Pourquoi et comment James Damore a-t-il été licencié par Google ?
L'auteur du mémo controversé sur la diversité des genres s'explique

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Dans un article publié par le Wall Street Journal, James Damore explique qu'il a été licencié par Google parce que ses efforts de bonne foi pour discuter des différences entre les hommes et les femmes dans la technologie ne pouvaient être tolérés dans la « chambre d'écho idéologique » de l’entreprise.

« J'ai été licencié par Google le lundi dernier pour un document que j'ai écrit et diffusé en interne ; lequel document a suscité des questions sur des sujets tabous [de la culture de Google] et la manière dont ils nuisent à notre réflexion sur la diversité des genres dans l'entreprise et dans le secteur technologique en général », dit-il. « J'ai affirmé qu'au moins certaines des disparités homme-femme dans la technologie peuvent être attribuées à des différences biologiques (et, oui, j'ai dit que le biais contre les femmes était aussi un facteur). » James Damore explique ensuite avec plus de détails les raisons de son licenciement et les circonstances dans lesquelles cela s’est produit.

Diversité des genres : un sujet tabou au sein de Google, la dictature de la pensée unique ?

« Nous avons tous des préférences et croyances morales sur la façon dont le monde est et doit être. Avoir ses points de vue contestés peut être douloureux, nous avons donc tendance à éviter les personnes ayant des valeurs différentes et à nous associer à celles qui partagent nos valeurs », explique James Damore. Toutefois chez Google, dit-il, « cette autoségrégation est devenue beaucoup plus puissante au cours des dernières décennies », a-t-il expliqué en faisant référence à l'idéologie de l'entreprise au sujet des inégalités de genre dans le monde et dans la tech en particulier. Il dit en effet que la croyance au sein de Google, c’est que « toutes les inégalités sont dues à un traitement différencié et toutes les personnes sont intrinsèquement les mêmes. » Et personne n’a intérêt à aller à l’encontre de cela.

James Damore décrit en effet Google comme une « chambre d'écho particulièrement intense » et les chambres d'écho, comme il l’explique, « se maintiennent en créant un esprit partagé et en gardant la discussion confinée dans certaines limites […] Mais, les chambres d'écho doivent également se prémunir contre la dissidence et l'opposition », dit-il. Un consensus au sein de la chambre d’écho est donc maintenu en humiliant les gens qui s'opposent à l'idéologie du groupe pour les amener à se conformer ou en les excommuniant s'ils persistent à violer les tabous. Cela sert notamment à « avertir les autres que le même châtiment les attend s'ils ne se conforment pas » aux principes du groupe. Et c’est là que James Damore a commis son erreur.


James Damore

James Damore a osé penser différemment, mais il a été ignoré jusqu’à ce que l’affaire soit rendue publique et que des sanctions soient exigées par des personnes mécontentes

Dans son article sur le Wall Street Journal, James Damore explique que dans son mémo, il a « commis une hérésie contre la croyance de Google en déclarant que les disparités entre hommes et femmes que nous voyons dans le monde ne sont pas toutes le résultat d'un traitement discriminatoire. » Mais, son mémo n’a pas déclenché de polémique juste après sa publication. Son document date en effet de juillet 2017, mais il y a seulement une semaine que cela a créé un déluge de critiques. « Lorsque j'ai fait circuler le document il y a environ un mois à nos groupes de diversité et à des individus au sein de Google, il n'y avait pas de protestation ni d’accusation de misogynie », dit-il. « Je me suis engagé dans une discussion raisonnée avec certains de mes pairs sur ces questions, mais le plus souvent, j'ai été ignoré », a-t-il ajouté.

Mais « tout a changé lorsque le document a fait l'objet de vives critiques au sein de l'entreprise et dans le monde technologique plus large ». Et cela a commencé quand « ceux qui sont les plus zélés envers la croyance sur la diversité [ont décidé de ne] pas laisser cette offense publique rester impunie », dit-il. Ces personnes mécontentes ont donc « envoyé des emails, en colère, au service des ressources humaines de Google et à tous ceux qui sont dans ma hiérarchie supérieure pour exiger une censure, des représailles et des réparations », explique l’ancien ingénieur de Google.

« La haute direction a essayé d'apaiser cette vague d'indignation en m'humiliant et en déformant mon document, mais ils ne pouvaient pas vraiment faire autrement », dit-il, parce que « la foule se serait levée contre toute personne qui partagerait ouvertement mon avis ou même qui aurait toléré mes points de vue. » Ainsi, « lorsque toute l'affaire est finalement devenue une controverse médiatique majeure, à cause des fuites externes, Google a dû résoudre le problème causé par mon manifeste soi-disant sexiste et anti-diversité. »

Sundar Pichai n’avait plus le choix, devrait-il considérer que James Damore avait violé le Code de conduite de Google pour apaiser les mécontents ?

Si James Damore considère Google comme une entreprise qui embauche les personnes les plus intelligentes du monde, il se dit toutefois déçu de ce que l'entreprise soit guidée par ses idéologies et soit si intolérante au débat scientifique et aux arguments raisonnés. « Le PDG de Google, Sundar Pichai, a déclaré que certaines parties de mon exposé avaient violé le code de conduite de la société et "franchissent les limites en perpétuant des stéréotypes offensants sur le genre dans notre lieu de travail". » Pourtant, poursuit-il, « mon document de dix pages énonçait ce que je considérais comme un argument raisonné, bien étudié et de bonne foi, mais comme je l'ai dit, le point de vue que je défendais est généralement banni chez Google en raison de la "chambre d'écho idéologique" de l'entreprise. Mon licenciement confirme exactement ce point. »

Source : The Wall Street Journal

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Avatar de ddoumeche ddoumeche - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 12/08/2017 à 16:26
Un point qui m'a marqué en lisant le mémo incriminé est que l'auteur fait d'emblée une attaque sur la culture du politiquement correct :
"Psychological safety is built on mutual respect and acceptance, but unfortunately our culture of shaming and misrepresentation is disrespectful and unaccepting of anyone outside its echo chamber.

Despite what the public response seems to have been, I've gotten many†personal messages from fellow Googlers expressing their gratitude for bringing up these very important issues which they agree with but would never have the courage to say or defend because of our shaming culture and the possibility of being fired. This needs to change"
Donc à mon sens s'il a été viré, ce n'est non pas sur son argumentaire sur la place des femmes dans l'informatique, qui est relativement neutre et même positif, mais sur celle de la culture d'entreprise.

Voila donc une validation in vivo de ce qu'il affirma sur la culture de l'humiliation (shaming)... et la discrimination qui ne repose pas sur le sexe visiblement.
Avatar de 23JFK 23JFK - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 12/08/2017 à 19:13
Il a été viré pour calmer les minorités que ce sont excitées sur le mémo. Les juristes de google ont fait la part des choses, dire non aux minorités était juridiquement plus emmerdant que de virer un type et d'être ensuite poursuivi par ce dernier pour atteinte à la liberté d'expression que garantit le premier amendement. Ils perdront aussi en justice contre leur ingénieur, mais ils n'auront que quelques dizaines de millions à lui verser, alors que dans l'autre cas ils auraient pu devoir verser des centaines des millions à une légion d'associations pro-bidules.
Avatar de TallyHo TallyHo - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 12/08/2017 à 22:06
Citation Envoyé par psychadelic Voir le message
Mais sont mémo avait déjà commencé à nourrir une polémique malsaine en interne, ce qui à certainement favorisé son "fuitage" vers l'extérieur de la boite.
A priori ce n'est pas ce qui est dit dans la news actualisée... Je ne le défends pas spécialement mais je le crois quand il dit qu'il y a eu des gens zélés qui ont réagi idéologiquement en refusant le débat, puisque je déplore moi-même cet état d'esprit accusateur qui s'installe et qui stigmatise le supposé méchant (l'opposition en fait). Il suffit de voir comment nos politiciens utilisent aussi de plus en plus ce type d'argumentaire.

Google ne voulait pas d'incendie ? Il dit qu'il a été ignoré... Qu'est ce qui empêchait GG de lui demander de la mettre en sourdine au lieu d'ignorer (surtout que le sujet semble tabou) ? Et de faire tout de suite une com' interne pour rassurer les bien-pensants ?

Autre question : il est viré pour avoir terni l'image, ok... Et les autres qui ont fait fuiter le document, ils n'ont rien ? C'est quand même grâce à eux que ça a autant merdé. Ce serait resté en interne, il n'y aurait pas eu de polémique "mondiale". Je suis même certain que Damore n'est pas le premier à faire un mémo dissident au sein de GG.

Si Damore reste le seul fusible de l'histoire, on est quand même en droit de se demander si il n'y a pas effectivement une petite saque idéologique derrière tout ça malgré tout. Et une volonté de calmer les pro-machins comme l'a dit 23JFK.

Pour l'image de GG, je n'y crois pas plus que ça, les gens oublient vite. Tu as eu des scandales bien pires que ça en politique ou dans le business et c'était reparti comme en 14 quelques mois après, les gens continuaient d'utiliser les services de la société incriminée ou ils ont revoté pour le même pourri.
Avatar de psychadelic psychadelic - Membre émérite https://www.developpez.com
le 12/08/2017 à 23:36
(moi)
Mais son mémo avait déjà commencé à nourrir une polémique malsaine en interne, ce qui à certainement favorisé son "fuitage" vers l'extérieur de la boite.
Citation Envoyé par TallyHo Voir le message
A priori ce n'est pas ce qui est dit dans la news actualisée...
/.../
Et les autres qui ont fait fuiter le document, ils n'ont rien ? C'est quand même grâce à eux que ça a autant merdé. Ce serait resté en interne, il n'y aurait pas eu de polémique "mondiale".
Ben si justement, en relisant la news actualisée :
. « Lorsque j'ai fait circuler le document il y a environ un mois à nos groupes de diversité et à des individus au sein de Google, il n'y avait pas de protestation ni d’accusation de misogynie », dit-il. « Je me suis engagé dans une discussion raisonnée avec certains de mes pairs sur ces questions, mais le plus souvent, j'ai été ignoré », a-t-il ajouté.

Mais « tout a changé lorsque le document a fait l'objet de vives critiques au sein de l'entreprise et dans le monde technologique plus large ».
Donc si je refais correctement la trame des évènements:

T1 ---> son mémo est publié en interne, et cela ne fait pas vraiment de vagues.
T2 ---> Il publie lui même son mémo à des "groupes de diversité" qui, d'après ce que j'en sais sont des "Google Fellows"; donc extérieurs à Google (donc c'est lui qui fait fuiter son propre mémo)
T2 + 1 semaine ---> la polémique commence à démarer, ce qui me semble un délai logique pour que l'information fasse des "retours", et j'imagine que dans le même temps les employés de Google sont eux-même "harcelés" par les groupes extérieurs...

Ce doit être aussi à partir de ce moment la que le service du marketing commencent à découvrir "cette histoire"

Par la suite ça commence à dégénérer totalement, et tout est hors de contrôle pour Google, qui dans la pagaille commets la bêtise du dénigrement envers James Damore, ce qui ne peut que le choquer et braquer davantage.

En Fait je pense que Google n'a aucun spécialiste pour ce genre de crise, et qu'ils ne savent même pas vers qui se tourner pour répondre à ce type de conflit. J'imagine que c'est sur quoi Google est en train de travailler actuellement, et je ne serai pas surpris qu'on ait prochainement des communiqués dans ce sens de la part de Google.

¯\_(ツ)_/¯

Mais cette histoire n'est pas terminée, j'ai lu dans la presse US que ce type était maintenant soutenu par des groupes d’extrême droite Américaine.

Si c'est vraiment le cas, alors ce type risque gros; son histoire sur la "chambre d’écho" au sein de Google et son parallèle avec les Goulag Russes, tout cela frise la diffamation : Google va lui mettre une armée d'avocats sur le dos...
Avatar de TallyHo TallyHo - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 13/08/2017 à 0:47
Citation Envoyé par psychadelic Voir le message
T2 ---> Il publie lui même son mémo à des "groupes de diversité" qui, d'après ce que j'en sais sont des "Google Fellows"; donc extérieurs à Google [B](donc c'est lui qui fait fuiter son propre mémo)
Il est quand même bien précisé que le mémo a circulé en interne sans contestation au début. De plus, si j'admets ta définition du "fellow", ça ne change pas grand chose à mon propos. Les "fellows" fuiteurs devraient être poursuivis en justice car je suppose que GG ne te fait pas participer à ses activités sans te demander un minimum de garantie, du genre la discrétion sur les mémos que tu consultes. Donc c'est externe mais il y a quand même un lien professionnel de confiance, ça reste confiné. Je veux dire par là qu'il n'a pas balancé ça sur son blog à la vue de tous. Il faudrait savoir ce que sont ces groupes de diversité exactement.

Après pour les soutiens, ben oui forcément que ça va partir en sucette, tu vas avoir tous les pro-trucs qui vont vouloir tirer la couverture à eux, des féministes aux machos en passant par les défenseurs de la liberté d'expression. Mais depuis le début c'est comme ça de toute façon, il y a eu une volonté de détourner le truc dans les médias. J'ai encore vu un titre sur le rapport sexiste de GG sur un site français qui n'était pas du tout pertinent, du bullshit répété, donc tu as aussi l'effet perroquet qui vient s'ajouter...
Avatar de ijk-ref ijk-ref - Membre averti https://www.developpez.com
le 13/08/2017 à 11:50
On ressemble physiquement à Zemmour jeune
Avatar de ddoumeche ddoumeche - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 13/08/2017 à 16:42
Citation Envoyé par psychadelic Voir le message
Mais cette histoire n'est pas terminée, j'ai lu dans la presse US que ce type était maintenant soutenu par des groupes d’extrême droite Américaine.
Délit d'opinion. On se croirait rendu au bon vieux temps des procès de Moscou.

Quand au tag sur le banc, rien ne nous dit qu'il en soit l'auteur.
Avatar de psychadelic psychadelic - Membre émérite https://www.developpez.com
le 13/08/2017 à 19:45
La frontière est mince entre l’opinion et la diffamation.
Il y a aussi la récupération et l'instrumentalisation...
Enfin du moment qu'ils en restent aux mots, on peut espérer que la raison l'emporte sur la brutalité,
Ce n'est pas comme foncer contre des manifestants avec une voiture parce qu'on ne partage pas les mêmes.... opinions
Avatar de Ladioss Ladioss - Membre à l'essai https://www.developpez.com
le 13/08/2017 à 21:34
Ou tirer sur des policiers pour une question de... couleur de peau. Ou sur un représentant élu parce qu'il est de... l'autre bord politique.

Il va falloir s'adapter à ce genre d'ambiance, l'époque est à la montée des radicalités de tout bord. Et à priori il n'y a rien ni personne à même de pouvoir désamorcer cette escalade.
Avatar de TallyHo TallyHo - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 14/08/2017 à 1:50
Citation Envoyé par Ladioss Voir le message
Il va falloir s'adapter à ce genre d'ambiance, l'époque est à la montée des radicalités de tout bord. Et à priori il n'y a rien ni personne à même de pouvoir désamorcer cette escalade.
On paye cash la société émotionnelle et d'indignation... Dis merci aux "communiquants" (média, pub, etc...) qui ont enlevé toute intelligence aux gens en les faisant réagir uniquement aux émotions, c'est devenu une habitude maintenant. Ce couac avec GG et bien d'autres avant ça le démontre une nouvelle fois. Je ne parle pas spécialement de ce fil qui a été mesuré et intéressant mais regarde comment c'est tourné dans les médias...
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