Procès API Java : Oracle reproche à Google d'avoir détourné sa propriété
Pour saisir son opportunité et percevoir ses revenus

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Après la sélection des membres du jury ce lundi, Google et Oracle se sont présentés devant le tribunal dans une nouvelle tentative de trancher définitivement leur conflit au sujet des API Java utilisés dans Android sans paiement de licence. Mountain View semble mal parti dans la mesure où la firme a été reconnue coupable d’avoir copié les API Java d’Oracle. Sa seule échappatoire, c’est que le tribunal reconnaisse que cette copie, qu’Oracle estime illégale, est couverte par les règles de fair use ou d’usage loyal. Oracle estime à 9,3 milliards de dollars US, la somme que Google doit payer pour dommages et intérêts dans cette affaire, et la firme de Larry Ellison espère bien obtenir gain de cause dans ce nouveau procès.

Dans sa tentative de convaincre les membres du jury, l’avocat d’Oracle a sorti un grand jeu, affichant la plus grande éloquence verbale possible pour être plus persuasif. Mettant de côté les termes techniques, monsieur Peter Bicks a essayé non seulement de montrer la gravité de l’acte de Google vis-à-vis de la propriété intellectuelle, mais encore de persuader les membres du jury qu’Android n’aurait connu aucun succès si Google n’avait pas utilisé les API Java. « Si ce code n'avait pas été dans leurs trois milliards de téléphones, pas un seul n’aurait pu fonctionner », soutient Peter Bicks, l’avocat d’Oracle, en s’adressant au jury.

Citant les propres emails de Google, monsieur Bicks montre que Google a délibérément décidé de violer la propriété d’Oracle pour se faire rapidement du profit. Ce que monsieur Bicks considère comme un « raccourci » illégal. « Google, l’une des entreprises les plus importantes et les plus sophistiquées du monde, a pris une décision d’affaires délibérée de ne pas prendre une licence et de copier et utiliser le précieux logiciel d’Oracle illégalement », a-t-il déclaré. Et de poursuivre : « Pourquoi ? D’énormes profits. »

L’avocat d’Oracle a expliqué comment Google a détourné la propriété de son client pour saisir son opportunité et percevoir ses revenus. « Trois milliards de téléphones mobiles ont été activés avec la propriété d’Oracle », a-t-il dit. Il explique qu’il y a 100 000 téléphones Android étant activés chaque heure. Google se serait donc fait « 42 milliards de dollars US en revenus grâce à l'ensemble de ces activations », estime l’avocat. Monsieur Peter Bricks rappelle que chacune de ces activations s’est faite avec la propriété de son client qu’il appelle « le précieux code informatique. »

Les 37 API Java copiées par la firme de Mountain View représentent 11 000 lignes de codes. Si Google estime que cela ne correspond qu’à une fraction du système Android, l’avocat d’Oracle montre que cela représente beaucoup en informatique. Pour illustrer cela, il a montré une diapositive qui explique qu’il a fallu 10 000 lignes de code pour programmer le module informatique de l’atterrisseur lunaire Apollo, là où des vies étaient en jeu. Il revient alors pour dire que cela représente 1000 lignes en moins par rapport au code que Google a copié. Et donc le fair use brandi par Google n’est qu’une excuse.

Comme Oracle l’a plusieurs fois souligné, monsieur Bricks estime qu’Android a gâché l’affaire d’Oracle. Il note que Google s’est enrichi sur le marché des mobiles au détriment d’Oracle. Son client « a vu de l’argent sortir par la porte » pour aller chez Google, a-t-il soutenu.

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Que pensez-vous des arguments de l’avocat d’Oracle ? Pensez-vous qu’Oracle a été convaincant pour obtenir les dommages et intérêts souhaités ?


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Avatar de Mouvii Mouvii - Membre du Club https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 14:02
L'avocat a utilisé des bons arguments pour convaincre le jury, c'est un fait.
Avatar de Gugelhupf Gugelhupf - Modérateur https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 14:03
il a montré une slide qui explique qu’il a fallu 10 000 lignes de code pour programmer le module informatique de l’atterrisseur lunaire Apollo
Je ne savais pas que le code d'Apollo était en Java

Une solution pour Google serait d'avoir un support polyglot officiel pour Android (cf: pouvoir écrire dans d'autres langages pour arriver au même but), un peu comme Google App Engine, on peut faire du Java (premier a être supporté), Python, PHP, et Go. Ils auraient ainsi plus de cartes en main.
Avatar de earhater earhater - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 14:34
Leur avocat est quand même assez bon
Avatar de Michael Guilloux Michael Guilloux - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 15:15
Procès API Java : le PDG d’Oracle aurait applaudi l’utilisation de Java dans Android en 2009
d'après une vidéo présentée par l’avocat de Google

Après le passage de Peter Bricks, l’avocat d’Oracle, le président exécutif d’Alphabet, Eric Schmidt est passé à la barre des témoins pour donner sa version des faits, en ce qui concerne l’utilisation des API Java dans Android. Lors de son intervention, monsieur Bricks a essayé de persuader les jurés que la firme de Mountain View a délibérément violé la propriété d’Oracle, et par cet acte, a détourné l’opportunité et les revenus de son client.

Interrogé par l’avocat de Google avant celui de la partie adverse, l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt a relaté la genèse d’Android. Il montre surtout que Jonathan Schwartz, le PDG d’alors de Sun Microsystems, était favorable à l’utilisation de Java dans Android. Ayant lui-même travaillé à Sun Microsystems au moment où la société développait le langage Java, l’ancien PDG de Google explique qu’il n’y avait pas de frais à payer pour utiliser le langage. Eric Schmidt met en avant de très bonnes relations avec Schwartz et affirme que ce dernier était informé du développement d’Android, mais n’a exprimé aucune désapprobation, que ce soit par email, dans une discussion, lors d’une rencontre ni d'aucune autre manière. Il ajoute encore que Jonathan Schwartz ne lui a jamais dit qu’il devait avoir une licence de Sun Microsystems pour utiliser les API Java, ou qu’il était en infraction en le faisant. D’ailleurs, l’ancien PDG de Sun Microsystems avait félicité Google pour le choix de Java pour Android. Sun voulait en effet voir Java gagner davantage en popularité, et l’action de Google allait tout simplement y contribuer.

La stratégie de l’avocat de Google s’appuyait sur le fait que Java est un langage ouvert et libre d’utilisation. Robert Van Nest a également rappelé que l’utilisation des API Java dans Android a été transformatrice. Autrement dit, cela a permis de produire quelque chose de nouveau et complètement différent de ce qui existe déjà. Mountain View « a passé plusieurs années et dépensé des centaines de millions de dollars pour créer Android en utilisant le savoir-faire de Google, » explique Van Nest. « Ils ont créé une nouvelle plateforme d’innovation de marque pour les smartphones et tablettes », laquelle plateforme « est allée au-delà de tout ce qu’aucun d’entre nous n’avait jamais vu auparavant », a-t-il précisé.

Il montre encore que la version de Java sur laquelle reposent les API qui ont été utilisées pour construire Android (Java 2 Standard Edition) était trop précoce pour supporter les smartphones. Google a donc abattu un travail énorme en combinant des API qui étaient conçues pour des plateformes de bureau avec 130 packages d’API Android pour mettre en place un système d’exploitation mobile robuste. Ce qu’Oracle et Sun Microsystems n’ont pas réussi à faire.

Cet argument vient pour renforcer le fair use défendu par Google. D’ailleurs, la société revient sur les 11 000 lignes de code Java en faisant remarquer qu’elles représentent « moins d’un dixième d’un pour cent » des 15 millions de lignes de code Android.

En parlant de ceux qui ont félicité Google pour Android, Van Nest fait passer une vidéo datant de 2009, dans laquelle le PDG d’Oracle, Larry Ellison avait également applaudi l’utilisation de Java dans Android. « Nous allons voir beaucoup de dispositifs Java, certains d'entre eux venant de nos amis de Google, » s’est-il réjoui à l’époque. Ainsi, pourquoi Oracle essaie-t-il aujourd’hui d’obtenir des dommages et intérêts de Google ? La réponse se trouve peut-être dans les autres preuves présentées par l’avocat de Google.

Comme Peter Bricks, Van Nest a sorti des documents internes d’Oracle dans lesquels la société reconnait avoir échoué dans le mobile avec Java. « Notre stratégie mobile Java est un échec », peut-on le lire dans un document qui a été projeté lors de l’audience. Dans un autre, Oracle se plaint de « l'expertise interne très limitée pour prendre des décisions intelligentes » en ce qui concerne le domaine du mobile.

Pour Van Nest, cela prouve que « M. Ellison a compris qu'il ne pouvait pas utiliser Java pour construire un smartphone, et c'était trop tard pour un partenariat avec Google ». Ce serait donc ce qui a donné naissance aux accusations d’Oracle.

Sources : Témoignage d’Eric Schmidt, Intervention de l’avocat de Google

Et vous ?

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Avatar de Grimly Grimly - Membre averti https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 17:03
Ce n'est pas bien grave. Il est dans son pouvoir de demander l'argent qu'il n'a pas perçu.

Un peu comme le gouvernement de Hollande qui utilise le 49.3. Tout ça c'est de la politique.
Avatar de RyzenOC RyzenOC - Inactif https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 19:22
Si je comprend bien:

97% of Enterprise Desktops Run Java seraient dans l’illégalités
89% of Desktops (or Computers) in the U.S. Run Java seraient dans l’illégalités
9 Million Java Developers Worldwide seraient dans l’illégalités
3 Billion Mobile Phones Run Java seraient dans l’illégalités
100% of Blu-ray Disc Players Ship with Java seraient dans l’illégalités
5 Billion Java Cards in Use seraient dans l’illégalités
125 million TV devices run Java seraient dans l’illégalités

sources

Pourquoi oracle attaque en justicle les "3 Billion Mobile Phones Run", et pas les "100% of Blu-ray Disc Players" ou les "5 Billion Java Cards" par exemple ?
Je serais à la place de Larry Ellison, j’attaquerais toutes les entreprises qui utilisent java, sa permettrais de faire rentrer un peu d'argent dans ma boite qui produit plus grand chose...
Avatar de bouye bouye - Rédacteur/Modérateur https://www.developpez.com
le 11/05/2016 à 23:34
Je ne souviens très bien des videos de cette première JavaOne juste après l’acquisition de Sun par Oracle ou Oracle faisait des gros clins d’œil à peine dissimulés à Google durant la keynote d'ouverture. Et l’année suivante paf ! procès...
Sinon le Tweeter de @sarahjeong qui est dans la salle en train d'assister au procès est également assez intéressant à suivre, ne serait-ce que pour le compte rendu du témoignage de l'ex-CEO de Sun qui a ete oblige d'expliquer ce qu'est l'OpenSource au jury.
Avatar de Mouvii Mouvii - Membre du Club https://www.developpez.com
le 12/05/2016 à 8:29
Citation Envoyé par sazearte Voir le message
Si je comprend bien:

97% of Enterprise Desktops Run Java seraient dans l’illégalités
89% of Desktops (or Computers) in the U.S. Run Java seraient dans l’illégalités
9 Million Java Developers Worldwide seraient dans l’illégalités
3 Billion Mobile Phones Run Java seraient dans l’illégalités
100% of Blu-ray Disc Players Ship with Java seraient dans l’illégalités
5 Billion Java Cards in Use seraient dans l’illégalités
125 million TV devices run Java seraient dans l’illégalités

sources

Pourquoi oracle attaque en justicle les "3 Billion Mobile Phones Run", et pas les "100% of Blu-ray Disc Players" ou les "5 Billion Java Cards" par exemple ?
Je serais à la place de Larry Ellison, j’attaquerais toutes les entreprises qui utilisent java, sa permettrais de faire rentrer un peu d'argent dans ma boite qui produit plus grand chose...
Ici il y a procès parce que Google n'aurait pas demandé l'autorisation d'utiliser Java (je simplifie beaucoup). Qui te dit que pour tes devices c'est la même chose ?
Avatar de Michael Guilloux Michael Guilloux - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 12/05/2016 à 13:37
Google vs Oracle : l’ancien PDG de l’entreprise créatrice du langage Java témoigne
et explique que les API Java sont libres d’utilisation

Après le passage à la barre des témoins d’Eric Schmidt, le président exécutif d’Alphabet et l’ex-PDG de Google, c’est au tour de l’ancien PDG de Sun Microsystems de donner sa version des faits, dans le procès opposant Google à Oracle. Jonathan Schwartz était à la tête de Sun, l’entreprise qui a développé le langage Java, au moment où Google construisait son OS mobile et même après qu’Android soit dévoilé.

Ayant déjà témoigné en faveur de Mountain View lors du premier procès en 2012, Jonathan Schwartz reste sur sa position et soutient qu’Android n’a aucun problème de licence avec Java. Cela vient encore conforter la position de Google, après que l’avocat du géant de la recherche en ligne ait montré une vidéo datant de 2009, où le PDG d’Oracle lui-même avait applaudi le choix de Java par Android.

Interrogé par l’avocat de Google, Schwartz explique que le langage Java a toujours été ouvert et libre d’utilisation, et ce, depuis sa conception et bien avant qu’il arrive à Sun Microsystems. « Si vous utilisez Java, alors Sun peut vous vendre tous ses autres produits. Mais, si vous utilisez Microsoft Windows, le système dominant, Sun ne peut rien vous vendre », ajoute l’ancien PDG de Sun, pour montrer que c’était dans l’intérêt de l’entreprise de voir Java gagner en popularité. Et l’action de Google allait certainement y contribuer. Jonathan explique encore que cette liberté d’utilisation s’étendait également aux API Java, et que la concurrence ne se situait plus donc qu’au niveau de l’implémentation de ces API.

Van Nest, l’avocat de Google a demandé à Jonathan Schwartz, l’opinion que lui et Sun avaient de GNU Classpath, une implémentation libre de la bibliothèque de classe standard du langage Java. S’il s’agit d’une implémentation concurrente, Jonathan Schwartz explique qu’aucune licence n’a été exigée pour ce projet. « J’étais contrarié », avoue l’ancien PDG de Sun Microsystems. « Mais c’était tout à fait conforme à nos pratiques. Lorsque vous dites que les API sont ouvertes, il existe des implémentations concurrentes », a-t-il ajouté.

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Avatar de Traroth2 Traroth2 - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 13/05/2016 à 14:22
Il faudrait savoir si cette ouverture des API a été actée quelque part. Est-ce qu'il y a eu une déclaration officielle de Sun sur le sujet, à l'époque ?
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