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L'UE veut s'affranchir des réseaux Visa et Mastercard car les transactions passent par une infrastructure détenue et exploitée par des entreprises US chaque fois qu'un Européen effectue un paiement en ligne

Le , par Patrick Ruiz

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L’UE veut s’affranchir des réseaux Visa et Mastercard car les transactions passent par une infrastructure détenue et exploitée par des entreprises US chaque fois qu’un Européen effectue un paiement en ligne

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, appelle l'Europe à rompre sa dépendance vis-à-vis des réseaux de paiement Visa et Mastercard, avertissant que chaque transaction par carte envoie les données des consommateurs européens aux États-Unis. Les transactions passent une infrastructure détenue, exploitée par des entreprises américaines et qui peut au final servir de moyen de sanction comme l’illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou. Les responsables européens sont d’avis que la solution réside dans la mise sur pied de l’Euro numérique.

« Je suis allée voir le juge Guillou, placé sous sanction par Donald Trump. Du jour au lendemain, ses moyens de paiements et services numériques US ont été coupés. Une situation qui illustre l'importance du combat pour notre souveraineté en matière numérique et de paiements », indique la Présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du parlement européen.


« Pourquoi je suis allé le voir ? Parce qu’il a été mis sous sanction par Donald Trump lui-même parce que les décisions qu’il a prises ont déplu à Donald Trump. Concrètement qu’est-ce que ca veut dire ? Qu’il ne peut plus effectuer de paiements. Ca veut dire qu’il est quasiment interdit bancaire. Ca veut dire qu’il ne peut plus commander quoi que ce soit sur Internet. Ca veut dire qu’il ne peut plus louer une chambre d’hôtel, qu’il ne peut plus accéder à des plateformes de streaming, etc. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’au-delà du cas gravissime de ce qui arrive au juge Guillou, en fait, ce qui lui arrive pourrait arriver à chacun de nous. Pourquoi ? Parce qu’on est dépendants sur absolument tout : nos infrastructures numériques, nos infrastructures de paiement, etc. On ne le sait pas, mais par exemple, quand vous payez cela passe en fait par des infrastructures américaines, que ce soit par carte bancaire, par Apple Pay, etc. Sur tout on est dépendants des Américains et cela nous rend extrêmement vulnérables. Donc ce cas là est extrêmement grave sur le principe déjà, mais il est extrêmement grave parce qu’il illustre à merveille la vulnérabilité de l’Union européenne, de ses citoyens vis-à-vis des Américains et de l’Amérique de Donald Trump qui peut couper le robinet du jour au lendemain et changer radicalement notre quotidien », ajoute-t-elle avant de préciser que l’une des solutions réside dans le lancement de l’Euro numérique.

Visa et Mastercard traitent ensemble environ 24 000 milliards de dollars de transactions par an. Les paiements par carte représentent 56 % de toutes les transactions sans espèces dans l'UE.

Chaque fois qu'un Européen utilise sa carte bancaire, effectue un paiement en ligne ou partage une facture avec des amis, la transaction passe par une infrastructure détenue et exploitée par des entreprises américaines. Visa et Mastercard traitent ensemble environ 24 000 milliards de dollars de transactions par an. Les paiements par carte représentent 56 % de toutes les transactions sans espèces dans l'UE. Et les données (qui a acheté quoi, où, quand et pour combien) quittent à chaque fois le territoire européen.

« Il est important pour nous de contrôler les paiements numériques », déclare Christine Lagarde. « Que vous utilisiez une carte ou un téléphone, les transactions passent généralement par Visa, Mastercard, PayPal ou Alipay. D'où viennent tous ces prestataires ? Eh bien, soit des États-Unis, soit de Chine. »

La plupart des consommateurs ignorent que leurs données de paiement quittent régulièrement l'UE. Dans un contexte géopolitique où l'Europe s'efforce de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis dans les domaines de la défense, de l'énergie et du commerce, les paiements restent une vulnérabilité négligée.

La leçon tirée de la Russie a accentué l'urgence. Lorsque les sanctions occidentales ont coupé la Russie de Visa et Mastercard en 2022, les paiements nationaux du pays ont été immédiatement perturbés. Les décideurs politiques européens ont posé la question évidente : que se passerait-il si les États-Unis décidaient — ou étaient contraints — de restreindre l'accès des Européens à ces mêmes réseaux ?


Wero, lancé en 2024, est l’une des réponses européennes en cours d’évaluation

L'European Payments Initiative, un consortium regroupant 16 grandes banques et prestataires de services de paiement, dont BNP Paribas, Deutsche Bank et Worldline, a lancé Wero en juillet 2024 comme réponse européenne. Basé sur les virements instantanés SEPA, Wero permet aux utilisateurs d'envoyer de l'argent en utilisant uniquement un numéro de téléphone, sans IBAN, sans carte et sans intermédiaire.

Wero compte déjà plus de 47 millions d'utilisateurs enregistrés en Belgique, en France et en Allemagne, a traité plus de 7,5 milliards d'euros de transferts et compte plus de 1 100 institutions membres. Les paiements de détail ont été mis en service en Allemagne à la fin de l'année 2025, et des commerçants tels que Lidl, Decathlon, Rossmann et Air Europa acceptent déjà Wero en ligne. La France et la Belgique suivront en 2026.

Une avancée décisive a eu lieu le 2 février, lorsque l'EPI a signé un protocole d'accord avec l'EuroPA Alliance, une coalition de systèmes de paiement nationaux comprenant Bancomat en Italie, Bizum en Espagne, MB WAY au Portugal et Vipps MobilePay dans les pays nordiques. Cet accord permet de connecter instantanément environ 130 millions d'utilisateurs dans 13 pays, couvrant environ 72 % de la population de l'UE et de la Norvège. Les paiements transfrontaliers entre particuliers seront lancés cette année, suivis par les paiements liés au commerce électronique et aux points de vente en 2027.

L'Europe a déjà tenté cette expérience. Le projet Monnet, lancé en 2008 par vingt banques européennes, s'est effondré en 2012. La vision initiale de l'EPI a elle-même été revue à la baisse après le retrait de plusieurs membres fondateurs, ce qui a contraint à passer d'un système complet de remplacement des cartes à un modèle plus restreint de compte à compte.

Le problème central a toujours été la fragmentation. Chaque pays de l'UE a développé sa propre solution de paiement nationale — Bizum en Espagne, iDEAL aux Pays-Bas, Payconiq en Belgique, Girocard en Allemagne — mais aucune ne pouvait fonctionner au-delà des frontières. Un consommateur belge achetant auprès d'un détaillant néerlandais avait toujours besoin d'une carte Visa ou Mastercard. La fierté nationale et les intérêts bancaires concurrents ont saboté à plusieurs reprises les tentatives d'unification.

L'effet réseau aggrave encore le problème. Les commerçants acceptent les cartes Visa et Mastercard parce que les consommateurs les utilisent. Les consommateurs les utilisent parce que les commerçants les acceptent. Pour briser ce cercle, il faut soit une intervention réglementaire, soit une masse critique d'utilisateurs suffisamment importante pour que les commerçants s'y intéressent. C'est précisément ce que l'accord EuroPA tente de réaliser en connectant les bases d'utilisateurs nationales existantes plutôt qu'en partant de zéro.

L’Euro numérique est une autre approche en cours d’étude

Parallèlement, la BCE mène un projet visant à créer un euro numérique, une monnaie numérique soutenue par la banque centrale et utilisable dans toute la zone euro. Les ministres des Finances de l'UE ont accéléré les discussions sur cette initiative, bien que le Parlement européen n'ait pas encore adopté la législation nécessaire. Une fois approuvé, la BCE estime qu'il faudrait encore deux à trois ans pour le lancer.

L'European Payments Initiative prend soin de distinguer Wero de l'euro numérique. Wero est une initiative du secteur privé, tandis que l'euro numérique est une monnaie publique. Ils sont conçus pour se compléter plutôt que pour se faire concurrence, même si leurs ambitions se recoupent. Tous deux existent parce que les responsables politiques européens ont enfin accepté que la souveraineté en matière de paiements revêt une importance stratégique aussi grande que l'indépendance énergétique ou l'autonomie en matière de défense. Le projet d’Euro numérique est au centre d’une controverse car des observateurs y voient une menace contre les libertés des citoyens français et européens.

Selon les estimations de l'EPI, la création d'une alternative viable à Visa et Mastercard nécessite plusieurs milliards d'euros d'investissement, ce qui constitue l’une des raisons des sceptiques de douter de l’aboutissement du projet d’Euro numérique.

Et vous ?

Partagez-vous l’avis des responsables européens qui voient la mise sur pied de l’Euro numérique comme une solution d’affranchissement des réseaux de paiement américains ? Sinon quelle approche entrevoyez-vous qui soit respectueuse des libertés des citoyens français et européens ?

Voir aussi :

Le portefeuille d'identification numérique de l'UE arrive, voici ce qu'implique en pratique son utilisation

Olli Rehn de la BCE annonce que l'enquête sur l'euro numérique sera terminée en octobre 2023, et ajoute que l'euro numérique aurait plusieurs avantages pour les personnes et les entreprises

La version numérique de la monnaie européenne sera gratuite et accessible à tous, mais la Banque Centrale Européenne ne souhaite pas conserver de données personnelles sur ses utilisateurs
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Avatar de MisterMoa
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 16/02/2026 à 15:47
Vaut mieux être souverain pas très riche, que riche sans souveraineté. L'argent ne fait pas tout.
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 11/02/2026 à 19:06
Une très bonne initiative d'avoir des alternatives (si ce n'est pas obligatoire !), sachant que Visa et Mastercard applique des politiques de censure puritaine sur les marchés du JV par exemple.

Cependant, cette histoire d'euro numérique est dangereuse : On fonce droit vers le crédit social et un contrôle totale de notre argent (et dépenses), ce n'est absolument pas rassurant.
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Avatar de der§en
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 11/02/2026 à 19:07
CB plutôt que leurs euro numérique, l’argent liquide plutôt que leurs euro numérique, n’importe quoi plutôt que l’euro numérique…
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Avatar de witre
Membre à l'essai https://www.developpez.com
Le 03/06/2026 à 17:46
Citation Envoyé par yoyo3d Voir le message
il va etre difficile de faire migrer les agents vers du linux ou libre office...
il est encore plus difficile de faire migrer les utilisateurs de linux vers windows.
Quand on a goutté à la facilite, la stabilité, la rapidité, revenir sous windows est très douloureux....
Mais j'utilise onlyoffice car il est très compatible avec msoffice
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Avatar de calvaire
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 12/02/2026 à 7:56
Citation Envoyé par Artaeus Voir le message
Une très bonne initiative d'avoir des alternatives (si ce n'est pas obligatoire !), sachant que Visa et Mastercard applique des politiques de censure puritaine sur les marchés du JV par exemple.
Cette argument me semble foireux, car je parie à 95% que la futur entité européenne fera aussi de la censure puritaine.
On peut souhaiter de la concurrence à Visa/Mastercard mais sur ce point beaucoup seront déçu, et ca risque même d’être pire, l'ue est bien plus menacant sur la censure que ne l'est les usa.
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Avatar de eclesia
Rédacteur https://www.developpez.com
Le 16/02/2026 à 21:12
Capgemini a peur car ils n'ont pas d'outils a eux. Ils ne font que réutiliser et combiner de l'existant en fonction des contrats. Presque aucune capitalisation logiciel. Donc évidement ils vont être en mauvaise posture.
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Avatar de weed
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 03/06/2026 à 19:40
Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4]
Que pensez-vous de la dépendance technologique de l'Europe vis-à-vis des États-Unis ?
Nous sommes en effet extrèement dépendant. Sans parler de la dépendance d. es autres moteurs dépendant de Bing/Google via les API, les gens sont à fond sur Google. Le grand public ne comprend très peu les enjeu d'utiliser et de favoriser la concurrence.
Tant que les médias grand public ne diffuseront pas l'info, les utilisateurs sont toujours autant fidèle à Google et à MS.

Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4]
L'Europe entreprend des actions pour se défaire de cette dépendance. Que pensez-vous de ces initiatives ?
Par contre très bien initiative que cela vienne du domaine public puisque du privé, cela me semble compliqué tant qu'il y aura aucune communication.

La situation est délicate parce qu'ils faut le faire en douceur au risque que les GAFAM coupe direct les accès aux API par exemple pour les recherches sur Internet.

Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
[B][SIZE=4] Selon vous, quelles sont les pistes de solution que l'Europe peut exploiter pour atteindre la souveraineté technologique ?
Commencez par l'éducation nationnale. Il faut que les jeunes aient un libre arbitre et ne soient plus dans l'ignorance. Faire la promotion de la concurrence, expliquer les enjeux de la concurrence, ...
1  0 
Avatar de mith06
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 12/02/2026 à 13:26
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Super! Et avec 450 millions de consommateurs, on est pas capable de disposer d'une usine qui produit des taille-crayons
Ils sont où l'OS made in Europe? Les alternatives européennes aux produits des GAMAF? Les moteurs de recherche européens? Les fabricants européens de micro-processeurs, d'ordinateurs, d'infrastructure de communication?
Et ca c'est pas du concret?

https://www.euronews.com/green/2024/...rink-spills-ev
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Avatar de weed
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 12/02/2026 à 21:35
Citation Envoyé par der§en Voir le message
CB plutôt que leurs euro numérique, l’argent liquide plutôt que leurs euro numérique, n’importe quoi plutôt que l’euro numérique…
J'approuve que l'argent liquide doit persister même si les plus jeunes ne savent plus ce que c'est. C'est important que le liquide soit maintenant et que l'on puisse faire des achats hors numérique, même si cela rend la tache plus compliqué pour les traques des trafics illicites.

Qu'est ce que CB ?

Carte bancaire ?
Carte bleu qui est un type bancaire (qui était très populaire à une époque et qui a disparu : https://fr.news.yahoo.com/pourquoi-d...l?guccounter=2) ?

Mais on pourrait imaginer une carte bancaire avec un autre acteur que Visa et Mastercard mais un acteur européen.

En conclusion, je suis en phase avec ton ressentis.
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 13/02/2026 à 13:08
Citation Envoyé par weed Voir le message
Qu'est ce que CB ?
C'est le réseau CB

En France, on n'a pas besoin de passer par les Américains si on a un compte dans une banque française. Le réseau CB qui est français prend en charge le paiement.
Le réseau visa/mastercard sert pour les paiements étrangers / à l'étranger.

Visa et Mastercard prennent des grosses commissions par rapport à CB, il faudrait les répercuter sur le client pour commencer pour éviter déjà de perdre sa souveraineté (les gens prennent des banques en ligne étrangères visa mastercard incompatibles CB).

Pour l'Euro numérique, je ne comprends pas. Ce dont on a besoin, c'est d'une union bancaire européenne pour avoir un paiement par carte dans les autres pays de l'union. Là, ils veulent nous imposer une nouvelle monnaie numérique que l'on pourra acheter avec l'argent de notre compte bancaire, au lieu de juste débiter le compte au paiement. Cette argumentation fallacieuse à de quoi rendre méfiant.
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