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Un bug logiciel élémentaire fait perdre un satellite de 72 millions de dollars à la NASA en 24 heures : Lunar Trailblazer ou l'illustration du sacrifice des tests logiciels sur l'autel des économies budgétaires

Le , par Stéphane le calme

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26  0 
Un rapport d'enquête interne de la NASA, obtenu via une demande d'accès à l'information, révèle enfin la cause de la perte du satellite Lunar Trailblazer, moins d'un jour après son lancement en février 2025. En cause : un bug logiciel élémentaire, des tests insuffisants, et une gestion de pannes embarquée qui a transformé un incident récupérable en catastrophe totale. L'affaire ravive un débat structurel sur le modèle des missions spatiales à bas coût et à haut risque que la NASA multiplie depuis plusieurs années.

Le 26 février 2025, une fusée Falcon 9 de SpaceX décollait du Kennedy Space Center en Floride avec à son bord, entre autres charges utiles, le satellite Lunar Trailblazer. Sa mission : cartographier avec une précision inédite les dépôts d'eau à la surface de la Lune — une ressource stratégique cruciale pour toute ambition de présence humaine durable dans l'espace cislunaire (qui désigne l'espace sphérique se trouvant autour de la Terre jusqu'à la limite de l'orbite de la Lune). Le satellite, développé par Lockheed Martin pour le compte de la NASA, était doté de deux instruments de pointe pour analyser la distribution des différentes formes d'eau à la surface lunaire, leurs propriétés thermiques, et leur évolution dans le temps.

Quarante-huit minutes après le lancement, la séparation s'effectue normalement. Les équipes au sol établissent le contact. Tout semble nominal. Puis le silence. Un jour à peine après le lancement, les responsables de la mission perdent tout contact avec l'engin. Il ne sera plus jamais entendu. Pendant des mois, les équipes de la NASA et de Lockheed Martin tentent de renouer la communication. En juillet 2025, ils abandonnent. En août, la NASA officialise la fin de la mission.

Un an plus tard, le rapport du panel d'examen convoqué par la NASA pour établir les causes de l'échec est rendu public — non pas proactivement, mais suite à une demande FOIA (Freedom of Information Act) déposée par NPR. Ce que ce document révèle est à la fois technique dans son détail et accablant dans sa simplicité.

Le bug : 180 degrés dans le mauvais sens

Le logiciel censé orienter les panneaux solaires du satellite vers le Soleil les a au contraire pointés dans la direction exactement opposée — à 180 degrés. Ce seul fait suffit à comprendre l'enchaînement fatal : privé d'alimentation électrique dès les premières heures de sa vie opérationnelle, Lunar Trailblazer est entré dans un état dit de « cold state », une condition de survie à faible puissance dans laquelle le contrôle d'attitude — c'est-à-dire la capacité du satellite à se stabiliser et à s'orienter — est perdu. Sans énergie, sans contrôle, sans communication.

Le rapport du panel précise que cet état critique a également déclenché de nombreuses actions erronées du système embarqué de gestion des pannes — un mécanisme conçu précisément pour gérer les situations d'urgence, mais qui, en l'occurrence, a aggravé la situation au lieu de la stabiliser. La combinaison de ces défaillances en cascade a rendu toute récupération impossible.

Selon le rapport, « toute anomalie prise isolément aurait pu être récupérable avec suffisamment de temps, mais la combinaison était trop importante pour être surmontée ».

Cette cascade n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire spatiale. Timothy Cook, professeur associé à l'Université du Massachusetts à Lowell, qui fut responsable de mission pour Terriers en 1999 — un projet qui a souffert du même type de problème d'orientation des panneaux solaires — résume bien le mécanisme : « Quand un système complexe tombe en panne, c'est en général le résultat de plusieurs facteurs conjugués. Une série de défaillances en cascade aboutit finalement au résultat catastrophique que l'on cherche à expliquer. »


La faute aux tests : une lacune de vérification évitable

Le rapport est sans ambiguïté sur la responsabilité de Lockheed Martin. L'entreprise n'a pas conduit de test complet de l'orientation des panneaux solaires avant le lancement — un test de bout en bout qui aurait détecté l'erreur dans le code de vol et permis sa correction. Ce type de vérification, baptisé « SA phasing test », est précisément conçu pour valider que le logiciel d'orientation fonctionne correctement dans les conditions réelles du déploiement spatial.

Les responsables de la mission auraient peut-être pu corriger ce problème après le lancement, mais d'autres bugs logiciels ont rendu cette correction d'abord extrêmement difficile, puis finalement impossible. C'est là que réside l'ironie tragique de l'affaire : l'erreur initiale était peut-être récupérable, mais l'accumulation de défaillances du système de...
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 05/03/2026 à 9:06
Petits joueurs!

Ce n'est pas la Nasa qui a vu 2 de ses sondes martiennes s'écraser dans le passé parce que le programme de contrôle calculait l'approche de l'astre en mêlant dans ses calculs des mesures américaines et d'autres correspondant aux standards internationaux?

Des histoires de "km/heure" et de de mph (miles par heure) qui avaient juste coûté plusieurs milliards de perte pour chacune des sondes
7  0 
Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 05/03/2026 à 10:27
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
La faute aux tests : une lacune de vérification évitable

Le rapport est sans ambiguïté sur la responsabilité de Lockheed Martin. L'entreprise n'a pas conduit de test complet de l'orientation des panneaux solaires avant le lancement — un test de bout en bout qui aurait détecté l'erreur dans le code de vol et permis sa correction. Ce type de vérification, baptisé « SA phasing test », est précisément conçu pour valider que le logiciel d'orientation fonctionne correctement dans les conditions réelles du déploiement spatial.

Les responsables de la mission auraient peut-être pu corriger ce problème après le lancement, mais d'autres bugs logiciels ont rendu cette correction d'abord extrêmement difficile, puis finalement impossible. C'est là que réside l'ironie tragique de l'affaire : l'erreur initiale était peut-être récupérable, mais l'accumulation de défaillances du système de gestion de pannes embarqué a verrouillé définitivement la situation.

En réponse, Lockheed Martin a publié une déclaration mesurée mais révélatrice : l'entreprise indique renforcer ses pratiques sur trois axes — l'architecture de gestion des pannes, l'implémentation du logiciel de vol, et les tests pré-lancement —, tout en évoquant un équilibre à trouver avec l'acceptation du risque inhérente aux programmes à budget réduit qui avancent plus vite par conception.
Je pensais que dans le spatial ils étaient à fond sur les tests depuis l'histoire de l'integer overflow d'Arianne 5.

Vitesse horizontal en 64-bit floating point converti en 16-bit signed integer.
16-bit signed integer => -32 768 à +32 767
La mesure a dépassée 32 767.

Dépassement d'entier
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 05/03/2026 à 14:09
Le post de la NASA à ce sujet est très américain et assez hilarant je trouve de par leur volonté de toujours rester positifs et enjoués.

Citation Envoyé par NASA
At NASA, we undertake high-risk, high-reward missions like Lunar Trailblazer to find revolutionary ways of doing new science,” “While it was not the outcome we had hoped for, mission experiences like Lunar Trailblazer help us to learn and reduce the risk...
Ah ouais, c'est clairement révolutionnaire d'économiser sur la sécurité. Comme ça on découvre un pan entier de l'ingénierie du risque après !

1) identifier les scénarios critiques
2) définir les composants critiques
3) tester les composants et les scenarii.

Apparemment, ils ont économisé sur 1,2,3.

Sur la trajectoire d'approche, le satellite a tourné les panneaux dans le mauvais sens, puis a coupé les communications avec le terre pour économiser l'électricité. Résultat, impossible de le patcher, et le bouzin s'est perdu dans le vide.
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Avatar de mith06
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 09/03/2026 à 8:40
Pourtant je suis bien persuadé que la matrice de conformité était bien remplie et que toutes les cases étaient au vert!!
Savoir si les panneaux s'oriente bien c'est pas le problème, le problème c'est: est ce que toutes les cases de la matrice sont au vert.
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