Le fondateur du web fustige le droit à l'oubli de l'Europe
Il estime que c'est pousser trop loin le pion du droit à la vie privée

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
, il estime que c’est pousser trop loin le pion du droit à la vie privée

Le fondateur du web est reconnu pour sa position libérale du Net. Il défend la protection en ligne pour les particuliers par le soutien à des causes comme la vie privée, la liberté d'expression et la neutralité du Net. Cependant, à la conférence LeWeb, il a fait savoir que le droit à l'oubli de l'Europe va trop loin.

Selon Tim, c'est une mauvaise idée de demander aux moteurs de recherche de respecter le désir des gens de s'effacer de la mémoire d'Internet. « Ce droit à l'oubli, pour le moment, semble être dangereux », a déclaré Berners-Lee. « Le droit d'accès à l'histoire est important. »

Le droit à l'oubli rend difficile la vie des entreprises comme Google, Microsoft et Yahoo. La règle des moteurs de recherche n'est pas la suppression des données d'origine, mais plutôt de les afficher dans les résultats de recherche.

Dans un large débat lors de la conférence, Berners-Lee a soutenu qu'il est approprié que de fausses informations soient supprimées. L'information qui est vraie, cependant, est importante pour des raisons de liberté d'expression et d'histoire. La meilleure manière de protéger les utilisateurs serait de définir des règles qui les protègent contre une utilisation inappropriée des informations les plus anciennes. Un employeur pourrait être interdit de tenir compte de la délinquance juvénile d'une personne ou des délits mineurs datant de plus de 10 ans, par exemple.


Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web

« C'est notre société. Nous la construisons. Nous pouvons définir les règles sur la façon d'utiliser les données », a déclaré Berners-Lee. « C'est beaucoup mieux que d'essayer de prétendre qu'une chose n'est jamais arrivée.»

S'exprimant, par ailleurs, au sujet de la neutralité du Net, Berners-Lee s'oppose à l'idée que le trafic d'une partie sur Internet devrait avoir la priorité sur celui d'une autre.

Pour lui, perdre la neutralité du Net signifie qu'une entreprise ou un gouvernement pourrait contrôler votre expérience web. Et il pense que « nous devons nous battre très fort » puisqu'une entreprise ou un gouvernement « capable de contrôler votre expérience Web est extrêmement puissant. »

Tim a aussi fait part de ses préoccupations au sujet de la montée en puissance accordée aux sociétés IT.
Il a critiqué les entreprises qui développent des applications qui fonctionnent nativement sur les OS comme iOS et Android. Il préconise qu'elles écrivent ces applications de sorte qu'elles puissent fonctionner sur la fondation du Web.

« Si vous prenez votre magazine et le mettez dans une application, c'est ennuyeux. Il ne fait pas partie de la discussion. Je ne peux pas tweeter ce sujet. Vous perdez mon enthousiasme. D'une certaine manière tout le monde perd si elle n'est pas sur le Web, » a-t-il dit. D'autre part, « si vous le construisez comme une application du Web ... chaque emplacement du web a une URL [une adresse Web unique]. Les gens peuvent s'y connecter, les gens peuvent tweeter ce sujet. » Et il peut profiter à tout le monde.

Le fondateur du web a aussi passé en revue l'évolution du web qu'il trouve satisfaisante, mais en fin de compte, pour Berners-Lee, il faut plus que la technologie pour permettre au Web d'atteindre son potentiel. « Moins de la moitié de la population mondiale l'utilise aujourd'hui », a-t-il dit. « Nous devons nous assurer que le Web sert l'humanité

Source : Conférence LeWeb

Et vous ?

Tim propose de définir des règles d’utilisation des données compromettantes plutôt que de les supprimer, qu’en pensez-vous ?


Vous avez aimé cette actualité ? Alors partagez-la avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :


 Poster une réponse Signaler un problème

Avatar de Zirak Zirak - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 24/12/2014 à 10:09
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message


Et vous ?

Tim propose de définir des règles d’utilisation des données compromettantes plutôt que de les supprimer, qu’en-pensez-vous ?
Que c'est impossible à mettre en place...

Typiquement si on reprend l'exemple de la délinquance juvénile lors d'un entretien d'embauche, on pourra mettre toutes les règles d'utilisation que l'on veut, une fois que le recruteur aura vu cette information :

- soit avec ou sans règle, il s'en moque et considère que c'est du passé et juge le candidat comme un autre.

- soit, évènement passé ou pas, il en tient compte, et même si une règle / loi l'empêche de se servir de cette information pour refuser le candidat, s'il le fait, cela sera impossible à prouver car il pourra prendre une myriade d'excuses bidons pour justifier sa décision.

Au temps je suis d'accord avec lui sur tout ce qui est priorisation du web et le reste, au temps sur ce point, je pense qu'il a tord. La règle appliquée actuellement, à savoir de ne pouvoir masquer QUE ce qui n'est pas d'utilité publique, est très bien. Chacun a droit à une deuxième chance, et ne devrait pas être pénalisé pour des erreurs commises dans le passé, ou des bêtises racontées sur les réseaux sociaux il y a plusieurs années de cela.
Avatar de Carhiboux Carhiboux - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 24/12/2014 à 11:20
Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message
Un employeur pourrait être interdit de tenir compte de la délinquance juvénile d'une personne ou des délits mineurs datant de plus de 10 ans, par exemple.
Et concrètement, on fait comment?

Lavage de cerveau pour le patron?

Une fois qu'un individu (patron ou non) connait une information, il l'utilisera pour faire ses choix. Même inconsciemment.
Avatar de vanskjære vanskjære - Membre averti https://www.developpez.com
le 24/12/2014 à 11:41
Citation Envoyé par Carhiboux Voir le message
Et concrètement, on fait comment?

Lavage de cerveau pour le patron?

Une fois qu'un individu (patron ou non) connait une information, il l'utilisera pour faire ses choix. Même inconsciemment.
Et même surtout de façon tout à fait consciente mais en invoquant tout autre chose "Votre CV est intéressant mais nous avons reçus une autre candidature correspondant mieux au profil. Nous vous remercions de votre intérêt pour notre entreprise bla bla bla"

Je pense que la vision de Mr Berners-Lee est un peu du domaine du monde des bisounours sur ce point.

Je m'étendrai pas sur le sujet du droit à l'oubli car ça reste un sujet vague entre oubli par un moteur de recheche et suppression par le porteur de la donnée par un recours légal ou simplement un bouton signalé un contenu (ou autre moyen donnée par le site).
Avatar de Chauve souris Chauve souris - Membre émérite https://www.developpez.com
le 25/12/2014 à 5:38
Ce "droit à l'oubli" est, effectivement, à la fois la revendication de dire n'importe quoi publiquement et, ensuite, de le gommer. Abus dans les deux sens peut-on dire. Qu'en sera t-il alors des argumentations basées sur des phrases écrites ou prononcées qu'auront tenu des personnes, si celle-ci peuvent gommer/renier, a posteriori, leurs propos ? Alors qu'on a inventé l'écriture pour que, justement, nous ne soyons pas cantonné à la culture orale et ses falsifications volontaires ou non. Car ce ne sont pas des romans que l'on a découvert dans les premiers écrits, mais des documents comptables et fonciers.

Anecdote (ceux qui n'aiment pas mes anecdotes ne sont pas forcés de les lire) : dans le fin fond du Sénégal oriental, un petit garçon de 9 ans à peu près, s'exprimant parfaitement en français (et je me demande comment il l'avait appris) me demandait de lui apprendre à l'écrire. Panique de bibi, car ce type d'enseignement c'est beaucoup plus complexe que d'expliquer les partitions d'un disque dur à la bleusaille. De plus j'étais de passage. Mais j'expliquais au bambin que cela était très utile, même dans sa vie villageoise. S'il pouvait tenir un cahier des décisions du chef du village et de son conseil, cela supprimerait des fausses polémiques, a posteriori, du genre "Mais non, il n'a pas été décidé cela !".

Actuellement, et malgré tous nos écrits archivés, nous voyons comment les mécanismes de la propagande réécrivent allègrement le passé en fonction du présent. Mettez y du "droit à l'oubli" et vous aurez un peuple sans mémoire pour lequel plus une parole ne sera véridique.
Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 29/12/2014 à 11:47
Personnellement, je suis pour le droit à l'oubli
Il n'y a pas de raison qu'une erreur commise à 15 ans en pleine crise d'adolescence nous poursuive toute notre vie...

Par contre, il y a beaucoup à dire sur la traduction dans la loi qui est une totale absurdité (absence de juge -- seul garant des libertés, doit on le rappeler --, appliquer cela aux moteurs de recherche et non aux sites qui hébergent l'information, etc.)

Il y a surtout une phrase qui me fait hurler dans les déclarations de Sir Tim :

Citation Envoyé par Michael Guilloux Voir le message

Dans un large débat lors de la conférence, Berners-Lee a soutenu qu'il est approprié que de fausses informations soient supprimées. L'information qui est vraie, cependant, est importante pour des raisons de liberté d'expression et d'histoire. La meilleure manière de protéger les utilisateurs serait de définir des règles qui les protègent contre une utilisation inappropriée des informations les plus anciennes. Un employeur pourrait être interdit de tenir compte de la délinquance juvénile d'une personne ou des délits mineurs datant de plus de 10 ans, par exemple.
Il fait comment pour supprimer les fausses informations ???? Et on les identifie comment ???
Il fait comment pour imposer aux gens de respecter cette "charte d'utilisation des données" ???
Comme dit par d'autres, une fois qu'on a connaissance d'une information, on en tient compte.
Plus le temps passe, plus il vire dans l'utopie
Il ressemble plus à un évangéliste qu'à un ingénieur
Avatar de Zirak Zirak - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 05/01/2015 à 9:14
Citation Envoyé par Chauve souris Voir le message
Ce "droit à l'oubli" est, effectivement, à la fois la revendication de dire n'importe quoi publiquement et, ensuite, de le gommer. Abus dans les deux sens peut-on dire. Qu'en sera t-il alors des argumentations basées sur des phrases écrites ou prononcées qu'auront tenu des personnes, si celle-ci peuvent gommer/renier, a posteriori, leurs propos ? Alors qu'on a inventé l'écriture pour que, justement, nous ne soyons pas cantonné à la culture orale et ses falsifications volontaires ou non. Car ce ne sont pas des romans que l'on a découvert dans les premiers écrits, mais des documents comptables et fonciers.

Anecdote (ceux qui n'aiment pas mes anecdotes ne sont pas forcés de les lire) : dans le fin fond du Sénégal oriental, un petit garçon de 9 ans à peu près, s'exprimant parfaitement en français (et je me demande comment il l'avait appris) me demandait de lui apprendre à l'écrire. Panique de bibi, car ce type d'enseignement c'est beaucoup plus complexe que d'expliquer les partitions d'un disque dur à la bleusaille. De plus j'étais de passage. Mais j'expliquais au bambin que cela était très utile, même dans sa vie villageoise. S'il pouvait tenir un cahier des décisions du chef du village et de son conseil, cela supprimerait des fausses polémiques, a posteriori, du genre "Mais non, il n'a pas été décidé cela !".

Actuellement, et malgré tous nos écrits archivés, nous voyons comment les mécanismes de la propagande réécrivent allègrement le passé en fonction du présent. Mettez y du "droit à l'oubli" et vous aurez un peuple sans mémoire pour lequel plus une parole ne sera véridique.
Sauf que tout ne peut pas être supprimé sur simple demande, cela passe devant une commission avant pour commencer, et que ce qui est considéré d'utilité publique n'est pas supprimée justement...

Et ensuite les gens changent, je ne pense pas que tu as la même maturité maintenant que quand tu avais 10 ans, c'est un peu comme si on utilisait ce que tu as pu dire / faire à cet âge la pour te sucrer ton boulot actuel, je ne pense pas que tu trouverais cela normal ??

Et sans même parlé de 20 ans d'écart (ou plus, je ne connais pas ton âge), des lectures, des rencontres, des expériences de la vie peuvent te faire évoluer et changer d'avis sur divers sujets, tu peux dire une chose, et son contraire opposé plus tard, car à la lumière de nouveaux éléments tu auras changé d'avis, ce n'est pas une question de renier ce qu'on a dit a posteriori, cela s'appelle évoluer.
Avatar de gangsoleil gangsoleil - Modérateur https://www.developpez.com
le 05/01/2015 à 14:51
Citation Envoyé par Saverok Voir le message
Il fait comment pour supprimer les fausses informations ???? Et on les identifie comment ???
Il fait comment pour imposer aux gens de respecter cette "charte d'utilisation des données" ???
Comme dit par d'autres, une fois qu'on a connaissance d'une information, on en tient compte.
Plus le temps passe, plus il vire dans l'utopie
Il ressemble plus à un évangéliste qu'à un ingénieur
Et Google, ils font comment pour décider si oui ou non une demande de droit à l'oubli est conforme au droit ou non ?

Et il ne faut pas oublier non plus qu'une demande de droit à l'oubli est faite auprès d'un moteur de recherche, l'information reste. Donc s'il existe 200 moteurs de recherche, il faut faire la demande 200 fois, dont certaines fois à des moteurs de recherche qui n'ont pas de représentants en France, et à qui la loi francaise ne s'applique donc que difficileement (au mieux).

Et d'ailleurs, qu'en est-il des moteurs de recherche des journaux ? Il est vrai que la plupart sont sur abonnement, mais ils permettent de chercher dans les archives. Peut-on demander à un journal de supprimer un article au nom du respect de la vie privée ? Si non, pourquoi peut-on demander à certains et pas à d'autres ?

De mon point de vue, et pourtant je suis extrèmement respectueux de la vie privée, la réflexion de Tim Berners-Lee est plutot plus avancée que le droit à l'oubli tel qu'appliqué actuellement.
Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 05/01/2015 à 16:11
Citation Envoyé par gangsoleil Voir le message
Et Google, ils font comment pour décider si oui ou non une demande de droit à l'oubli est conforme au droit ou non ?
Tout le détail est dans ce post : http://www.developpez.net/forums/d1439563/club-professionnels-informatique/actualites/google-devra-appliquer-droit-l-oubli/

Google galèrent pas mal justement car les textes sont assez flou
Et par ailleurs, Google râle aussi beaucoup car ce n'est pas à Google de décider de cela mais à un juge (pour une fois que je suis d'accord avec eux)
C'est totalement absurde de laisser cette responsabilité aux moteurs de recherche d'autant plus que comme dit par Zirak, s'il y a 200 moteurs de recherche, il faut faire 200 demandes... Avec le risque, et la forte probabilité, que certains valident la demande et d'autres non...
Avatar de l'art souille l'art souille - Membre régulier https://www.developpez.com
le 24/01/2015 à 12:51
On ne réécrit pas les archives de la presse.
En revanche, les journalistes n'ont ni l'envie ni le droit de poser des micros ou d'ouvrir le courrier de tout un chacun.

Le problème est là et pas ailleurs. La légitimité et a fortiori la légalité de la COLLECTE des infos, avant celui de l'utilisation.
Tim le suggère implicitement en signalant que Android et IOS (et probablement d'autres) se livrent à cette coupable industrie.
Sa confiance dans le Web, pas surprenante venant de lui, est naïve. Quid de Facebook quand Zuckerberg déclare urbi et orbi que la vie privée est une valeur has been.

Ensuite, il faut distinguer disponibilité et utilisation des infos.
L'utilisation des infos, même légitimement, peut poser de sérieux problèmes. Il y a l'info toute nue et ce qu'on lui fait dire en particulier par abus d'inférence bayesienne, le dada de Google et consort. On est proche de l'extorsion d'aveu sous la torture. L'image est forte mais ... a minima on s'approche de pratiques qu'on pensait appartenir au passé totalitaire pas si lointain mais revisité.
Contacter le responsable de la rubrique Accueil