USA : des associations s'érigent contre la technologie de reconnaissance faciale d'Amazon
Craignant une surveillance de masse par la police

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Fin novembre 2016, Amazon a présenté Amazon Rekognition, un service de reconnaissance d’images. « Propulsé par l'apprentissage en profondeur et construit par notre équipe de Vision informatique durant de nombreuses années, ce service entièrement géré analyse déjà des milliards d'images par jour. Il a été formé sur des milliers d'objets et de scènes et vous pouvez désormais l'utiliser dans vos propres applications », avait alors expliqué Jeff Barr, évangéliste en chef d’AWS.


Peu de temps après, l’entreprise a mis sa technologie à la disposition des forces de l’ordre, affirmant qu’elle permettrait de faciliter les enquêtes criminelles en reconnaissant des suspects dans des photos et des vidéos. Elle a été utilisé dans un premier temps par quelques services comme le département de police d'Orlando en Floride et le bureau du shérif du comté de Washington dans l'Oregon, ces premiers utilisateurs auraient servi de jauge afin d’encourager d'autres fonctionnaires à y faire appel.

Mardi, l'American Civil Liberties Union (ACLU), une association à but non lucratif de défense des droits numériques, accompagnée par plus de deux douzaines d'autres organisations du même type, a demandé à Amazon de cesser de vendre son système de reconnaissance d'image à la police. Pour le lobby, cette technologie pourrait entraîner des dérives ; par exemple, la police pourrait l'utiliser afin de pister des manifestants ou d'autres personnes que les autorités jugent suspectes, plutôt que de se limiter aux personnes qui commettent effectivement des crimes.

« Amazon Rekognition est susceptible de connaître des abus entre les mains des gouvernements », a déclaré le lobby dans une lettre adressée à Jeff Bezos, le directeur général d'Amazon. « Ce produit constitue une grave menace pour les communautés, y compris les personnes de couleur et les immigrants, et pour la confiance et le respect qu'Amazon a travaillé à construire ».

En pièce jointe, l’ACLU a publié une série de courriels internes et d'autres documents des forces de l’ordre dans le comté de Washington et Orlando relatifs aux correspondances avec Amazon qu'elle a obtenu en ayant recours au Freedom of Information Act, une loi américaine équivalente aux requêtes CADA françaises et qui permet à des citoyens et associations de demander l’accès aux documents administratifs.

Les documents obtenus auprès du département de police d'Orlando montrent que les responsables de la ville ont utilisé des outils d'analyse vidéo d'Amazon avec des images provenant de caméras de surveillance, d'appareils photo mais également de drones.

« L'idée qu'une entreprise aussi importante qu'Amazon ait résolument investi cet espace pourrait marquer un changement radical pour cette technologie », a déclaré Alvaro Bedoya, directeur exécutif du Center on Privacy & Technology du Georgetown University Law Center.

Dans un communiqué, une porte-parole d'Amazon Web Services a souligné que l'entreprise proposait une technologie générale de reconnaissance d'images qui pourrait automatiser le processus d'identification des personnes, des objets et des activités. Elle a dit que les parcs d'attractions l'avaient utilisé pour trouver des enfants perdus, et Sky News, le diffuseur britannique, l'a utilisé le week-end dernier pour identifier automatiquement les invités qui assistaient au mariage royal.

La porte-parole a déclaré que, comme tous les A.W.S. services, l'entreprise demande aux clients de se conformer à la loi.


Il faut dire que les personnes qui peuvent être identifiées grâce à des systèmes de reconnaissance faciale ne sont pas seulement celles qui ont un casier judiciaire. Selon les estimations du Center on Privacy & Technology à la Georgetown Law, plus de 130 millions d'adultes américains sont dans des bases de données de reconnaissance faciale qui peuvent être fouillées durant des enquêtes criminelles.

La reconnaissance faciale fait son apparition dans de nouveaux domaines de la vie publique, souvent suivie de contestations de la part des critiques quant à son efficacité en tant qu'outil de sécurité et son impact sur la vie privée. Arenas l'utilise pour dépister les fauteurs de troubles connus lors d'événements, tandis que le Department of Homeland Security l'utilise pour identifier les visiteurs étrangers dans les aéroports dont le visa est expiré.

En Chine, si la reconnaissance faciale est utilisée pour chasser les voleurs de papier toilette, ou surveiller les étudiants dilettantes, la reconnaissance faciale fait son entrée dans la police et vient renforcer l’arsenal de surveillance des autorités chinoises. Une technologie qui a permis à la police chinoise d’arrêter un fugitif dans le sud-est du pays après l'avoir repéré dans une foule de cinquante à soixante mille (60 000) personnes assistant à un concert de musique pop. L'homme de 31 ans, qui a été arrêté la semaine dernière, était recherché pour des crimes économiques non spécifiés.

Identifié par son nom de famille Ao, il a déclaré qu’il se sentait en sécurité au milieu de cette foule, son arrestation aurait donc été un choc.

Source : ACLU (lettre, pièces jointes - au format PDF -), Amazon, recherches du Center on Privacy & Technology

Et vous ?

Que pensez-vous de l'utilisation des technologies de reconnaissance faciale par les forces de l'ordre ?
La perspective d'une surveillance de masse devrait-elle en limiter l'usage ? Pourquoi ?

Voir aussi :

La police chinoise s'équipe de lunettes dotées d'une technologie de reconnaissance faciale, pour scanner les foules à la recherche de suspects
Chine : la police se sert de la reconnaissance faciale pour arrêter un fugitif, la fiction Big Brother de 1984 est-elle devenue une réalité en 2018 ?
Big data : la Chine a commencé à tester son système national de crédit social et menace de priver les citoyens mal notés de certains services de base
Facebook veut utiliser la reconnaissance faciale pour vous prévenir, lorsque quelqu'un publie une photo de vous sur sa plateforme
Mozilla publie une solution d'apprentissage profond pour la reconnaissance vocale, une implémentation TensorFlow de l'architecture Deep Speech

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Avatar de Patrick Ruiz
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 19/06/2018 à 17:05
Des actionnaires demandent à Amazon d’arrêter de vendre son IA de reconnaissance faciale
Aux forces de l'ordre

L’intelligence artificielle une fois de plus au centre de toutes les attentions … Des actionnaires d’Amazon appellent Jeff Bezos à arrêter de fournir une technologie de reconnaissance faciale mise au point par l’entreprise aux forces de l’ordre américaines.

Il y a en effet que l’intelligence artificielle en tant qu’outil peut rendre d’énormes services. L’un des exemples les plus récents est celui d’une IA de Google qui permet de prédire le risque pour un patient de mourir bientôt ou d’être réadmis à l’hôpital entre autres, mais il peut également y avoir des usages malsains. C’est la crainte qu’a tenu à formuler une vingtaine d’actionnaires de l’entreprise dans une correspondance adressée à Jeff Bezos en date du 15 juin. « Nous sommes préoccupés par le fait qu’une telle infrastructure de surveillance pourrait non seulement porter atteinte à la vie privée des consommateurs, mais également introduire des risques importants pour notre entreprise en impactant négativement sur sa valeur en bourse et en augmentant le péril financier pour les actionnaires », écrivent-ils.

L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) est sur le coup bien avant cette sortie. Dans le texte sans détour d’une pétition qui engrange déjà 150 000 signatures on peut lire : « Amazon, sors du business de la surveillance. » Dans la foulée, une lettre ouverte signée par près de 70 organisations et associations a suivi pour demander à Jeff Bezos de renoncer à ce projet.


L’appel aura-t-il l’effet escompté ?

Tout dépend de Jeff Bezos … NBC News rapporte en effet qu’il concentre près de 79 millions d’actions et est donc de très loin le plus gros actionnaire. Dès qu’on le sait, on comprend que le droit de vote des autres actionnaires ne compte que pour du beurre. Alors, que pense M. Bezos de tout ceci ? Eh bien, l’entreprise défend son business de vente de technologie de surveillance aux gouvernements en arguant, comme l’a fait Google dans le cadre du projet Maven, qu’elle ne saurait être comptable de l’usage que des tiers font de sa technologie. En sus, elle précise qu’ « il n’ y a jusqu’ici pas eu de rapports d’utilisation abusive de Rekognition par les forces de l’ordre. »

La messe semble donc être dite, mais un revirement à la Google pourrait se produire. L’entreprise pourrait décider d’arrêter de fournir la technologie aux forces de l’ordre et la réorienter vers d’autres usages comme l’ont suggéré les actionnaires auteurs de la correspondance adressée à Bezos.

Rekognition : qu’a donc cette technologie dans le ventre ? À quoi sert-elle concrètement ?

Réponse de l’entreprise : « Amazon Rekognition facilite l'ajout d'une analyse des images et des vidéos à vos applications. Vous fournissez simplement une image ou une vidéo à l'API Rekognition, et le service peut identifier les objets, les personnes, le texte, les scènes et les activités, ainsi que détecter tout contenu inapproprié. Amazon Rekognition fournit également une reconnaissance et une analyse faciales précises sur vos fichiers image et vidéo. Vous pouvez détecter, analyser et comparer des visages pour une grande variété de cas de vérification d'utilisateurs, de comptage de personnes et d'utilisation pour la sécurité publique. »

La technologie a été lancée fin 2016. D’après L’Union américaine pour les libertés civiles, elle est déployée dans trois États américains au minimum et peut identifier, suivre et analyser en temps réel jusqu’à 100 personnes par image.

Sources : ACLU, NBC News

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ? Ces entreprises de la Tech ont-elles vraiment le choix quand on sait que si elles ne se positionnent pas sur de tels créneaux quelqu’un d’autre le fera ?

Les ingénieurs qui acceptent de concevoir ces systèmes ne sont-ils pas les plus gros fautifs ?

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Avatar de Bill Fassinou
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 27/07/2018 à 17:37
La technologie de reconnaissance faciale d’Amazon identifie à tort 28 membres du Congrès US comme des criminels
quels dangers pour les Américains ?

Amazon, le géant IT américain a, depuis quelques années, consacré de grandes ressources à la reconnaissance faciale. Rekognition, la technologie de reconnaissance faciale d'Amazon est née de ces efforts. L’entreprise avait, à l’époque, entamé un partenariat avec les forces de l’ordre pour que celles-ci puissent se servir de la technologie de reconnaissance faciale dans l’exercice quotidien de leurs fonctions. Amazon avait alors expliqué que sa technologie permettrait de faciliter les enquêtes criminelles en reconnaissant des suspects dans des photos et des vidéos.

Certaines associations ne l’entendaient pas de cette oreille. L’American Civil Liberties Union, une association à but non lucratif de défense des droits numériques, et une kyrielle d’autres organisations du même type ont expressément demandé à Amazon d’arrêter de vendre sa technologie aux forces de l’ordre. Ces associations craignaient que Rekognition, entre les mains du pouvoir en place, ne soit utilisée à des desseins autres que l’identification de vrais criminels.

Cette même technologie qui est en instance d’intégration aux outils des forces de maintien de l’ordre et de la paix, vient de prouver qu’elle n’était peut-être pas aussi fiable qu’on pouvait le penser. En effet, l'ACLU a récemment conduit des tests sur le système de reconnaissance faciale d'Amazon et il s’est avéré que Rekognition a identifié 28 membres du Congrès américain comme étant des criminels. Au nombre de ces 28 congressistes identifiés à tort comme des criminels, il y avait des hommes, des femmes, des Républicains, des Démocrates de différents âges.


L’association a, pour son test, construit une base de données de 25 000 photos de personnes arrêtées. Elle a ensuite lancé une recherche de correspondance entre cette base de données et l’ensemble des membres en exercice du Congrès. Et elle précise que toute la procédure a été exécutée avec les réglages de correspondance qu’Amazon définit par défaut pour Rekognition. A partir du moment où l’identification peut être biaisée, il est aisé d’anticiper les effets de ces éventuelles fausses identifications.

Un policier pourrait, sur la base d’une identification erronée, catégoriser un individu comme armé et dangereux avant même de l’interpeller. Une identification, précise ou non, peut coûter a une personne sa liberté, et même sa vie. Amazon dit de sa technologie qu’elle peut identifier jusqu’à 100 visages sur une seule photo, suivre des gens en temps réel à travers les caméras de surveillance et analyser les enregistrements de cameras. La stratégie de marketing est tellement agressive qu’elle a même convaincu le bureau d’un shérif de l’Oregon de se servir de Rekognition, sans qu’il y ait eu aucun débat public autour de la question.

Dans une lettre à Jeff Bezos, Black Caucus du Congrès a lui-même exprimé son inquiétude à propos des « graves conséquences néfastes inattendues » que Rekognition pourrait avoir pour les Noirs, les immigrants sans papiers et les manifestants. Cette inquiétude se justifie par le fait que 40 % des correspondances erronées lors du test de l’ACLU étaient des personnes de couleur, alors que les personnes de couleur ne représentent que 20 % du Congrès. Les crispations interraciales dues aux maltraitances disproportionnées des personnes de couleur par les pratiques policières sont déjà extrêmement graves. Et, il ne faut pas chercher longtemps pour se rendre compte de comment et combien Rekognition peut encore aggraver la situation. Entre les mains des autorités, cette technologie pourrait mettre en péril des activités protégées par le premier amendement de la Constitution américaine telles que manifester ou pratiquer une religion.

C’est pour toutes ces raisons que des employés et des actionnaires d’Amazon, une coalition de presque 70 associations de défense des libertés civiles, plus de 400 membres de la communauté universitaire et plus de 150 000 citoyens ont élevé leurs voix pour exiger d’Amazon qu’elle arrête de fournir sa technologie de reconnaissance faciale au gouvernement. Ils demandent également au Congrès de prendre les dangers découlant de la reconnaissance faciale au sérieux et d’empêcher cette technologie d’être utilisée jusqu’à ce que les éventuelles conséquences néfastes soient examinées de fond en comble de manière à ne pas pouvoir fragiliser des communautés déjà vulnérables.

Source : ACLU

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
Quelle est votre position par rapport à l'utilisation d'une IA de reconnaissance faciale par les forces de l’ordre ?

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Avatar de kmedghaith
Membre averti https://www.developpez.com
Le 28/07/2018 à 13:30
Seulement 28 ?
J'aurais dit plus.
Avatar de marsupial
Membre expert https://www.developpez.com
Le 28/07/2018 à 14:40
J'aurai dit plus aussi. N'importe quel politicien aux Etats-Unis peut être considéré comme un criminel en puissance à cause du lobbying et de la corruption.

Plus sérieusement, tous ces faux positifs devraient faire comprendre, s'ils arrivent à sortir du lobbying ambiant, le risque de romans kafkaïens. Etre un innocent poursuivi et persécuté pour un crime qu'il n'a pas commis et même dont il ignore totalement l'existence.
Avatar de koyosama
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 28/07/2018 à 16:27
Meme si je les connais et je ne devrais pas les juger. J'ai enfin l'impression qu'une AI marche ou alors c'est le turk mecanique d'amazon . Bon allez je vais l'utiliser .
Avatar de mm_71
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 28/07/2018 à 22:56
identifie à tort 28 membres du Congrès US
Disons plutôt qu'a ce jour on ne peut rien prouver...
Avatar de hotcryx
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 30/07/2018 à 10:23
Qu'en est t'ils de ceux-ci ??

Avatar de Matthieu76
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 30/07/2018 à 10:44
Citation Envoyé par Bill Fassinou Voir le message
les personnes de couleur ne représentent que 20 % du Congrès.
C'est peu.
Avatar de Saverok
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 30/07/2018 à 12:05
Citation Envoyé par Matthieu76 Voir le message
C'est peu.
et encore, faut voir la proportion des femmes ou encore des latinos
Avatar de phylaine
Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
Le 30/07/2018 à 13:36
Oui là-bas mieux vaut être un
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