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ActivityPub : le W3C fera-t-il (enfin) le printemps des médias sociaux partagés ?
Par Julien GARDERON

Le , par Nothus

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15  0 
Chers membres du club,

J'ai le plaisir de vous présenter cet article :

En résumé rapide, ActivityPub n’est pas un protocole comme HTTP ou le couple IMAP/SMTP. Il s’agit d’une interface afin d’utiliser une API, un framework – en résumé un cadre. Il n’offre ni grammaire, ni syntaxe sur lesquelles reposeraient les échanges. ActivityPub se sert de l’existant – le format JSON pour la représentation des données notamment.

En cela, ActivityPub pourrait être vite, mais mal résumé comme une sorte de clone en JSON de XMPP (déjà quelques articles peuvent traîner pour les mettre côte à côte… une réalité d’usages probablement, mais une hérésie technique assurément).

La différence repose sur un fait simple, que XMPP utilise XML mais en définit sa propre grammaire et bien davantage qu’une simple logique d’échange. XMPP n’indique pas particulièrement un usage, mais une procédure d’échange. Les deux peuvent être étendus dans leur domaine.
Bonne lecture

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Avatar de Nothus
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 08/09/2018 à 12:59
Bonjour aux lecteurs de passage !

Ci-dessous un commentaire sur l’article, ayant vu des remarques ailleurs sur le net. Peut-être d’autres se sont faits les mêmes et il me semble important d’y répondre.

Sous forme d’un petit coup de gueule.



(1) « Quel rapport avec les cryptomonnaies ? »

Dans mon article directement aucun – sinon qu’il y a aujourd’hui une pente technique forte à la décentralisation, à l’éclatement, pas seulement à l’échelle d’une entreprise ou d’un réseau délimité (c’est-à-dire une extension horizontale avec les questions que cela pose dans l’accès à l’information pour un système donné), mais pour un service donné (entre tiers). Avec l’illusion d’une régulation « naturelle » (intéressant de voire que la remarque revient principalement chez les libératiens ou anarchistes, mais il s’agit là de sciences po). Une telle régulation n’est possible que pour peu de cas et sûrement pas pour les personnes qui ne connaissent/maîtrisent pas ces sujets.

Dans le cas présent : un réseau social. Il n’y a pas un système unique ni uniforme derrière (celle l’équivalent d’une grande API l’est), mais un CMS ou un autre, pas un seul « site » dans tous les sens du terme, format ainsi une fédération qui évolue (qui gagne et qui perd en même temps des points d’accès à un service global d’échange).

Il y a dans ce rapport à la décentralisation, souvent une vision que j’estime erronée (l’objet de l’article) d’un meilleur contrôle pour l’utilisateur. Ce qui n’a pas de sens car le contrôle effectif est fait au niveau d’un logiciel d’accès au service (client ou serveur) ou d’un serveur en lui-même.

Par exemple si vous êtes utilisateur d’une instance Mastodon qui modifie le code sans vous prévenir, sur un serveur sur lequel vous n’avez pas d’accès en particulier (mode administration s’entend, au moins en lecture), vous pouvez très bien vous faire « piller » à la manière d’un Facebook.

Avec cette nuance qu’un recours juridique viable est quasi-nul car votre instance n’est pas nécessairement en Europe (hors de la juridiction donc) ou même une entité juridique déterminable ! Et comme je l’indique dans l'article, je ne fais pas ici l’éloge des GAFA ou leurs équivalents : j’indique que la décentralisation n’est pas synonyme de meilleure protection pour l’utilisateur lambda. Il est faux d’y mettre un signe d’égalité, surtout une égalité parfaite.

La décentralisation n’est pas synonyme de plus grande démocratie, sauf si tous les participants utilisant une instance pour eux-même et qu’ils savent, chacun, la contrôler et l’administrer. Et vu la technicité nécessaire, ainsi que le choix de la plateforme technique / logiciel pour tenir l’instance, je doute que ça ne soit jamais le cas pour la majeure partie la population de tous les pays !

(2) « L'argumentaire technique est faible (ActivityPub est mieux que XMPP car il utilise "port 443 pour HTTP", c'est tout ?) »

Oui c’est (presque) tout – en fin d’article j’évoque des raisons techniques précises : l’agnosticisme quant au langage à utiliser – bien que le format d’échange (JSON) facilite une gestion par JS sur un navigateur. Rien, absolument rien, n’impose une instance multi-utilisateurs. Dès lors, une instance uni-utilisateur sur un hébergement mutualisé classique, codé en PHP, sur les ports « habituels », est possible. Coût réduit et un Zip transféré par FTP ou une installation directe et facile par l’hébergeur, est possible.
Ce serait une petite révolution d’avoir un tel outil qui se connecte à la fédération de plus grande instance.

En d’autres termes : on évite des écueils des préalables techniques importants à avoir pour une instance utilisable. Donc oui, en cela, l’esprit d’ActivityPub est toujours parti dans une direction de reprendre le « meilleur » de l’existant et de l’orienter « Web » côté client et serveur, afin de faciliter une adoption massive.

(3) « Et il y a des énormités "c’est l’adoption d’un protocole par des puissances économiques et donc indirectement par les utilisateurs qui permet à une technologie d’être totalement adopté" BitTorrent et Bitcoin sont deux contre-exemples. »

BitTorrent est édité par une entreprise (et l’a toujours été), et répond initialement à un marché de diffusion en masse d’une même information par un réseau pair-à-pair amélioré vis-à-vis de ce qui existait alors. Historiquement il y a un contre-sens de voir BitTorrent seulement comme le truc sympa « entre potes » et open-source. S’il y a eut finalement open-source, c’est là aussi une stratégie… D’entreprise.

Ce n’est pas une coïncidence si son adoption a été aussi rapide… plus simple, parfois plus efficace qu’eMule, malgré un principe général parfois similaire. Pourquoi ? Parce que le client pour télécharger est simple, multi-plateforme, maintenu, opérationnel. Avec du renfort de publicité (ça aide).

Que certains sites ont proposé nativement de télécharger en HTTP, FTP… et par le biais de Bittorrent, alors que la licence pour le contrôle, la maintenance et le suivi d’un serveur Bittorrent n’est pas gratuit (juste le client, pour le consommateur final!).

Qu’il est plus facile « d’administrer » une communauté BitTorrent dans de tels cas, qu’une fédération totalement ouverte, « libre », autour d’un logiciel comme eMule ou d’autres (cf bénévolat, qui a ses limites).

Et le rachat récent de l’entreprise Bittorrent n’est pas plus innocent, vu que Bitcoin est aussi une question de puissances économiques additionnées. Non pas qu’il y ait ici une seule entreprise, mais un groupe d’action économique (de nombreux acteurs), une puissance financière forte, une grande confiance qui s’est instaurée dans la monnaie virtuelle. Cette « confiance » est d’abord le fruit d’une volonté de confidentialité et d’absence d’intermédiation légale que n’offre aucune autre monnaie d’échange actuellement. Ce n’est pas parce que la monnaie est « libre » qu’elle a été initialement adoptée (ce qui n’a pas de sens autre que de com’ car la liberté impliquerait aussi l’absence de protocole. La monnaie étant une intermédiation, une monnaie partagée par plus de deux acteurs – sinon c’est du troc –, n’offre pas de liberté mais des garanties plus ou moins acceptées dans un groupe donné ce qui forme la valeur de cette même monnaie. Bref).

La suite du BitCoin, ce fut et c’est encore, la spéculation. Pas vraiment quelque chose de très « open source »…

Le développement d’autres monnaies que le BitCoin, crée une concurrence et offre une diffusion supplémentaire de la logique interne au fonctionnement du BitCoin : la blockchain. La blockchain est en étude d’implémentation dans d’autres secteurs d’activité depuis quelques mois / années, par des grands groupes ainsi que des institutions publiques (telle que la Banque de France et les Notaires de France).

Nous retournons à une logique de masse et de masse économique donc.



Bref mon commentaire est moins pour répondre directement à ces remarques – je développe déjà tout cela dans l’article, encore faut-il le lire plus vite qu’en diagonal –, qu’une observation plus générale : un protocole n’est pas une mise en œuvre, particulièrement lorsque le protocole instaure un dialogue entre deux machines / services dont chacune se révèle être une boîte noire pour l’autre.

ActivityPub fonctionnera si son utilisation est celle d’une masse importante des utilisateurs du Net et non, la logique économique n’est jamais loin (désolé pour les esprits chagrins).

Un outil « gratuit » ou « libre » d’utilisation, n’est pas un outil forcément sans impact sur la vie privée et numérique de l’utilisateur (que ce Facebook ou une instance Mastodon) ou d’ailleurs celle des développeurs (ces derniers sont souvent bénévoles pour les projets open-source – pas toujours mais souvent –, sur leur temps libre ; ils sont peu rémunérés et finissent souvent par abandonner leur projet s’il n’y a pas une opportunité pour eux d’en vivre dignement d’une façon ou d’une autre, au détriment de la sécurité).

La gratuité et le partage « ouvert », « n’impactent » pas toujours comme il le faudrait, les milliards de personnes dans le monde qui voient en « Internet » un truc incroyable mais incompréhensible, qui n’est jamais assez simple ni assez rassurant. A raison.

Prétendre le contraire me semble relever, au mieux, de la mauvaise foi. Mais c’est là aussi un avis personnel !

Bonne lecture à tous,

Julien.
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