Angleterre : une proposition de loi prévoit d'interdire aux entreprises internet d'offrir le chiffrement de bout en bout
à leurs utilisateurs

Le , par Stéphane le calme

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« Dans notre pays, voulons-nous autoriser des communications que nous ne serons pas en mesure de lire ? », demandait le Premier ministre David Cameron qui a manifesté son désir de voir banni le chiffrement suite aux révélations faites sur les campagnes d’espionnage de la NSA et de son homologue britannique la GCHQ. La semaine dernière, certaines craintes ont été apaisées lorsqu’il a annoncé que le gouvernement ne cherchait pas à exiger des développeurs de logiciels qu’ils mettent des portes dérobées dans leurs produits. Ceci étant, le gouvernement a précisé que les entreprises devaient être en mesure de déchiffrer les données « cibles » en cas de besoin et d’y donner un accès.

Baroness Shields, la ministre de la Sureté et de la Sécurité internet, a exprimé ses craintes vis-à-vis d’un « mouvement alarmant vers le chiffrement d’applications de bout en bout » : « le gouvernement reconnaît le rôle essentiel que joue le chiffrement fort pour permettre la protection des données personnelles sensibles et la sécurisation des communications et transactions en ligne. Le gouvernement ne préconise pas ou n’exige pas la fourniture d'une clé ou du support d’une porte dérobée pour affaiblir arbitrairement la sécurité des applications et services internet dans ce sens. Ces outils menacent l'intégrité d’internet lui-même. La loi actuelle exige que les entreprises soient en mesure de fournir un accès ciblé, sujet à un mandat, aux communications de ceux qui cherchent à commettre des crimes ou de causer de graves dommages au Royaume-Uni ou à ses citoyens » a-t-elle indiqué dans la Chambre des Lords.

Faisant référence à ISIS, les politiciens ont souligné que WhatsApp avait été utilisé pour coordonner des attaques terroristes, érigeant cet exemple en illustration de raisons pouvant justifier que l'accès aux données chiffrées puisse être requis. « Il est absolument essentiel que ces entreprises, qui comprennent et appuient ces piles technologiques, soient en mesure de déchiffrer une information et de la transmettre aux forces de l’ordre in extremis », a insisté Baroness Shields.

Cependant, malgré les déclarations de la ministre de la Sureté et de la Sécurité internet Baroness Shields, le quotidien Telegraph rapporte que, sous la proposition de loi Investigatory Powers Bill, le gouvernement britannique va interdire aux sociétés d'offrir un chiffrement qui met les communications de leurs clients loin de leur contrôle.

« Les ministres n’ont pas l’intention de bannir les services de chiffrement parce qu’ils ont un rôle important à jouer dans la protection des activités en ligne légitimes comme les activités bancaires ou les données personnelles. Mais ils se trouvent préoccupés avec certains aspects comme le chiffrement de bout en bout où seuls les expéditeurs et les destinataires des messages peuvent en déchiffrer le contenu. Les terroristes et les criminels sont de plus en plus nombreux à utiliser de telles technologies pour communiquer au-delà de la portée du MI 5 ou de la police ».

Une proposition de loi qui vise donc des entreprises comme Apple qui rappelle dans sa politique de confidentialité que « le chiffrement protège plusieurs milliards de transactions par jour. Que vous fassiez vos courses ou régliez une addition, vous bénéficiez du chiffrement, qui transforme vos données en un texte indéchiffrable qui ne peut être lu qu’avec la bonne clé. Depuis plus d’une décennie, nous protégeons vos données à l’aide des protocoles SSL et TLS dans Safari, de FileVault sur Mac et d’un chiffrement intégré dans iOS. Nous refusons également d’ajouter une porte dérobée à nos produits, quels qu’ils soient, car cela compromettrait les protections que nous lui avons intégrées. Et nous n’avons pas la possibilité de déverrouiller votre appareil pour qui que ce soit, car vous seul en avez la clé : votre mot de passe unique. Nous nous engageons à utiliser de puissants mécanismes de chiffrement pour que vous ayez la certitude que les données qui figurent sur votre appareil et les informations que vous échangez avec les autres sont protégées ».

De plus, Apple se targue de ne pas être « en mesure de décoder les données iMessage et FaceTime lorsque celles-ci sont en transit entre les appareils. Contrairement à d’autres services de messagerie, Apple n’analyse pas vos communications. Et même si nous le voulions, nous ne pourrions pas mettre en place une écoute qui nous serait ordonnée ».

Pourtant, un porte-parole du Bureau de l’Intérieur, un département exécutif du gouvernement britannique chargé des compétences de politiques intérieures comme la sécurité publique en Angleterre et au Pays de Galles, a déclaré : « le gouvernement affirme sans équivoque que nous devons trouver un moyen de travailler avec l'industrie tandis que la technologie se développe afin de veiller à ce que, sous une supervision claire et dans un cadre juridique solide, les services de police et de renseignements puissent accéder au contenu des communications des terroristes et des criminels afin de résoudre les enquêtes policières et de prévenir les actes criminels ».

Et d’ajouter que « cela signifie s’assurer que les entreprises elles-mêmes puissent accéder au contenu des communications sur leurs réseaux dès lors qu’un mandat leur est présenté, comme beaucoup d'entre elles le font déjà à des fins commerciales, par exemple pour la publicité ciblée. La réputation de ces entreprises repose sur leur capacité à protéger les données de leurs utilisateurs ».

En dehors de cela, cette proposition de loi devrait exiger des fournisseurs de service internet de garder l’historique de navigation de leurs clients sur une période pouvant aller jusqu’à un an.

Source : résumé de la discussion dans la Chambre des Lords, Telegraph, engagement de la confidentialité d'Apple

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Avatar de benjani13
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 03/11/2015 à 15:44
Internet firms to be banned from offering unbreakable encryption under new laws
But there is concern over some aspects of so-called end-to-end encryption where only the sender and recipient of messages can decipher them.
Give that man a dictionary! C'est le principe même de la crypto!

Donc soit on doit utiliser des algo déjà dépassé, soit on doit stocker les clés de déchiffrement quelques parts. Encore une fois, pour sois disant améliorer notre sécurité, on nous force à la réduire.

On continue dans les dérives sécuritaires, avec encore plus de lois aux mieux ineptes (interdire la crypto qui marche? wtf), au pire très inquiétantes pour nos libertés dans les années qui viennent. Le grand public ne prend pas conscience malheureusement de ce qui se joue en ce moment, et les répercutions possibles à l'avenir.

Le seul léger répit vient de temps en temps du parlement européen:
http://www.europarl.europa.eu/news/f...core-en-danger
Avatar de TiranusKBX
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 03/11/2015 à 16:35
garder l'historique des connexion pendant 1 an ?
Il sont fous non ?
rien q'avec moi il rempliraient 1Hio minimum par an alors avec au moins la moitié de l'u.k. ...
Avatar de DelphiManiac
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 03/11/2015 à 17:20
Ce sont de doux rêveurs, à moins d'interdire purement et simplement le chiffrage des données (ce qui existait en France il n'y pas si longtemps), personne ne pourra empêcher quelqu'un de chiffrer un document et de l'envoyer par mail en pièces jointes.

Et même s'il l'interdisait, ce serait une interdiction territoriale, ce qui a peu d'impact contre un groupe criminel.

Soit, ils nous prennent pour des imbéciles et ce n'est que de la communication, soit ils prennent les "criminels" pour des imbéciles et s'est encore pire.
Avatar de ticNFA
Membre confirmé https://www.developpez.com
Le 03/11/2015 à 18:31
Citation Envoyé par DelphiManiac Voir le message
Soit, ils nous prennent pour des imbéciles et ce n'est que de la communication, soit ils prennent les "criminels" pour des imbéciles et s'est encore pire.
Ou les deux.
Du coup, c'est le gouvernement britannique qui passe certainement pour des imbéciles.
Derrière le terrorisme ou la pédopornographie, le but est évidemment ailleurs, comme Cazeneuve qui jouait volontiers à l'idiot utile pour faire passer sa loi Renseignement : la surveillance massive sans contrôle.
Entre ça, l'autre mesure annoncée dans la dépêche, la loi Renseignement ici, la Cisa aux Etats-Unis, les barbouzes reviennent par la fenêtre, bien qu'ils n'aient jamais quitté la pièce.

Il faudra masquer le chiffrement derrière des vidéos de chats et de petits poneys.
Avatar de NSKis
En attente de confirmation mail https://www.developpez.com
Le 03/11/2015 à 18:47
"interdire aux entreprises d'offrir le chiffrement de bout en bout"???

Je ne sais pas ce que cela veut dire pour un politicien, mais mon petit cerveau me dit "plus de chiffrement de bout en bout" = "plus de chiffrement du tout"!!!!!!!
Avatar de Aiekick
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 04/11/2015 à 1:29
le problème dans tous ça c'est surtout qu'on est incapable d'avoir confiance aux gouvernements...l'histoire nous a montré que leur intérêts c'est pas nous.
Avatar de mrqs2crbs
Membre averti https://www.developpez.com
Le 04/11/2015 à 9:23
Citation Envoyé par NSKis Voir le message
"interdire aux entreprises d'offrir le chiffrement de bout en bout"???

Je ne sais pas ce que cela veut dire pour un politicien, mais mon petit cerveau me dit "plus de chiffrement de bout en bout" = "plus de chiffrement du tout"!!!!!!!
je ne sais pas,

on peut imaginer que les tous les correspondants d'une communication partage une même adresse mail (1 login, 1 mot de passe),
tous les messages (cryptés) sont stockés comme brouillon,
tous les messages sont donc accessibles à tous les participants sans être transmis.
Et c'est là que j'ai un doute:
Est-ce que la communication entre un poste client et le serveur de mail fait partit d'une communication bout à bout,
ou est-ce qu'une com bout à bout doit obligatoirement aller d'un client à un client?

Je ne suis vraiment une bille en réseau, si quelqu'un peu m'éclairer?
Avatar de Olivier Famien
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 31/12/2015 à 19:21
Angleterre : un projet de loi expose à la prison les dirigeants IT
qui avertissent les utilisateurs sur les activités d'espionnage du gouvernement

Dans le but de renforcer sa politique de sécurité, les entreprises telles que Google, Facebook, Twitter ont amendé leurs règles de sécurité afin d’alerter les utilisateurs victimes d’attaques ou de compromission de leurs comptes lorsque celles-ci sont menées par des individus ou groupes d’individus parrainés par des États.

En plus, Twitter ajoute dans sa politique de confidentialité que même les demandes de données effectuées par les entités étatiques seront notifiées aux utilisateurs, à moins qu’il soit légalement contraint de ne pas le faire.

Apparemment ces mesures qui ont été bien accueillies par les utilisateurs ne sont pas du gout des autorités anglaises. En effet, les instances dirigeantes britanniques souhaitent sanctionner ces actions et ont introduit une nouvelle disposition dans le projet de loi Investigatory Powers Bill présenté pour la première fois devant la Chambre des communes anglaise en novembre dernier.

Selon les nouvelles notes introduites, un prestataire de service de communication n’a pas le droit de notifier à une entité faisant l’objet d’une enquête qu’une demande d’accès à ses données a été effectuée à moins qu’une autorisation expresse ait été accordée de le faire. En cas de contravention à cette loi, cette entité risque une peine de prison allant jusqu’à deux ans maximum.

Selon Antony Walker, directeur général adjoint de techUK, « en empêchant les entreprises de notifier les consommateurs sur les demandes d’accès aux données, le projet de loi Investigatory Powers Bill risque d’être en décalage avec les directives du droit international ».

Pour ce dernier, cette loi est contreproductive et « rendra la coopération entre les juridictions plus difficile et pourrait freiner le partage d’informations entre les agences internationales ».

Nous rappelons que depuis la présentation de ce projet de loi en novembre dernier par le ministre de l’Intérieur anglais, Theresa May, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ses dispositions.

Dans la première mouture proposée sous RIPA (Regulation of Investigatory Powers Act 2000), il était demandé aux entreprises IT d’introduire des backdoor dans leurs systèmes afin de permettre aux agences britanniques d’y accéder facilement.

Bien que cette disposition ait été expurgée de la nouvelle proposition présentée par May, il n’en demeure pas moins que plusieurs autres articles continuent de susciter de vives critiques dans la communauté IT.

Et pour cause, le projet de « loi actuelle exige que les entreprises soient en mesure de fournir un accès ciblé, sujet à un mandat, aux communications de ceux qui cherchent à commettre des crimes ou à causer de graves dommages au Royaume-Uni ou à ses citoyens » a indiqué Baroness Shields, la ministre de la Sureté et de la Sécurité internet, devant la Chambre des Lords.

Pour plusieurs entreprises, cette mesure serait difficile à appliquer sans mettre à mal le chiffrement bout en bout adopté par certaines entreprises comme Apple qui soutient qu’elle n’est pas en mesure de déchiffrer les données sur ses systèmes iOS récents.

À côté de cet article, nous avons d’autres propositions qui permettent par exemple à la police de déployer des logiciels de filtre afin d’analyser automatiquement et collecter les données personnelles détenues par les entreprises de communication.

Selon les explications premières fournies par ses initiateurs, ce projet de loi vise à lutter contre le terrorisme.

Source : The Telegraph

Et vous ?

Que pensez-vous de cette nouvelle disposition ?

Est-ce utile de brandir la menace de prison afin de faire coopérer les entreprises IT ?

Voir aussi

Forum Actualités
Avatar de gretro
Membre actif https://www.developpez.com
Le 31/12/2015 à 21:03
Je trouve que les États vont déjà nettement trop loin afin de supposément contrer le terrorisme, sans pour autant que la situation ne s'améliore. En rajouter n'aide certainement pas la situation selon moi.

Il y a un équilibre à avoir entre sécurité et liberté qui a été dépassé depuis belle lurette. J'appuie les entreprises qui font de l'encryption de bout en bout. Si c'était mon entreprise, c'est la solution que je choisirais.
Avatar de Iradrille
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 31/12/2015 à 22:38
Citation Envoyé par gretro Voir le message
J'appuie les entreprises qui font de l'encryption de bout en bout. Si c'était mon entreprise, c'est la solution que je choisirais.
Je trouve aussi que c'est une bonne chose.

Maintenant cette loi en Angleterre me semble normale.

Ne pas permettre l'espionnage de masse c'est bien; mais empêcher la surveillance au cas par cas en prévenant les personnes concernées ça va trop loin je trouve.

La surveillance, même au cas par cas (et bien encadrée pour empêcher les dérives - une utopie je sais -) ça m'enchante pas trop mais ça reste nécessaire.
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