Le 7 septembre dernier, le Salvador est devenu le premier pays au monde à faire du bitcoin une monnaie officielle. Avec cette nouvelle monnaie, le gouvernement laisse entendre que les Salvadoriens vivant à l’étranger pourront envoyer de l’argent sans payer les frais énormes de transfert d’argent qui représentent plus de 24 % du produit intérieur brut du pays, selon les chiffres de la Banque mondiale. Mais cette décision ne fait pas l’unanimité dans le pays. Au lendemain de son adoption, de nombreuses protestations ont fait surface, et depuis lors, l’on assiste à des actes de violence et de vandalisme dans le pays.Après l’annonce du bitcoin comme monnaie légale, il faut maintenant faire face à certains problèmes
Après l’euphorie des premières heures de l’annonce du bitcoin comme monnaie légale dans le pays, le Salvador est maintenant en proie à des violences et des protestations intestines. En effet, depuis plusieurs jours des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour manifester leur opposition face à la décision de porter la cryptomonnaie bitcoin au même rang de monnaie légale que le dollar. Cette situation n’est pas surprenante, car dès le départ, des voix s’étaient élevées dans le pays pour souligner que cette décision avait été prise à la hâte. Pour Ricardo Castañeda, un économiste local, « la loi a été adoptée extrêmement rapidement, sans étude technique ni débat public ». Selon ses analyses, il ne pense pas que « le président ait pleinement compris les implications de la loi, son potentiel à causer de graves problèmes macroéconomiques et à convertir le pays en un paradis pour le blanchiment d’argent ». Avec ces mouvements de protestation contre le bitcoin, l’on pourrait donner raison à l’économiste.
Le jour de la fête de l’indépendance du Salvador, environ 15 000 personnes sont descendues dans les rues pour protester contre le bitcoin, mais aussi contre la destitution de certains juges gênants afin que le président Nayib Bukele puisse opérer des changements dans la constitution qui lui permettraient de se présenter à nouveau à la présidence. La plupart des manifestants de la capitale du Salvador, San Salvador, étaient pacifiques, mais certains ont brisé et incendié au moins un distributeur de bitcoins, tandis que d’autres ont pulvérisé des graffitis anti-bitcoin le long des itinéraires de protestation. D’autres par contre avaient des pancartes affichant le symbole du bitcoin barré et d’autres encore portaient des chemises avec la mention « NO To Bitcoin » [Non au Bitcoin].
« Le bitcoin était une très grande décision économique, et cela a été fait de manière totalement illogique, envoyé au congrès et adopté le même jour », a déclaré la législatrice de l’opposition Claudia Ortiz. Et d’ajouter que « nous traversons une crise fiscale profonde avec un coût de la vie et un chômage élevés et la réponse du gouvernement, au lieu d’une politique économique sérieuse, est d’adopter le bitcoin comme monnaie légale ». « Ce que fait le gouvernement est arrogant, c’est de l’autoritarisme », a déclaré Dora Rivera, une manifestante de 49 ans. De son côté, l’homme d’affaires local Patrick Murray rapporte que les gens ont protesté contre l’acceptation forcée, le manque total de transparence du gouvernement et le système de paiement dysfonctionnel de Chivo — « les gens sont contre la façon dont les choses sont faites au nom du bitcoin », a-t-il déclaré.
Les Salvadoriens sont-ils réellement prêts à utiliser le bitcoin comme monnaie légale ?
Construire un système de paiement auquel les utilisateurs ont confiance prend du temps. En principe, des programmes pilotes doivent être mis en œuvre pour résoudre les problèmes qui n’apparaissent qu’en production. Mais le gouvernement salvadorien a préféré copier son modèle sur celui de la Silicon Valley — « Move fast and break things » en adoptant cette monnaie numérique tout en sachant que son économie fonctionnait jusqu’à récemment en grande partie avec de l’argent physique (billets en dollars américains), avec une grande partie de la population qui se méfie des banques. Déployer un système de paiement électronique à l’échelle nationale à partir de zéro en seulement trois mois sans aucun test est une recette pour un désastre, en particulier lorsque ce système est un système de paiement électronique.
Mais un responsable du gouvernement aurait déclaré : « Nous pouvons le faire lentement, ou nous pouvons l’imposer simplement aux gens et les gens apprendront. S’ils sont obligés de le faire, ils apprendront et ils apprendront rapidement ». Nous précisons qu’une enquête menée en juillet dernier par l’université Francisco Gavida affirme que 49 % des personnes...
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