Depuis la dernière décennie, alors que les entreprises ont tenté d'apporter plus de confidentialité aux utilisateurs par le biais du chiffrement, de nombreux gouvernements et forces de police dans le monde se sont ligués contre cette technologie. À l'image du FBI, ils considèrent le chiffrement comme une impasse à leur capacité de s'introduire facilement dans les appareils de personnes suspectées ou inculpées pour soi-disant récolter des preuves. Comme pour crier son exaspération, l'Electronic Frontier Foundation (EFF) a exposé dans un récent rapport les capacités de piratage des forces de police américaines et a déclaré que le Congrès devrait contrôler les fouilles téléphoniques du FBI et des autres entités.Abandonner le chiffrement ou mettre en place des portes dérobées
Le chiffrement de bout en bout est ce qui permet aux utilisateurs d'échanger des messages sans qu'ils soient interceptés et lus par des gouvernements répressifs, des entreprises et d'autres mauvais acteurs. Sans cette protection, quiconque mettrait la main sur votre téléphone ou votre ordinateur portable (un voleur, un acteur malveillant ou un employeur) pourrait accéder à vos données les plus sensibles. Lorsque l'on affaiblit intentionnellement ces systèmes, cela nuit à la sécurité et à la vie des gens. Cependant, les gouvernements et les organisations qui sont contre ne voient pas la chose de cette manière.
En effet, le désir de faire du chiffrement de bout en bout une fonctionnalité principale dans les équipements de télécommunication et sur les plateformes en ligne, notamment les plateformes de médias sociaux, s'est particulièrement accru vers la fin des années 2010. Parallèlement, la lutte contre ce déploiement à grande échelle du chiffrement a connu la même évolution. En Europe, comme aux États-Unis, les groupes "anti-chiffrement" plaident pour l'abandon de cette idée, sinon la mise en place de portes dérobées dans les équipements de télécommunication ou les plateformes en ligne devant faire l'objet d'un chiffrement fort.
Au sein de l'UE, c'est au nom de la lutte contre les abus subis par les enfants en ligne, la pédophilie et le terrorisme que l'on veut porter un coup au chiffrement. En novembre dernier, le Conseil de l’UE a déclaré qu'elle est d’avis que l’implémentation du chiffrement de bout en bout dans les applications de messagerie chiffrées ne doit pas empêcher les forces de l’ordre de traquer les pédophiles et les terroristes. Ainsi, il s’apprête à adopter une résolution qui vise à forcer l’introduction de portes dérobées à l’usage exclusif des forces de l’ordre au sein des applications de messagerie chiffrée.
Depuis 2018, l'Australie s'est dotée d'une loi anti-chiffrement. La loi, connue sous le nom de "Assistance and Access Bill", permettrait aux forces de police et de lutte contre la corruption du pays de demander, avant de le forcer, aux sociétés Internet, aux opérateurs télécoms, aux fournisseurs de messagerie ou à toute personne jugée nécessaire d'avoir accès au contenu auquel les agences souhaitent accéder. Elle devrait contraindre les services de messagerie comme WhatsApp et Signal à intégrer des portes dérobées pour donner aux enquêteurs un accès aux messages privés des utilisateurs.
Le FBI, qui est profondément engagé dans la lutte contre le chiffrement, demande depuis des années l'ajout d'une porte dérobée aux dispositifs de communication afin de pouvoir lire les communications chiffrées des Américains. Le directeur du FBI, Christopher Wray, aurait encore fait la même demande cette année lors d'un témoignage devant la commission judiciaire du Sénat. Wray se serait à nouveau plaint du chiffrement de bout en bout, qui est utilisé par les plateformes de messagerie populaires, ainsi que le chiffrement au repos des appareils numériques.
Le FBI aurait déjà une grande capacité à accéder aux équipements chiffrés
Selon le rapport de l'EFF, lors de son audience cette année, Wray aurait continué d'exprimer sa frustration quant à ce à quoi ses agents n'ont pas accès. Cependant, ce qu'il aurait oublié de mentionner est ce à quoi ses agents et lui ont déjà accès. Wray aurait en effet manqué d'informer les sénateurs de la fréquence "choquante" à laquelle son agence accède déjà aux smartphones des Américains. Pour l'EFF, la police s'introduit déjà dans les téléphones à grande échelle. Il cite un rapport d'Upturn, une organisation à but non lucratif, selon lequel le piratage des téléphones par la police serait devenu envahissant et répandu.
La police aurait en sa possession des outils médico-légaux qui extraient des données de presque tous les téléphones populaires. En mars 2016, Cellebrite, une société d'outils médico-légaux populaire, prendrait en charge les "extractions logiques" pour 8393 appareils différents, et les "extractions physiques", qui consistent à copier toutes les données d'un téléphone bit par bit,...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.

).
avec eux ils peuvent faire passer ce qu'ils veulent.
.