Depuis sa prise de pouvoir le 20 janvier dernier, le président américain Joe Biden a adopté une position ferme vis-à-vis de la Russie sur le plan des cyberattaques et de la Chine sur le plan des équipements de télécommunications et des semiconducteurs. Il renforce davantage ses mesures en signant jeudi un décret interdisant à ses sujets d'investir dans pas moins de 59 entreprises chinoises, dont le géant des télécommunications Huawei. Il étend ainsi l'ancien décret émis par son prédécesseur Donald Trump portant sur 31 entreprises chinoises. La Chine a condamné la décision de Washington et pourrait mettre en place des mesures de riposte.Washington écarte davantage les entreprises chinoises
En l'espace de deux ans, les relations entre les entreprises chinoises et américaines ont été considérablement chamboulées en raison de tensions entre Washington et Pékin. Tout a commencé vers fin 2018 après que l'ex-président américain Donal Trump a accusé le géant chinois Huawei d'espionnage pour le compte de Pékin et l'a écarté des grands projets d'infrastructures de télécommunications dans le pays (comme le déploiement de la 5G). S'en suit une série de mesures contre la société qui ont finalement conduit à sa mise sur liste noire par Washington en 2019. Dans la foulée, d'autres entreprises chinoises ont connu le même sort.
Alors que des analystes avaient prédit un adoucissement du climat des affaires avec l'arrivée de Biden, l'étau se resserre désormais autour des sociétés chinoises. Jeudi, Biden a signé un décret interdisant aux Américains de détenir ou de négocier tout titre lié à 59 entreprises chinoises. Si son prédécesseur avait avancé des arguments d'espionnage, Biden invoque la menace des technologies de surveillance chinoises. Le décret initial de Trump s'appliquait à 31 entreprises chinoises qui, selon l'administration, « permettent le développement et la modernisation de l'armée chinoise et menacent directement la sécurité des États-Unis ».
Ainsi, Biden poursuit en grande partie la campagne que son prédécesseur avait lancée contre les sociétés technologiques et autres entreprises chinoises. Le nouveau décret entrera en vigueur le 2 août et Washington a annoncé que la liste des entreprises concernées sera mise à jour au fur et à mesure que la situation progresse. La nouvelle liste inclut de nombreuses entreprises de surveillance. Le décret n'élargit pas seulement celui de Trump, il transfère également l'autorité de l'interdiction du département de la Défense au département du Trésor, afin de lui donner une base juridique plus solide.
Les responsables de Maison Blanche se sont exprimés sous le couvert de l'anonymat pour présenter le décret avant sa publication. « Le décret vise à garantir que les personnes américaines ne financent pas le complexe militaro-industriel de la République populaire de Chine. Les interdictions sont intentionnellement ciblées et délimitées pour maximiser l'impact sur les cibles tout en minimisant les dommages sur les marchés mondiaux. Nous nous attendons pleinement à ce que dans les mois à venir nous ajoutions des entreprises supplémentaires aux restrictions du nouveau décret », a déclaré la Maison Blanche.
Le décret ne fournit pas plus de détails sur la façon dont les technologies de surveillance sont utilisées par la Chine, mais les responsables américains ont souvent exprimé leur inquiétude concernant la reconnaissance faciale et d'autres outils de surveillance que la Chine a utilisés contre sa population minoritaire ouïghoure et contre les manifestants prodémocratie à Hong Kong. Les entreprises chinoises commercialisent également une gamme de technologies pouvant être utilisées pour la surveillance, un développement qui, selon le secrétaire d'État Antony Blinken, « contribue à une concurrence mondiale entre technodémocraties et technoautocraties ».
Le maintien de l'interdiction de Trump est un autre signe que Biden poursuit l'approche dure de son prédécesseur envers la Chine. Biden a également maintenu les droits de douane à l'importation que Trump a prélevés sur de nombreux produits chinois, et en mars, il a mis en œuvre un autre décret de Trump en envoyant des assignations à comparaître à plusieurs entreprises chinoises pour obtenir des informations sur d'éventuels risques pour la sécurité nationale.
La Chine condamne le décret de Biden et pourrait riposter
Huawei a récemment déclaré que les sanctions qui lui ont été imposées par les États-Unis en 2019 ont eu un impact majeur sur son activité de combinés. Ils ont pris des mesures au milieu d'affirmations selon lesquelles l'entreprise présentait un risque pour la sécurité. En juillet dernier, le Royaume-Uni a déclaré qu'il exclurait l'entreprise de la construction de son réseau 5G. Alors qu'il était autrefois le plus grand fabricant de smartphones au monde, Huawei est maintenant classé sixième sur le plan mondial avec une part de marché de 4 % au premier trimestre. Samsung a repris la couronne à Apple au premier trimestre de cette année.
De nombreuses entreprises qui figuraient sur la liste de Trump – dont Huawei et Hikvision, un important fabricant et fournisseur d'équipements de vidéosurveillance – restent sur celle-ci. Certaines des plus grandes entreprises de télécommunications du pays, dont China Mobile, China Telecommunications et China Unicom, restent également interdites. Dès l'annonce du décret, la Chine a condamné le nouveau décret. « Nous sommes fermement opposés à cela », a déclaré Wang Webin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un briefing régulier vendredi, exhortant les États-Unis à retirer la liste.
« Le gouvernement américain étire le concept de sécurité nationale, abuse du pouvoir national et utilise tous les moyens possibles pour supprimer et restreindre les entreprises...
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