Megaupload : le point sur la première "cyber-guerre" de 2012
Quelle technologie voyez-vous succéder au DDL et au streaming ?

Le , par Gecko, Membre éprouvé
En collaboration avec Gordon Fowler

Après cette semaine mouvementée une synthèse s'impose pour bien comprendre les enjeux des actions engagées par les Majors et la réaction de tous les Acteurs du net.

Le 20 Septembre 2010 Patrick Leahy soumet le projet de loi COICA à la chambre des représentants des Etats-Unis.

Ce projet, soutenu par plusieurs lobbyistes mais dénoncé par diverses entreprises et associations, a été accepté le 18 Novembre 2010 par le Sénat Américain avec 19 voix pour et 0 contre. Peu de temps après le sénateur Ron Wyden s'oppose à ce projet de loi et obtient qu'une nouvelle assemblée se penche sur le dossier.

Citation Envoyé par Ron Wyden
Il me semble que les violations de copyright en ligne est un problème légitime, mais il me semble également que COICA est un mauvais médicament. Appliquer cette loi pour combattre les violations de copyright en ligne équivaut à utiliser une bombe à fragmentation sur un bunker au lieu d'utiliser un missile à guidage précis. Les dommages collatéraux de cette loi pourraient êtres l'innovation, le travail et la sécurité de l'Internet.

Finalement le projet de loi COICA est réécrit par Patrick Leahy, toujours soutenu par les lobbyistes des ayants-droit, et créera par la suite le projet de loi PIPA.

Le 12 Mai 2011 Patrick Leahy soumet son projet baptisé PIPA, nouvelle version de la loi COICA, au Sénat qui, après validation, l'a déposé auprès de la Chambre des représentants des Etats-Unis. Le vote de ce projet de loi a été ajouté à l'ordre du jour du 24 Janvier 2012.

Le 26 Octobre 2011 Lamar S. Smith soumet le projet de loi SOPA à la chambre des représentants des Etats-Unis.

SOPA et PIPA sont deux projets similaires mais soumis à deux organismes indépendants différents. Ainsi si l'un ou l'autre se voyait refusé, il aurait été possible aux lobbyistes de faire pression de tout leur poids sur le second organisme. La loi américaine prévoit que deux projets similaires peuvent être soumis sans qu'ils soient regroupés en un seul projet de loi.

Le 15 décembre 2011 la liste des entreprises soutenant le SOPA a été publiée. La semaine suivante le boycott de l’hébergeur GoDaddy est organisé. GoDaddy s'est ainsi vu retirer l'hébergement de Wikipédia et a changé d'opinion après avoir perdu pas moins de 82.000 noms de domaines. Malgré ce revirement, le boycott se poursuit sur http://godaddyboycott.org.

Le 18 Janvier 2012 un blackout est suivi par les plus grands acteurs du web pour signifier leur opposition aux lois SOPA & PIPA. Parmi ces sites nous retrouvons Reddit, Google, Wikipedia ou encore en France le blog de Korben.

C'est dans ce contexte tendu que le 19 Janvier 2012 le site Megaupload est fermé par la justice Américaine. Les serveurs situés en Virginie sont saisis et la police néo-zélandaise arrête Kim Schmitz (Kim DotCom) fondateur du service d'hébergement et d'échange.

Certains doutes sur la légitimité de cette fermeture ont été émis par TorrenFreak. Selon leurs informations, un nouveau site, nommé MegaBox, aurait été lancé courant 2012 si la justice Américaine n'avait pas démantelé l'entreprise de Kim Schmitz.

Ce site, MegaBox, aurait été pensé pour proposer un modèle économique alternatif à celui des Majors ou Apple (iTunes). Ce modèle s'appuierait sur une rétribution des artistes à hauteur de 90% du montant des ventes, ce qui aurait fait entrer la MegaSphère dans la MiniSphère des producteurs/vendeurs légaux de contenus culturels.

Pour enfoncer le clou, les téléchargements gratuits à partir de MegaUpload auraient eux aussi généré des revenus pour les artistes en utilisant un nouveau système MegaClick, la régie publicitaire de MegaUpload, nommé MegaKey.

Le concept consistait à installer un logiciel remplaçant une partie des publicités vues par l'internaute par des publicités ciblées. Ce système aurait été en phase de bêta test au moment de la fermeture et se serait révélé très prometteur d'après plusieurs partenaires et différents artistes désireux de ne plus faire partie du modèle économique des Majors.

Le 19 Janvier 2012 quelques heures après l'annonce de la fermeture de Megaupload le collectif d'hacktivistes "Anonymous" lance l'opération #OpMegaUpload et s'attaque directement aux institutions gouvernementales et lobbyistes qui ont conduit à la chute du service.

En France, le Président Nicolas Sarkozy fait un communiqué ou il approuve et se félicite de la fermeture de Megaupload. Ce communiqué a suffi à attirer les foudres du collectif qui s'en est pris directement au site de l'Elysée et de l'HADOPI ainsi qu'a une multitude d'autres sites gouvernementaux.

Le 20 Janvier 2012 Harry Reid fait une annonce sur twitter suivie d'une interview publiée par le New York Times.

Citation Envoyé par Harry Reid
À la lumière des récents événements, j'ai décidé de reporter le vote de mardi sur la loi PIPA

Peu de temps après, le vote de la loi SOPA est reporté. Le blackout a réussi à faire bouger les choses. Enfin presque. Beaucoup se sont réjouis de l'abandon des projets PIPA & SOPA. Or rappelons que ces votes ne sont que reportés en vue d'un réexamen.

Entretemps le projet ACTA, un SOPA & PIPA "en pire", fait son bonhomme de chemin.

Le 26 Janvier 2012 les plus grandes puissances économiques et politiques signent en faveur de l' ACTA. Ce projet vise à créer une nouvelle instance juridique internationale qui outrepasserait l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Cet accord permettrait aux lobbyistes de faire condamner un pays pour "l'utilisation de contrefaçons".

Les médicaments génériques deviennent des contrefaçons et l'exemple qui en découle est consternant. Le laboratoire Novartis (Suisse) veut interdire un médicament générique qui lui fait concurrence dans le domaine de la lutte contre le cancer. Un malade devrait donc, selon ce laboratoire, débourser 2500€ pour son traitement au lieu des 150€ pour le médicament générique. La préconisation de l'OMC sur ce dossier a toujours été de faire passer les vies humaines avant les intérêts financiers des lobbyistes. Avec ACTA cela risque de ne plus être le cas.

Autre préoccupation, la neutralité du web risque d'être compromise. Le projet va même à l'encontre de récentes décisions de la Cour de Justice Européenne qui s'est opposée au filtrage d'Internet.

L'ACTA rend les FAI responsables de ce que font leurs clients, les oblige à divulguer les informations liées à ces clients et à restreindre les outils de protection de la confidentialité. Pour faire simple, si un FAI veut être en conformité avec ACTA, les internautes ne devront plus utiliser de moyen de protection comme le chiffrement. Le plus éffarant étant que les Douaniers auront la possibilité d'inspecter le contenu des appareils numériques qui sont actuellement protégés par les lois sur la propriété privée.

Le 26 Janvier 2012 le parlement Polonais affiche son opposition à la signature d'ACTA. Après plusieurs jours de mobilisation et de manifestation du peuple Polonais, le masque de Guy Fawkes s'invite au parlement sur les visages des députés. Cette image insolite est un message envoyé aux défenseurs des libertés.



Pour finir cette synthèse j'ai fait appel à Oliver Laurelli (@Bluetouff) qui nous donne son avis sur ce qui s'est passé et sur l'avenir qui se profile :

Citation Envoyé par Bluetouff
Nous sommes à une époque charnière où nous devons décider si la propriété intellectuelle va changer Internet, ou si Internet va changer la propriété intellectuelle.

Si les pros copyright s'orientent vers une censure de nœuds du réseau, le réseau pourrait tout à fait lui répondre en décidant de ne plus acheminer ses contenus, légalement ou illégalement. La culture en général n'a pas besoin des majors, c'est leur plus grossière erreur que de penser qu'elles sont indispensables. La richesse du Net, c'est les Internautes, pas les producteurs hollywoodiens.

Cette escalade est dangereuse, mais après les offensives multiples (DMCA, ACTA, PIPA, SOPA, iPred, HADOPI, DADVSI...) qui sont autant d'agressions du réseau, il fallait bien s'attendre à une levée de bouclier massive. La nature du réseau Internet fait que plus le temps passe, plus l'opposition à ces lois liberticides sera grande. Si Internet joue le calendrier, il s'assure la victoire et c'est peut être ce qui explique aujourd'hui les offensives multiples et violentes des pro copyright.

Cette affaire pose également, et à nouveau, la question de l'efficacité des mesures techniques pour lutter contre le piratage. Une simple extension de Firefox avait déjà mis à mal des mesures de filtrage imposées par les ayants-droit.

Cette fois-ci, en portant un coup frontal au téléchargement direct (ou DDL pour "Direct Download") et au streaming, on peut penser que d'autres technologies, aujourd'hui confidentielles, vont connaitre leur heure de gloire.

La question n'est pas de savoir si cela sera effectivement le cas, mais lequel de ces outils prendra la succession dans les usages grand public. VPN ? Retour en force des Newsgroups ? Démocratisation des réseaux TOR, Freenet et I2P ? Montée en puissance des clients P2P chiffrés (genre StealthNet, Oneswarm ou MUTE), ou échange sur des réseaux privés (comme Retroshare) ? Les outils ne manquent pas.

Bref, il y a fort à parier qu'avec toutes ces possibilités, le téléchargement continuera sous bien d'autres formes. Car comme le disait Montesquieu en entamant le chapitre XIV de l'"Esprit des Loix" :

Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur, et les mœurs et les manières des institutions de sa nation en général. De là il suit que, lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois ; cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d'autres mœurs et d'autres manières.

Mais les ayants-droit et les lobbyistes lisent-ils encore Montesquieu ?


Et vous ?

D'après vous, quels outils vont prendre le relais du téléchargement direct et du streaming ?
Pensez-vous qu'une réponse législative et technologique à un problème de société est possible ? Ou, comme Montesquieu, qu'il faut changer "l'esprit" avant "les lois" ?

Remerciements:
SpaceFrog & kdmbella pour la correction
Christouphh pour la traduction de documents officiels
Olivier Laurelli pour le temps pris à répondre à mes questions

Sources externes:
Divers articles de Bluetouff sur Reflet.info
After an Online Firestorm, Congress Shelves Antipiracy Bills Tweet du sénateur
Listes des entreprises s’opposant officiellement aux lois SOPA et PIPA : SOPA Strike et End Piracy, Not Liberty
Appels à manifester à New-York, à San Francisco et à Seattle
Appel de Google et son billet « Don’t Censor The web »
Appel de Mozilla
ACTA : signature de l'accord sur la privatisation des savoirs
COICA
PIPA
SOPA
Ron Wyden
Patrick Leahy
Lamar S. Smith


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Avatar de pmithrandir pmithrandir - Membre expert https://www.developpez.com
le 02/03/2012 à 15:58
Citation Envoyé par Bluedeep  Voir le message
A l'exception de gens qui habitent en agglomération, je ne connais personne qui dispose de vitesses pareilles. (en tout cas, pas moi).

Peut importe ta vitesse.

comme je le disais, un bitrate de 4Mbits par secondes correspond aux vidéos HD des séries américaines de 1.2Go par épisodes de 45 minutes.

Hors, en france, on est nombreux a avoir un meilleur débit que cela.
Au pire, un peu de buffer pendant 3-4 minutes et on regarde le film sans le moindre soucis, en full HD.

Si on préfère, on a la version qualité DVD pour moins de 1Mbits par seconde, qui est plus que honnête quand même.

Donc, oui, le streaming est une tchnologie qui peut fonctionner.

Pour les connections que j'ai, j'habite la Roumanie qui vends des connexions jusqu'à 100Mbits par secondes dans les meilleures zones de bucarest. je suis dans un quartier ou les liaisons sont en cours de mise à jour, donc je me "traine" à 20 Mbits. Il fallait voir la vendeuse s'excuser du débit limité que j'allais avoir... et moi trop content d'avoir quelque chose d'aussi rapide....
Avatar de DonQuiche DonQuiche - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 02/03/2012 à 16:38
@unknow0
Si je ne m'abuse, c'est exactement le même problème qu'avec Megaupload : société non-américaine, non-basée aux USA, enregistrée chez un registrar non-américain et privée de son .com suite à une décision de justice américaine, une simple transaction effectuée depuis le territoire américain (par un consommateur voire un agent officiel simulant le comportement possible d'un consommateur en toute légalité) suffisant à tomber sous la juridiction américaine.

@Marc47
J'ai du mal à voir en quoi le fait qu'un parti pesant 7% des voix souhaite la légalisation des "partages non-marchands" (autrement dit le droit pour quiconque de copier et diffuser une œuvre dans un cadre non-marchand, quitte à rendre impossible la vente de ces copies), sans fournir aucun argument ni proposition quant aux problèmes que cela implique, serait "très intéressant".

Je ne vois pas davantage en quoi les "détracteurs du partage" (autrement dit ceux qui ont des inquiétudes légitimes sur les conséquences d'une telle décision pour le financement de la culture et les revenus de tous les créateurs et les non-millionnaires en particulier) devraient notamment s'y intéresser puisque manifestement elle ne répond en rien à leurs inquiétudes.

En revanche, les expressions "partages non-marchands" et "détracteurs du partage" fournissent un bel exemple de l'usage de la rhétorique pour biaiser le débat. Et accessoirement celui-ci me semble un poil plus complexe que "pro-P2P" et "anti-P2P".

@MiaowZedong
Sur l'usage de la publicité pour le financement de la diffusion de contenu sur internet (streaming ou autres), tu abordes là un point très intéressant qui a pour l'instant été laissé de côté. Mais justement, ne serait-ce pas un argument contre la licence globale (LG) que tu défends ? Car si une telle LG était mise en place a priori les diffuseurs qui bénéficierait des fruits de la publicité n'auraient rien à reverser aux ayant-droits, ceux-ci ne percevant justement que la contribution à la LG. On pourrait bien sûr imaginer une autre LG réservée aux usages non-commerciaux mais alors l'avenir serait aux systèmes basés sur le P2P (y compris streaming via P2P dans le futur), donc sans redevance publicitaire, et il serait alors très difficile dans un tel contexte de créer une offre commerciale qui profiterait des revenus de la publicité.

Sur d'autres points et plus rapidement :
  • Dans le cadre d'une LG il est effectivement possible d'instaurer une certaine redistribution, par exemple avec une relation de caractère logarithmique entre audience et revenus ; c'est à mes yeux la grande force de la LG.
  • Je doute que les coûts de diffusion via Internet soient inférieurs à ceux par TNT, à mon avis c'est même l'inverse.
  • Sur l'exception du livre, dans la mesure où l'écran vertical ne rend pas agréable la lecture il faut s'équiper en tablette et e-books, qui sont des périphériques récents. Je crois que cela suffit à expliquer la petitesse du marché et la mauvaise qualité des offres, bien plus que cette dernière n'expliquerait la première. D'ailleurs, si l'on regarde du côté des bédés, beaucoup plus consultées sur écran que ne le sont les livres, il existe dejà des offres intéressantes : par exemple une société comme Marvel (principal éditeur de comics US) propose pour 5$ par mois l'accès en ligne à tous leurs comics vieux de plus d'un an ; ils publient plusieurs dizaines de séries hebdomadaires et numérisent progressivement toutes leurs publis des dernières décennies.
  • Heureusement les médias de masse invitent moins souvent les auteurs que les chanteurs et acteurs, cela freine la promotion des auteurs. Même si on n'y échappe pas totalement : il suffit de voir l'explosion des foires aux livres et des traditionnelles "photo de 4ème de couverture N&B, petites lunettes, air pensif et main sur le mention". Du coup, oui, les qualités intrinsèques de l’œuvre (pas nécessairement reluisantes cela dit) pèsent forcément davantage.


PS : Je ne connaissais pas l'expression "contemptible cover", merci.
Avatar de Marc_27 Marc_27 - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 02/03/2012 à 18:54
Personnellement je le trouve très intéressante parce que ce un début de changement de mentalité (comme d'ailleurs à déjà dit la justice Suisse).

A mon avis, ça peut continuer pendant quelques années (je nous vois dans une période de transition), mais à la fin il n'y auront que 2 possibilités:

  • Soit on va évoluer vers un contrôle total de l'internet (surveillance de tout que fait chaque internaute), car c'est la seule façon d’arrêter vraiment le partage
  • Soit on va effectivement légaliser le partage hors-marche, avec des mesures compensatoires, licence globale ou une autre solution quelconque pour des petits artistes et aussi une vrai offre légale en parallèle


Mais bon, il n'est que mon avis, mais je ne vois pas une autre possibilité. Si quelqu'un parmi vous le voit, je ne suis pas fermé, contrairement à d'autres ici (c'est pas à toi DonQuiche)
Avatar de unknow0 unknow0 - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 02/03/2012 à 19:12
Citation Envoyé par DonQuiche  Voir le message
@unknow0
Si je ne m'abuse, c'est exactement le même problème qu'avec Megaupload : société non-américaine, non-basée aux USA, enregistrée chez un registrar non-américain et privée de son .com suite à une décision de justice américaine, une simple transaction effectuée depuis le territoire américain (par un consommateur voire un agent officiel simulant le comportement possible d'un consommateur en toute légalité) suffisant à tomber sous la juridiction américaine.

c'est sa hormis que le site en question est tous a fait légal dans son pays (contrairement a megaupload)
Avatar de DonQuiche DonQuiche - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 02/03/2012 à 19:46
Citation Envoyé par Marc_27  Voir le message
Personnellement je le trouve très intéressante parce que ce un début de changement de mentalité (comme d'ailleurs à déjà dit la justice Suisse).

A mon avis, ça peut continuer pendant quelques années (je nous vois dans une période de transition), mais à la fin il n'y auront que 2 possibilités:

  • Soit on va évoluer vers un contrôle total de l'internet (surveillance de tout que fait chaque internaute), car c'est la seule façon d’arrêter vraiment le partage
  • Soit on va effectivement légaliser le partage hors-marche, avec des mesures compensatoires, licence globale ou une autre solution quelconque pour des petits artistes et aussi une vrai offre légale en parallèle

Je ne crois pas que ce soit une évolution des mentalités : dans le champ politique français par exemple on voit depuis longtemps au PS ou chez les Verts des attitudes différentes vis-à-vis du P2P. Certes des propositions floues et qui ont évolué au cours du temps, notamment en fonction du chef en place, mais qui traitent depuis presque dix ans de licence globale et autres. A côté de ça un parti suédois ayant deux députés me paraît quand même moins important.

Sinon, il y aura deux possibilités mais surtout toutes celles résultant d'un mélange : cas où le P2P serait légal dans certains cas et illégal dans d'autres, avec flicage dans ces derniers cas. Et même si l'on préférait opter pour un des deux cas "purs", on ne peut pas se contenter de se prononcer "pour" ou "contre" : les modalités qui définiront les libertés et responsabilités de chacun, et les modèles économiques viables, ne sont pas des détails, c'est au contraire l'essentiel. Certains "pour" sont préférables à certains "contre" et réciproquement. D'ailleurs, à ma connaissance, tous les partis pirates européens (il en existe plusieurs, français, allemand, suédois, etc) proposent en fait des cas impurs : ainsi le parti suédois réserve sa proposition de légalisation du P2P aux œuvres culturelles et exclut les logiciels, ce qui impose donc de maintenir des mesures de flicage.

Enfin, je crois qu'il ne faut pas se leurrer : si demain le P2P et autres sont légalisés sans conditions, les offres légales de vente de copies sont destinées à fermer ou devenir anecdotiques dans presque tous les domaines. Car personne pour ainsi dire n'ira acheter s'il paye déjà via des taxes ou une redevance et si l’État lui dit que c'est juste. Et comme l'avenir sera presque entièrement numérique et que dans dix ans nous aurons du streaming HD via du P2P décentralisé, personne ne concurrencera ça quels que soient les bonus offerts. En somme, à long terme, grosso modo, seuls les services reposant sur un monopole (communauté d'utilisateurs captée par un site, serveurs closed-source de jeux en ligne, etc) pourraient être vendus, pas le contenu lui-même. Et tout le monde chercherait à développer des plate-formes proprios (Apple pourrait continuer à vendre ses machines, MS ne pourrait plus vendre ses softs) et privilégierait ces dernières (retour aux objets physiques : le successeur du Blu-Ray serait proprio et ne serait licencié qu'à des fabricants de lecteur de salon ne pouvant s'interfacer qu'avec des télés protégées, obligeant à modifier l'équipement pour en acquérir une copie).

Citation Envoyé par unknow0  Voir le message
c'est sa hormis que le site en question est tous a fait légal dans son pays (contrairement a megaupload)

Ah ! En effet, bien vu, la distinction est importante. Merci.
Avatar de MiaowZedong MiaowZedong - Membre émérite https://www.developpez.com
le 05/03/2012 à 16:24
Citation Envoyé par DonQuiche  Voir le message
En revanche, les expressions "partages non-marchands" et "détracteurs du partage" fournissent un bel exemple de l'usage de la rhétorique pour biaiser le débat. Et accessoirement celui-ci me semble un poil plus complexe que "pro-P2P" et "anti-P2P".

Je suis d'accord avec toi sur l'expression "détracteurs du partage", qui ne vaut pas mieux que l'expression "piratage" d'ailleurs--entre télécharger illégalement et aborder un navire les armes à la main pour voler la cargaison, avec en option massacre de l'équipage et viol des passagères, il y a monde tout de même.

En revanche "partage non marchand" a un sens quand même: il y a une dichotomie entre une activité qui est effectivement bénévole (même si elle peut causer un tort à des tiers) et une activité poursuivie dans un but lucratif.

@MiaowZedong
Sur l'usage de la publicité pour le financement de la diffusion de contenu sur internet (streaming ou autres), tu abordes là un point très intéressant qui a pour l'instant été laissé de côté. Mais justement, ne serait-ce pas un argument contre la licence globale (LG) que tu défends ?

Je ne crois pas que cela ait été inclus dans la proposition originale de LG au Parlement Français, mais je ne vois pas en quoi cela serait incompatible avec la LG au sens large, que ce soit le modèle gouvernemental proposé en France, l'Open Music Model du MIT ou un système tiers.

Car si une telle LG était mise en place a priori les diffuseurs qui bénéficierait des fruits de la publicité n'auraient rien à reverser aux ayant-droits, ceux-ci ne percevant justement que la contribution à la LG.

Je pense que concevoir la LG comme un modèle qui court-circuite le distributeur est naïf: les coûts de distributions ne seront jamais réellement nuls. Même dans le P2P, qui assure pourtant aucun service à part le téléchargement lui-même, les coûts ne sont pas nuls, même si leur distribution entre les nombreux utilisateurs font que ceux-ci ne s'en rendent pas compte. De plus, l'avantage justement d'une offre légale est de proposer des services complémentaires (ecoute en ligne, recherche par affinités, catalogue unique exhaustif, ou que sais-je d'autre), ce qui implique un investissement au niveau du distributeur. Néanmoins, cet investissement devrait être bien moindre que celui qui se fait à l'heure actuelle pour les CD; le distributeur ne doit pas eclipser le contenu.

Donc, je pense qu'il faudrait déjà mettre en place une formule pour repartir les revenus entre le distributeur et les ayants droits; a minima, que le distributeur couvre ses frais avant de reverser son surplus (cas d'un distributeur entièrement au service des ayants droits).

Dans le cas précis de la TV, actuellement la publicité ne profite directement qu'aux chaînes, mais celles-ci doivent payer leurs fournisseurs (producteurs d'émissions). Donc, je pense qu'il doit être possible d'adapter ce modèle pour la livraison de contenus par Internet.

Finalement, rappelons nous que la TV fonctionne bien à l'heure actuelle. Je pense que la diffusion par Internet, avec un modèle de LG, peut l'incorporer mais qu'il ne faut pas non plus brûler les étapes. Nul ne peut prévoir l'avenir et je pense que la musique doit franchir le pas en premier, d'autant qu'elle a réellement besoin d'un changement radical.

On pourrait bien sûr imaginer une autre LG réservée aux usages non-commerciaux mais alors l'avenir serait aux systèmes basés sur le P2P (y compris streaming via P2P dans le futur), donc sans redevance publicitaire, et il serait alors très difficile dans un tel contexte de créer une offre commerciale qui profiterait des revenus de la publicité.

Je vais peut-être te surprendre mais je ne suis pas favorable à cela. Si l'on légalise le P2P de masse sans rien changer d'autre, ce n'est qu'une question de temps avant que l'on voit les réseaux sociaux rajouter l'aggrégation de liens P2P à leurs services, et là toute les offres commerciales aurons du plomb dans l'aile.
Avatar de Lyche Lyche - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 05/03/2012 à 16:34
Citation Envoyé par MiaowZedong  Voir le message
Je suis d'accord avec toi sur l'expression "détracteurs du partage", qui ne vaut pas mieux que l'expression "piratage" d'ailleurs--entre télécharger illégalement et aborder un navire les armes à la main pour voler la cargaison, avec en option massacre de l'équipage et viol des passagères, il y a monde tout de même.

Perds pas ton temps à essayer d'expliquer cette différence, je me suis fais lyncher y'a pas si longtemps que ça pour avoir osé dire que les expression "Pillage" et "Piratage" n'étaient pas adapté aux contexte informatique.
Avatar de DonQuiche DonQuiche - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 05/03/2012 à 17:51
Citation Envoyé par MiaowZedong  Voir le message
Je suis d'accord avec toi sur l'expression "détracteurs du partage", qui ne vaut pas mieux que l'expression "piratage" d'ailleurs--entre télécharger illégalement et aborder un navire les armes à la main pour voler la cargaison, avec en option massacre de l'équipage et viol des passagères, il y a monde tout de même.

En revanche "partage non marchand" a un sens quand même: il y a une dichotomie entre une activité qui est effectivement bénévole (même si elle peut causer un tort à des tiers) et une activité poursuivie dans un but lucratif.

Je suis d'accord sur le fait que "piratage" est également inapproprié mais, pour revenir à "partage non-marchand", ce qui me dérange c'est que l'expression "partage" donne l'image de deux convives, l'un proposant à l'autre de partager avec lui son dernier trognon de pain. Évidemment, si tu es un personnage de la cène avec à côté de lui un multiplicateur de pains personnel, ça exige tout de suite moins de sacrifices et le "partage" perd un peu de sens.

Le partage implique l'idée de sacrifice personnel, de générosité, même si certains sens récents (partager un lecteur en réseau) ne reprennent plus ce caractère. Utiliser ce terme à propos du P2P c'est donc bien biaiser le débat en le présentant sous un jour généreux (avec le bien d'autrui). Cela dit je trouve l'expression charmante et le jour où nous serons parvenus à un accord avec les ayant-droits je ne verrai plus d'utilisation à son utilisation.

Donc, je pense qu'il faudrait déjà mettre en place une formule pour repartir les revenus entre le distributeur et les ayants droits; a minima, que le distributeur couvre ses frais avant de reverser son surplus (cas d'un distributeur entièrement au service des ayants droits).

Cela me semble être la seule possibilité, oui. Par contre le modèle que tu proposes (répartition sur l'excèdent) risquerait bien vite de produire une multiplication de contentieux avec des juges appelés à évaluer le coût de fonctionnement de chaque service.

Je vais peut-être te surprendre mais je ne suis pas favorable à cela. Si l'on légalise le P2P de masse sans rien changer d'autre, ce n'est qu'une question de temps avant que l'on voit les réseaux sociaux rajouter l'aggrégation de liens P2P à leurs services, et là toute les offres commerciales aurons du plomb dans l'aile.

Je n'en suis pas surpris et cela me semble tout à fait sensé : si LG il y a, elle doit s'appliquer aux services commerciaux pour permettre le développement de nouveaux services.

EDIT : Dans mon précédent message je notais que du côté de la gauche on avait tout de même souvent discuté de LG et d'autres. Le même jour Hollande avait cependant décidé de donner un coup de barre : une Hadopi "repensée" (et non plus abrogée) et un grand "dialogue" entre tous les acteurs (usagers, ayant-droits, etc) d'où émergeront les solutions. Autant s'attaquer directement à la paix au Moyen-Orient, ça me semble plus simple.
Avatar de MiaowZedong MiaowZedong - Membre émérite https://www.developpez.com
le 06/03/2012 à 12:26
Citation Envoyé par DonQuiche  Voir le message
Je suis d'accord sur le fait que "piratage" est également inapproprié mais, pour revenir à "partage non-marchand", ce qui me dérange c'est que l'expression "partage" donne l'image de deux convives, l'un proposant à l'autre de partager avec lui son dernier trognon de pain. Évidemment, si tu es un personnage de la cène avec à côté de lui un multiplicateur de pains personnel, ça exige tout de suite moins de sacrifices et le "partage" perd un peu de sens.

Le partage implique l'idée de sacrifice personnel, de générosité, même si certains sens récents (partager un lecteur en réseau) ne reprennent plus ce caractère. Utiliser ce terme à propos du P2P c'est donc bien biaiser le débat en le présentant sous un jour généreux (avec le bien d'autrui). Cela dit je trouve l'expression charmante et le jour où nous serons parvenus à un accord avec les ayant-droits je ne verrai plus d'utilisation à son utilisation.

D'accord, ce n'est pas ma langue maternelle donc je te fais confiance pour les nuances. L'inconvénient c'est que parler de "mise en commun sans contrepartie financière" ça fait un peu pondéreux.

Cela me semble être la seule possibilité, oui. Par contre le modèle que tu proposes (répartition sur l'excèdent) risquerait bien vite de produire une multiplication de contentieux avec des juges appelés à évaluer le coût de fonctionnement de chaque service.

C'est un exemple, pas une proposition. Pour moi, un distributeur au service aux ayants droit devrait être une filiale de ceux-ci, pour que le problème ne se pose pas. Sinon effectivement il y aurait des litiges sur ses frais réels.

EDIT : Dans mon précédent message je notais que du côté de la gauche on avait tout de même souvent discuté de LG et d'autres. Le même jour Hollande avait cependant décidé de donner un coup de barre : une Hadopi "repensée" (et non plus abrogée) et un grand "dialogue" entre tous les acteurs (usagers, ayant-droits, etc) d'où émergeront les solutions.

Je n'ai pas réussi à lire cette tribune autrement qu'en diagonale, il s'étend sur les valeurs de la gauche et tartine des clichés (grand dialogue, tous unis pour être plus forts, protection des artistes, accès à la culture pour tous, Internet change notre vie, etc) ad nauseam, sans jamais dire ce qu'il pense que la loi devrait être. Ça me laisse l'impression d'une logorrhée charactérisée.

Le clivage droite/gauche n'a de sens que s'il recouvre une opposition d'idées, si c'est juste pour (prétendre) se rattacher à des valeurs historiques et prendre des décisions à la façon d'une girouette, ça n'en vaut vraiment pas la peine.

Autant s'attaquer directement à la paix au Moyen-Orient, ça me semble plus simple.



N'exagérons pas trop tout de même: les majors ne traitent pas les téléchargeurs de vermine, leurs détracteurs de nazis, tout en armant leurs missiles nucléaires lorqu'ils sont en difficulté (histoire que s'ils perdent, il n'y ait pas de gagnants). De leur côté les téléchargeurs ne menacent pas de se venger par l'extermination, et je n'en ai pas encore entendu dire qu'il allait arroser son champ avec du sang de producteur. La paix au Moyen-Orient, c'est quand même le noeud Gordien version 2.0 (cette fois il est en titane, diamant et céramique: pas moyen de le trancher).
Avatar de DonQuiche DonQuiche - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 06/03/2012 à 13:04
Citation Envoyé par MiaowZedong  Voir le message
D'accord, ce n'est pas ma langue maternelle donc je te fais confiance pour les nuances. L'inconvénient c'est que parler de "mise en commun sans contrepartie financière" ça fait un peu pondéreux.

Bigre ! Pour quelqu'un dont ce n'est pas la langue maternelle tu en fais un usage qui m'impressionne.

Je n'ai pas réussi à lire cette tribune autrement qu'en diagonale, il s'étend sur les valeurs de la gauche et tartine des clichés (grand dialogue, tous unis pour être plus forts, protection des artistes, accès à la culture pour tous, Internet change notre vie, etc) ad nauseam, sans jamais dire ce qu'il pense que la loi devrait être. Ça me laisse l'impression d'une logorrhée charactérisée.

Je te rassure, je l'ai également trouvée ennuyeuse à mourir. C'est du petit lait de campagne destiné à masquer la volonté de ne pas prendre de décision et de ne se mettre personne à dos. Extrêmement décevant, comme souvent : il aurait dû cesser de parler à la moitié des primaires. A vrai dire cette campagne me fait l'effet d'une course à l'auto-sabotage, chaque candidat ne prenant la parole que pour perdre des voix, comme si aucun d'entre eux ne voulait de ce poste (et je suis pourtant bien certain que ce n'est pas le cas). C'est au moins vrai pour Joly, Hollande, Sarkozy et Le Pen.

N'exagérons pas trop tout de même

Oui, je ne doute pas que tu auras relevé le sarcasme dans ma phrase.
Une façon de signaler que l'appel au "grand dialogue autour d'une table" est un bon moyen de refiler la patate chaude. Une stratégie qui risque fort d'aboutir, par défaut, faute de projet, au maintien de la politique suivie jusqu'à présent en la matière. Un comble quand on voit que le droit d'auteur a fini par empoisonner les industries culturelles elles-mêmes (impossibilité juridique de mettre en place des services de distribution en ligne dignes de ce nom, sanctions judiciaires iniques pour certains médias, etc).
Avatar de MiaowZedong MiaowZedong - Membre émérite https://www.developpez.com
le 06/03/2012 à 15:39
Citation Envoyé par DonQuiche  Voir le message
Bigre ! Pour quelqu'un dont ce n'est pas la langue maternelle tu en fais un usage qui m'impressionne.

Je n'ai pas vraiment de mérite, j'ai appris le Français très jeune. Je suis moins à l'aise dans d'autre langues, comme l'Allemand.

Un comble quand on voit que le droit d'auteur a fini par empoisonner les industries culturelles elles-mêmes (impossibilité juridique de mettre en place des services de distribution en ligne dignes de ce nom, sanctions judiciaires iniques pour certains médias, etc).

Un peu comme les brevets pour les smartphones: on voit que sans les accords de cross-licencing présents dans l'informatique plus traditionelle, les pratiques de brevetage aggressif introduites notamment par Steve Jobs (procès contre les clones de l'Apple II, par exemple) étouffent l'innovation.

Une citation intéressante que j'ai trouvé sur les e-books: un analyste qui éstime que leur prix doit chuter de 30 à 40% et que les technos propriétaires doivent être abandonnées pour que leur marché décolle (à la fin de cet article). Pour l'éstimation chiffrée je ne peux pas dire, mais pour le principe que les e-book doivent être moins chers et plus ouverts je ne pourrais pas être plus d'accord.
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