Watson : comment les solutions cognitives d'IBM répondent à l'évolution de l'informatique
Entretien avec Philippe Comte d'IBM France

Le , par Hinault Romaric

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Le supercalculateur Watson a été rendu célèbre par le jeu télévisé américain Jeopardy, qu’il avait remporté en 2011. Depuis cette date, Watson a fait parler de lui en mettant ses capacités à profit dans d’autres domaines, notamment la santé.

Le principal atout de Watson repose sur sa capacité à fournir des réponses aux questions en langage naturel : ce qui en fait un système cognitif capable de répondre aux besoins actuels des entreprises face au flot de données (big data) qu’elles doivent analyser.

De ce fait, IBM a décidé d’ouvrir les solutions cognitives de Watson aux entreprises et aux développeurs à travers son Cloud Bluemix. Developpez.com est allé à la rencontre de Philippe Comte, Architecte en solutions cognitives chez IBM France, afin de revenir sur les services qu’offre Watson, l’essor de l’informatique cognitive et les opportunités pour les développeurs.


Developpez.com : Depuis qu’il a remporté le jeu télévisé américain Jeopardy, Watson est devenu célèbre et a beaucoup fait parler de lui. Cependant, on en sait peu sur son fonctionnement ? Pouvez-vous revenir sur cet aspect ?

Philippe Comte : Watson n'est pas un produit à proprement parler. C'est un ensemble de technologies qui sont regroupées différemment pour répondre à des situations spécifiques. Watson Engagement Advisor par exemple est orienté vers la création de réponses à des questions à partir d'une base de connaissances textuelles. Watson Discovery Advisor permet d'analyser de grandes bases de documents scientifiques pour apporter une assistance aux scientifiques et aux médecins.

Dans la revue IBM Journal Of Research and Development de Mai/Juillet 2012, disponible via le site http://www.research.ibm.com/journal/, consacrée à la version Jeopardy de Watson, il y a de nombreux détails sur les technologies employées pour ce projet.

Developpez.com : Fort de ce succès, IBM a étendu les aptitudes de Watson afin d’offrir plusieurs services aux entreprises et aux développeurs. Pouvez-vous nous présenter quelques-uns ?

Philippe Comte : Il y a plusieurs axes dans la mise à disposition des entreprises et des développeurs des technologies issues du projet Watson mais tous ont un point commun : celui d'être accessibles comme des services par l'intermédiaire du Cloud IBM. On n'installe pas les technologies Watson sur un serveur : on enrichit une application nouvelle ou existante de fonctions cognitives.
Pour les développeurs, la plateforme d'innovation digitale PaaS d'IBM, IBM Bluemix, propose de tester plus d'une quinzaine de services cognitifs de différentes natures via des interfaces programmatiques : reconnaissance de la langue dans laquelle est écrit un texte, reconnaissance de la parole, API de questions/réponses sur une base de connaissances avec 2 bases d’exemples fournies, l'une concernant la santé, l'autre les voyages, etc. Ces services ont été enrichis de capacités proposées par la société AlchemyAPI récemment acquise par IBM notamment dans le domaine de la reconnaissance visuelle.
Par ailleurs, IBM a intégré la compréhension du langage naturel dans l'outil Watson Analytics qui permet d'analyser des fichiers de données de façon plus simple et plus intuitive.


Philippe Comte, Architecte en solutions cognitives chez IBM France

Developpez.com : Les capacités de Watson peuvent être exploitées par les développeurs pour créer des applications cognitives. Concrètement, c’est quoi l’informatique cognitive ?

Philippe Comte : La cognition est la science de la connaissance et de l'apprentissage. Elle s'intéresse à l'ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance par opposition aux processus qui se rapportent à la fonction affective.
Une approche cognitive va mettre l'emphase sur la capacité à acquérir de l'information, et à la transmettre "en contexte". A la différence des systèmes déterministes auxquels nous sommes habitués, bâtis autour de bases de données très structurées, l'informatique cognitive cherche à tirer profit de connaissances plus diffuses pour répondre à des questions en langage naturel.

Developpez.com : Croyez-vous que ce domaine va révolutionner l’industrie technologique ? Quelles sont les opportunités pour les développeurs ?

Philippe Comte : Ce domaine répond à l'évolution de l'informatique en général. Les nouvelles capacités technologiques permettent de capter d'énormes volumes de données (Big Data) en provenance d'utilisateurs en situation de mobilité ou d'objets (Internet of Things). Ces données n'auront d'utilité que si elles sont transformées en "savoirs" et c'est l'objet de la montée en puissance des outils analytiques. La dernière étape est la valorisation de ces savoirs par une plus grande facilité d'accès de préférence dans le contexte d'un besoin particulier. C'est là que se placent les technologies Watson. Donc on peut considérer que ces technologies répondent aux impératifs qui sont en train d'émerger.
L'humanité est de plus en plus éduquée et la production de savoirs est croissante. Toutefois, les capacités individuelles à exploiter ces connaissances se heurtent à nos limites physiologiques. Il faut donc imaginer des "assistants" capables" de simplifier l'accès à l'information prise au sens large (et pas de remplacer les humains).
Ces outils vont permettre aux développeurs de faire face à ce nouvel environnement où, après avoir transformé les données en "savoirs", il faudra les diffuser auprès d'utilisateurs toujours plus nombreux par l'intermédiaire du moyen le plus efficace : le langage naturel.

Developpez.com : En quoi Watson, ou l’informatique cognitive, peut-elle aider concrètement les entreprises ?

Philippe Comte : L'enjeu de l'informatique cognitive est de savoir répondre à l'accroissement des "savoirs" et à favoriser leur utilisation. Concrètement, toutes les situations où l'on trouve beaucoup de documents à exploiter par des utilisateurs novices ou débordés sont des domaines qui bénéficieront des apports de l'informatique cognitive : assistants commerciaux, assistants médicaux, assistants financiers sont des emplois où Watson devrait apporter une grande valeur.

Developpez.com : En vous appuyant vous-même sur les capacités cognitives de Watson, vous avez développé IBM Watson Analytics, une plateforme qui aide les utilisateurs métiers des entreprises dans la prise de décision. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Philippe Comte : Watson Analytics utilise la reconnaissance du langage naturel pour formuler des pistes d'exploitation des données qui lui sont communiquées. Cette offre est disponible sur le Cloud IBM en mode "freemium" (une base gratuite et des capacités additionnelles payantes). On peut accéder à ce service sur le site Watson Analytics. Il y a 3 fonctions essentielles :
  • l'exploration : c'est-à-dire l'analyse des données pour faire apparaître des corrélations entre différentes entités et les représenter sous forme visuelle.
  • la prédiction : pour faire apparaître les relations causales contenues dans les données et permettre de comprendre les causes de tel ou tel événement, par exemple, quels sont les contextes dans lesquels certains utilisateurs en viennent à résilier leurs contrats avec une société ?
  • la restitution : la possibilité de rassembler les visuels les plus pertinents des 2 phases précédentes, voire en créer d'autres, pour créer des rapports très "parlants".


Developpez.com : Faut-il utiliser des langages de programmation spécifiques pour exploiter les API de Watson ? Avez-vous des outils particuliers que vous mettez à la disposition des développeurs ?

Philippe Comte : Les différentes API pour accéder aux services Watson disponibles sur Bluemix sont exploitables avec la plupart des langages Web. Il s'agit essentiellement de transmettre et de récupérer des données au format Json. Des exemples de code sont disponibles pour Node.js, Ruby et Java.

Developpez.com : Pouvez-vous nous présenter quelques cas concrets d’utilisation des capacités cognitives de Watson ?

Philippe Comte : Le cas le plus parlant est sans doute celui de l'utilisation de Watson dans le domaine de la santé : les capacités analytiques de Watson peuvent permettre d’analyser toutes les données rassemblées autour d’un patient : symptômes, découvertes, remarques du praticien, entrevues avec le patient, antécédents familiaux. Watson devient l'assistant du praticien et entame avec le professionnel une discussion collaborative dans le but de déterminer le diagnostic le plus vraisemblable et les options de traitement.
  • Dans le domaine de la radiologie, les capacités analytiques de Watson pourront permettre de repérer sur des IRM des anomalies imperceptibles à l’œil humain.
  • Dans le domaine de la cancérologie, la technologie de Watson pourra être utilisée afin de trouver un compromis en examinant les avantages et inconvénients d’un traitement contre le cancer et les solutions de dépistage. Cela apportera aux médecins une aide décisionnelle et permettra aux patients de prendre des décisions de manière plus avisée.


Developpez.com : Quelles seront les prochaines étapes pour Watson, particulièrement en ce qui concerne la France ?

Philippe Comte : Les annonces récentes autour de Watson portent sur le domaine de la santé. En collaboration avec de grands instituts de recherche et d'Hôpitaux des États-Unis, IBM s'est engagé à développer de nouvelles possibilités de personnalisation des traitements des patients dans le domaine du cancer et du diabète.
La reconnaissance du langage naturel, qui est au cœur des technologies Watson, est aujourd'hui disponible pour la langue anglaise. Des travaux sont en cours pour le support de nouvelles langues comme l'espagnol et le portugais du Brésil dans le cadre de projets signés dans ces pays. Un défi plus important a été entamé avec la japonisation de Watson dans le cadre d'un partenariat entre IBM et la société japonaise Softbank.

En savoir plus sur Watson et ses services cognitifs

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Le 12/05/2015 à 20:11
Je voudrais bien savoir pourquoi le supercalculateur joueur d’échec à bogué en plaine parti ?
Vraisemblablement le cognitif en bits de poids faible et bits de poids fort s'en sort plutôt bien maintenant.
Le quantique en ai où ?

 
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