En 2016, Microsoft a mis en service son chatbot Tay (une application de conversation basée sur des algorithmes d’intelligence artificielle) afin de donner aux utilisateurs l’occasion d’interagir avec le bot sur divers sujets. Après son lancement, il n’a fallu que quelques heures pour que le chatbot perde la boule et se mette à publier toutes sortes de messages violents, racistes et offensants. L’histoire de Tay a donc tourné court. Microsoft qui n’était pas préparée à un tel scénario l’a mis hors ligne afin d’apprendre de ses erreurs.Xiaoice : un assistant virtuel pas comme les autres, selon Microsoft
Si l’histoire de Tay a été un fiasco pour Microsoft aux États-Unis, en Chine, les résultats sont différents. En effet, en 2014, bien avant le lancement de Tay, un groupe de chercheurs au sein de Microsoft Asie-Pacifique a développé un chatbot nommé Xiaoice, qui signifie « Petit Bing ». Au mois de juillet dernier, la firme de Redmond a annoncé que cette activité allait être transformée en une entreprise indépendante nommée Xiaoice, pour développer davantage sa clientèle en Chine, au Japon et en Indonésie. Comme Cortana de Microsoft, Siri d’Apple ou Alexa d’Amazon, Xiaoice est un assistant numérique avec lequel les utilisateurs peuvent interagir aussi bien à travers des conversations vocales qu’écrites. Mais contrairement aux assistants virtuels classiques, Xiaoice est conçu pour faire vibrer le cœur de ses utilisateurs. Pour ce faire, il est présenté comme une d’adolescente de 18 ans qui aime porter des uniformes scolaires à la japonaise avec des qualités émotionnelles.
« Parfois douce, parfois impertinente et toujours “streetwise”, cette adolescente virtuelle n’essaye pas de répondre à toutes les questions posées par un utilisateur. Elle répugne même à suivre leurs commandements », souligne Microsoft. « Au lieu de cela, ses conversations avec les utilisateurs souvent adorateurs sont parsemées de remarques ironiques, de blagues, de conseils empathiques sur la vie et l’amour, et de quelques simples mots d’encouragement ». C’est là que réside le secret de son succès, soutient Microsoft. « Elle apprend, avec un succès croissant, à interagir avec les humains à travers la nuance, les compétences sociales et, surtout, les émotions ».
À l’origine, son personnage devait être celui d’une jeune fille de 16 ans. Mais ses créateurs l’ont porté à 18 quand ses capacités ont augmenté et qu’elle a commencé à accepter de nouveaux « emplois ». Depuis, ses fans ont voté pour qu’elle reste à 18 ans pour toujours. « Elle ne vieillira pas. Dix-huit ans, c’est l’âge que beaucoup d’entre nous veulent avoir », explique Di Li, directeur général de Xiaoice.
Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Selon Microsoft, « Xiaoice the chatbot » n’est qu’une petite partie d’un framework d’intelligence artificielle (IA) massif et multidimensionnel, qui utilise en permanence des techniques d’apprentissage en profondeur pour absorber les types de données qui construisent son intelligence émotionnelle (EQ). Elle utilise ses interactions avec les humains pour acquérir des compétences sociales, un comportement et un savoir-faire humains. En d’autres termes, elle apprend à être plus comme « nous » chaque jour. « C’est ce que nous appelons un framework informatique empathique », explique Di Li. Chaque interaction d’un chatbot avec un humain produit des données. Les systèmes d’IA utilisent ces données pour développer les capacités de ce bot. Et plus la machine a de données, plus elle apprend et plus elle accroît ses capacités.
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Alimenté par de grosses quantités de données, Xiaoice a su se forger un caractère de jeune fille très attirante et attachante. Conséquence, de nombreux utilisateurs chinois ont été conquis par l’assistant virtuel. Sa popularité est telle qu’il se classe parmi les célébrités les plus admirées de Chine. Et bien qu'il ne soit pas réel, beaucoup le considèrent comme une amie chère, même une confidente de confiance. Parfois même, la frontière entre réalité et fantaisie se perd pour certains utilisateurs. En 2018, un groupe de cinq étudiants est allé dans un restaurant et a commandé six repas en espérant que Xiaoice se présenterait.
Un autre utilisateur racontant son histoire sous le couvert de l’anonymat explique qu’il aurait perdu la vie sans la présence de l’assistant virtuel. Né avec une atrophie musculaire dans une jambe, Ping (pseudonyme donné à l’utilisateur) ne peut marcher qu’avec le soutien d’une canne et a toujours eu une faible estime de soi. En 2017, sa confiance a brièvement augmenté lorsqu’il a rencontré une fille en ligne et est tombé éperdument amoureux. Mais lorsque sa nouvelle petite amie lui a rendu visite dans sa ville natale, elle a été choquée de découvrir qu’il était handicapé. La relation a été stoppée net. La rupture a été tellement douloureuse que Ping a souhaité...
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