Le W3C publie des recommandations sur la normalisation des annotations Web
Quelles répercussions sur le Web actuel ?

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Dans sa mission de permettre « un seul Web partout et pour tous », le W3C, l’organisme chargé de la normalisation des technologies du World Wide Web, a récemment annoncé la publication de trois nouvelles normes relatives aux annotations Web. Il s’agit de recommandations visant à permettre aux internautes du monde entier d’annoter n’importe quelle ressource sur le Web, c’est-à-dire la commenter ou la décrire, entre autres actions.

Cela vient dans le but de répondre à un problème bien précis. « Si de nombreux sites Web permettent déjà des commentaires, les systèmes d'annotation actuels s'appuient sur des technologies uniques, généralement propriétaires, choisies et fournies par les éditeurs. Les notes ne peuvent pas être partagées facilement sur le Web et les commentaires sur une page Web ne peuvent être enregistrés et visualisés que via un seul site Web », a expliqué le W3C.

Les trois recommandations du W3C incluent donc un modèle de données d’annotations Web, qui décrit un modèle structuré et un format pour permettre aux annotations d'être partagées et réutilisées sur différentes plateformes matérielles et logicielles. La deuxième recommandation portant sur le vocabulaire d’annotation Web spécifie, entre autres, l'ensemble des classes RDF (cadre de description de ressource), des prédicats et des entités nommées qui sont utilisés par le modèle de données d'annotation Web. La troisième recommandation est un protocole d'annotation Web qui décrit les mécanismes de transport pour la création et la gestion des annotations.

Architecture proposée pour les annotations Web

L’architecture d’annotation Web proposée par le W3C illustre le rôle des différents acteurs de l’écosystème de contenu (le créateur, l’éditeur, le lecteur), mais également la portée des annotations.

  • Le créateur de contenu et l’éditeur

Le créateur de contenu est celui qui crée le travail original : texte, images et d'autres ressources. L’architecture d’annotations Web tient compte du fait que plusieurs créateurs de contenu peuvent être responsables d'un seul travail. Après la création du contenu, l'éditeur (qui peut être la même entité) va le distribuer sur le Web. Le contenu est publié sous une forme presque finale, avec une URL.

Comme le montre la figure suivante (illustrant une première partie de l’architecture), des notes de bas de page et des commentaires peuvent être ajoutés au contenu. Les deux peuvent être considérés comme une sorte d'annotation et sont implicitement publiés par le même éditeur que le contenu, au même endroit.

Les notes de bas de page peuvent être ancrées dans une section particulière du contenu et peuvent ou non avoir une provenance différente du contenu principal, telles qu'un auteur différent ou une date et une heure de publication différentes. Les commentaires, quant à eux, n'ont généralement pas d'ancrage dans une section spécifique du contenu.


  • Le lecteur, la création et la publication d’annotations Web

Le lecteur joue un rôle essentiel dans l'écosystème du contenu, en interagissant avec le contenu de plusieurs façons. Le lecteur lit, analyse et réfléchit sur le contenu. Mais c'est seulement le début. Les annotations sont pour le lecteur un moyen plus puissant d’interagir avec le contenu. Ils lui permettent, entre autres, de commenter, corriger ou mettre en évidence des sélections de contenu, à savoir : un texte, une section d'une image, un emplacement sur une carte interactive, un horodatage d'une vidéo ou un audio, ou une représentation de données qui a une source de données sous-jacente.

L’architecture présentée prévoit aussi que le lecteur soit en mesure d’annoter une note de bas de page ou un commentaire de site traditionnel. D'autres lecteurs pourront également annoter des sections de contenu qui chevauchent des annotations existantes et même annoter des annotations elles-mêmes.

Lorsqu'un lecteur crée une annotation Web, il n'a pas à le publier sur le site de contenu d'origine. Il doit pouvoir publier le contenu de l’annotation sur un ou plusieurs « services d'annotation » tiers ou son périphérique local.


  • Autres caractéristiques importantes de l’architecture

L'éditeur va recevoir une notification pour les annotations faites sur son site et qui sont explicitement rendues publiques. Une fois notifié d'une annotation, l'éditeur peut demander plus d'informations sur l'annotation à partir du service d'annotation via une API HTTP proposée, y compris les références de l'auteur, la réputation de l'annotation, la licence de publication et d'autres détails qui pourraient mener à une décision éclairée sur la valeur de l'annotation.

Pour le lecteur, il sera également possible de s’abonner à des flux d'annotations. Dès ce moment, les annotations seront transmises à son navigateur - affichées sur la page (comme dans une barre latérale) - lorsqu’il visite une URL pertinente. En effet, chaque annotation va inclure l'URL originale du contenu annoté, de sorte qu'un lecteur avec annotations activées puisse lire ces annotations lors de la visite de cette URL.

En plus de la provenance (l’URL d’origine), une annotation Web partagée va inclure une chaîne d'attribution qui montre tous ceux qui l'ont partagée dans une séquence (il faut noter que même le fait d’up-voter ou taguer une annotation est considéré comme un acte d'annotation et de partage). D’après le groupe de travail du W3C, c'est un moyen important pour diffuser du contenu tout en récompensant le créateur de contenu d'origine.

Le W3C a publié une infographie interactive sur l'architecture complète pour les annotations Web.

Qu’est-ce que cela signifie au juste ?

« Les widgets de commentaires peuvent bientôt devenir une chose du passé », explique Dan Whaley, le développeur d’Hypothes.is, un système libre d’annotations Web. « Les normes W3C sont un jalon important vers un avenir dans lequel toutes les pages pourraient supporter de riches couches de conversation sans nécessiter aucune action de leurs éditeurs - car cette capacité peut être intégrée dans le navigateur lui-même et être disponible comme une fonctionnalité native, tout comme la recherche sur le Web », a-t-il ajouté.

« L'avantage de ceci est que les annotations seront maintenant sous le contrôle de l'utilisateur, plutôt qu'à la seule discrétion de l'éditeur », poursuit Dan Whaley. Autrement dit, cela pourrait limiter, sinon supprimer, la capacité pour les éditeurs de modérer les commentaires des utilisateurs sur leur contenu.

Si un standard pour les annotations Web peut sembler une bonne idée, certains se montrent déjà pessimistes au vu des réalités de l’internet. Plusieurs questions se posent en effet : si l’utilisateur a le « contrôle » de ses annotations, comment les problèmes comme les propos injurieux en ligne seront-ils gérés ? On peut également s’interroger sur le système de suivi derrière le partage des annotations Web : les annotations seront-elles pistées ? Qu'en est-il de la protection de la vie privée ? Les webmasters seront-ils toujours en mesure de suivre le niveau d'activité sur leurs sites ?

Sources : Hypothes.is, W3C (GitHub), Site officiel du W3C, Infographie interactive sur l’architecture d’annotation Web

Et vous ?

Que pensez-vous de ces recommandations pour la normalisation des annotations Web ?
Êtes-vous optimistes ? Avez-vous des doutes et inquiétudes ?

Voir aussi :

Le W3C s'apprête à publier le HTML 5.1 durant les prochaines semaines, et a déjà commencé la rédaction des spécifications du HTML 5.2
Le W3C travaille sur une norme d'authentification forte pour les navigateurs pour sécuriser l'accès aux applications web et empêcher le phishing


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Avatar de Matthieu Vergne Matthieu Vergne - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 7:23
J'aime beaucoup l'idée. Quant à la question de la modération, cela peut se faire au travers des annotations aussi : les annotations à filtrer seraient annotées par l'éditeur comme telles plutôt que d'être simplement supprimées. Cela permettrait de garder la main tout en préservant les données, permettant au passage les études statistiques sur le sujet.
Avatar de François DORIN François DORIN - Rédacteur/Modérateur https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 7:52
Quid de la pérennité ? Au début, il risque d'y avoir beaucoup d'acteurs qui vont vouloir se positionner sur le marché, avant que n'émerge naturellement quelques acteurs s'accaparant la plus grosse part de celui-ci. Si un acteur disparaît, ses annotations disparaissent aussi ?

Autre question : si l'URL d'une page change, que deviennent les annotations ?

Enfin, on risque de voir apparaître un "facebook" des annotations. Et il y a de fortes chances que les régies publicitaires soient fortement intéressées par ce genre d'informations.

Donc oui, il y a des aspects très intéressants, mais je pense qu'il ne faut pas le voir comme une solution miracle. C'est une solution supplémentaire, avec ses avantages et ses inconvénients.
Avatar de ManyTwo ManyTwo - Candidat au Club https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 10:37
Le w3c apporte une normalisation technique des éléments utilisés couramment sur le web. Il est clair que le système de commentaire (pour simplifier) est un "pattern" omni présent sur le web, qui n'est pas du tout standardisé.

Le W3C définit un modèle de fonctionnement mais pas une éthique d'utilisation. Il est donc certain que ce standard va être utilisé à des fins publicitaires par exemple.

Dans l'idée, cela complète, ou plutot imite (dans une certaine mesure) les flux RSS pour une utilisation différente.

A la charge des utilisateurs de s'abonner aux notifications des pages qui lui importe, qui n'abusent pas de la pub etc, suivant les critères de chacun.
A la charge des éditeurs de mettre en place des systèmes efficaces pour filtrer les spams, pubs intrusives etc.
Avatar de TiranusKBX TiranusKBX - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 13:34
@Matthieu Vergne
De ce que j'ai compris on donne la possibilité à des personnes de mettre des gribouillis sur des pages web d'autrui à travers de service tiers, il serait plus intéressant de mettre au point une API standard pour les commentaires à la place

@François DORIN
Ce n'est qu'un problème technique

@ManyTwo
La meilleurs arme possible pour les trolleurs
Avatar de Matthieu Vergne Matthieu Vergne - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 13:44
Citation Envoyé par TiranusKBX Voir le message
@Matthieu Vergne
De ce que j'ai compris on donne la possibilité à des personnes de mettre des gribouillis sur des pages web d'autrui à travers de service tiers
Gribouillis ou pas, on donne la possibilité à quiconque d'émettre son avis sans avoir besoin que l'éditeur y mette des ressources pour les collecter. Et ça c'est bien. J'ai un site perso sur lequel je commence à mettre des articles pour lesquels j'aimerais bien avoir des discussions ouvertes à qui veux, mais j'ai pas envie de mettre en place une gestion de compte, BDD derrière, avec la sécurité qui va bien. Un service de ce genre m'irait donc tout à fait. Vis à vis du filtrage, si la personne suis d'elle-même le flux, elle filtre par elle-même. Si j'intègre à mon site le flux de commentaires généré, j'ai droit à ma couche de filtrage (potentiellement personnalisable par l'utilisateur, tout dépend des fonctionnalités offertes sur le flux par le service tiers).

Voilà le genre de service que j'ai en tête.
Avatar de ManyTwo ManyTwo - Candidat au Club https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 14:42
De toute facon ce modèle ne fonctionnera pas sans un sytème de modération, pour plusieures raisons:

1. Garder un contenu pertinent.
Si un editeur ou un auteur veut publier du contenu sérieux et structuré, et concit, cela risque de devenir vite un "fourre-tout".
Ce qu'il risque de se passer, c'est que de l'idée d'annoter (en étaillant) le contenu, cela sera un mélange de commentaires/ conversations, avec des gens qui se répondent etc, d'annotaions pertinantes, de publicités .. enfin le genre de "pollution" qui noie l'info pertinante.

En gros, le genre de service qu on va vite désactiver et que les sites "serieux" vont éviter d'utiliser.

2.Eviter le contenu indésirable.
J'ai l'impression que ce système est pensé dans un monde ou les gens sont bienveillants et auto disciplinés.
Il est évident que entre les trolls/publicités, et les dérives (annotations qui partent en mode discution par exemple), ca va devenir ingérable.

Même si la modération permet à l'editeur d'un contenu de supprimer des avis négatifs ou n'allant aps dans son sens, j'ai l'impression qu'ils ont oublié l'intérêt premier de la modération:
eviter les abus. De toute faconces fournisseur d'api d'annotaion seront surement obligés, de par la loi, de modérer le contenu.

En gros, on en revient au même que actuellement sauf que la, la possibilité de censure est généralisée. L'hébergeur est contre un sujet? c est sur tous les contenus que les annotaions sont censurés.

Si on fait le point en l'état:
-Risque de servir de fourre-tout, car les lecteurs ne sont généralement pas auto disciplinés
-Modèle distribué qui ne l'est pas vraiment, on déporte juste le problème de modération
-Trop de "pollution" possible, les infos pertinentes noyées.
-Potentiellement gourmand en temp de chargement.

Bon il y a encore du travail^^
Avatar de TiranusKBX TiranusKBX - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 28/02/2017 à 14:56
@Matthieu Vergne
Moi ce que j'ai compris c'est plus un système à la Edge pour les annotation sur les pages mais en distribué et public
Avatar de Matthieu Vergne Matthieu Vergne - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 01/03/2017 à 11:55
Citation Envoyé par TiranusKBX Voir le message
@Matthieu Vergne
Moi ce que j'ai compris c'est plus un système à la Edge pour les annotation sur les pages mais en distribué et public
Edge je ne l'utilise pas, donc je n'ai que mon interprétation perso.
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