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« La prochaine guerre, tout le monde doit en partager le coût » : Palantir Technologies, qui pilote l'IA militaire américaine, publie un manifeste belliciste sur X et les réseaux s'enflamment

Le , par Stéphane le calme

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Palantir Technologies n'a pas attendu la fin des combats en Iran pour prendre position. En publiant ce week-end sur X un résumé de l'idéologie de son PDG Alex Karp, la société spécialisée dans les logiciels de surveillance et de ciblage militaire a plaidé ouvertement pour que nul n'échappe au risque de la prochaine guerre, au moment précis où Washington réforme en silence son système d'enregistrement au service sélectif. Une coïncidence que peu d'observateurs sont prêts à croire.

L'entrée en matière se voulait presque anodine. « Parce qu'on nous pose souvent la question », a écrit Palantir Technologies sur X ce week-end, avant de dérouler un texte d'un millier de mots résumant les grandes lignes de The Technological Republic, l'ouvrage co-signé en 2025 par le PDG Alex Karp et Nicholas Zamiska, directeur des affaires institutionnelles de l'entreprise. Le livre se présente lui-même comme « l'amorce d'une théorie » justifiant la raison d'être de Palantir (un critique avait estimé qu'il ne s'agit « non pas un livre, mais du matériel commercial d'entreprise »).

Peu importe la forme : le fond, lui, est sans équivoque. Les 22 points couvrent un spectre idéologique vertigineux, du rôle « moral » de la Silicon Valley dans la défense nationale à la nécessité de « résister au pluralisme de façade » (qui prétend accueillir toutes les cultures et toutes les valeurs sans jamais en hiérarchiser aucune, au point de perdre toute substance identitaire. C'est une critique conservatrice classique du multiculturalisme libéral), en passant par l'affirmation que « la puissance dure de ce siècle sera construite sur des logiciels », que l'ère atomique touche à sa fin au profit d'une « nouvelle dissuasion fondée sur l'IA », ou encore que « le désarmement d'après-guerre de l'Allemagne et du Japon doit être défait » et que « le pacifisme japonais menace de modifier l'équilibre des puissances en Asie ».

C'est le point 6, toutefois, qui a mis le feu aux poudres : « Le service national devrait être un devoir universel. Nous devrions, en tant que société, envisager sérieusement d'abandonner l'armée de métier et de n'engager la prochaine guerre que si tout le monde en partage le risque et le coût. » La formulation est délibérément large ; Palantir ne réclame pas explicitement la conscription militaire, mais remet en cause le principe même d'une armée professionnelle où une minorité de volontaires porte seule le fardeau des conflits.


Le contexte : une guerre et une réforme de la conscription

Cette sortie n'intervient pas dans un vacuum. Elle s'inscrit dans le contexte du conflit avec l'Iran, désormais dans sa huitième semaine, qui a débuté le 28 février par des frappes américano-israéliennes déclenchant une escalade régionale marquée par des échanges de missiles, des accrochages navals et un blocus américain des ports iraniens. Donald Trump a multiplié les avertissements, menaçant à plusieurs reprises de « détruire l'ensemble du pays » si Téhéran refusait de négocier.

Parallèlement, la mécanique administrative de la conscription s'est remise en mouvement côté américain. Le Selective Service System a soumis le 30 mars une règle visant à enregistrer automatiquement les hommes éligibles dans le vivier de la conscription d'ici décembre 2026, conformément à une autorisation du Congrès inscrite dans le National Defense Authorization Act pour l'exercice fiscal 2026. Les hommes de 18 à 25 ans seront ainsi inscrits d'office, sans démarche individuelle de leur part. L'objectif affiché est de pallier la baisse du taux d'enregistrement volontaire et d'améliorer l'efficacité du système en cas d'activation d'une conscription réelle.

Aucune proposition législative allant dans le sens d'un service national obligatoire pour tous n'est en cours d'examen au Congrès. Mais la simultanéité entre cette réforme administrative et le manifeste de Palantir n'a pas échappé aux observateurs : rarement une entreprise privée s'était exprimée de façon aussi explicite sur les choix militaires fondamentaux d'une nation, au moment précis où ces choix commençaient à se reposer concrètement.


Palantir : un prestataire devenu acteur politique

Pour mesurer la portée de ce post, il faut comprendre qui est réellement Palantir. Fondée en 2003, la société développe des plateformes d'analyse de données massives à destination des gouvernements, agences de renseignement, armées et grandes entreprises. Son portefeuille comprend trois produits structurants : Gotham, dédié au renseignement militaire et à la lutte antiterroriste ; Foundry, orienté vers la gestion des données d'entreprise ; et Apollo, le système de déploiement logiciel sur réseaux sécurisés et distribués.

La société a décroché des contrats majeurs avec le Pentagone, dont une participation au programme Project Maven, ce projet d'IA appliquée au ciblage militaire et à la surveillance qui avait provoqué une fronde interne spectaculaire chez Google en 2018. Palantir, elle, l'avait accepté sans la moindre hésitation.

Depuis l'entrée en fonctions de Donald Trump pour son second mandat, le portefeuille de contrats fédéraux de Palantir a connu une croissance explosive, atteignant 970 millions de dollars en 2025, soit presque le double de l'année précédente. La société a franchi pour la première fois le seuil du milliard de dollars de chiffre d'affaires trimestriel. Parmi ces contrats figure notamment un accord de 30 millions de dollars avec ICE pour concevoir un système baptisé « ImmigrationOS », destiné à optimiser les procédures d'expulsion et à sélectionner des cibles d'arrestation.

Des élus démocrates ont récemment adressé une lettre à ICE et au Department of Homeland Security pour exiger des informations sur l'utilisation des outils de...
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Avatar de r0d
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 20/04/2026 à 10:06
Ce qui est en train de ce passer à l'échelle internationale est intéressant. C'est un mélange de Farenheit 451, de Terminator et de 1984. C'est à croire que les Grand Chefs de l'humanité ont utilisé les pires (ou les meilleures selon le point de vue) dystopies comme des manuels d'utilisation.
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 28/04/2026 à 13:47
on a le malaise sélectif chez Palantir.
Quand il s'agit de ficher n'importe quel citoyen sur la planète pour les raisons les moins avouables, c'est moral.
Par contre, si ça commence à être utilisé sur les immigrés américains, ont s'insurge car "pourrait facilement être étendu pour cibler n'importe quel Américain" (la plupart des États-uniens étant des immigrés de plus ou moins fraiche date...)
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Avatar de Darkzinus
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 20/04/2026 à 16:43
Et dans une euphorie à peine voilée ...
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Avatar de RenarddeFeu
Membre averti https://www.developpez.com
Le 21/04/2026 à 8:28
Je me repassais des extraits de Rupert Murdoch datant du milieu des années 2000 l'autre jour. Cette doctrine, ça fait fort longtemps qu'on nous la pitche.
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Avatar de Mat.M
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 28/04/2026 à 15:11
la plupart des États-uniens étant des immigrés de plus ou moins fraiche date...)
exact ne pas oublier que les USA c'est encore une nation relativement jeune qui a à peine 250 ans d'existence.
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