Washington Post

Et vous ?

Que pensez-vous de l’évolution de cette affaire de violation de données des utilisateurs?
le Groupe Facebook a-t-il des chances de s’en sortir indemne ?

Voir aussi

Facebook révèle avoir partagé les données de ses utilisateurs avec des dizaines d'entreprises, dans un nouveau rapport remis au Congrès US
Affaire Cambridge Analytica : Facebook témoigne dans un document de 500 pages, en ignorant les préoccupations de nombreux législateurs américains
L'audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain a révélé un PDG déconcerté, le patron de Facebook aurait-il trompé les élus américains ?

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Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 18/04/2019 à 14:59
Cela arrive à tout le monde, y'a pas de quoi en faire un drame.

Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, je me baladais tranquillement au centre-ville, et paf ! Je braque une banque par erreur.
Cela m'arrive tout le temps, je suis vraiment tête en l'air.
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Avatar de Neckara
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 05/06/2019 à 10:18
Je trouve cela quand même légèrement déplacé, ils connaissaient parfaitement ce à quoi ils s'engageaient en achetant des actions de type A, plutôt que de celles de type B. Les règles du jeu ne sont pas une surprise.
S'ils ne sont pas content, pourquoi ne vendent-ils par leurs actions ?

C'est comme aller à une boulangerie, acheter une baguette de 100g, et se plaindre que celui qui achète une flûte de 200g a plus de pain en sortant...
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Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 15/04/2019 à 11:15
Rien que pour le choix de la photo ça mérite +1
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Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 30/06/2019 à 12:23
Citation Envoyé par Jonathan Voir le message
L'Italie inflige à Facebook une amende d'1,1 million de dollars

En décembre 2018, l'agence avait condamné Facebook à une amende de 10 millions d'euros pour avoir induit en erreur ses utilisateurs en raison de ses pratiques de connexion et au mois de mars de cette année, elle a mis en cause Facebook sur l'utilisation abusive des données, mais cette fois là, le géant des réseaux sociaux avait choisi de payer un montant réduit de 52000 euros dans l'espoir de régler le problème.
Il faut changer d'échelle pour tout remettre en perspective :
Je vous informe que Facebook réalise un chiffre d'affaires de 1 776 $ par seconde qui passe (24/24h sur 365j), la première amende représente 619 secondes d'activité de Facebook et la deuxième : 29 secondes.

Sous cet angle, c'est tout de suite beaucoup plus parlant, vous ne trouvez pas ?
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Avatar de herr_wann
Membre actif https://www.developpez.com
Le 28/11/2018 à 10:19
C'est amusant, il parait qu'il ne faut pas avoir peur des GAFAM quand on n'a rien à cacher mais ils ont visiblement beaucoup de mal à appliquer à eux mêmes ce principe de transparence
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Avatar de tanaka59
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 10/01/2019 à 13:15
Pour une aussi grosse fuite de données on frise le ridicule avec 15 000 £ d'amende . 4 ou 5 zéro de plus on fait beaucoup plus mal au portefeuille.
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Avatar de schmiddy
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 07/03/2019 à 15:20
Je ne suis pas surpris. Facebook n'a pas la même emprise sur la nouvelle génération. J'ai créé mon compte en 2007 ou 2008, à l'époque où en effet Facebook n'était pas encore traduit, et c'était le seul réseau social qui visait large, à l'inverse de MySpace plus orienté artistique. Au fil du temps, de nouveaux réseaux sociaux sont apparus et Facebook n'a fait que tenter de suivre pour enrayer son érosion et l'émergence de ces nouveaux réseaux spécialisés dans un domaine (LinkedIn pour l'emploi par exemple). Je ne sais pas si c'est moi qui vieillis ou non, mais Facebook m'insupporte depuis des années avec la publicité omniprésente, la timeline qui me présente tout sauf ce que j'attends d'un réseau social, c'est à dire l'actualité de mon réseau. Au final après 4-5 ans en friche mais des nettoyages de liste d'amis réguliers, j'ai fini par désactiver mon compte il y a quelques mois. Ce n'est pas tant les scandales qui m'ont fait quitter FB car j'étais parfaitement conscient de ce que je faisais, c'est simplement que FB est devenu une gigantesque poubelle d'internet, tout comme le réseau à l'oiseau qui pourtant était plutôt intéressant il y a encore quelques années. Désormais, je "réseaute" autrement ; ce qui m'inquiète est qu'au final LinkedIn devient un peu comme Facebook, on commence à y voir de tout et n'importe quoi.

Simplement, je redécouvre les agrégateurs de flux RSS et je me suis fait un Feedly aux petits oignons pour cibler ce qui m'intéresse et je reste en contact avec mes relations perso / pro différemment... comme je faisais avant Facebook.
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Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 05/06/2019 à 11:28
Fin 1er trimestre 2019 :

Entreprise Trésorerie Chiffre d'affaires
Google 113 milliards $ 137 milliards $
Apple 245 milliards $ 265 milliards $
Facebook 45 milliards $ 56 milliards $
Amazon 37 milliards $ 242 milliards $
Microsoft 131 milliards $ 110 milliards $
Dell 15 milliards $ 90 milliards $
Uber 8 milliards $ 11 milliards $
Total 594 milliards $ 911 milliards $

Total GAFAM : 571 milliards de $ de trésorerie
Total GAFAM : 810 milliards de $ de chiffre d'affaires (Cela représente grosso modo le PIB cumulé de 90 pays de la planète sur 194)

tu veux lutter toi ? A part la puissance de feu d'un état comme la Chine, je ne vois pas comment tout ce petit monde ne pourrait pas racheter n'importe quelle société concurrente ou qui commencerait à marcher sur leur plates bandes (d'ailleurs c'est se qui se passe, d'où l'entrevue d'un abus de position dominante)
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Avatar de Titnain
Futur Membre du Club https://www.developpez.com
Le 16/07/2019 à 13:32
Alors évidemment je suis contre les abus, contre l'utilisation de nos données personnelles, etc. Mais je trouve ça quand même un peu abusé.... C'est quoi l'idée ? Mettre un quota maximum d'employé pour les entreprises ? Un quota maximum de vente/prestations ?
Hum, comment dire. L'idée c'est de supprimer un trust. De la même manière que Rockefeller s'est fait démanteler sa Standard oil.

Pour information, un trust n'est jamais bon, ni pour le consommateur ni pour le pays. Aujourd'hui on est arrivé à quelque chose d'encore plus gros, d'encore plus pesant sur l'économie d'un pays et même l'économie mondiale ( Les GAFAMs ont des revenus plus importants que certains PIB).

Il est normal et plutôt sain de vouloir abaisser leur pouvoir et leur main-mise. D'autant plus que Facebook a déjà commencé à vouloir s'étendre sur le marché bancaire. Une société qui aurait un aussi gros pouvoir serait véritablement dangereuse.

Il est grand temps d'agir d'après moi.
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Avatar de psychadelic
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 15/02/2019 à 13:34
Citation Envoyé par ddoumeche Voir le message
ils n'auraient pas fait autre que ce que pratique la presse d'opinion ou les médias télévisés depuis toujours.
Non, c'est tout de même différent et l’enquête l'a prouvé ( et Cambridge Analytica l'a reconnu): ils ont envoyé des messages ciblés, directement sur les comptes FB des personnes, et en fct de leur profil.
La 2em différence avec la presse c'est que ces messages sont dissimulés et difficilement traçable.
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