Ce n’est plus un secret que les femmes sont sous-représentées dans les STIM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques). La situation est appelée à empirer avec la survenue de la pandémie de coronavirus considérée comme l’un des accélérateurs de l’intégration de « l’industrie 4.0 » faite d’intelligence artificielle, de robotique, de nanotechnologies, etc. Qu’est-ce qui justifie cet état de choses ? Pourquoi est-il important que l'on ait plus de femmes à des postes techniques et de direction dans ces filières ? Le dernier rapport de l’UNESCO sur la science se penche sur ces questions.« Les femmes ne doivent pas rater le coche des emplois de demain. Les Nations Unies prévoient que, pour chaque emploi créé par l’industrie 4.0, les femmes perdront cinq emplois, contre trois pour les hommes », indique le rapport.
Cette situation ne serait qu’une conséquence logique du tableau qui prévaut à date et sur lequel le rapport revient sur plusieurs axes :
- Les femmes sont minoritaires dans le domaine de l’industrie 4.0 : Les femmes sont souvent minoritaires sur le marché du travail du numérique. Dans l’UE, par exemple, plus de la moitié des hommes qui décrochent un diplôme dans les technologies de l’information trouvent un emploi dans le numérique, contre un quart pour les femmes. Cela semble encore plus préjudiciable au vu de la forte pénurie de personnel doté des compétences nécessaires pour faire avancer l’industrie 4.0. Comble de l’ironie, les domaines les plus importants de la quatrième révolution industrielle sont ceux-là mêmes où les femmes restent sous-représentées dans la plupart des pays, à savoir les technologies de l’information, l’informatique, la physique, les mathématiques et l’ingénierie.
- Les femmes sont minoritaires dans la filière de l’intelligence artificielle : seuls 22 % des professionnels de l’intelligence artificielle sont des femmes (Forum économique mondial, 2018a). Cet écart est observable dans l’ensemble des 20 premiers pays qui concentrent le plus d’employés dans l’IA (voir figure 3.2) et transparaît de manière flagrante en Allemagne, en Argentine, au Brésil, au Mexique et en Pologne, où moins de 18 % de la population active féminine possède des compétences en intelligence artificielle.
- Les femmes peinent à accéder au capital-risque : Les femmes ont plus de mal que les hommes à obtenir un capital-risque pour leur start-up technologique (Forum économique mondial, 2016). Les entreprises fondées par des femmes recevaient seulement 2,3 % d’investissement en capital-risque, selon l’édition 2020 du Women in Tech Report (Rapport sur les femmes dans la technologie) publié par le site TrustRadius, qui a interrogé 700 entreprises technologiques du monde entier. Ce document indiquait également que les femmes étaient deux fois plus nombreuses (58 %) que les hommes (31 %) à s’inquiéter de l’écart entre les hommes et les femmes dans le financement par capital-risque. Moins de 15 % des entreprises fondées depuis 2017 dans l’UE l’ont été par des femmes (ESM, 2016). Un rapport de 2018, intitulé State of European Tech (situation du secteur technologique en Europe), montre que l’écart entre les hommes et les femmes est encore plus prononcé dans les start-ups européennes financées par capital-risque, où, en 2018, les femmes ne représentaient que 6 % des PDG et 2 % des directeurs techniques. Cet écart saute également aux yeux dans le secteur du capital-risque, où seulement 13 % des décisionnaires sont des femmes (Atomico, 2019). En outre, seul un petit nombre de femmes bénéficient de ces dépenses d’investissement : en 2018, 93 % de l’ensemble des fonds mobilisés par des entreprises européennes financées par capital-risque ont été versés à des équipes exclusivement masculines.
- Très peu de femmes étudient les domaines de l’industrie 4.0 : globalement, dans la plupart des pays, les femmes sont toujours surreprésentées dans les certains diplômes : arts et sciences humaines, journalisme et information, sciences sociales ainsi que santé et protection sociale. Dans les faits, le pourcentage de femmes diplômées en informatique a baissé aux États-Unis : selon la Fondation nationale pour la science, ce chiffre s’élevait à 37 % en 1984, au moment où les ordinateurs personnels gagnaient en popularité, mais a depuis chuté pour atteindre 18 % (AAUW, 2018). C’est pour cette raison que la Grande École du Numérique a annoncé son souhait de former à minima 40 % de femmes au sein de ses propres cursus d’ici à la fin 2021 pour apporter réponse aux stéréotypes de genre dans le secteur du numérique.
En résumé : « Les femmes demeurent minoritaires dans les disciplines suivantes : technologie de l’information numérique, informatique, physique, mathématiques et ingénierie, soit autant de disciplines centrales de la quatrième révolution industrielle et porteuses des métiers de demain. Cette sous-représentation des femmes est d’autant plus problématique que l’on déplore une pénurie de...
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