Google Shopping pourrait être séparé du moteur de recherche pour satisfaire l'UE
Mais ses concurrents n'apprécient guère les solutions proposées

Le , par Christian Olivier, Chroniqueur Actualités
Afin de se conformer aux nouvelles directives de la Commission européenne visant à lutter contre les pratiques antitrust sur le marché des technologies d’Internet, il semble que Google, la filiale d’Alphabet, se soit décidée à remanier en partie le fonctionnement de sa plateforme de recherche en ligne. D’après les informations fournies par le média Bloomberg, la firme de Mountain View envisagerait désormais de séparer son service de shopping en ligne de son moteur de recherche en ligne afin de créer une nouvelle entité automne.


Pour ce faire, Google devrait mettre en place une division spécifique qui sera entièrement dédiée à la gestion des activités de comparaison des prix et de shopping en ligne. Cette division sera uniquement réservée au marché européen. Au vu de l'historique de la société technologique américaine, ce sera tout sauf une surprise. En effet, la multinationale Alphabet a été créée à l’occasion de la restructuration de Google, afin de recentrer les activités de l’entreprise liées à Internet tout en permettant l’exploration « avec un minimum de risques » d’autres domaines via des filiales au sein d’Alphabet. Cette initiative a permis de regrouper plusieurs marques indépendantes capables de fonctionner et de se gérer de manière autonome. L’entreprise Google en elle-même compte déjà plusieurs divisions comme YouTube, sa division Hardware, Android ou encore sa division dédiée au Cloud Computing Business qui opèrent indépendamment les unes des autres. Google pourrait se servir de la même recette pour mettre en place sa division européenne dédiée à la comparaison de prix et au shopping en ligne qui fonctionnera avec ses fonds propres.

Il faut rappeler qu’au terme d’une bataille juridique longue de plusieurs années, la Commission européenne a décidé d’infliger à la firme de Mountain View une amende record de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche parce qu’elle favorisait son propre service de comparaison de prix en ligne (Google Shopping) au détriment des autres (ses concurrents). La Commission avait donné 60 jours à Google pour lui dire comment elle comptait mettre fin aux pratiques dénoncées et 30 jours supplémentaires pour mettre fin à ces pratiques. Passé ce délai de 90 jours, Google écoperait chaque jour d’une amende équivalant à 5 % du revenu quotidien d’Alphabet (environ 12 millions USD par jour) jusqu’à ce que l’entreprise se conforme aux recommandations de l’UE. Google avait jusqu’au 28 septembre 2017 pour se conformer aux demandes des régulateurs européens avant d’être frappée par les sanctions suscitées.

Plutôt que de s’afficher directement en tête de liste, Google propose que son service de shopping soit intégré dans un système d’enchères collectives avec les autres comparateurs de prix. La proposition consiste à permettre aux concurrents de faire une offre à n’importe quel endroit du service de shopping du moteur de recherche, une offre connue sous le nom de Product Listing Ads. Les enchères entre Google Shopping et ses concurrents concerneraient un bloc d’images (avec liens) au-dessus des résultats de recherche. Les emplacements prévus à cet effet devraient afficher les résultats pour différents comparateurs de prix en fonction du niveau des enchères. En principe, c’est celui qui proposera l’offre avec le prix le plus élevé qui devrait bénéficier d’une meilleure visibilité.

Le problème avec ce dispositif, c’est qu’il suffira qu’un service de comparaison des prix s’arrange à proposer les montants les plus élevés à chaque enchère pour qu'il puisse systématiquement être classé en tête de liste dans les résultats de recherche. Une solution qui permettrait probablement de limiter la généralisation de ce genre de dérive serait d'obliger le comparateur à reverser une part fixe de ces montants aux revendeurs. Il serait également intéressant de voir dans quelle mesure ce système pourrait être compatible avec la recherche du prix le plus bas sur Internet.

Les concurrents de Google Shopping qui ont soutenu la décision des autorités de régulations européennes contre la filiale d'Alphabet ne cachent pas leur appréhension vis-à-vis des solutions proposées par la firme de Mountain View. Selon Richard Stables, PDG de Kelkoo, cette solution serait pire que celle de 2013, permettant à des fournisseurs de contenus de ne plus apparaître dans Shopping, et levant quelques restrictions contractuelles. Le comparateur britannique Foundem estime qu’il s’agit du « retour de l’enchère mort-vivante ».

Source : Bloomberg

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Voir aussi

Antitrust : Google propose un système d'enchères aux comparateurs de prix concurrents pour se conformer à la demande de l'UE
Comment pourraient évoluer les services de recherche de Google après les sanctions de la Commission européenne ?


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Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 28/09/2017 à 1:03
Antitrust : Google a décidé de traiter son service Shopping de la même manière qu'il traite ses concurrents,
pour échapper à une nouvelle amende de Bruxelles

Accusé d’avoir favorisé son service de comparaison de prix (Google Shopping) dans ses résultats de recherche, Google a été lourdement sanctionné fin juin par le régulateur européen de la concurrence. La Commission a infligé une amende de 2,4 milliards d’euros au numéro un de la recherche en ligne, soit plus du double de l’amende record de 1,06 milliard prononcée pour Intel.

Dans un communiqué de presse publié après sa décision, la Commission européenne a expliqué que Google donne une place privilégiée à Google Shopping, en le plaçant en haut dans ses résultats de recherche. Pendant ce temps, les services de comparaison de prix des concurrents sont affichés beaucoup plus bas, là où les consommateurs ne les voient pas.

En prononçant sa décision, la Commission avait aussi donné un délai de 60 jours à Google pour lui dire comment l’entreprise comptait mettre fin aux pratiques dénoncées et 30 jours supplémentaires (soit 90 jours au total) pour mettre fin à ces pratiques.

Google a eu a jusqu'au 28 septembre pour mettre fin à cette pratique anticoncurrentielle ou faire face à une pénalité pouvant aller jusqu'à 5 pour cent de son chiffre d'affaires mondial quotidien moyen. Google a décidé de se conformer aux exigences de la Commission européenne ; ce qui sera l’une des rares fois où le géant de l'Internet a accepté de s’incliner sous la pression des régulateurs européens pour éviter d'autres amendes.

Google a décidé de traiter son propre service Shopping de la même manière que les concurrents lorsqu'ils proposent des publicités au sommet d'une page de recherche, a annoncé mercredi la société.

La société a déclaré que les concurrents seraient en mesure d'offrir des publicités dans les magasins via une vente aux enchères.

« Nous donnons à des services de comparaison de magasins la même opportunité de montrer les annonces d'achat de marchands sur les pages de résultats de recherche de Google que nous donnons à Google Shopping », a déclaré Al Verney, un porte-parole de l’entreprise.

« Google Shopping participera à des conditions égales et fonctionnera comme s'il s'agissait d'une entreprise distincte, participant à la vente aux enchères de la même manière que tous les autres », a-t-il déclaré. Les modifications entreront en vigueur jeudi et ne s'appliqueront qu'en Europe.

Le service d'achat fonctionnera comme une unité indépendante, avec une équipe travaillant avec des sites concurrents et une autre avec des marchands et soumise à un contrôle réglementaire.

L'autorité de la concurrence de l'UE a déclaré avoir embauché le commissaire aux comptes KPMG et le cabinet de marketing Mavens pour aider à la tâche.

« Il serait prématuré à ce stade que la Commission prenne des positions définitives sur les plans de Google. Comme l'a déclaré le gendarme européen de la concurrence Vestager, « Cette question restera dans nos bureaux pendant un certain temps. »

Le lobby FairSearch, dont les membres incluent les rivaux de Google, tels que le site de comparaison britannique Foundem et le site américain de voyage TripAdvisor, a déclaré qu'il surveillerait de près les développements.

« Nous surveillerons attentivement si cette solution va mettre fin aux abus afin que les consommateurs obtiennent les meilleurs prix et les résultats les plus pertinents, et que les concurrents aient l’opportunité d'innover », a déclaré l'avocat Thomas Vinje.

Néanmoins, plusieurs d’entre les membres de ce lobby ont critiqué cette proposition, estimant qu’elle ne répond pas aux préoccupations réglementaires.

Source : Reuters
Avatar de Namica Namica - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 28/09/2017 à 2:40
A propos de la neutralité des recherches.

Ne sommes-nous pas en train de passer d'un modèle où la pertinence des résultats d'une recherche est prépondérante vers un modèle où les résultats de recherche seront classés selon le tarif payé par les annonceurs ?
Je trouve cela très inquiétant.
Plus sur ce sujet : https://en.wikipedia.org/wiki/Search_neutrality

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Avatar de Christian Olivier Christian Olivier - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 20/12/2017 à 3:16
L’amende de 2,42 milliards d’euros infligée à Google par l’UE devait avoir un effet dissuasif
Mais des experts la jugent excessive et inadéquate

En juin dernier, La Commission européenne a infligé une amende record de 2,42 milliards d’euros à l’entreprise technologique américaine Google pour abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche. Elle estimait que Google et Alphabet avaient, de manière intentionnelle ou par pure négligence, violé les règles anticoncurrentielles de l’UE et étaient parfaitement conscients du fait que ce comportement constituait une infraction les exposants à des sanctions.

Le montant de l’amende en question avait été calculé en se basant sur la valeur des recettes que la filiale d’Alphabet réalise grâce à son service de comparaison de prix qui est déployé dans 13 pays de l’EEE, à savoir : l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Pologne, la République tchèque, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Norvège et la Suède). Ce montant tenait également compte des ventes provenant des résultats des produits achetés et des pubs affichées sur le site Web de Google Shopping.

La commission reprochait à la firme de Mountain View qui, il faut le rappeler, contrôle plus de 80 % du marché de la recherche en ligne dans la plupart des pays européens d’avoir systématiquement favorisé son propre service de comparaison de prix et rétrogradé ceux de ses concurrents.

À ce propos, Margrethe Vestager, la commissaire en charge de la politique de concurrence, avait déclaré : « ce que Google a fait est illégal au regard des règles de concurrence de l’UE. Elle a empêché les autres sociétés de livrer concurrence sur la base de leurs mérites et d’innover. Et surtout, elle a empêché les consommateurs européens de bénéficier d’un réel choix de services et de tirer pleinement profit de l’innovation. »

D’après les dernières informations fournies par le média Bloomberg, il semblerait qu’en sanctionnant aussi sévèrement Google, l’UE voulait surtout envoyer un signal fort aux autres géants d’Internet afin que ceux-ci évitent à l’avenir de suivre la voie empruntée par Google et qu’ils prennent d’ores et déjà leurs dispositions pour rester dans la légalité. La lourde peine infligée à la filiale d’Alphabet devait non seulement servir d’exemple, mais aussi créer un « effet dissuasif » suffisamment fort pour inciter les autres entreprises du secteur à se conformer aux exigences de l’UE. Mais des voix s’élèvent déjà pour remettre en cause la sentence de la Commission qu’ils jugent inadéquate et disproportionnée.

« Il était nécessaire de veiller à ce que l’amende ait un effet suffisamment dissuasif non seulement sur Google et Alphabet, mais aussi sur les autres entreprises de cette envergure disposant de ressources similaires », a souligné la Commission européenne dans un rapport de 215 pages. Cette dernière a ajouté que le chiffre d’affaires « particulièrement important » d’Alphabet, la société mère de Google, a influencé le montant final de l’amende. Les modalités exactes ayant permis de fixer ce chiffre n’auraient cependant pas été complètement divulguées dans ce document. En effet, sa valeur initiale aurait été multipliée par un nombre non spécifié dans le rapport afin de fixer le montant final.

« Il est assez surprenant qu’on entende parler de dissuasion alors que, dans l’affaire de Google en l’occurrence, les faits décrits sont nouveaux », a déclaré Dirk Auer, chercheur à l’Institut de la concurrence et de l’innovation de l’Université de Liège. D’après lui, « les amendes importantes ne pourraient avoir un effet dissuasif que si les entreprises ont conscience que leur comportement peut constituer une violation de la loi », a-t-il ajouté. Et il lui semble que ce n’est pas le cas dans le dossier actuel impliquant la firme de Mountain View.

« Je me demande s’il était même raisonnable que la commission impose une amende », a déclaré Damien Geradin, professeur au Centre de droit et d’économie de l’Université de Tilburg. Ce dernier estime que les explications fournies par les régulateurs ne justifient pas qu’il ait fallu gonfler de cette manière la note de Google. D’après lui, « le montant total d’une amende devrait refléter la gravité de l’infraction » et tout porte à croire que le comportement reproché à Google n’était pas suffisamment grave pour entrainer une sanction de cette ampleur.

Signalons au passage que, suite à cette condamnation, Google a déposé un recours pour contester cette condamnation. Les premières informations ayant filtré suggèrent que le Tribunal général de l’UE devrait prendre plusieurs années pour se prononcer sur le cas. Malgré tout, Google n’aurait pas demandé un ordre provisoire pour suspendre la décision de l’UE. Cela signifie que l’entreprise devra payer, mais pourra se faire rembourser si l’amende est revue à la baisse ou annulée. Google pourrait aussi offrir une garantie bancaire à la Commission, en mettant l’argent sur un compte bloqué dans une banque, jusqu’à ce que la décision finale tombe. Pour sa part, le régulateur européen de la concurrence dit être prêt à défendre sa décision devant le tribunal.

Malgré son désaccord avec la sanction prise à son encontre et le fait que la société a déjà initié un recours en justice pour contester cette décision, Google a confié avoir « mis en place un système pour assurer l’égalité de traitement pour les concurrents comme l’a ordonné la CE ». « Nous avons pleinement coopéré avec la Commission européenne au cours de ces sept années d’enquête sur les pratiques concurrentielles », a ajouté l’entreprise et « nous maintenons que nos innovations dans les achats en ligne ont été bonnes pour les acheteurs, les détaillants et la concurrence en général ».

Source : Bloomberg

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Voir aussi

Antitrust : Google estime qu'Android n'est pas anticoncurrentiel et offre par ailleurs plus de choix que les OS mobiles d'Apple et Microsoft
Antitrust : l'UE consulte un panel d'experts sur le cas Android avant une nouvelle amende record qu'elle envisagerait d'infliger à Google
Avatar de marsupial marsupial - Membre émérite https://www.developpez.com
le 20/12/2017 à 10:40
La sanction était nécessaire du fait de l'infraction constatée. Sa nature peut paraître inadéquate pour un américain et je ne le dis pas parce que je suis européen, mais je pense qu'elle n'est pas disproportionnée. Il suffit de lire les sanctions infligées à VW pour tricherie ou aux banques européennes dans les manipulations de cours pour comprendre que des lois existent et qu'il faut les respecter, surtout lorsque la puissance d'un acteur comme Google entre en jeu.
Avatar de Matthieu Vergne Matthieu Vergne - Expert éminent https://www.developpez.com
le 20/12/2017 à 19:23
Ce n'est pas la nature de la sanction qui est reprochée, mais sa valeur, qui semble non pas se baser uniquement sur sa nature justement. Un coefficient non communiqué semble avoir été appliqué, la raison avancée étant visiblement de "faire un exemple", il y a donc fort à parier que le coeff soit au dessus de 1, et donc que l'amende soit supérieur à ce qu'elle aurait du être d'un point de vue purement légal. Voilà ce que je comprends de l'article, et dans ces conditions il me semble normal de se plaindre.
Avatar de marsupial marsupial - Membre émérite https://www.developpez.com
le 21/12/2017 à 20:25
D'accord avec toi sur le principe de protester sur le coefficient mais la raison de le faire était au libre-arbitre de la cour et des juges. Lorsqu'un juge rend une telle sentence, je pense qu'il le fait en son âme et conscience. Demander une révision de la sentence fait partie du jeu. Mais cela peut être à double tranchant.
Aux États-Unis, c'est la norme alors qu'en France cela agace. Pour l'Europe je pense que c'est un gain de temps. Sans plus.
Avatar de Matthieu Vergne Matthieu Vergne - Expert éminent https://www.developpez.com
le 21/12/2017 à 20:52
Normalement, un juge est là pour s'assurer que la loi soit appliquée à la lettre. Le parlementaire est celui qui décide de la loi, le juge celui qui la fait respecter. Constitution française, article V de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen :
La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.
Si un juge rajoute de l'arbitraire "pour faire un exemple", non seulement ça justifie le rappel, mais ça amène aussi à douter de la capacité du juge à faire son boulot correctement.
Avatar de marsupial marsupial - Membre émérite https://www.developpez.com
le 22/12/2017 à 18:03
En fait la situation est la suivante pour Google : ils ont fait amende honorable d'une infraction dont ils ignoraient l'existence, i.e
ils ont enfreint la loi de bonne foi. Ayant satisfait aux demandes de l'Union européenne, ils estiment qu'il leur est trop demandé. Voire même, l'infraction étant corrigée, être en règle. Donc nous sommes repartis pour des années de procédure. Qui à mon avis ne changeront rien. Et je tiens à rappeler qu'il s'agit d'un premier jugement rendu par une commission dont le rapporteur va défendre la raison d'une telle amende.
Avatar de Coriolan Coriolan - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 27/03/2018 à 3:25
La Commissaire européenne à la Concurrence menace de démanteler Google
si la société américaine continue d'abuser de sa position dominante

Après Standard Oil et AT&T, c’est au tour de Google d’être menacé de démantèlement, mais cette fois en Europe où le géant de la recherche est en plein déboires avec la Commission européenne.

Margrethe Vestager, Commissaire européenne à la Concurrence


Cette possibilité de démanteler Google, c’est Margrethe Vestager qui l’a évoquée au journal britannique The Telegraph. Cette déclaration survient après que le géant de la recherche a été condamné à payer une amende record de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche. La Commission européenne reproche à Google d’avoir systématiquement favorisé son propre service de comparaison de prix et rétrogradé ceux de ses concurrents.

Si Google a fait appel de la décision, la firme continue de faire face à d’autres contentieux, notamment en ce qui concerne son service de publicité en ligne (AdSense) et la dominance d’Android sur le marché du mobile. Selon Vestager, au vu de ces dossiers, l’option de scinder Google reste valable et pourrait se voir appliquée.

« Je pense qu’il est important de garder cette question ouverte et marquée sur l’agenda » répond-elle à la question de savoir si la seule solution à cette dominance est de démanteler la société.

« Nous ne sommes pas encore arrivés là, mais il est important de garder un œil ouvert. » Elle a aussi prévenu que le moteur de la recherche pourrait devenir si géant, qu’il deviendrait indispensable pour les entreprises et l’économie. Mais n’est-il pas le cas aujourd’hui avec ses 91,5 % de parts de marché ?

Un contentieux qui remonte à 2010

Pour saisir cette affaire, il faut remonter à 2010, l’année où la Commission européenne a ouvert une enquête sur Google pour abus de position dominante. En effet, plusieurs concurrents de la société, dont le comparateur de prix Foundem, venaient de déposer plainte contre le géant de la recherche, l’accusant de favoriser ses propres services dans les résultats de recherche.

Cinq ans plus tard, Margrethe Vestager a accusé Google formellement d’abus de position dominante, des accusations rejetées par Google qui estime que ses services ne nuisent pas à la concurrence

En 2014, Google s’est plié à la pression et a accepté de montrer des services concurrents aux côtés de ses services, mais les autorités de la concurrence en Europe n’ont pas été impressionnées par ce changement. En 2016, l’UE ajoute deux autres accusations d’abus de position dominante concernant Android et AdSense. Enfin, en 2016, La Commission européenne a infligé une amende record de 2,42 milliards d’euros à l’entreprise technologique américaine au titre de l’enquête ouverte sur le comparateur de prix, les deux autres enquêtes restent en cours.

Avec plus de 90 % de parts de marché, Google est contraint par la loi européenne de ne pas utiliser sa position dominante pour favoriser ses autres services. Or, depuis 2008, la CE estime que le moteur de la recherche a fait en sorte de promouvoir son propre service de comparateur de prix dans les résultats de recherche. Ce service développé par la société lui permet de percevoir un pourcentage sur chaque vente. Avant le lancement de ce service, c’est d’autres sites web comme Kelkoo ou Foundem qui étaient mis en avant.

La CE n’a pas souhaité imposer un remède à Google et a laissé à la société américaine la liberté de trouver la solution la plus adaptée à cette situation. Google a présenté un plan d’action pour remédier à son comportement anticompétitif, un plan que les responsables antitrust continuent d’examiner, mais un groupe d’opposants à Google ont informé le mois dernier que les actions entreprises par l’entreprise ont été « essentiellement futiles » sans démantèlement du géant d’internet. Si Google échoue à convaincre, une autre procédure pourrait être lancée contre la firme, et lui coûter près de 5 % du chiffre d’affaires réalisé dans le monde par sa société mère Alphabet.

La Commissaire européenne à la Concurrence a récemment reçu les éloges à Bruxelles pour sa prise de position contre les géants américains comme Google, Apple et Amazon. Elle a été notamment qualifiée de « l'Eurocrate qui fait trembler les sociétés américaines. »

Mais Vestager se défend de vouloir anéantir les sociétés à succès en Europe. « Il n’y a pas de moratoire de succès en Europe, » dit-elle. « Vous avez le droit de devenir dominant et vous prenez la responsabilité spéciale qui consiste à ne pas détruire une compétition déjà affaiblie. »

Pour le cas de Google, la commissaire européenne a informé que leur dominance dans le marché de la recherche a été prouvée, et l’enquête a trouvé qu’ils ont exploité cette dominance pour promouvoir leurs services et rabaisser la concurrence.

Si Vestager semble déterminée à poursuivre Google, certains estiment que les actions entreprises par l’UE pourraient coûter cher à l’innovation et pousser les géants de la tech à s’installer dans des pays hors de l’UE. D’autres estiment que la raison de la domination de Google en Europe résulte de la stagnation et le manque d’innovation. Pour cette raison, l’UE voudrait que les utilisateurs se tournent vers des moteurs de recherche moins performants.

En tout cas, cette déclaration de la commissaire européenne est venue dans un moment crucial pour les géants américains de la tech. Ces entreprises font face à une vague de contestation sans précédent après plusieurs événements ; le dernier a vu l’implication de Facebook dans une vaste fuite de données affectant 50 millions de personnes, et exploitée par une firme britannique (Cambridge Analytica) alors qu’elle travaillait pour le compte de la campagne de Trump.

La proposition de scinder Google ne date pas d’aujourd’hui, elle remonte à 2010, mais le fait qu’elle refait surface en ce moment suggère que l’idée de la voir appliquée se renforce. Il reste à savoir si l’UE a le pouvoir de démanteler un géant comme Google, surtout que cette entreprise est américaine, ce qui risque de créer un problème diplomatique avec les États-Unis.

Source : The Telegraph

Et vous ?

Pensez-vous que cette menace va pousser Google à revoir sa position ?
Selon vous, démanteler Google constitue-t-elle la sanction adéquate ou bien il s'agit d'une mesure disproportionnée ?

Voir aussi :

L’amende de 2,42 milliards d’euros infligée à Google par l’UE devait avoir un effet dissuasif, mais des experts la jugent excessive et inadéquate
Avatar de Cpt Anderson Cpt Anderson - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 27/03/2018 à 8:55
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