La politique scientifique de Donald Trump est en train de produire un effet inattendu : transformer l'Europe — et la France en tête — en nouvelle terre promise pour les chercheurs américains. Quarante-six scientifiques viennent de se voir attribuer des financements dans le cadre du programme « Choose France for Science », dont 41 en provenance directe des États-Unis. Derrière l'effet d'annonce, une recomposition profonde et durable du paysage mondial de la recherche est peut-être en train de s'amorcer.Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, la communauté scientifique américaine vit sous pression. Les coupes budgétaires ont frappé des institutions aussi emblématiques que l'Université Columbia, qui a vu des centaines de millions de dollars de financements gelés ou supprimés. La NASA a procédé à des licenciements massifs, comme en témoigne le cas de Kartik Sheth, astrophysicien renvoyé de son poste d'associate chief scientist, qui a depuis accepté une position de trois ans à l'Université Aix-Marseille grâce au programme français.
Plus symbolique encore, l'administration a engagé un mouvement de mise sous tutelle politique des universités. Harvard, Brown, Columbia, MIT : les plus grands noms de la recherche académique mondiale ont été directement ciblés par des enquêtes fédérales, des retraits de subventions, ou contraints à des négociations humiliantes. Columbia a finalement dû débourser 200 millions de dollars pour régler des accusations liées à un manque de lutte contre l'antisémitisme sur son campus afin de récupérer une partie de ses financements — une forme de chantage institutionnel inédite dans l'histoire de la recherche américaine.
Les domaines touchés ne se limitent pas à un champ académique précis : climatologie, santé publique, sciences sociales, astrophysique, biologie — tous ont été frappés. Le changement climatique, qualifié de « plus grande arnaque jamais menée contre le monde » par Trump lui-même devant l'ONU, concentre une hostilité idéologique particulièrement vive. Résultat : selon une enquête de Nature auprès de plus de 1 600 scientifiques américains, 75,3 % déclarent envisager de quitter les États-Unis. Chez les doctorants, ce chiffre atteint 80 %.
Choose France for Science : la riposte de Macron
La France n'a pas attendu pour réagir. En mars, Aix-Marseille Université a lancé le programme « Safe Place for Science » destiné à offrir l'asile scientifique aux chercheurs américains. Dès avril 2025, Emmanuel Macron lançait officiellement la plateforme « Choose France for Science », doublée quelques semaines plus tard d'une initiative élargie à l'échelle européenne, « Choose Europe for Science », présentée en grande pompe à la Sorbonne aux côtés d'Ursula von der Leyen. L'Union européenne a débloqué près de 900 millions d'euros en soutien à la recherche dans ce cadre.
La mécanique française est claire et volontariste : financer le recrutement de chercheurs étrangers, prioritairement américains, sur des enveloppes individuelles d'environ un million d'euros sur trois ans — couvrant salaire, équipe, et intégration logistique. Philippe Baptiste, alors ministre chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, avait posé les termes avec franchise : un chercheur de haut niveau avec sa petite équipe coûte environ ce million d'euros sur trois ans. Multipliez par les « centaines » de recrues visées, et vous obtenez une ambition chiffrée considérable.
Les résultats commencent à se matérialiser. En février 2026, le ministère a annoncé l'attribution de fonds à 46 scientifiques, dont 41 en provenance directe des États-Unis. Parmi eux : Zhongkai Tao, mathématicien spécialiste des structures ondulatoires, désormais installé à l'IHES à Paris. Mais aussi Matthias Preindl, ingénieur en conversion d'énergie et électrification des transports, recruté par CentraleSupélec. Ou encore Alka Patel, historienne de l'art et de l'architecture, passée de l'Université de Californie Irvine à Aix-Marseille. Avec 12 recrues à son actif, Aix-Marseille Université s'est imposée comme le principal pôle d'accueil, portée par son propre programme « Safe Place for Science » doté de 15 millions d'euros.
Au total, près de la moitié des lauréats rejoignent des établissements en Île-de-France. Paris reste, dans l'imaginaire des chercheurs du monde entier, une métropole scientifique de premier plan — l'IHES, l'INRIA, le CEA, Saclay — autant de noms qui résonnent dans les laboratoires de Berkeley ou de Columbia.
Zhongkai Tao, mathématicien spécialiste des structures ondulatoires, désormais installé à l'IHES à Paris
La géographie d'un exode scientifique
Ce mouvement ne se limite pas à la France. Toute l'Europe s'est mise en ordre de marche, avec des niveaux d'urgence et de moyens variables. Les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suède ont mobilisé des fonds spéciaux. L'Université de Barcelone a signalé une hausse significative des candidatures américaines. En Occitanie, la Région a investi plus de deux millions d'euros pour accueillir une quinzaine de chercheurs américains à Toulouse et Montpellier dès octobre 2025 — dont cinq chercheuses spécialisées en écologie,...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.

La France peut-elle vraiment être attractive pour des chercheurs en IA ou en bioinformatique, alors que les salaires dans ces domaines sont structurellement inférieurs à ce que proposent les Big Tech américaines — même dans un contexte de coupes budgétaires ?