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Pour le fondateur de Huawei, l'entreprise pourrait éviter l'impact des sanctions américaines en devenant une force logicielle majeure.
Huawei lancera HarmonyOS pour smartphones le 2 juin

Le , par Stéphane le calme

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Mi-mai 2019, l'administration Trump a publié un décret qui plaçait Huawei sur une liste noire, une décision qui contraignait les entreprises américaines à ne plus faire affaire avec l'équipementier chinois, à moins de disposer d'une autorisation officielle. Suite à cette décision, Google a décidé de ne plus fournir de logiciels, de matériel informatique ou service technique à Huawei à l’exception des services disponibles en open source. L'éditeur d'Android a toutefois assuré que Google Play et les protections de sécurité de Google Play Protect continueront de fonctionner sur les appareils Huawei existants.

En plus d’être coupé du système d’exploitation le plus vendu au monde, Huawei a vu certains des principaux concepteurs et fournisseurs de puces au monde suspendre également leurs relations commerciales jusqu’à nouvel ordre.

S'en est suivi une série de restrictions qui ont contraint Huawei à annoncer le mardi 17 novembre 2020 qu'il allait vendre sa marque de téléphone Honor à un consortium d’une trentaine d’entreprises chinoises comprenant des distributeurs, des agents et d’autres sociétés dont la survie dépend de celle de la marque. L’objectif de la manœuvre est simple : tenter d’échapper aux sanctions américaines et s’approvisionner en composants électroniques afin de maintenir la marque en vie.

Fin novembre 2020, le consortium d’acheteurs a publié un communiqué officialisant l'achat, qui a été fait via une nouvelle société, Shenzhen Zhixin New Information Technology. « Cette acquisition est un investissement dicté par le marché, afin de sauver la chaîne industrielle de Honor », a indiqué le consortium. « C’est la meilleure solution pour protéger les intérêts des consommateurs, des vendeurs, des fournisseurs, des partenaires et des employés de Honor ».

Après cette vente, Huawei ne dispose plus d’aucune action et « n’est plus impliqué dans la gestion des affaires ni dans les prises de décision de la nouvelle entreprise Honor », a précisé l’entreprise dans un communiqué. La grande enseigne chinoise des télécoms affirme que sa production d’appareils grand public « est soumise à de terribles pressions » en raison de « l'indisponibilité persistante d'éléments techniques » suite aux sanctions américaines et espère que « la vente aidera les vendeurs et les fournisseurs de Honor à surmonter cette période difficile » et qu’en s’éloignant de cette activité, la marque Honor pourra à nouveau bénéficier d’approvisionnements en composants.

« Cette décision a été prise par la chaîne industrielle d'Honor pour assurer sa propre survie », a indiqué Huawei.


L'avenir de Huawei résiderait-il dans le software ?

Le fondateur et PDG de Huawei, Ren Zhengfei, aurait exhorté le personnel du géant chinois de la technologie à transformer l'entreprise en une force logicielle majeure afin d'atténuer l'impact des sanctions américaines dévastatrices. Dans une note interne consultée par Reuters, Ren a estimé que Huawei devrait se concentrer sur les logiciels, car le secteur « échappe au contrôle américain et nous aurons une plus grande indépendance et autonomie ».

Huawei est actuellement incapable de produire en masse une grande partie de ses produits matériels en raison des sanctions interdisant aux entreprises américaines de faire affaire avec lui. La société a stocké des puces et des composants dans le but d'atténuer les sanctions, mais les réserves sont limitées et dans certains cas seront rapidement obsolètes. Huawei est également bloqué dans l'utilisation des applications et services Google sur ses smartphones. L'administration Biden n'a suggéré d'annuler aucune des sanctions de l'ère Trump, bien que les États-Unis aient assoupli leurs actions contre d'autres entreprises chinoises comme Xiaomi et TikTok.

En raison de ce climat, Ren aurait déclaré aux employés que Huawei devait se concentrer sur des logiciels, notamment MindSpore, sa plateforme d'IA dans le cloud et son système d'exploitation HarmonyOS pour divers appareils. La société envisage de concurrencer sur les principaux marchés autres que les États-Unis. « Une fois que nous dominerons l'Europe, l'Asie-Pacifique et l'Afrique, si les normes américaines ne correspondent pas aux nôtres et que nous ne pouvons pas entrer aux États-Unis, alors les États-Unis ne pourront pas entrer sur notre territoire», a écrit Ren, selon Reuters.

Il ne faudra peut-être pas longtemps avant qu’une partie importante de la stratégie logicielle de Huawei soit révélée. Aujourd'hui, la société a envoyé une image promotionnelle sur WeChat pour annoncer une annonce majeure liée à HarmonyOS pour le 2 juin. Le système d'exploitation n'a pas encore été lancé sur les smartphones, l'objectif initial étant les appareils IdO et les téléviseurs lors de sa sortie anticipée.

Un système qui a déjà été au centre d'une polémique

Sous le coup de sanctions américaines, Huawei a procédé au dépôt d’une marque de système d’exploitation à mi-parcours de l’année 2019. L’initiative porte le nom HongMengOS en Chine et HarmonyOS pour le reste du monde. L’objectif : s’affranchir de la dépendance de la Chine à Android. Un peu plus d’un an suite à sa présentation par le constructeur chinois d’équipements de télécommunications, le système d’exploitation a fait l’objet de controverses. Sa forte ressemblance avec Android lui a valu des contestations de l’authenticité qu’il revendique en février 2021.

Et pour cause : plusieurs présentations du même système d’exploitation sont disponibles à date. Ce système d’exploitation a fait l’objet de beaucoup de spéculations quant à savoir s’il serait basé sur Linux ou simplement un fork d’Android. Ce que Huawei répond lors de la HDC 2019 est qu’HarmonyOS est architecturé autour d’un micronoyau. En termes d’usages, la firme chinoise souligne qu’il assurera la prise en charge d’une panoplie d’appareils : smartphones, haut-parleurs intelligents, systèmes embarqués au sein des véhicules, etc. Bref, un système d’exploitation avec une forte orientation objets connectés et applications industrielles. En fait, les responsables de l’entreprise ont fait mention extensive de Fuchsia OS de Google pour faire comprendre ce qu’est HarmonyOS. La firme est allée sur le terrain des comparaisons entre micronoyaux et avance que les communications entre processus sous HarmonyOS sont cinq fois plus rapides que dans le cas Fuchsia OS. « HarmonyOS est complètement différent d’Android et d’iOS », indiquait alors l’entreprise.

Le code source ouvert d’HarmonyOS est disponible sur la plateforme d’hébergement et de gestion de développement de logiciels Gitee – cœur de l’écosystème open source que la Chine construit pour rivaliser avec GitHub. Ce dernier est rendu à sa version 1.0. Il tourne sur une liste d’appareils connectés bien circonscrite : dispositifs Wifi IdO, Webcams, caméra IP.


La version 2.0 d’HarmonyOS est déjà disponible et les ressemblances avec le système d’exploitation Android ne passent pas inaperçues. En fait, la différence entre des smartphones équipés de Huawei EMUI et Android est difficile à déceler. Pour rappel : Huawei a procédé au lancement de ses smartphones Mate 30 et Mate 30 Pro pilotés par EMUI 10 – un fork d’Android 10 au cours de l’année 2019. La version 2.0 d’HarmonyOS pour sa part dérive d’EMUI 11.


Le lancement du système d’exploitation comme substitut d’Android sur une plus large gamme de ses appareils ainsi que ceux d’autres fabricants de smartphones est prévu pour l’année en cours. Ce sont des appareils qui ne feront pas usage des services et applications Google (Services Google Play), mais qui s’appuieront sur une alternative que la société a nommée « Huawei Mobile Services (HMS) ». C’est un écosystème d’applications que l’entreprise utilise en Chine.

Sur la Chine, il souffle un vent d’incitation à l’utilisation des technologies locales. En effet, les administrations gouvernementales ont, au terme de l’année 2019, reçu pour instruction de supprimer tout le matériel et les logiciels de conception étrangère dans un délai de trois ans. Les initiatives autour de la mise sur pied d’un système d’exploitation national se multiplient donc avec l’objectif de prouver au monde entier que le pays est aussi capable d’exporter de bons systèmes d’exploitation.

Sources : Reuters, HarmonyOS

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