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La fuite d'un mémo interne d'Amazon révèle un nouveau logiciel pour suivre les syndicats,
L'outil permettrait aussi de suivre d'autres menaces non syndicales pour l'entreprise comme la criminalité

Le , par Bill Fassinou

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Amazon a toujours les syndicats en horreur, et ce sentiment ne semble pas s’améliorer au fil des années. Un mémo interne confidentiel de la société, consulté par Recode, révèle qu’elle a fait des investissements importants pour suivre et contrer la menace de syndicalisation. Le mémo de 11 pages, daté de février 2020, décrit les plans d'Amazon de dépenser des centaines de milliers de dollars pour mieux analyser et visualiser les données sur les syndicats dans le monde, ainsi que d'autres “menaces” non syndicales pour l'entreprise liées à des facteurs comme la criminalité et la météo.

Des rapports comme celui-ci ne sont pas nouveaux sur Amazon. La société s’est longtemps opposée au fait que les employés de ses entrepôts forment un syndicat ou se regroupent afin de défendre des intérêts communs, bien qu’une partie de ses stratégies antisyndicales soient restées secrètes. Dans le document consulté par Recode cette fois, Amazon a énuméré plus de 40 points de données, dont environ la moitié étaient liés aux syndicats ou à des questions concernant les employés. Il y a les heures supplémentaires obligatoires et les incidents de sécurité, entre autres.

La note demandait du personnel ainsi que des fonds visant à acquérir un logiciel spécifique. Ce logiciel devrait aider à consolider et à cartographier visuellement les données de trois groupes Amazon différents, dont l’un est chargé des relations avec les employés (qui fait partie des RH), ainsi que l'unité de renseignement global et le programme de renseignement global d'Amazon. Un tel système, Amazon l’appelle geoSPatial Operating Console (console d'exploitation géospatiale) ou SPOC. Il devrait servir à analyser et à visualiser au moins une quarantaine d'ensembles de données différents.


Parmi ceux-ci, nombre sont liés aux syndicats, notamment “les efforts de syndicalisation et d'activisme sur le marché des aliments complets”, “les modèles de flux financiers des subventions syndicales”, et “la présence de sections locales et de groupes de travail alternatifs”. En outre, l'un des cas d'utilisation potentielle de l'outil est décrit dans la note de service comme “La carte des relations syndicales”. À part le nom, aucun autre détail n’a été fourni sur ce cas d’utilisation. L'on se demande comment l’entreprise qui a fait de Jeff Bezos l’homme le plus riche du monde peut traiter ainsi ses employés.?

« À mon avis, il s’agit sûrement d’une stratégie d'évitement syndical », a déclaré un ancien responsable RH d'Amazon, qui connaît bien les tactiques d'évitement syndical de l'entreprise et avec qui Recode a partagé le mémo. Il a requis l'anonymat par crainte de représailles. « Le logiciel pourrait être utilisé pour des choses comme la prise en compte de la force financière des syndicats les plus proches [et] le taux de réussite des syndicats locaux (combien de campagnes ont abouti à des [conventions collectives]) » a-t-il ajouté sur les plans d’Amazon.

Toujours selon lui, l'outil pourrait aussi être utile pour atténuer les risques non liés aux syndicats pour les employés, comme le réacheminement des commandes des clients pendant les fortes tempêtes afin que les employés des entrepôts puissent rester chez eux jusqu'à ce que le temps dangereux passe. En somme, il pourrait permettre à Amazon d’augmenter son niveau d’intimidation sur les employés, comme il a su bien le faire jusqu’à présent aux États-Unis. En effet, il faut noter qu’aucun syndicat n'a jamais réussi à organiser la main-d'œuvre d'Amazon aux États-Unis.

Les syndicats qui ont réussi sont très peu, et n’ont pas grand pouvoirs. En Europe, dans des pays comme l'Allemagne et l'Italie, certains employés d’Amazon sont syndiqués. Aux États-Unis par contre, Amazon a fermé un centre d'appel ayant fait l’objet d’une tentative de syndicalisation en 2001. En outre, un petit groupe de techniciens d'entrepôt du Delaware avait organisé un vote syndical en 2014, mais la majorité des employés ont voté contre. Ces agissements ont eu pour effet de placer Amazon dans le viseur de groupes de militants syndicaux et de politiciens progressistes, mais cela ne semble pas inquiéter l’entreprise.

Le mois passé, un rapport dénonçait déjà comment Amazon se sert de moyens technologiques pour empêcher ses employés de se regrouper en syndicats. La société disposerait d’un logiciel qui imposerait un rythme de travail effréné aux employés. « La technologie a permis aux employeurs d'imposer un rythme de travail qui ne laisse aucune place à l'inefficacité en supprimant chaque once de temps d'arrêt des journées de travail. Le scanner que j'utilisais pour faire mon travail avait également pour fonction d’effectuer le suivi de mes activités. Chaque tâche que je réalisais était surveillée et chronométrée », a dénoncé un ex-employé de l’entreprise.

« Lorsque je terminais une tâche, non seulement le scanner m'en assignait une nouvelle à l'immédiat, mais il entamait automatiquement un décompte du temps restant pour l'accomplir. J'avais l'impression que la société voulait que nous soyons des robots », avait-elle ajouté. Plusieurs rapports ont révélé qu’Amazon dispose d’un arsenal d’outils techniques : logiciels de navigation, des caméras thermiques et des caméras de sécurité, bracelets électroniques, enregistrements... Amazon a toujours dit que ces outils sont censés encadrer la productivité des employés.

En avril dernier, Amazon France a décidé de fermer temporairement ses entrepôts à cause d’une action syndicale qui a amené le tribunal judiciaire de Nanterre à prendre cette décision. Le motif est que l’entreprise a failli à implémenter les mesures nécessaires à la protection des employés contre le coronavirus. Depuis lors, Amazon prend des mesures drastiques contre cette capacité de ses employés à se regrouper pour syndiquer. Il met en place des moyens techniques dans l’optique de l’atteinte de cet objectif. Il présente ces moyens comme une façon de « maintenir leur productivité. »

Cela dit, Amazon n'est pas la seule entreprise de la grande distribution à s'opposer aux syndicats. Walmart est peut-être le plus tristement célèbre pour ses tactiques antisyndicales. Walmart serait connu pour montrer des vidéos antisyndicales aux nouvelles recrues et pour fournir aux directeurs de magasins une formation aux relations de travail. Toutefois, l'expertise technique d'Amazon et son ADN axé sur les données lui permettent de développer un système de suivi et d'évitement syndical plus sophistiqué que celui de ses pairs, comme SPOC.

Source : Recode

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