Uber licencie plus de vingt employés à la suite d'une enquête de harcèlement sexuel
Et envisage une refonte de son image et de son organisation

Le , par Olivier Famien, Chroniqueur Actualités
En début d’année, et plus précisément en février dernier, Susan Fowler, une ingénieure embauchée chez Uber, l’entreprise de VTC (voiture de transport avec chauffeur), de novembre 2015 à décembre 2016, a partagé sur son blog son expérience vécue chez Uber et particulièrement avec un de ses directeurs.

Dans ce billet, Fowler explique qu’après avoir rejoint une équipe dont les activités coïncidaient avec son domaine de compétence, l’un de ses directeurs a commencé à avoir une attitude bizarre envers elle. Selon Fowler, ce dernier lui aurait confié qu’il était engagé « dans une relation ouverte » et sa petite amie n’avait aucune difficulté à trouver « de nouveaux partenaires », tandis qu’il n’y parvenait pas du tout. Il aurait également ajouté qu’il « a essayé d’éviter les problèmes au travail, mais il ne pouvait s’empêcher d’avoir des ennuis, parce qu’il cherchait des femmes pour avoir des rapports sexuels ». Pour Fowler, il était tellement évident qu’il cherchait qu’elle ait des relations sexuelles avec lui, qu’elle a fait des captures d’écran de la discussion et l’a signalé aux ressources humaines.

Alors qu’elle s’attendait à ce que cela soit réglé de façon appropriée, les responsables et la haute direction d’Uber lui auraient signifié que même s’il s’agissait clairement d’un harcèlement sexuel et qu’il était en train de lui faire une proposition, « c’était la première infraction de cet homme et pour cela, ils ne se sentiraient pas à l’aise pour lui donner autre chose qu’un avertissement et avoir une sévère discussion ». En tant que travailleur de haute performance bénéficiant d’une très bonne notoriété auprès de ses supérieurs en raison de ses compétences, ce dernier ne pourrait pas être puni par la direction, car elle considérait cette affaire comme quelque chose qui était probablement une erreur innocente de sa part, a rapporté Fowler. En plus d’avoir raconté cette histoire de harcèlement sexuel, Fowler a également dépeint une atmosphère sexiste qui prévalait au sein d’Uber ce qui aurait également eu des conséquences fâcheuses sur sa promotion ainsi que celle de plusieurs autres femmes au sein de l’entreprise.

Après ces publications, une enquête a été menée par le cabinet d’avocats Perkins Coie LLP sur instruction d’Uber. Et depuis quelques heures, les conséquences de cette enquête commencent à se faire ressentir au sein de l’entreprise de VTC. En effet, Uber vient de licencier plus de 20 personnes après l’analyse de 215 plaintes provenant des ressources humaines. Parmi ces 215 plaintes, 100 n’ont pas suscité des actions, mais 57 autres sont en cours d’étude. Selon les sources proches du dossier, des cadres supérieurs feraient partie des personnes remerciées.

En plus de ces personnes dont Uber s’est défait, 31 employés sont en séance de conseil ou en formation, tandis que 7 ont reçu des avertissements écrits pour des questions relatives au harcèlement sexuel, à la discrimination, à des représailles et bien d’autres sujets liés aux ressources humaines.

Dans cette mouvance, de nettoyer à fond tous les faits liés à ces sujets plutôt délicats, le PDG d’Uber, Travis Kalanick, a demandé la démission d’Amit Singhal, après avoir appris qu’une plainte pour harcèlement sexuel avait déjà été traitée à son sujet chez son ancien employeur Google. Ce dernier a démissionné tout en niant les allégations faites contre lui.

En dehors de l’enquête menée par le cabinet Perkins Coie LLP, une autre enquête commandée par Uber est dirigée par l’ancien procureur général américain Eric Holder. Les découvertes de cette dernière enquête auraient été partagées avec un sous-comité du conseil d’administration d’Uber et selon des sources anonymes, Uber envisagerait de prendre des mesures dans les semaines à venir sur la base de certaines conclusions de ce rapport.

Mais déjà, Kalanick, qui a besoin d’une refonte pour l’image et l’organisation de son entreprise qui fut mutilée par des départs massifs de cadres supérieurs dans les domaines comme la finance, la croissance, l’ingénierie, les politiques, la communication, a embauché deux femmes dont Bozoma Saint John, l’ancien cadre d’Apple comme chef de la gestion de la marque et Harvard Business School, et le professeur de la Havard Business School Frances Frei en tant que vice-président senior pour le leadership et la stratégie.

Pour Saint John, Uber « a grandi si rapidement en si peu de temps — et le leadership et d’autres choses ont été tellement axés sur la croissance de l’entreprise — qu’il faut maintenant changer l’image d’Uber et élaborer ce qu’est cette histoire de marque ». De son côté, Frei explique que « son objectif est de faire de celle-ci une entreprise de classe mondiale qui pourra être fière d’elle-même à la fin, plutôt qu’être gênée ».

Source : Blog Susan Fowler, Bloomberg, CNN

Et vous ?

Que pensez-vous de ces actions ? Suffiront-elles à rattraper les déboires des travailleurs d'Uber ?

Uber pourra-t-elle refaire son image et atteindre celle des grandes marques comme Apple ?

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Avatar de Luckyluke34 Luckyluke34 - Membre émérite https://www.developpez.com
le 07/06/2017 à 10:40
Citation Envoyé par Olivier Famien  Voir le message
Uber « a grandi si rapidement en si peu de temps — et le leadership et d’autres choses ont été tellement axés sur la croissance de l’entreprise — qu’il faut maintenant changer l’image d’Uber et élaborer ce qu’est cette histoire de marque ».

C'est du crypto-jargon relations publiques pour dire "on va arrêter d'être des connards sexistes qui exploitent les chauffeurs" ou juste l'annonce d'un rebranding cosmétique ? J'ai du mal à traduire là

Citation Envoyé par Olivier Famien  Voir le message
De son côté, Frei explique que « son objectif est de faire de celle-ci une entreprise de classe mondiale qui pourra être fière d’elle-même à la fin, plutôt qu’être gênée ».

Ah bon, c'est l'entreprise qui est gênée, pas les employé(e)s qui ont subi le harcèlement ? On atteint des niveaux de déni par le politiquement correct assez hallucinants là. J'espère qu'une alternative moins nauséabonde à Uber va rapidement émerger.
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