UE : un investissement d'un milliard d'euros pour des superordinateurs européens de niveau mondial
Est proposé par la Commission

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Fin mars 2017, sept pays de l'UE (la France, l'Allemagne, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et l'Espagne) ont signé à Rome une déclaration pour le développement des superordinateurs pouvant atteindre une puissance exascale, c'est-à-dire capables d'effectuer au moins un milliard de milliards d’opérations par seconde. Ils ont été plus tard rejoints par la Belgique, la Slovénie, la Bulgarie, la Suisse, la Grèce et la Croatie.

C'est un grand défi, sachant que les superordinateurs actuels sont arrivés à la limite de leur conception, avec une puissance de l’ordre de vingt pétaflops (vingt millions de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde), mais ce n'est pas une chose impossible.

L'intérêt du calcul à haute performance (HPC) pour l'UE est qu'il est un instrument essentiel pour comprendre et relever les grands défis scientifiques et sociétaux, tels que le dépistage précoce et le traitement des maladies ou la mise au point de nouveaux traitements basés sur la médecine personnalisée et de précision. Il est également utilisé pour la prévention et la gestion des catastrophes naturelles de grande ampleur, notamment pour prévoir les trajectoires des ouragans ou établir des simulations de tremblement de terre. Le calcul à haute performance est encore essentiel pour la sécurité et la défense nationales, lorsqu'il s'agit par exemple de mettre au point des technologies de chiffrement complexes, de localiser des cyberattaques et d'y réagir, de déployer la criminalistique de manière efficace ou d'effectuer des simulations nucléaires.

Si les superordinateurs actuels permettent de le faire, il est nécessaire d’affiner la précision de ces calculs et développer de nouvelles applications, et pour cela, il faudrait une puissance de calcul plus importante, de l'ordre d'un exaflops par exemple. C'est dans ce contexte que les sept pays ont signé la déclaration EuroHPC. L'objectif est d'acquérir des systèmes de performance pré-exascale (cent millions de milliards de calculs par seconde) et de soutenir le développement de systèmes de performance exascale (un milliard de milliards de calculs par seconde) basés sur les technologies de l'UE, d'ici à 2022-2023.

Dans le cadre de cette initiative, aujourd’hui à Bruxelles, la Commission européenne a dévoilé son intention d'investir conjointement avec les États membres dans la mise en place d'une infrastructure européenne de superordinateurs d'envergure mondiale. Une nouvelle structure juridique et financière, l'entreprise commune EuroHPC, va acquérir, mettre en place et déployer dans toute l'Europe une infrastructure de calcul à haute performance de classe mondiale. Elle appuiera également un programme de recherche et d'innovation afin de développer les technologies et machines (matériel informatique) ainsi que les applications (logiciels) qui fonctionneraient sur ces superordinateurs.

La contribution de l'UE à EuroHPC sera de l'ordre de 486 millions d'euros au titre de l'actuel cadre financier pluriannuel, complétée par un montant similaire provenant des États membres et des pays associés. Dans l'ensemble, environ 1 milliard d'euros de fonds publics seraient investis d'ici à 2020, et les membres privés de l'initiative apporteraient également des contributions en nature.

Dans un communiqué de presse, la Commission européenne explique que le jalon posé aujourd'hui est essentiel pour la compétitivité et l'indépendance de l'Union dans l'économie fondée sur les données. Elle estime en effet qu’à l'heure actuelle, les scientifiques et les entreprises d'Europe effectuent de plus en plus souvent le traitement de leurs données en dehors de l'UE, car le temps de calcul disponible dans l'UE ne suffit pas à leurs besoins. Ce manque d'indépendance constitue, selon la Commission, une menace pour la vie privée, la protection des données, les secrets commerciaux et la propriété des données, notamment pour les applications sensibles.

« Les superordinateurs sont le moteur qui fait avancer l'économie numérique. La course est rude et l'Union est actuellement à la traîne : nous n'avons pas de superordinateurs dans les dix premiers du classement mondial », a déclaré Andrus Ansip, vice-président de la Commission européenne chargé du marché unique numérique. « Avec l'initiative EuroHPC, nous voulons donner aux chercheurs et aux entreprises d'Europe une capacité de calcul intensif de premier ordre au niveau mondial d'ici à 2020, afin de développer des technologies telles que l'intelligence artificielle et de concevoir les applications quotidiennes du futur dans des domaines tels que la santé, la sécurité ou l'ingénierie », a-t-il ajouté.

Source : Communiqué de l’Union européenne

Et vous ?

Que pensez-vous de cette initiative européenne pour le développement de superordinateurs de performance exascale ?
Croyez-vous que cela est nécessaire ou suffisant pour l’indépendance de l’UE dans l’économie fondée sur les données ?

Voir aussi :

Le Japon possèderait-il le superordinateur le plus puissant ? Regard sur le Top 500 à la lumière du benchmark HPCG
Superordinateurs : la Chine en tête devant les États-Unis, regard sur le dernier classement du Top 500
49e classement des superordinateurs les plus puissants : les États-Unis ne classent plus de machine dans le top 3 mondial, remplacés par la Suisse


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Avatar de marsupial marsupial - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 8:37
Ils ont été plus tard rejoints par la Belgique, la Slovénie, la Bulgarie, la Suisse, la Grèce et la Croatie.
La Suisse ne fait pas partie de l'UE. C'est dire que le besoin est grand et d'importance. Ce partenariat public-privé ne devrait être que bénéfique.
Avatar de VivienD VivienD - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 12/01/2018 à 9:13
C'est vrai que le parc informatique européen actuel laisse à désirer, donc vouloir y investir le milliard pour pouvoir enfin gagner notre indépendance numérique est selon moi une bonne chose. Toutefois, une phrase du vice-président Andrus Ansip me laisse un goût un peu amer dans la bouche:
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message
[...]

« Les superordinateurs sont le moteur qui fait avancer l'économie numérique. La course est rude et l'Union est actuellement à la traîne : nous n'avons pas de superordinateurs dans les dix premiers du classement mondial », a déclaré Andrus Ansip, vice-président de la Commission européenne chargé du marché unique numérique. [...]
À croire qu'on n'investit dans ce domaine que pour essayer de montrer qu'on a la plus grosse...
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