Revirement du gouvernement sur l'amendement visant à éjecter Google comme moteur de recherche par défaut
Des élus soupçonnent des pressions de Google

Le , par Michael Guilloux

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Dans l'esprit du Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) qui entrera en vigueur en mai 2018, des députés de la République En Marche ont décidé de bannir la collecte des données des internautes à travers les moteurs de recherche. À défaut de pouvoir bannir cette pratique, ce qui est moins réaliste, ils ont choisi d'exclure les moteurs de recherche qui le font. Plus précisément, ces députés ont proposé le mois dernier un amendement visant à éjecter Google comme moteur de recherche par défaut au profit d'alternatives plus respectueuses de la vie privée.

« La quasi-totalité des smartphones commercialisés en France et en Europe est équipée d’un système d’exploitation mobile iOS ou Android qui impose par défaut le même moteur de recherche à leurs utilisateurs, à travers différents points d’entrée (navigateur, barre de recherche, assistant vocal…) », expliquent les députés dans l'exposé sommaire de leur amendement. Avant d'ajouter que « ce moteur de recherche collecte, conserve et analyse l’intégralité des requêtes de chaque individu, par l’effet d’un contrat d’adhésion qui crée la fiction d’un consentement, en réalité obtenu faute de proposition alternative. »

Bien évidemment, il s'agit de Google que les députés LREM accusent encore de forcer les fabricants et distributeurs de terminaux mobiles Android à installer par défaut son moteur de recherche sur tous les points d’entrée possibles, en vertu de clauses insérées dans les contrats de licences liés au système Android. Sur iOS, on sait également que Google est le moteur de recherche par défaut en vertu d'un arrangement financier avec Apple. Google verserait en effet au fabricant d'iPhone un pourcentage des revenus tirés de la présence de son moteur de recherche sur iOS. D'après le cabinet Bernstein, le total des paiements de Google à Apple au cours de l'exercice fiscal 2017 pourrait atteindre 3 milliards de dollars, alors qu'il s'élevait à 1 milliard de dollars en 2014. C'est donc une affaire très rentable pour Apple qui permet d'assurer à Google d'être le moteur de recherche par défaut sur la plupart des terminaux mobiles.

Or, selon les députés, le niveau d’intrusion dans la vie privée que permet un tel moteur de recherche utilisé quotidiennement par des dizaines de millions de Français est considérable. Il appartient donc au législateur d’apporter aux citoyens la protection de la loi, d'où leur amendement. Ce texte stipule que « tout fabricant ou distributeur de terminal, fixe ou mobile, permettant l’accès à des services de communication au public en ligne doit configurer par défaut ce terminal d’une manière qui n’incite pas l’utilisateur final à recourir, à des fins de recherches d’informations, à un service qui collecte et conserve tout ou partie des requêtes associées à des données personnelles de l’utilisateur. »

Les députés suggèrent également que « lorsque [ces fabricants ou distributeurs de terminaux] intègrent des points d’entrée de recherches d’informations en ligne, [ils] doivent proposer, par défaut, le choix d’un service qui ne collecte et ne conserve pas de données personnelles associées aux recherches effectuées. » Et pour permettre aux constructeurs de remplacer, de manière légale, Google comme moteur de recherche par défaut, les députés LREM ajoutent que « toute clause contractuelle ayant pour effet de contraindre les [fabricants ou distributeurs de terminaux fixes et mobiles] à configurer par défaut des points d’entrée de recherches d’informations est nulle lorsqu’elle conduit l’utilisateur final à recourir à un service qui collecte et conserve des données personnelles liées aux recherches effectuées. »

C'est bien beau tout ça, mais le gouvernement a demandé aux députés à l'origine de cet amendement de le retirer afin de réécrire avec le ministère de la Justice une nouvelle version. Mais, la nouvelle version, moins catégorique, a été également recalée par le gouvernement. Pourquoi ce revirement, étant donné que le gouvernement a lui-même participé à la rédaction de la nouvelle version du texte ? Pour certains élus, le géant de la recherche en ligne directement ciblé serait derrière de changement brusque de position du gouvernement. En tout cas, c'est ce qu'indique Carl Meeus, le rédacteur en chef du Figaro Magazine.


Sources : Version initiale de l'amendement, Nouvelle version

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ?
Qu'est-ce qui pourrait expliquer ce revirement du gouvernement ?

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Avatar de Zirak
Inactif https://www.developpez.com
Le 07/02/2018 à 11:43
Sachant que les députés LREM arrivent à voter contre leurs propres amendements à l'Assemblé, je ne suis même pas sûr qu'il y ait eu besoin de pression de la part de Google...
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Avatar de Zirak
Inactif https://www.developpez.com
Le 15/02/2018 à 11:58
Citation Envoyé par ManusDei Voir le message
Ils sont plus visibles, nuance.
S'ils sont plus visibles, c'est qu'au moins eux sont présents.

Plus sérieusement, les députés LREM sont des branquignolles, comme je l'ai dit plus tôt dans le fil, sur je ne sais plus quelle loi récente (enfin peut-être fin d'année dernière, je ne sais plus quand j'ai entendu parlé de ça), ils ont proposé un amendement, chez LFI ils étaient d'accord avec cet amendement, et l'ont défendu à l'AS.

Et du coup, comme LFI était pour cet amendement, les députés LREM ont voté contre, alors qu'il venait de chez eux...

Tu m'étonnes qu'ils doivent être épuisés, devoir voter contre leur propre amendement, y'en a même quelques-uns a qui ça a du cramer des neurones.
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Avatar de Luckyluke34
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 07/02/2018 à 13:27
On a reproché beaucoup de choses aux frondeurs du temps de Hollande, mais elle est où la vertu de l'approche "moderne" qui consiste à fermer sa gueule et aller geindre en off au Figaro, ce qui ne va rien strictement rien changer à la situation ?

Ils commencent à entrevoir la possibilité d'assumer d'avoir une conscience propre les députés LREM, ou ils comptent rester ad vitam de bons petits pantins blottis dans leur syndrome de Stockholm bien cossu ?
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Avatar de ddoumeche
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 10/02/2018 à 12:38
Citation Envoyé par Luckyluke34 Voir le message
Pas un bourreau mais des geôliers stackhanovistes qui les maintiennent dans une sorte de détention consentie à l'Assemblée pour produire du texte législatif à la chaîne et rejeter à la chaîne ceux des autres partis - donc le président de groupe, le premier Ministre et Macron.

A lire : Des députés LREM vont créer une cellule de soutien psychologique pour des élus épuisés
Quelle bande de nazes.... et bien il faut commencer par réduire les lourdeurs administratives, du haut vers le bas. Rien que cela nous ferait gagner 10 points du PIB.
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Avatar de Zirak
Inactif https://www.developpez.com
Le 14/02/2018 à 10:20
Citation Envoyé par ddoumeche Voir le message
secundo la suppression de deux lois pour toute nouvelle ou modification de l'existant. Le législateur serait donc obligé de faire suivre une cure d'amaigrissement aux multiples codes.
Même si je suis d'accord qu'il y a des simplifications et du ménage à faire, avec un système comme ça, quand est-ce que tu t'arrêtes ?

Qui défini, comment et quand, qu'on a assez dégraissé ? Ne risque-t-on pas au bout d'un moment de devoir supprimer des lois "utiles" (enfin toujours pareil, "utiles" suivant le jugement de qui, tu me dirais) pour pouvoir en ajouter d'autres ?

Car sucrer 2 lois pour en ajouter ou modifier une, tu tends vers un système avec 0 loi, puisque tu en supprime plus que tu en ajoute, cela risque de vite devenir le bazar et l'anarchie complète sinon.
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Avatar de Grogro
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 14/02/2018 à 16:46
Citation Envoyé par ddoumeche Voir le message
C'est bien la preuve que le parlementarisme ne marche pas ....

Le législateur jugera quand il sera temps de passer à une loi supprimée pour une loi ajoutée. Quand une institution ou une entreprise sous e macrocéphalie, on met à plat les procédures pour les élaguer.
Et qu'est-ce qui marche alors ?

Quant à mettre à plat les procédures qui déconnent dans une entreprise bureaucratique, si tu ne changes pas la culture tu vas juste aboutir à d'autres procédures tout autant bordéliques, voire encore plus hors sol, car encore moins éprouvées.
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Avatar de marcellog19
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 15/02/2018 à 10:19
Citation Envoyé par Saverok Voir le message
En quoi est-ce différent des autres formations politiques ?
Hormis sous le quinquennat Hollande qui est une exception, ça s'est tjrs passé comme ça.

Tu penses que les députés UMP / Les Républicains avaient leur mot à dire dire sous Chirac ou Sarkozy ?
Que dire du PS sous Mitterrand !?!!
La différence c'est que Chirac ou Sarko n'ont jamais prétendu qu'ils allaient changé les pratiques politiques, qu'avec eux ca serait le nouveau monde
Et Holland l'avait annoncé et l'a fait : "Le changement, c'est maintenant"

Citation Envoyé par Saverok Voir le message

Les élus de LREM! sont épuisés car ils sont pour la plupart totalement novice en politique.
Là où les vieux briscards sont rodés sur toutes les procédures et peuvent se concentrer sur les dossiers (quand ils le font), les jeunes députés LREM! doivent apprendre les procédures en plus des dossiers.
Et quand on connaît les lourdeurs de l'administration française, c'est un surplus de travail considérable.

Bref, ce qui se passe avec les députés LREM! est juste logique et dans la continuité de la Vième République.
2/3 des députés LFI sont également des novices et ils bossent nettement plus que les LREM, que ce soit en commission, dans l'hémicycle, ou auprès des citoyens, ...
Que des députés (LREM, ou autres) soient épuisés est compréhensible tant le gouvernement (avec l'aval de De Rugy) fait n'importe quoi en voulant tout faire en même temps mais pour certains LREM, cela me fait doucement rire quand on voit leur peu de temps de présence.
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Avatar de hotcryx
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 07/02/2018 à 14:26
Les députés LREM marchent-ils les yeux bandés?
Tel les franc-maçons lors de l'initiation maçonnique.
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Avatar de Luckyluke34
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 08/02/2018 à 13:25
Citation Envoyé par Saverok Voir le message
Peux-tu me dire qui est le bourreau des députés LREM pour y voir un syndrome de Stockholm stp ?
Pas un bourreau mais des geôliers stackhanovistes qui les maintiennent dans une sorte de détention consentie à l'Assemblée pour produire du texte législatif à la chaîne et rejeter à la chaîne ceux des autres partis - donc le président de groupe, le premier Ministre et Macron.

A lire : Des députés LREM vont créer une cellule de soutien psychologique pour des élus épuisés
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Avatar de Saverok
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 14/02/2018 à 11:40
Citation Envoyé par Zirak Voir le message
Même si je suis d'accord qu'il y a des simplifications et du ménage à faire, avec un système comme ça, quand est-ce que tu t'arrêtes ?

Qui défini, comment et quand, qu'on a assez dégraissé ? Ne risque-t-on pas au bout d'un moment de devoir supprimer des lois "utiles" (enfin toujours pareil, "utiles" suivant le jugement de qui, tu me dirais) pour pouvoir en ajouter d'autres ?

Car sucrer 2 lois pour en ajouter ou modifier une, tu tends vers un système avec 0 loi, puisque tu en supprime plus que tu en ajoute, cela risque de vite devenir le bazar et l'anarchie complète sinon.
Il suffit juste de le faire sur une période donnée.
Comme on sait en moyenne combien de lois sont votées par an, avec ce type de mesure, on sait estimer le nombre de lois qui sera abrogé sur la même période.
On sait aussi combien de lois sont à abroger en vision macro (avec une belle marge).
Donc on sait déterminer le temps qu'il faudra pour atteindre l'objectif visé.

L'Angleterre a fait ça sur une période de 10 ans il me semble...

Le hic, c'est qu'aucun gouvernement ne veut le faire car cela ralentirai leur action car les débats parlementaires en seraient fortement allongés
==> on ne débattra plus uniquement de la nouvelle loi mais aussi de celles à abroger
Dans certains cas, c'est assez évident (l'interdiction aux femmes de porter des pantalons, par exemple) mais dans d'autres, ça va déclencher des polémiques que personnes ne veut.
Et comme tous les gouvernements (de gauche comme de droite) veulent montrer qu'ils agissent vite. Aucun ne voudra être tenu responsable de l'allongement des débats parlementaires même si c'est pour le bien du pays.
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